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Isabelle Debré, présidente de l’association L’Enfant Bleu, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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00:055h41 sur Europe 1, votre invitée ce matin, Alexandre Lemaire et Isabelle Debré, présidentes de l'association L'Enfant Bleu
00:11et ancienne sénatrice.
00:13Bonjour Isabelle Debré.
00:14Bonjour.
00:15L'onde de choc, Liana, la colère des Français et la pression sur le sommet de l'État.
00:21Les ministres de la Justice, Gérald Darmanin et de l'Intérieur, Laurent Nunez, ont notamment été auditionnés hier par le
00:27Sénat.
00:28On apprend également que la mère d'une jeune fille de 11 ans qui avait dénoncé l'année dernière un
00:33viol commis par Jérôme Barrella va porter plainte contre l'État et Gérald Darmanin.
00:40Vous êtes à la tête d'une association reconnue de protection de l'enfance, L'Enfant Bleu. Qu'allez-vous
00:46faire Isabelle Debré ?
00:47Alors l'association L'Enfant Bleu va se constituer partie civile.
00:51Je demanderai l'aval bien sûr de notre conseil d'administration mais je ne doute pas qu'ils suivront mes
00:59recommandations puisque je pense qu'il faut tout de suite regarder où se situent toutes les failles et toutes les
01:05défaillances.
01:06Il y en a une qui nous saute aux yeux.
01:08C'est bien évidemment la plainte de la maman de la petite qu'on appelle Rosa puisque cette petite fille
01:14avait parlé à sa maman et que sa maman a porté plainte pour viol.
01:20Il y a eu des examens médicaux, il y a eu des examens psychologiques qui ont montré que la petite
01:26fille bien évidemment disait tout ce qu'elle disait était vrai.
01:30Ce que l'on ne comprend pas, c'est pourquoi il a fallu attendre, même encore aujourd'hui, il n
01:35'est toujours pas convoqué, mais neuf mois après, cet individu n'a pas été convoqué.
01:41Et de plus, la maman qui demandait des nouvelles s'est entendue dire si vous continuez à nous harceler comme
01:49ça, nous portons plainte, nous déposons une main courante pour harcèlement.
01:54Je trouve ça totalement odieux.
01:56Vous nous annoncez donc ce matin sur Europe 1 que vous vous constituez partie civile en tant que personne morale
02:02au nom de votre association de protection de l'enfance,
02:05ce qui va vous permettre de participer à la procédure pénale, Isabelle Debré.
02:10Plus jamais ça, en effet.
02:12Combien de fois l'avons-nous entendu ?
02:13L'histoire se répète ici.
02:15Et oui, quand vous égrinez les noms d'Estelle, de Maëlys, maintenant de Liana, toutes ces petites filles qui n
02:23'auraient jamais dû disparaître de cette façon, je trouve ça d'une tristesse folle, il va falloir que ça cesse,
02:32clairement.
02:33Nous n'écoutons pas la justice, n'écoutent pas assez la parole des enfants, pour commencer.
02:37Alors, je ne sais pas. Je ne sais pas. C'est peut-être pas qu'ils n'écoutent pas, puisque
02:43maintenant nous avons les salles Mélanie, nous avons les UAPED pour recueillir la parole des enfants.
02:48Il me semble que la petite Rosa avait été entendue dans une salle Mélanie.
02:54Je verrai quand nous constituerons partie civile et que nous aurons accès au dossier.
02:59Mais pourquoi la justice n'a pas suivi ? Pourquoi cet individu n'a pas été interpellé ?
03:05Il y a entendre et écouter, Isabelle Debré.
03:07Mais oui, exactement. Donc là, je ne comprends pas. Je ne sais pas comment cela peut se faire, à partir
03:14du moment où il y avait vraiment toutes les preuves.
03:16Et c'est pour ça que l'association L'Enfant Bleu a édité un livre blanc en 2023, le deuxième
03:22livre blanc, où il y avait 23 propositions.
03:25Et dans ces propositions, il y avait justement qu'il fallait ouvrir une enquête dans les trois mois, dès qu
03:31'il y avait une plainte d'un mineur.
03:33Donc là, je ne comprends pas pourquoi, après neuf mois, cette personne n'a pas été entendue.
03:40C'était il y a trois ans, effectivement. Et on a le sentiment, en tout cas, que rien ne bouge.
03:45La chaîne des responsabilités va être recherchée.
03:49Le rapport d'inspection, a dit Gérald Darmanin, sera rendu public.
03:53Mais, ajoute le ministre de la Justice, il a redit, pas besoin de davantage de moyens.
03:57Au contraire de l'avocat de la famille de Liana, si la justice avait eu plus de moyens, dit-il,
04:03ce drame aurait pu être évité.
04:05Quel est votre sentiment, Mme Jérôme ?
04:08Mais bien sûr, écoutez, nous avons quatre fois moins de procureurs que la moyenne européenne.
04:15Nous en avons quatre fois moins que la moyenne européenne.
04:18Nous sommes les avant-derniers en nombre de procureurs des pays européens.
04:23Nous avons deux fois moins de juges que la moyenne européenne.
04:27Donc, il y a quelque chose qui ne va pas.
04:28Il y a quelque chose qui ne va pas.
04:29Qu'on ne me dise pas qu'il y a suffisamment de personnel.
04:32Je pense qu'il n'y a pas suffisamment de moyens humains.
04:35Il n'y a pas suffisamment non plus, peut-être, de moyens financiers.
04:42Il y a quelque chose qui ne va pas.
04:43Ce n'est pas normal que nous soyons les avant-derniers de l'Union européenne, enfin des pays européens.
04:52Je crois qu'il y a vraiment un problème.
04:53Il y a aussi certainement un problème de formation.
04:56Alors, formation, par exemple...
04:58Des magistrats ?
04:59Des magistrats et des personnes qui recueillent la parole des enfants
05:02et qui recueillent aussi la parole des personnes qui viennent porter plainte.
05:06Il n'est pas normal qu'on ait dit à la maman de Rosa,
05:08si vous continuez à nous appeler comme ça, nous allons déposer une main courante pour harcèlement.
05:13Je crois que là, il y a vraiment un problème humain aussi.
05:16Donc, il faut peut-être former un peu mieux, aussi bien la police, la gendarmerie, les juges,
05:22toutes les personnes, toute la chaîne.
05:24Il va falloir vraiment former toutes ces personnes au recueil de l'enfant,
05:28des paroles de l'enfant et au recueil aussi des dépôts de plainte.
05:32Alors, les solutions, si l'on veut vraiment que ça change.
05:35On entend des choses, on entend les associations, la gauche notamment,
05:39réclamer une loi intégrale contre les violences sexuelles.
05:42Est-ce qu'on a encore besoin de légiférer ?
05:45Ou est-ce qu'il faudrait plutôt commencer par appliquer l'arsenal législatif existant ?
05:48Je pense qu'il faut déjà appliquer l'arsenal législatif existant, clairement.
05:53Il faut que tout le monde prenne conscience de ce qui se passe dans notre société actuellement.
05:57Il y a de plus en plus de dépôts de plainte, en tout cas, et d'enfants.
06:03Quand vous voyez qu'il y a 160 000 enfants qui sont abusés, il y a quelque chose qui ne
06:08va pas dans notre société, déjà.
06:10Et puis, surtout, il va falloir prendre les moyens pour que cela fête.
06:14Est-ce que vous savez qu'il y a 30% des personnes qui ont été abusées qui deviennent abuseurs
06:21après ?
06:21Il faut casser cette chaîne.
06:23Il faut casser cette spirale.
06:25Donc aujourd'hui, les associations, bien évidemment, toutes les associations de protection de l'enfant sont devant debout.
06:30Ils ont raison.
06:31Mais je crois que toutes les associations seront d'accord avec moi.
06:34Il faut passer aux actes maintenant.
06:36Avant même, les commissions et les lois, etc.
06:40Passons aux actes, appliquons la loi.
06:42Et effectivement, nous pouvons aussi l'améliorer.
06:44On entend aussi des voix comme celle de l'avocate Rachel Florepardeau
06:48plaider pour la création d'un parquet national entièrement dédié aux violences sexuelles, à la pédocriminalité.
06:53Comme c'est déjà le cas pour l'antiterrorisme, pour la délinquance financière.
06:57Est-ce que ça, ça permettrait de faire avancer les choses ?
07:00Écoutez, je ne sais pas.
07:02Je ne suis pas juriste.
07:03Moi, la seule chose que je sais, c'est qu'il y a une enquête dans les trois mois qui
07:08suivent le dépôt de plainte.
07:09Et en plus, je rajouterais que peut-être...
07:12Il faudrait peut-être que ce soit une priorité, les enfants, ce sont les adultes de demain.
07:19Donc, je pense qu'aujourd'hui, il faudrait peut-être appliquer le principe de précaution
07:22lorsqu'il s'agit d'une plainte d'un mineur de moins de 15 ans.
07:26Oui.
07:26Alors, face au banquement de l'État régalien dont on parle avec vous, Isabelle Debré,
07:30on remet également sous les projecteurs ce combat quotidien de traqueurs, de pédophiles,
07:37des citoyens qui les prennent au piège sur Internet en se faisant passer pour des enfants,
07:41ce qui a déjà débouché sur des centaines de condamnations du reste.
07:44Est-ce qu'il faut l'encourager sans réjouir ?
07:47Ou est-ce que c'est surtout pour vous le signe que notre justice va vraiment mal ?
07:50Alors, il y a l'off mine qui a été créée et qui, effectivement,
07:54craque tout ce qui est sur Internet le plus possible.
07:57Est-ce qu'ils ont un titre personnel ? J'en doute.
07:59Si nos concitoyens ont pris ça en main, pourquoi pas ?
08:02Mais il ne faut pas se faire justice soi-même.
08:04C'est ça, surtout. Il faut faire attention.
08:06On est dans une société où on ne doit pas se faire justice soi-même.
08:09Mais c'est vrai que nous avons des appels à l'enfant bleu
08:11où beaucoup de concitoyens disent que si ça continue, on va se faire justice soi-même.
08:15Non, non, non. Il ne faut pas en arriver là.
08:16Il faut rester, effectivement, avoir raison gardée,
08:21même si je comprends très bien que de temps en temps,
08:23on a envie de se faire justice soi-même.
08:27Mais j'espère qu'on n'en arrivera pas là.
08:29Isabelle Debré, présidente de l'association L'Enfant Bleu,
08:32je rappelle que vous nous avez annoncé ce matin
08:34que votre association va se porter partie civile
08:37dans l'affaire après la mort de Liana.
08:40Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
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