00:04Il est 5h41 sur Europe 1, Alexandre Lemaire, votre invité, ce matin s'appelle Anne, elle est la cofondatrice du
00:11collectif SOS Périscolaire.
00:13Bonjour Anne.
00:14Bonjour.
00:15C'était le premier procès depuis qu'a éclaté le scandale des violences sexuelles sur mineurs dans le périscolaire à
00:21Paris.
00:21Le tribunal correctionnel a prononcé la relax d'un ancien animateur du 11e arrondissement.
00:27Il est accusé d'agression sexuelle par 9 petites filles de CM2.
00:32Une peine de sursis de 18 mois de prison avec sursis avait été requise.
00:37Les juges ont pointé effectivement des comportements inadaptés, mais ils ont estimé qu'ils n'étaient pas pénalement répréhensibles.
00:47Le parquet a certes fait appel. Votre réaction ce matin ?
00:51Évidemment, c'est la stupéfaction et puis ensuite vient une sorte de dégoût, d'écoeurement face à un système qui
00:59est capable de dire que les gestes et les mots étaient inappropriés,
01:02tout en ne les condamnant pas.
01:04Donc en fait, c'est comme un signal qui dirait, on est d'accord, nous la justice française est d
01:11'accord,
01:12sommes d'accord pour que ces faits et ces gestes inappropriés soient commis sur des enfants sans qu'il ne
01:17se passe rien derrière.
01:17Derrière, il faut quand même souligner que cette relaxe permet à cet animateur de travailler à nouveau au contact des
01:24enfants.
01:25Or, pour mémoire, au-delà des petits noms qu'il donnait aux petites filles, il y a cette phrase qui
01:31m'avait vraiment interpellée,
01:32qui était « je te ferais bien des bisous partout si je le pouvais ».
01:36Donc on avait quand même une conscience de l'interdit chez ce mis en cause, plus quand même raconter des
01:42affaires de viol.
01:42Et puis aussi des attouchements sur la poitrine.
01:47Et là, chez nous, chez SOS Périscolaire, là vraiment, l'effarement est total parce qu'en fait,
01:52on a des affaires dans lesquelles l'agression sexuelle a été retenue, notamment par exemple pour des baisers sur la
01:58bouche.
01:58Donc on ne voit vraiment pas, ça c'est à Chambéry, la personne a été condamnée pour des baisers sur
02:03la bouche,
02:04qui ont été donc acceptés dans le cadre d'agressions sexuelles, reconnues comme telles.
02:08Et puis aussi une autre affaire dans le Nord, où c'est pareil, on avait des câlins appuyés, forcés,
02:13un peu comme dans l'affaire dont on parle, Titon, et puis des léchages d'oreilles.
02:19Eh bien ça aussi, ça a été reconnu comme agression sexuelle et la personne condamnée.
02:24On voit donc qu'il y a une justice qui n'est pas égale, en fait, sur tous les territoires,
02:29et que donc, clairement, il y a aussi un choix, le choix de condamner ou de ne pas condamner,
02:35de ne pas retenir comme agression sexuelle quelque chose qui, pour la population et les parents,
02:40l'est, de fait, toucher la poitrine d'une petite fille de 11 ans,
02:42surtout avec ce faisceau, en fait, de gestes inappropriés, de mots inappropriés,
02:47évidemment, ne pose aucun doute, en fait.
02:51Donc l'animateur, jusqu'ici, était suspendu par la mairie de Paris,
02:55qui applique désormais ce principe de précaution,
02:57même s'il entre en contradiction avec la présomption d'innocence,
03:01au nom, bien sûr, de la protection des enfants.
03:03Mais vous dites qu'avec sa relax, là, il va pouvoir à nouveau travailler au contact de mineurs,
03:08à Paris ou ailleurs ?
03:09Alors, pas à Paris, a priori, puisqu'en étant licencié de la ville de Paris,
03:13a priori, il y a quand même un passif qui va lui être accolé, enfin, on l'imagine.
03:20Mais, évidemment, dès qu'il passera le périphérique parisien,
03:23il pourra aller travailler avec, évidemment, tous les enfants qu'il souhaite.
03:27C'est pour ça que la vérification du casier judiciaire n'a jamais été notre cheval de bataille
03:32chez SOS Périscolaire.
03:33Nous, ce qui nous intéresse, c'est éventuellement le contrôle des antécédents judiciaires,
03:37c'est-à-dire les plaintes qui ont été déposées contre quelqu'un,
03:41quelle qu'en soit l'issue.
03:43Oui.
03:43Voilà, condamnation ou pas de condamnation.
03:45Les antécédents judiciaires, là, en l'occurrence, il repart à zéro,
03:48si j'ose dire, son casier judiciaire va rester vierge ?
03:51Le casier judiciaire va rester vierge, il n'y aura rien indiqué non plus dans le volet
03:55fijaïs, c'est-à-dire de ficher des infractions sexuelles.
03:58Donc, effectivement, s'il n'y a pas de vérification de passif, par exemple,
04:03on parle des antécédents judiciaires, mais on peut aussi parler d'antécédents professionnels,
04:07si son prochain employeur lui demande de passer un coup de fil à son précédent employeur,
04:12c'est-à-dire la ville de Paris, eh bien, ça pourrait être, par exemple,
04:15une vérification qui soit faite de manière automatique et qui ne demande pas
04:18de nouveautés réglementaires ou législatives.
04:21Cette vérification professionnelle, comme vous et moi, si on allait passer un entretien d'embauche,
04:25c'est très classique d'appeler l'employeur précédent.
04:27Ça, par exemple, c'est quelque chose qui n'est pas fait de manière du tout systématique.
04:30Donc, cette décision de relax de cet animateur de l'école parisienne Titon,
04:35après les gestes inadaptés, dit la justice que vous nous avez décrit, Anne,
04:41elle intervient, cette décision, en pleine affaire Liana,
04:43qui a montré les multiples ratés de la justice qui ont conduit à la mort de cette petite fille.
04:49Dans ces circonstances, ce n'est pas le meilleur signal à envoyer ni aux victimes ni aux familles.
04:55C'est probablement le pire signal, puisqu'encore une fois, c'est vraiment une manière de dire
04:59que c'est inapproprié, mais on accepte donc les comportements inappropriés sur les enfants.
05:03C'est ok, continuez, ce n'est pas grave.
05:05Je crois qu'une des parties les plus choquantes, c'est de dire que dans les retentissements psychologiques des enfants,
05:13étaient quelque part plus ou autant dus à la médiatisation de l'affaire qu'au trauma réel.
05:20Ça, on a eu énormément de messages sur notre compte Instagram,
05:24où on a publié une dépêche très très rapidement, qui mentionnait ça.
05:29Les gens et les parents sont extrêmement choqués qu'on puisse imputer finalement une quelconque responsabilité
05:36aux enfants qui ont parlé en condamnant le fait que l'affaire ait pu être médiatisée,
05:42alors que ce sont des petites filles, encore une fois, de 11 ans,
05:45qui ont elles-mêmes fait un signalement, non pas à leurs parents,
05:47mais à la directrice de l'école, des petites filles.
05:49Encore une fois, on n'est pas sur des enfants de 3 à 5 ans,
05:52dont peut-être les mots pourraient être un petit peu inexactes, etc.
05:55On est sur des jeunes filles qui étaient d'ailleurs prises dans un conflit de loyauté
06:00par rapport à cet animateur, comme ça a été raconté,
06:03où en fait, elles avaient vraiment conscience de la gravité de ce qu'ils faisaient,
06:08mais elles ont mis beaucoup de temps, elles ont fait des réunions entre elles
06:10pour essayer d'être plus justes.
06:12Enfin, on a des enfants qui finalement ont plus de sagesse que la justice elle-même,
06:16qui ne les protège pas.
06:17Alors, les enfants justement, est-ce que vous craignez aussi que tout cela,
06:21en tout cas, cette décision de justice, ne décourage d'autres victimes,
06:25d'autres parents de déposer plainte ?
06:27On sait combien la libération de la parole est déjà très difficile
06:30dans les affaires de pédocriminalité.
06:31Alors, les parents, je ne sais pas, mais nous, ça nous détermine encore plus
06:35à axer notre action, puisque maintenant, on est vraiment sollicité par les institutions
06:42pour faire des préconisations.
06:44Et on voit que la parole de l'enfant est centrale,
06:48elle l'est dans la plupart des affaires, comme on en a parlé,
06:50puisque c'est ce sur quoi reposent les accusations,
06:53la plupart du temps, quasiment à 100%.
06:55Et donc, cette parole de l'enfant, il faut absolument qu'elle soit recueillie
07:00de manière parfaite, en suivant le protocole Mélanie,
07:04de manière systématique, c'est-à-dire une manière d'interroger les enfants,
07:07unique, filmée, qui permet d'avoir, en fait, une base très solide
07:12pour les enquêteurs et pour les procès.
07:14Je tiens, par exemple, à mentionner qu'à Colombes, actuellement,
07:18on a des enfants, il y a quelques-unes enfants,
07:21qui ont été interrogés en un après-midi par une brigade
07:24qui a fait une descente à la maternelle.
07:26Des enfants qui ont été interrogés en qualité de témoin,
07:28alors qu'on ne savait pas s'ils étaient victimes.
07:30Donc, aujourd'hui, il y en a peut-être qui sont victimes.
07:32Et la brigade répond, non, non, pas besoin de protocole Mélanie,
07:35les enfants ont déjà été interrogés, alors que leur statut a changé,
07:38puisqu'entre-temps, ils ont fait des révélations.
07:40Ça, ce sont des choses qui ne sont plus possibles.
07:42Donc, nous, au contraire, cette relaxe nous choque tellement
07:46qu'on va axer encore plus notre combat sur ces dysfonctionnements judiciaires
07:53qui pénalisent les familles et les victimes.
07:55Anne, avec votre collectif SOS Périscolaire,
07:58vous allez manifester ce matin aux côtés de parents d'élèves
08:01d'une autre école parisienne, l'école Saint-Dominique ?
08:03Alors oui, la date du 18 juin, moi j'ai dit que c'était l'appel du 18 juin.
08:07Effectivement, le matin, on aura les parents des écoles Saint-Dominique-Rappe
08:11et la Roche-Foucault qui vont, en fait, faire une action quartier mobilisé.
08:16Il faut le rappeler en deux mots, ce sont également des écoles touchées
08:18par des violences pédocriminelles.
08:20Voilà.
08:21Donc, les parents font une opération, ils se sont regroupés en collectif,
08:24une opération quartier mobilisé.
08:26Et puis, ce soir, à Montreuil, il y aura un autre collectif.
08:30Donc, on est à l'extérieur de Paris, une ville où il y a 11 écoles
08:34concernées par des signalements.
08:35Ça fait vraiment, effectivement, encore un autre aspect du côté systémique,
08:41en dehors de Paris.
08:42Et là, également, on sera là, en particulier, pour rappeler aux mairies
08:46qu'aujourd'hui, il est très important qu'elles communiquent aux parents
08:49quand il y a des plaintes, parce que ne pas le faire,
08:51ça ne permet pas aux parents de voir si leurs enfants sont victimes
08:55et de repérer les signaux faibles.
08:56Aujourd'hui, il n'y a absolument pas de base légale
08:59quand une mairie, par exemple, subit l'injonction d'une brigade des mineurs
09:02qui demande de ne pas parler, ou quand la mairie elle-même
09:06fait des injonctions aux parents élus en leur demandant de ne pas parler.
09:09Ça n'est plus possible.
09:10Aujourd'hui, les parents doivent être informés
09:12quand il y a une plainte dans un établissement.
09:14Et c'est pour ça que les parents se regroupent.
09:16Ils ont droit à la transparence et à l'honnêteté des institutions.
09:19Et la confiance reviendra uniquement comme ça.
09:22Bien.
09:22Et ces violences dans le périscolaire vont faire l'objet
09:25d'une commission d'enquête du Sénat.
09:27Elle a six mois pour rendre ses conclusions.
09:29Ce sera donc à la fin de l'année.
09:31Anne, merci à vous.
09:32Je rappelle que vous êtes la cofondatrice du collectif SOS Périscolaire.
09:37Merci.
09:37Merci d'avoir été avec nous.
09:38Merci à vous.
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