00:00A vous, 5h, 7h, Europe 1 bonjour, bon réveil, Europe 1 il est, 5h44, Alexandre Lemaire, votre invité ce matin,
00:07et Bernard Cohen Haddad, entrepreneur, président du think tank Etienne Marcel et auteur de L'Avenir appartient au PME, aux
00:15éditions du NOS.
00:16Bonjour Bernard Cohen Haddad.
00:18Bonjour Alexandre Lemaire.
00:19Le MEDEF fait sa rentrée avec la rencontre des entrepreneurs à Roland-Garros, elle a commencé hier et se termine
00:25aujourd'hui le tout, dans un contexte d'inquiétude, à quelques mois de la présidentielle, beaucoup d'inquiétude en cette
00:32rentrée, le MEDEF a donc ouvert ses portes avec ses rencontres des entrepreneurs hier sous le signe du courage, il
00:39faudra du courage bien sûr pour les patrons pour aborder 2027, d'abord il se porte comment le monde de
00:45l'entreprise, Bernard Cohen Haddad, les entrepreneurs comment se portent-ils en cette rentrée ?
00:50Le marole des patrons n'est pas très bon, que ce soit des petits, des moyens, des grands, et d
00:55'ailleurs une enquête du MEDEF qui touche 66 000 patrons donne un chiffre faramineux, 82% des patrons sont pessimistes
01:05non seulement sur leur activité mais aussi sur l'économie.
01:08Ça veut dire presque tous ?
01:09C'est-à-dire les deux tiers quasiment, et puis aussi 66% et ça ce n'est pas anodin,
01:17estime que s'il n'y a pas de changement fort de manière économique, de cap économique, soit leur entreprise
01:25ira à la faillite, soit ils vivront une certaine action.
01:28C'est quand même une situation où le moral des patrons est, comme on dit de manière un peu amicale,
01:35dans les chaussettes.
01:36Bon, mais ça, ça concerne tous les secteurs vraiment d'activité ?
01:39Ça concerne beaucoup de secteurs, il y a surtout des secteurs qui sont en grande perdition, l'habillement, le prêt
01:47-à-porter, la chaussure, mais aussi des activités de service, les activités bancaires.
01:52Vous voyez, au coin de vos rues, on ferme des établissements bancaires, on ferme aussi des services immobiliers, on a
01:57perdu plus de 1300 agences immobilières en 2025.
02:01Mais alors, qu'est-ce qui se passe ? C'est quoi ? C'est une crise de confiance ?
02:04Les entreprises, les patrons ne se sentent pas assez soutenus, écoutés par les politiques au pouvoir ?
02:11Ah ben, il y a un peu tout ça. Il y a tout d'abord une dissolution en 2024 qui
02:15a créé une sorte de rupture dans la relation de confiance entre l'exécutif
02:19et l'ensemble de l'économie entrepreneuriale, y compris l'entrepreneurie de proximité.
02:26Vous savez, quand vous subissez trois premiers ministres en 18 mois, avec un certain nombre de compromissions budgétaires qui visent
02:36à vous dire que les entreprises sont des vaches à lait et qu'il faut les taxer plus,
02:40forcément, les patrons, même nous qui sommes les petits patrons, on a tendance à être un peu sur la réserve.
02:47Et puis aussi, une succession de crises, puisque depuis maintenant quatre ans, la crise ukrainienne, les trains de tarifs, les
02:56difficultés internationales font que tout est beaucoup plus cher,
02:58y compris les matières premières. Et puis, in fine, pour ne pas être trop long, il y a aussi cet
03:03objectif des présidentielles et on ne sait pas à quelle sauce on sera mangé.
03:07Bon, alors justement, quelles mesures d'urgence attendent-ils les patrons ? Ils ont des messages, bien sûr, pour les
03:13candidats pour le futur ou la future présidente.
03:16Alors, vous savez, on n'a pas encore tous les programmes et on n'en a même pas beaucoup des
03:20programmes actuellement.
03:22Mais ce qu'attendent les patrons prioritairement, prioritairement, c'est la réduction de la fiscalité, la baisse des charges, ce
03:29qu'on appelle patronale.
03:32Aussi, une volonté de renforcer la réindustrialisation. Et il y a encore une inquiétude sur le maintien du crédit impôt
03:39recherche.
03:40Et puis, bien entendu, parce que nous, dans nos boîtes, même petites, je le dis, un commerçant, un artisan indépendant,
03:46il est obligé d'avoir un bilan qui est à l'équilibre.
03:49Donc, on souhaite que la dette soit réduite. Et puis, vous savez, cette accumulation de surtransposition de normes, de règles
03:57qui, souvent, viennent vous perturber la vie économique,
04:00ça fait partie de cette réduction et cette suppression de la paperasse.
04:05Bernard Cohen-Haddad, je reprends les mots du président du MEDEF, Patrick Martin, qui a eu ces mots.
04:10Le scénario d'une crise économique ou financière, dit-il, n'est pas à écarter. En 2027, c'est le
04:15sursaut ou la crise ?
04:17Vous partagez cette alerte du patron du MEDEF ?
04:20Oui, bien entendu. Je pense qu'il y a pour nous une attente de courage, de sursaut et aussi de
04:27confiance.
04:28On a besoin de savoir que les politiques ne considèrent pas que les entreprises sont uniquement ceux qui vont apporter
04:35de l'eau à un moulin qui perd déjà toute son eau.
04:38Donc, il y a quand même une volonté aussi de dire aux politiques, aimez les entreprises, faites leur confiance.
04:45Vous vous souvenez, je crois que c'était en 2014, à cette même université du MEDEF, Manuel Valls, qui arrivait
04:53Premier ministre à la suite d'une période un peu difficile de France-Rollande,
04:56avait commencé ses mots dans son discours du MEDEF, j'aime les entreprises, j'aime les entreprises, j'aime les
05:00entreprises.
05:01On a envie d'être aimé et surtout, on a envie aussi qu'on fasse confiance aux entreprises qui représentent
05:06particulièrement TPPME.
05:0997% des actifs et des structures économiques.
05:12Oui, aimé au-delà des mots, donc, naturellement.
05:14Alors, il se trouve que le MEDEF, Bernard Cohen-Adade, va mener là, en fin de journée, le premier grand
05:19débat de la campagne présidentielle entre sept candidats.
05:23Si on écoute les différentes propositions des candidats pour 2027, alors, à gauche notamment, on voit que la France insoumise
05:30veut taxer les héritages,
05:31prenant pour cible les milliardaires, les grandes entreprises, parle aussi d'effacement de la dette.
05:37Vous craignez cette surenchère de taxes qui touche encore une fois les entreprises, qui toucherait encore une fois les entreprises
05:44?
05:44Bien entendu, taxer les entreprises et surtout des grosses, en faisant croire que ça ne ruissera pas sur les petites,
05:53tout ça fait partie d'une idéologie extrêmement mortifère pour nos entreprises, ça ne crée pas de la confiance,
05:59ça n'attire pas les investisseurs et ça entraîne simplement les Français à s'engager de plus en plus dans
06:06l'épargne non productive.
06:07Donc, il y a aujourd'hui un vrai choix pour nous, un vrai choix de libérer les entreprises, de libérer
06:13l'économie
06:14et de ne pas se faire râper par le bruit des sirènes qui, finalement, essaie de fracturer le monde entrepreneuriat,
06:21les acteurs économiques.
06:23Aujourd'hui, ce qu'on a besoin, c'est de retrouver de la confiance.
06:26Vous savez, peut-être la confiance qu'il y a eu en 2017, lorsqu'on a créé cette PME Nation,
06:32cette Startup Nation.
06:33On l'a perdu depuis longtemps, cet esprit d'entreprendre et cet esprit de faire confiance.
06:38Bon, alors, avant la présidentielle, plus près de nous, il y a une autre échéance majeure qui arrive à l
06:42'automne,
06:42qui est celle du budget 2027.
06:44Ça ne va pas forcément bien se passer, puisque les oppositions, que ce soit la France Insoumise ou l'URN,
06:49menacent déjà le gouvernement à nouveau de censure.
06:51Là encore, c'est une source d'inquiétude pour vous, les patrons, Bernard Cohen-Haddad ?
06:55Bien entendu, ce qui serait très grave, et on l'a vu avec le dernier budget,
07:00c'est de ne pas voter un budget, ou de voir un budget qui agréverait ou supprimerait un certain nombre
07:07de niches entrepreneuriales.
07:09J'évoquais tout à l'heure le crédit impôt recherche, qui réduirait encore le pacte du trade,
07:14vous savez, le pacte de transmission des entreprises,
07:16ou qui ferait en sorte d'avoir une politique encore plus dure sur l'apprentissage,
07:21afin de supprimer ce lien international qui compte beaucoup dans nos entreprises.
07:26Donc, sanctions des marchés, un vote du budget qui serait un mauvais signe,
07:30et peut-être une dégradation de la note supplémentaire,
07:32qui encouragerait les investisseurs à aller voir ailleurs.
07:36Bernard Cohen-Haddad, merci.
07:38Entrepreneur, président du Think Tank, Etienne Marcel, merci d'avoir été avec nous ce matin.
07:41Merci à vous.
07:42Merci à vous.