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Télématin reçoit François Gemenne, professeur à HEC et membre du GIEC.

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Transcription
00:00Et on va continuer de parler de cette canicule.
00:0278 départements en vigilance orange, vous venez de le voir avec Julia.
00:06On parle de quoi ? La cinquième canicule en moins de trois mois.
00:10Et encore, on ne sait pas trop si ça se finit, ça ne s'arrête pas dans certains départements.
00:14Il y a des multiples conséquences, notamment des incendies dévastateurs.
00:17Une sécheresse qui s'installe, qui s'aggrave.
00:20On va se demander ce matin si on est condamné à vivre de tels étés
00:24et surtout comment faire face à cette sécheresse.
00:27On reçoit ce matin François Gemmène. Bonjour.
00:28Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin, professeur AHEC, membre du GIEC.
00:33On l'a vu, cette carte très parlante, recouverte, une nouvelle fois d'orange.
00:39Ce n'est plus une anomalie, ça, ça devient notre norme ?
00:42C'est très important qu'on considère que ce ne sont pas des anomalies exceptionnelles
00:47et que ça devient la norme.
00:48Parce que ça veut dire qu'il faut se préparer, s'adapter à ce qui va devenir la nouvelle norme.
00:53Alors je comprends qu'on parle évidemment de températures exceptionnelles
00:56parce qu'on les compare au passé.
00:57Par contre, si on les compare au futur, il faut bien se dire que, effectivement,
01:01nous allons devoir nous préparer et nous adapter.
01:03Et il y a plein de choses à faire.
01:05On voit bien sur les canicules, sur les incendies, sur l'eau, sur l'agriculture,
01:09qu'on n'est pas prêt, qu'il va falloir faire plein de choses.
01:12Et il y a plein de choses à faire.
01:13Et donc, c'est des chantiers qu'il va falloir ouvrir peu à peu.
01:16Ce que vous nous dites, c'est que nos étés vont ressembler à ça, voire pire.
01:20On n'est pas obligé de souffrir de cette manière.
01:22On n'est pas obligé de souffrir autant des canicules.
01:24On n'est pas obligé d'avoir de tels impacts et de telles pertes sur l'agriculture.
01:28On n'est pas obligé d'avoir de tels niveaux de sécheresse avec des privations d'eau.
01:32Il y a plein de mesures qu'on peut prendre en matière d'adaptation
01:36pour que nous vivions mieux avec cette température.
01:39En réalité, on entre dans un climat qu'on ne connaît pas encore.
01:43Le pays est adapté pour un climat du passé.
01:46Il va maintenant falloir l'adapter pour le climat dans lequel nous entrons.
01:49Je pense que c'est important pour les téléspectateurs de rappeler que ça tient sur deux piliers.
01:53C'est l'adaptation.
01:54C'est changer, réformer un peu notre façon de vivre.
01:57Et l'atténuation, c'est limiter les émissions dans l'atmosphère.
02:00Exactement.
02:01Et les deux sont indissociables.
02:02Il ne faut certainement pas les opposer.
02:04Parfois, on a l'impression que quand on discute d'adaptation,
02:06c'est un peu un discours de renoncement ou de défaitisme,
02:09comme si on avait renoncé à faire baisser nos émissions de gaz à effet de serre.
02:13Vous faites allusion à la clim, par exemple, qui a fait débarque.
02:15Parfois, qui sont évidemment la racine du problème.
02:17En réalité, les deux sont complémentaires.
02:19Il faut à la fois éviter ce qui deviendrait ingérable,
02:23c'est pour ça qu'il faut réduire nos émissions de gaz à effet de serre,
02:25et il faut également gérer ce qui est d'ores et déjà inévitable,
02:29et ça, c'est l'adaptation.
02:31Parce qu'on sait bien évidemment que même si nous devons continuer
02:34à baisser nos émissions de gaz à effet de serre,
02:36les impacts du changement climatique que va subir le pays
02:38ne sont pas directement corrélés avec nos émissions ici et maintenant.
02:43Il y a un décalage dans le temps et dans l'espace.
02:45C'est intéressant cette question de l'adaptation.
02:47On voit bien qu'on a énormément de retard.
02:49Pardon, mais ces images des hôpitaux obligés d'accrocher des couvertures de survie,
02:53elles nous ont frappé ces derniers temps.
02:55Pourquoi on a autant de retard ?
02:56Ça fait des années que le GIEC nous alerte.
02:58Parce que malheureusement, on attend toujours d'être un peu au pied du mur,
03:02d'être au milieu de la crise pour se dire
03:05« Ah là là, si on avait su, on aurait dû écouter un tel,
03:07on aurait dû lire tel rapport. »
03:09La clé de l'adaptation, c'est l'anticipation.
03:12Et donc, plus on va attendre, plus ça va coûter cher,
03:16plus il va y avoir des problèmes.
03:18Et je dirais que l'enjeu, c'est aussi que nous en parlions
03:21en dehors de ces périodes de crise.
03:23Là, on en parle beaucoup parce qu'on a des problèmes de sécheresse,
03:26d'incendie, de canicule.
03:28Le mois prochain, sans affoler tout le monde,
03:30on aura sans doute des problèmes d'inondations.
03:31Pourquoi des inondations ?
03:32Parce que les sols ont été très asséchés
03:35et parce que le changement climatique va créer un système de précipitation
03:39qui va devenir beaucoup plus aléatoire.
03:41Donc, vous allez avoir des précipitations massives à certains endroits,
03:45sur des sols qui sont très asséchés ou bétonnés,
03:47et donc un risque d'inondations.
03:49Et donc, il va falloir aussi se préparer à la question des inondations.
03:52Ça sera sans doute le sujet pour le mois prochain.
03:54Parce que l'atmosphère, elle va contenir de plus en plus d'humidité.
03:57Et du coup, on appelle ça des épisodes sévenoles ou méditerranéens.
04:00Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que finalement,
04:01le réchauffement climatique, le changement,
04:03ce ne sont pas que des températures caniculaires,
04:05ce sont des marqueurs plus intenses, plus fréquents.
04:07En fait, François Gemmènes.
04:08On va avoir une augmentation à la fois de la fréquence et de l'intensité
04:12des événements extrêmes.
04:13Donc, des très fortes chaleurs, mais également des précipitations intenses.
04:17Une atmosphère qui se réchauffe de 1 degré,
04:19elle contient 7% d'humidité en plus.
04:22Là, on est déjà un peu au-dessus de plus de 2 degrés en France.
04:25Donc, ça veut dire qu'on a 15% d'humidité en plus dans l'atmosphère.
04:28Donc, quand il pleut, il pleut davantage.
04:30Ça, c'est intéressant parce que cet hiver,
04:31on a eu pas mal de pluie finalement.
04:33Et là, on se retrouve dans un état de sécheresse.
04:35On a 70% de la France qui est concernée par des restrictions d'eau.
04:38Qu'est-ce qu'on fait face à cette sécheresse ?
04:40Qu'est-ce qu'on peut faire très concrètement ?
04:41Est-ce qu'on est condamné, là aussi, à vivre ces restrictions d'eau ?
04:45Il y a des communes où on n'a pas d'eau potable.
04:47Elle est coupée en ce moment.
04:48Bien sûr.
04:52Parfois, considérer que l'eau était un peu surabondante,
04:54qu'on n'avait pas de problème d'eau,
04:56qu'il n'y avait pas besoin de la gérer tout au long de l'année.
04:58Il y a plein de choses à faire.
05:00Juste trois choses à faire qui me paraissent très importantes.
05:03La première, c'est faire évoluer les filières agricoles.
05:06Il va falloir qu'on cultive des choses différentes à d'autres endroits,
05:11aller notamment vers des cultures qui soient plus résistantes à la chaleur
05:14et moins gourmands dans l'eau.
05:16Et ça, il faudra évidemment accompagner les filières agricoles.
05:19Ça ne peut pas être la seule responsabilité des agriculteurs.
05:21Deuxième point, il va falloir stocker davantage l'eau.
05:24Comme je l'ai dit, le régime de précipitation va devenir de plus en plus aléatoire.
05:28Et donc, il va falloir stocker l'eau quand elle tombe en abondance.
05:32C'est un sujet qui est très, très polémique en France avec la question des mégabassines.
05:36Vous savez que les opposants aux mégabassines vont vous répondre
05:39que ce n'est pas réglé le problème,
05:41qu'en fait, on va aller pomper dans les nappes phréatiques,
05:44qu'on ne stocke pas uniquement de l'eau de pluie.
05:46Ça, ce sont les arguments des opposants.
05:47D'abord, il y a plusieurs manières de le faire.
05:49Il n'y a pas uniquement les mégabassines.
05:51Il y a d'autres types de stockage,
05:53notamment des retenues collinaires qui ne vont pas pomper dans les nappes phréatiques, etc.
05:56Et ensuite, le gros argument d'opposition,
06:00notamment sur les mégabassines,
06:01c'est la crainte qu'effectivement, un groupe de personnes
06:03se réserve pour lui tout seul une ressource qui devient de plus en plus rare.
06:08Donc, la question des arbitrages entre les différents usages,
06:11entre l'agriculture, l'industrie et la consommation,
06:13va devenir absolument essentielle.
06:16Mais effectivement, il va falloir stocker davantage l'eau.
06:19Troisième point, c'est la question des canalisations.
06:21Aujourd'hui, on ne récupère pas suffisamment les eaux usées.
06:24On perd un litre d'eau sur cinq à cause d'un mauvais entretien des canalisations.
06:28Et il va aussi falloir transférer de l'eau de certaines régions vers d'autres du pays.
06:34Les Romains, au temps de l'Empire romain, avaient créé un grand système d'aqueducs
06:38parce qu'ils avaient bien compris ce problème d'inégalités.
06:40On va aussi avoir de grandes inégalités territoriales.
06:43Et donc, il va falloir se transférer de l'eau d'une région à l'autre.
06:46Est-ce qu'on peut faire preuve aussi un peu de résilience ?
06:48Parce que j'ai beaucoup de gens qui m'interpellent en me disant
06:50« Mais alors finalement, on ne peut rien faire si on peut toujours faire des choses, François Gemmène.
06:54Si on vise l'horizon 2050, quels sont les leviers sur lesquels aujourd'hui on peut agir
06:58d'un point de vue politique global et macro et économique, allons-nous dire ? »
07:02C'est notre niveau avec les éco-gestes.
07:03Bien sûr.
07:03Alors, pour stabiliser les températures, il faut viser la neutralité carbone,
07:08c'est-à-dire le point d'équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre
07:11qu'on envoie dans l'atmosphère et celles que la Terre peut absorber naturellement
07:14via les forêts, les océans, les sols, les zones humides, etc.
07:18La priorité, pour le moment, c'est de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles.
07:22Les énergies fossiles, c'est les trois quarts du problème.
07:24C'est pour ça que des plans comme le plan d'électrification de la France
07:28sont absolument nécessaires pour électrifier la mobilité, le logement, l'industrie.
07:32C'est aussi un enjeu évidemment international.
07:34Moi, ce qui m'inquiète le plus, c'est que plus les effets du changement climatique sont visibles,
07:39plus on élit dans le monde des dirigeants climato-sceptiques
07:42qui sont dans le déni de la science encore récemment en Colombie.
07:46Et donc, il y a une grosse action à mener au niveau international.
07:49Je dis souvent que le ministère en France le plus puissant pour lutter contre le changement climatique,
07:52c'est le Quai d'Orsay, c'est le ministère des Affaires étrangères.
07:55Donc là, il y a quelque chose de fondamental.
07:57Et puis, il reste un dernier quart qui tient à la question de la déforestation
08:01qui est souvent liée à l'agriculture.
08:03Là aussi, on fait des progrès.
08:04Le Brésil fait des progrès absolument importants.
08:07La Chine, on ne le sait pas suffisamment,
08:09mais fait des progrès tout à fait spectaculaires
08:11pour réduire sa dépendance au charbon.
08:14Et la France aussi fait des progrès.
08:14Et la France aussi.
08:15On est pas si mauvais élève.
08:16La France est partie depuis bien longtemps.
08:18Alors, il y a bien sûr des choses qu'on pourrait améliorer en France,
08:20mais la France fait plutôt partie des bons élèves.
08:22Il faut pouvoir le reconnaître.
08:23Allez, on finit sur cette note positive.
08:25Merci.
08:25Merci à vous, François Gemmène, d'avoir été avec nous,
08:27professeur à HEC et membre du GIEC.
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