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  • il y a 15 heures
Thierry Bros, professeur à Science Po et spécialiste des questions énergétiques, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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00:04Il est 5h42 sur Europe 1 et votre invité ce matin Alexandre est Thierry Bross, professeur à Sciences Po, spécialiste
00:10des questions énergétiques.
00:12Bonjour Thierry Bross.
00:13Bonjour.
00:13Va-t-on pour de bon cette fois vers une sortie de crise pétrolière avec l'annonce de cet accord
00:19de paix entre les Etats-Unis et l'Iran
00:22et l'annonce par Donald Trump de la réouverture prochaine du détroit d'Hormuz ?
00:27Pour tous les auditeurs d'Europe 1, faut-il s'attendre à une baisse des prix à la pompe ?
00:31Est-ce qu'on peut croire Thierry Bross à une baisse rapide des prix de l'essence et du gazole
00:36?
00:37Alors effectivement vous avez raison, Donald Trump nous a dit qu'il avait signé un magnifique accord d'une page
00:42et demie avec l'Iran.
00:44Cet accord est confidentiel et ce que l'on sait c'est que finalement Washington et Téhéran ont des visions
00:50différentes de cet accord.
00:52Cet accord finalement il a permis aux marchés financiers hier et aujourd'hui et demain peut-être de faire baisser
00:59le prix du pétrole
01:01et vous avez un prix du pétrole qui est passé de l'ordre de plus de 100 dollars à 80
01:05dollars par baril en ce moment.
01:07Et donc évidemment les français vont bénéficier de cette baisse.
01:11La grande question c'est qu'est-ce qui est dans cet accord ?
01:14Et on va peut-être un jour le voir, peut-être vendredi et donc à ce moment-là les marchés
01:19pourront effectivement regarder dans le détail cet accord.
01:22Parce que le diable se cache toujours dans le détail.
01:25Et donc là on verra si c'est vraiment un accord où il y a une totale libre circulation dans
01:31le détroit d'Hormuz comme Trump le dit.
01:34ou si comme l'Iran le laisse entendre et bien il y a plus qu'un droit de péage voire
01:39un droit de réguler le trafic
01:41et donc de limiter les volumes qui transiteraient par les détruits d'Hormuz.
01:46Donc pour répondre à votre question, oui on va avoir une baisse qui va arriver dans les 15 prochains jours
01:52de l'ordre de 20 centimes d'euros par litre.
01:55Mais c'est pas rien.
01:55Encore une fois, non non c'est pas rien.
01:57Mais ensuite effectivement est-ce qu'elle est pérenne, ça ça va dépendre de ce qui est vraiment dans cet
02:03accord et comment les choses se mettent en route.
02:05Encore une fois, Trump nous a appelé, nous a indiqué qu'il avait signé de nombreux accords
02:11et souvent à la fin l'accord n'était pas tout à fait exactement ce qu'il indiquait.
02:16Donc beaucoup de choses dans ce que vous nous dites là Thierry Bross, une baisse attendue de 20 centimes en
02:21moyenne sur les prix des carburants à la pompe dans les 15 prochains jours.
02:24Mais bien que les marchés anticipent une vraie sortie de crise, ils attendent de juger sur pièce.
02:30Ça veut dire que tout cela reste malgré tout encore volatile à ce stade.
02:33Absolument, puisque à ce stade vous n'avez toujours pas de libre circulation dans les détruits d'Hormuz.
02:38Donc si les marchés devaient regarder la réalité, aujourd'hui ils regardent ce que Trump leur dit,
02:44s'ils devaient regarder la réalité, ils n'auraient pas forcément fait baisser les prix du pétrole de cet ordre
02:51là.
02:52Alors vous évoquiez effectivement également la question des droits de passage concernant la réouverture de ce détroit d'Hormuz.
02:58Donald Trump a écrit d'abord sur son réseau True Social que le détroit serait totalement gratuit.
03:02Des frais maritimes finalement ont été ajoutés à la dernière minute.
03:05Et les Iraniens de leur côté envisagent aussi des droits de passage.
03:07Ça veut dire qu'effectivement, si tous les pétroliers désormais doivent passer au péage,
03:12ça fera grimper structurellement les prix du pétrole on imagine Thierry Bross ?
03:16Alors pas forcément, parce qu'en fait ce péage là, ça dépend de quel niveau il est,
03:21mais ce qui a été évoqué jusqu'à présent c'est de l'ordre de 1 dollar par baril,
03:25et donc finalement l'industrie pétrolière peut très bien prendre cela en charge d'une façon ou d'une autre,
03:30soit le producteur, soit l'acheteur, premièrement.
03:35Mais ce qui est à mon avis le plus important, c'est que les Iraniens disent aujourd'hui
03:40que finalement ils ont une deuxième arme nucléaire et que c'est ce détroit d'Hormuz.
03:44Et qu'est-ce qu'ils peuvent faire avec le détroit d'Hormuz ?
03:46Ils peuvent, comme ils ont essayé de le faire jusqu'à présent, mettre l'économie mondiale en récession,
03:51mais ils peuvent aussi limiter les flux et donc limiter les quantités de pétrole qui sortent
03:58et donc avoir un impact sur les prix.
04:00Je vous donne un ordre de grandeur qui est très important.
04:02Le détroit d'Hormuz, aujourd'hui vous savez, avant la guerre,
04:06c'était 20 millions de barils par jour qui transitaient via ce détroit.
04:10L'OPEP, l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole,
04:13avant la crise, c'était 20 millions de barils par jour d'exportation.
04:17Donc l'Iran, avec sa petite guérite à cet endroit-là,
04:20va contrôler autant que ce que l'OPEP contrôlait avant.
04:24Et donc ils ont une capacité d'avoir le prix qu'ils souhaitent sur le pétrole mondial, malheureusement.
04:30Mais ce que vous nous dites, effectivement, c'est que l'Iran sort renforcé de cette séquence.
04:34Même si on le savait déjà sur le papier, en effet,
04:36le monde entier a découvert à quel point l'Iran avait entre les mains,
04:39comme vous dites, une deuxième arme nucléaire
04:41et saura s'en servir comme moyen de pression dans l'avenir.
04:45Allons pas douter.
04:46Oui, oui, c'est d'ailleurs ce qu'eux-mêmes disent.
04:49Et les Émirats arabes unis, je vous rappelle,
04:52avaient traité l'Iran d'avoir une activité terroriste,
04:58du terrorisme économique, quand ils ont fermé le détroit d'Hormuz.
05:00Parce qu'à ce moment-là, ils vont être en capacité de contrôler qui, au nord du détroit d'Hormuz,
05:06peut vendre son pétrole sur les marchés internationaux.
05:10Et donc il va y avoir des pays du Golfe qui vont être bien vus de l'Iran
05:13et des pays du Golfe qui vont être moins bien vus de l'Iran.
05:15Et l'Iran pourra faire ça sur le pétrole,
05:18mais pourra faire ça aussi sur le gaz,
05:20ce qui nous sera très défavorable,
05:21et sur de nombreux autres produits, par exemple les engrais.
05:25Bon, dans la baisse des prix, dans la disponibilité des carburants peut-être aussi,
05:29est-ce qu'il y a cet autre paramètre qui serait celui des stocks de pétrole mondiaux
05:34qui ont baissé, rappelle l'Agence internationale de l'énergie ?
05:37Est-ce que ça va avoir un impact sur les prix ?
05:39Est-ce qu'il va falloir du temps pour reconstituer ces stocks ?
05:41Alors ça c'est l'intendance,
05:43et finalement les marchés n'ont pas finalement regardé l'intendance avec beaucoup d'attention.
05:48Ces derniers mois, je vous rappelle, regardez,
05:51le prix du pétrole, il n'a finalement pas monté aussi haut que pendant la guerre en Ukraine,
05:57alors que d'un côté vous aviez un détroit d'ormous bloqué,
06:00et que pendant la guerre en Ukraine, nous n'avons jamais manqué d'un seul baril de pétrole.
06:04Donc les marchés ne sont pas trop préoccupés de l'intendance.
06:07Alors oui, vous avez raison, il va falloir re-remplir ces stockages,
06:10mais vous pouvez avoir aussi de l'autre côté certains producteurs,
06:14comme les Émirats Arabes Unis par exemple,
06:16qui sont intéressés pour produire au maximum,
06:19pour essayer de faire oublier aux consommateurs ce mauvais épisode.
06:23En fait, il faut bien se rendre compte que si la crise avait duré trop longtemps,
06:28la transition énergétique aurait vraiment commencé,
06:31comme d'ailleurs elle a commencé en France dans les années 70,
06:33avec le nucléaire.
06:35Et donc le seul moyen pour les grands pétroliers d'essayer de retarder la transition énergétique,
06:40c'est-à-dire de continuer à bénéficier de la rente pétrolière et gazière,
06:45c'est finalement d'avoir des prix plus bas, plus sages,
06:48pendant plus longtemps pour essayer de faire oublier aux consommateurs ce mauvais épisode.
06:52Bien, mais quand Donald Trump dit, avec sa formule bien à lui,
06:55que le pétrole coule à flot,
06:57les infrastructures pétrolières et gazières des pays du Golfe ont quand même été endommagées,
07:01est-ce qu'elles sont à pleine capacité de production aussi ?
07:03Alors, il va falloir les remettre effectivement à pleine capacité de production,
07:07et vous avez raison, vous pouvez imaginer deux scénarii,
07:10l'un où les producteurs essayent de maximiser et de faire baisser les prix,
07:15c'est d'ailleurs l'idée de Trump,
07:16l'idée de Trump c'est qu'il veut un pétrole bon marché,
07:19c'est ce qu'il a dit à Davos dans son premier discours en 2025,
07:23je veux un pétrole à 50 dollars le baril,
07:25tout le monde lui a rionné,
07:26mais finalement c'est quelque chose qui est très ancré chez lui,
07:30et qu'il essaye de défendre matin, midi et soir.
07:32Et puis de l'autre côté,
07:33vous avez votre scénario,
07:35qui est un scénario où l'industrie mettra un peu plus de temps,
07:38c'est le scénario de l'AIE,
07:39à se reconstruire,
07:41et donc vous allez avoir des prix plus longs,
07:43plus élevés pendant plus longtemps.
07:45Encore une fois,
07:46je pense que pour le moment,
07:48les opérateurs de marché,
07:49les traders,
07:50n'ont pas voulu parier contre Trump jusqu'à présent,
07:53et seront plutôt du côté de Trump sur la suite de cette séquence.
07:56Bien, je rappelle cette prévision très importante pour les auditeurs d'Europe 1
07:59que vous nous avez confié ce matin sur Europe 1,
08:01il faut s'attendre à une baisse des prix
08:03à la pompe de l'ordre de 20 centimes dans les 15 prochains jours,
08:06est-ce que ça veut dire que la baisse sera plus rapide que l'on ne pouvait le craindre ?
08:10Est-ce que ça veut dire que le retour à la normale sera plus rapide également Thierry Bross ?
08:13Encore une fois, ça dépend de ce qu'il y a dans cet accord.
08:15Donc ça, c'est effectivement, c'est si tout va bien,
08:18mais si vendredi, on découvre dans cet accord que finalement,
08:22ce n'est pas du tout ce que l'on nous a vendu,
08:24eh bien, à ce moment-là,
08:26il pourrait y avoir une remontée des prix du baril,
08:29et donc une petite tension sur le prix à la pompe,
08:32c'est-à-dire une baisse plus lente.
08:33Mais encore une fois,
08:34comme je ne connais pas ni vous, ni moi,
08:36ni personne d'autre à part Trump,
08:38son vice-président et celui qui a signé pour l'Iran
08:42ne connaissent cet accord,
08:43on est bien obligé de faire des hypothèses.
08:46Thierry Bross, professeur à Sciences Po,
08:47spécialiste des questions énergétiques.
08:49Merci, merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
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