00:045h42 sur Europe 1 et votre invité ce matin Alexandre Le Maire et Régis Le Saumier,
00:08grand reporter et auteur de l'ouvrage Qui est le Diable, l'autre ou l'Occident aux éditions Max Milot.
00:13Bonjour Régis Le Saumier.
00:15Bonjour Alexandre.
00:16Les Etats-Unis et l'Iran ont donc signé il y a quelques heures le cadre de leur accord de
00:22paix de manière électronique,
00:24cela avant une signature formelle vendredi à Genève.
00:27Et c'est ainsi que Donald Trump arrive donc au sommet du G7 qu'accueille la France à Evian,
00:33sauf que ce n'est pas la première fois que le président américain annonce la paix.
00:37Alors est-ce que cette fois c'est la bonne Régis Le Saumier ?
00:40Ça a été compté par un journaliste américain qui a expliqué qu'on en est à la 39ème fois.
00:47Mais oui !
00:48C'est la 39ème fois que Donald Trump annonce en effet qu'un accord est imminent ou que l'accord
00:55en passe d'être signé.
00:57Alors simplement cette 39ème fois a l'air quand même plus on va dire charpenté que les fois précédentes
01:07où on avait l'impression que de la part de Donald Trump c'était plus ce qu'on appelle en
01:12anglais du wishful thinking,
01:13c'est-à-dire un vœu pieux.
01:16La méthode coulée, un petit peu, oui.
01:18Mais qui montre toute l'impatience que Donald Trump peut, on va dire, en dépit de sa rhétorique très agressive,
01:27très souvent agressive vis-à-vis de l'Iran,
01:29l'impatience à signer ou à espérer une signature d'un mémorandum de compréhension.
01:35C'est comme ça que ça s'appelle.
01:36C'est pas encore tout à fait un contrat.
01:39On s'accorde sur un certain nombre de choses.
01:41On définit la voie des négociations en réalité.
01:46Donc on est dans...
01:48Pardon, allez, oui.
01:49Non, non, je voulais en venir au contenu de l'accord.
01:51Alors, il n'a pas été rendu public, mais on a quand même eu une idée des points chauds entre
01:55l'Iran et les Etats-Unis.
01:57L'engagement de Téhéran, Régis Lesoumi, à ne pas se doter de l'arme nucléaire.
02:01La fin des combats, naturellement, au Moyen-Orient, y compris au Liban, et on va y revenir.
02:05La réouverture du détroit d'Ormuz, on va en reparler aussi.
02:09Sauf que tout n'est pas joué.
02:10Il reste là encore des négociations sur que va devenir le programme nucléaire iranien,
02:16c'est-à-dire au moins le pan civil, le sort des stocks d'uranium,
02:19la levée des sanctions américaines en échange.
02:22Ça veut dire quoi ? Le plus dur est à venir, de toute façon, encore là.
02:25Le plus dur est à venir, et quand on compare par rapport à l'accord
02:31que Barack Obama, prédécesseur de Donald Trump, avait obtenu en 2015 à Vienne,
02:37c'est la nuit et le jour, Barack Obama avait obtenu à l'époque
02:42une levée de, on va dire, un dégel de seulement 1,7 milliard de dollars de fonds gelés iraniens,
02:51et le programme nucléaire iranien était encapsulé à, on va dire, 98% de l'uranium
02:58était presque sous contrôle, avec une partie qui devait être détruite,
03:02qui avait été d'ailleurs détruite, et un taux d'enrichissement qui ne dépassait pas 3,7%,
03:08alors qu'actuellement, une grosse partie des 440 kg d'uranium enrichi que possède l'Iran
03:14est enrichie à plus de 60%.
03:16Donc, imaginez, un peu, à l'époque, les contraintes.
03:20Là, aujourd'hui, sur ce point précis du devenir de l'uranium enrichi,
03:26rien n'est réellement décidé.
03:28Et à part, vous dites, oui, l'Iran promet de ne jamais se doter de l'arme atomique,
03:35oui, mais je dirais que la fatwa prononcée par Ali Rahmenei, le père de l'actuel guide suprême,
03:43donc était aussi, il y avait une fatwa qui interdigeait l'obtention de la bombe atomique.
03:50Si vous voulez, l'Iran est gagnant sur tous les tableaux,
03:55et surtout, et c'est ça qui est très important,
03:57parce que Donald Trump, J.D. Vance et un certain nombre de membres de l'administration
04:02essayent de rendre les choses auprès de leur opinion moins cruelles qu'elles ne le sont.
04:08Oui, c'est vrai, en fait, ça, tout le monde a gagné, en fait, Régis Le Sommier, c'est ça
04:11?
04:12Tout le monde va dire qu'il a gagné, mais la réalité, c'est que l'Iran va obtenir
04:18donc environ 24 milliards de dollars de fonds gelés
04:23et 300 milliards de dollars de compensation
04:26qui seront payés par les pays du Golfe
04:29de, on va dire, de réparation des dégâts.
04:34Et ça, Donald Trump dit que c'est fake news.
04:36Donc il y a une forme d'interprétation, ce qui est très intéressant,
04:39c'est qu'il y a une forme d'interprétation à destination de l'opinion américaine
04:42et pour les Iraniens, il y a évidemment une forme d'interprétation
04:45à destination de la population iranienne.
04:46Les élections de mi-mandat arrivant aux Etats-Unis
04:48et l'Iran voulant naturellement garder la tête haute,
04:52si on reprend cette citation, pas sûr qu'il soit davantage disposé
04:55les Iraniens à renoncer leur programme nucléaire.
04:57L'Iran a imposé sa volonté divine et d'acier
04:59à des ennemis américains et sionistes humiliés.
05:02L'ennemi n'a d'autre choix que d'accepter la défaite et de se rendre.
05:04On voit dans quel terme ça démarre, Régis Le Sommier.
05:08C'est de la rhétorique gardien de la Révolution assez classique.
05:11Mais j'ai envie de dire, par rapport à ce que cette guerre a mené,
05:15ce vers quoi cette guerre a mené, quelque part,
05:18pourquoi elle se priverait-il d'utiliser ces mots ?
05:21On sait bien que la question principale qui a jaillit de cette guerre,
05:26c'est la question du détroit d'Ormour.
05:28qu'elle est plus importante que même le devenir du nucléaire iranien
05:34et que sur le levier auquel les Iraniens ont accédé en fermant le détroit,
05:40c'est vraiment quelque chose qui pèse et qui continuera à peser.
05:45Parce que les Iraniens ont beau s'engager dans une voie,
05:47on va dire, de laisser libre le détroit,
05:51et encore, ils ont déjà des projets pour le contrôler avec...
05:57De faire payer les droits de passage !
06:00Contrairement à ce qu'a d'abord écrit Donald Trump sur Riggs.
06:05Je ne vois pas personnellement le tableau dans lequel,
06:11la perspective dans laquelle l'Amérique serait gagnant dans cette histoire.
06:15On a presque l'impression, quand on écoute Donald Trump,
06:17qu'il est gagnant simplement parce qu'il a arrêté la guerre, quoi.
06:20Ou simplement parce qu'il est arrivé à un accord.
06:23C'est comme ça qu'il va essayer de le présenter.
06:25On pourra lui reprocher énormément de choses,
06:28on pourra lui reprocher cette erreur stratégique magistrale,
06:32peut-être l'une des pires dans l'histoire américaine.
06:34Le fait que l'Amérique, finalement, n'est plus crainte,
06:39autant qu'elle l'était par ses ennemis,
06:41et que la preuve en est...
06:42C'est ça qui ressort de ce conflit, pour vous ?
06:44L'Iran arrive à dicter ses conditions,
06:46et l'Iran est dans une position, on va dire,
06:49plus forte et plus désenclavée
06:51qu'elle ne l'était avant le 28 février.
06:54Et ça, c'est quelque chose de très notoire.
06:58C'est jamais les ennemis de l'Amérique précédents,
07:03que ce furent les talibans, etc.,
07:05n'ont réussi à imposer à l'Amérique ce genre de choses.
07:09Là, on est face à quand même
07:11une consolidation de la puissance iranienne,
07:15et surtout, qui va fonctionner
07:17avec, on va dire,
07:19la crainte pour les voisins d'Iran
07:21que ça recommence.
07:22Là, il y a un levier incroyable.
07:24Il reste un autre point, Régis Le Sommier.
07:26L'accord de paix prévoit un arrêt
07:28des opérations militaires sur tous les fronts,
07:30y compris au Liban.
07:31Et là, cette fois-ci, ça concerne Israël,
07:33qui continue de bombarder le Liban
07:35pour atteindre le Hezbollah.
07:37Est-ce que la fin des hostilités au Liban
07:39est possible ?
07:40Est-ce que Benyamin Netanyahou
07:42va écouter Donald Trump ?
07:44Écoutez, c'est aussi le talon d'Achille
07:48de l'accord du côté occidental,
07:52enfin, du côté de l'Amérique.
07:54C'est-à-dire, à savoir si,
07:55comment Donald Trump a le pouvoir
07:58d'arrêter Benjamin Netanyahou,
08:01a le pouvoir de le contrôler.
08:02On entend assez régulièrement
08:04chez des officiels israéliens
08:06qu'ils ne prennent pas leurs ordres
08:09auprès de Washington,
08:10qu'en gros, c'est pas pareil,
08:13et qu'ils ont l'intention
08:15de continuer leur agenda.
08:17C'est ce qu'a dit Benyamin Netanyahou,
08:20qui d'ailleurs s'est déclaré candidat
08:22pour les prochaines élections.
08:23Donc, voilà, il y a aussi
08:25un agenda, on va dire, électoral,
08:28et une cote de popularité
08:31qui a singulièrement baissé
08:33pour le premier ministre israélien
08:35avec l'opposition qui gratte à la porte.
08:38Donc, il y a des enjeux conséquents
08:41et l'objectif était pour les Israéliens
08:44comme pour les Américains aussi,
08:45mais peut-être plus pour Benjamin Netanyahou
08:47de mettre un terme au régime d'Emola,
08:52de mettre sous contrôle le nucléaire iranien
08:57et en plus de mettre sous contrôle
09:00les proxys de l'Iran dans le Hezbollah,
09:02aucun de ces objectifs n'a été atteint
09:05dans cette guerre.
09:07Régis Le Saumier, journaliste
09:08et grand reporter,
09:10merci d'avoir été avec nous ce matin
09:12sur Europe 1.
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