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Georges Fenech, ancien juge d'instruction, répond aux questions d'Alexandre Le Mer.

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00:055h42 sur Europe 1. Votre invité ce matin, Alexandre Lemaire et Georges Fenech, ancien magistrat.
00:10Bonjour Georges Fenech.
00:11Bonjour.
00:12L'affaire Liana devient une affaire d'Etat, un bras de fer s'est engagé entre les magistrats et leur
00:18ministre Gérald Darmanin.
00:19Le garde des Sceaux demande au procureur généraux de reprendre en urgence toutes les plaintes qui touchent les enfants.
00:26Ça en fait 70 000. Il veut un bilan, le ministre, avant le 14 juillet.
00:31Alors déjà, première question, Georges Fenech. En à peine plus d'un mois, est-ce que c'est seulement faisable,
00:37sérieusement, sans rien laisser passer ?
00:39Oui, écoutez, ça fait beaucoup, beaucoup de procédures, 70 000. Comment vont-ils s'y prendre ?
00:47Et puis, j'ai envie de vous dire, ça fait un peu rustine, catastrophe, alors qu'on est sur un
00:53Titanic, la justice qui est en train de couler.
00:56Et on essaye comme ça de colmater des brèches et de dire tout de suite, là, avant le 15 juillet,
01:01vous allez vérifier, etc.
01:03Vous sentez bien qu'il y a quelque chose qui ne va pas dans la justice, qui...
01:07Et d'ailleurs, c'est pas nouveau, ça ne date pas de M. Darmanin.
01:10On peut remonter bien plus loin.
01:12Moi, j'ai en mémoire le scandale national qui avait été déclenché par la mise en liberté d'un certain
01:17Tony Meillon,
01:18par juillet d'application des peines, lequel avait donc prématurément été en liberté,
01:24récidivé, assassiné, violé une jogueuse.
01:26M. Sarkozy était intervenu.
01:28Il avait demandé la responsabilité des juges, etc., etc.
01:31Donc, si vous voulez, c'est une histoire qui se répète l'affaire Elias il n'y a pas si
01:36longtemps.
01:37Donc là, le garde des Sceaux sent que sa responsabilité politique est en jeu.
01:42Et bien sûr qu'elle est en jeu, sa responsabilité politique.
01:47Mais encore une fois, il n'est pas le seul responsable d'une dérive et d'une descente aux enfers
01:52de la justice
01:53qui est depuis au moins quatre décennies.
01:56Mais pour autant, il fait ce qu'il peut.
01:59J'allais dire, voilà, il fait ce qu'il peut.
02:01On ne peut pas le reprocher d'avoir de la bonne volonté.
02:04Il fait ce qu'il peut.
02:05Alors, ce que je veux savoir, Gérald Darmanin, en fait, et ce que tout le monde veut savoir du reste,
02:09c'est si la série de défaillances judiciaires qui a conduit à la mort de Liana est, oui ou non,
02:13un cas isolé.
02:14Est-ce que vous croyez, Georges Fenech, que parmi les 70 000 plaintes en cours,
02:19il existe d'autres exemples, beaucoup d'autres cas similaires ?
02:23Mais malheureusement, moi, ça ne me fait aucun doute dans mon esprit.
02:26Il doit y avoir beaucoup, beaucoup, beaucoup de procédures, effectivement,
02:29qui ne sont pas traitées avec la célérité qu'elles devraient être
02:33et qu'il y a dans la nature des prédateurs sexuels.
02:36Mais bien sûr, une affaire chasse l'autre, on ne s'en souvient plus.
02:40Mais vous verrez que malheureusement, malheureusement, le prénom martyr de cette pauliana
02:45qui est la victime de toute notre société,
02:49collectivement, j'allais dire presque,
02:50cette parole de l'enfant qui n'est pas entendue dans l'autre dossier
02:54qui amène à cette terrible drame,
02:57ce nom ne va pas clôturer une liste.
02:59Ça va malheureusement continuer si on ne prend pas les véritables mesures,
03:03des véritables moyens et pas en catastrophe dans l'été
03:07pour essayer de trouver des dossiers qui ne seraient pas traités.
03:10Alors les moyens, effectivement, manque de moyens dénoncés à nouveau par les magistrats.
03:14On avait d'ailleurs entendu dire, vous dites que ce n'est pas nouveau en effet,
03:16Georges Fenech, dans la bouche même d'Éric Dupond-Moretti,
03:19quand il était garde des Sceaux,
03:20dire qu'il voulait tourner la page de la clochardisation de la justice.
03:23Et là, on entend Emmanuel Macron prévenir,
03:26il a dit, moi je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire.
03:30Est-ce qu'effectivement, ce n'est pas pourtant aussi là le problème ?
03:35Il y a incontestablement un retard considérable de la justice française
03:40par rapport aux autres pays européens.
03:45On participe par exemple avec l'Allemagne,
03:47moitié moins, si vous voulez, budgétairement.
03:50Donc il y a un vrai souci,
03:51même si sous Dupond-Moretti, il faut le reconnaître,
03:53il y a eu un rattrapage important.
03:55Mais on part de tellement loin.
03:57Et où sont les places de prison qui devaient être construites, etc.
04:00Voyez-vous.
04:01Donc, alors, ce que dit le Président de la République
04:06est vrai et faux,
04:07parce que dans cette affaire-là,
04:10on sent bien que ce n'est pas uniquement une question de moyens.
04:12Il y a eu des failles, peut-être personnelle-même, individuelle.
04:17Il y a eu une mauvaise orientation de la procédure.
04:20Enfin, moi j'étais procureur,
04:21jamais on transmettait un viol sur mineurs
04:25qui, plus est, à une brigade territoriale de gendarmerie
04:27qui n'est pas équipée.
04:29De Toulouse jusqu'à Hoche, en l'occurrence.
04:31Donc, effectivement, problème de la taille de la brigade de gendarmerie
04:34concernée Georges Fennec,
04:35mais aussi la perte de temps liée à toute la correspondance
04:37qui s'est faite par papier, visiblement, même pas par e-mail.
04:41Oui, on voit bien que là,
04:42il y a effectivement un dysfonctionnement, je dirais, systémique,
04:46les transmissions par papier, etc.
04:48Mais il y a aussi, manifestement,
04:50l'inspection le dira,
04:52il y a eu des choix tout à fait étonnants.
04:54On ne choisit pas une brigade territoriale,
04:56on n'envoie pas ça comme ça par un choix transmis,
04:59on saisit, normalement, on doit saisir tout de suite
05:01un jeu d'instruction de ce type d'affaires.
05:04Alors, les moyens, la sérénité de la justice,
05:07est-ce qu'en tout état de cause,
05:08la justice peut fonctionner correctement
05:09lorsqu'il existe cette défiance
05:11que l'on voit à nouveau entre les magistrats et leurs ministres ?
05:14Prenons le syndicat de la magistrature
05:17dans une rare lettre au ministre,
05:19dénonce des attaques inadmissibles contre les magistrats.
05:21Le président de la conférence des procureurs
05:23déplore, lui, que le gouvernement les jette en pâture,
05:26autrement dit, qu'il se défausse sur eux devant l'opinion.
05:30Est-ce que c'est aussi votre lecture des choses ou pas du tout ?
05:32Non, moi, je pense qu'encore une fois,
05:35le garde des Sceaux a raison de réagir.
05:40La réaction à rebours de la magistrature ne m'étonne pas.
05:44C'est un véritable pouvoir aujourd'hui
05:46qui fonctionne un peu en vase clos,
05:49sans compte à rendre à qui que ce soit.
05:52Cette affaire doit mettre sur la table
05:55la question de comment on traite
05:57de la responsabilité des juges
05:59dans leur prise de décision.
06:00Ils ont un régime d'exception aujourd'hui,
06:02par rapport à ce qu'ils disent.
06:03C'est les seuls, aujourd'hui, en France,
06:05dans les grands corps de l'État,
06:07ou même dans le privé,
06:09tout le monde est responsable.
06:10Aujourd'hui, c'est un chef d'entreprise,
06:11un médecin, un élu.
06:12Les magistrats sont les derniers à échapper
06:15à une responsabilité professionnelle.
06:18Donc, il faudra bien,
06:19et ça a été lancé d'ailleurs par Bruno Rotaillot,
06:22l'idée d'une commission de discipline extérieure
06:25pour éviter le corporatisme.
06:26J'entends dire aussi,
06:28aujourd'hui même, par Édouard Philippe,
06:30ça c'est une grande nouveauté,
06:31qui pose la question de l'opportunité
06:33des syndicats de magistrats.
06:35Moi, ça fait très longtemps que je me bats,
06:37effectivement, pour désyndicaliser la magistrature,
06:39pour la dépolitiser.
06:41Donc, on voit bien que les plaques
06:43sont en train de bouger.
06:44Mais est-ce qu'elles vont aller jusqu'au bout ?
06:47Ça sera l'objet, je pense,
06:48aussi du débat présidentiel.
06:50Ah, exactement.
06:51C'est là où j'en venais,
06:52puisque vous mentionnez Édouard Philippe,
06:53qui est officiellement candidat
06:55à la présidentielle, Georges Fenech.
06:56L'impact, on voit l'impact énorme
06:59dans l'opinion de l'affaire Liana.
07:02C'est une affaire qui va peser
07:03sur le débat de la campagne présidentielle,
07:05qui va être centrale.
07:06Oui, la question de la sécurité
07:10est évidemment une des préoccupations premières
07:13des Français, des électeurs
07:15qui auront une réponse en 2027.
07:17La justice fait partie de cette chaîne.
07:21Rappelez-vous ce que disait la police.
07:23Le problème de la police, c'est la justice.
07:26Si le dernier maillon de la chaîne,
07:28qui est la justice, ne fonctionne pas,
07:30tout le reste s'écroule.
07:31C'est pour ça qu'aujourd'hui,
07:32on a une explosion de la délinquance.
07:36On voit bien les mesures très laxistes
07:37qui ont été prises,
07:38notamment après les émeutes consécutives
07:40à la victoire du PSG.
07:41Il y a eu, je crois,
07:42trois condamnations
07:43sur des centaines d'interpellations.
07:45On voit bien que la justice
07:46est un peu déconnectée.
07:48Ce n'est pas une question
07:49uniquement de moyens.
07:50la procureure de Paris
07:51avait requis des peines fermes
07:53contre ces émeutiers
07:54et ces casseurs.
07:55Malheureusement,
07:55elle n'a pas été suivie.
07:57Pourquoi ?
07:57Interrogez-vous.
07:58Donc, c'est toutes ces questions
07:59qui feront l'objet du débat politique
08:01qui viendra bientôt.
08:02Georges Fenech,
08:03ancien magistrat,
08:04ancien juge d'instruction.
08:05Merci.
08:05Merci d'avoir été avec nous
08:06ce matin sur Europe 1.
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