- il y a 21 heures
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Jeff Wittenberg revient sur les questions qui font l’actualité avec Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités.
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00:00Bonjour Jean-Pierre Farrandou.
00:02Bonjour.
00:02Merci d'être avec nous ce matin.
00:03Avec vous, bien sûr, on va parler du travail, de la sécurité au travail,
00:06mais aussi des salaires, et d'abord des salaires,
00:08de la transparence salariale plus précisément,
00:10c'est-à-dire de la communication des salaires dans l'entreprise.
00:12Pourquoi ? Eh bien parce qu'il y a une directive européenne
00:15qui oblige la France à se prononcer avant le 7 juin.
00:18Nous sommes le 5 juin, M. le ministre du Travail.
00:20Qu'est-ce que vous allez faire ?
00:22Oui, on peut rappeler peut-être de quoi il s'agit.
00:24Il s'agit en fait de donner un nouveau droit aux salariés,
00:27qu'ils soient des hommes, qu'ils soient des femmes.
00:28Chaque salarié pourra situer sa rémunération
00:31par rapport à la moyenne de la catégorie à laquelle il appartient.
00:34Et donc, vous avez décidé, puisqu'il y a, je le répète,
00:37une directive européenne qui doit être transposée dans le droit français,
00:40et aujourd'hui, rien n'est fait, il n'y a pas de projet de loi.
00:42Est-ce qu'il y a quelque chose qui va se passer ?
00:44Oui, oui, alors j'ai une bonne nouvelle à annoncer,
00:46puisque nous avons décidé de lancer le processus de fabrication de la loi.
00:50Le projet de loi sera transmis au Conseil d'État au plus tard,
00:53pour dimanche prochain, 7 juin.
00:55Donc on va démarrer, et j'espère qu'on pourra voter cette loi à la fin de l'année.
00:58On a pris un peu de temps pour les concertations,
01:00c'est pour ça qu'on a un petit peu de retard par rapport au calendrier européen,
01:03mais il fallait concerter à la fois avec les organisations professionnelles
01:06comme avec l'organisation syndicale.
01:07Les points de vue étaient assez éloignés les uns des autres,
01:09et le gouvernement a essayé de trouver l'équilibre
01:11entre les positions exprimées par les uns et par les autres.
01:13Le patronat y est plutôt opposé à cette transparence salariale ?
01:17Oui, le patronat y est opposé,
01:18parce qu'il craint de nouvelles normes,
01:20de nouvelles tracasseries administratives,
01:21et de l'autre côté, l'organisation syndicale, au contraire,
01:24il voit de nouveaux droits, il veut les amener le plus loin possible.
01:26Chacun est dans son rôle,
01:27et le gouvernement va essayer d'être à l'équilibre
01:30entre les deux points de vue exprimés.
01:32Qu'on comprenne bien concrètement,
01:33ça veut dire que chaque salarié va pouvoir connaître
01:36le salaire de chacun de ses collègues ?
01:38C'est comme ça que ça va se passer,
01:39ou ça sera par catégorie en quelque sorte ?
01:41C'est par catégorie, pas de chacun de ses collègues,
01:43ça reste privé, j'allais dire.
01:44Mais par contre, chaque salarié appartiendra
01:46à une catégorie d'emplois homogènes,
01:49de qualifications homogènes,
01:50et il pourra situer sa rémunération par rapport à cette moyenne.
01:53C'est une information importante,
01:54qui pourra ensuite utiliser peut-être dans la cale de discussion
01:56avec ses managers.
01:58Donc la France se met en conformité avec le droit européen.
02:01Est-ce que ça va être aussi l'occasion de constater
02:04l'immense, enfin, disons,
02:06une moyenne de 20%,
02:07la grande disparité qu'il y a entre les salaires des hommes
02:09et les salaires des femmes aujourd'hui ?
02:11Oui, d'abord, je veux dire, bien sûr,
02:12je suis favorable à l'esprit de cette loi,
02:14bien sûr, moi je suis communément d'accord
02:15avec le fait qu'une femme doit gagner autant qu'un homme,
02:17par exemple.
02:1720% d'écart aujourd'hui ?
02:18Alors ces 20%,
02:19il y a trois causes.
02:21La transposition de la directive dont nous parlons
02:23va vraiment s'attaquer au noyau dur,
02:25c'est-à-dire qu'à job égal, salaire égal.
02:26Ça, c'est en gros 5% d'écart,
02:28c'est 5% de trop,
02:29il n'y a aucune justification.
02:30Ensuite, vous avez le fait que les femmes
02:32occupent parfois des métiers moins rémunérés,
02:34donc forcément en moyenne,
02:36la rémunération moyenne des femmes
02:37est aussi affectée par ce phénomène.
02:39Et enfin,
02:39ce sont des choix souvent privés et personnels,
02:41c'est plutôt les femmes qui font des temps partiels
02:43par rapport aux hommes.
02:44Quand vous additionnez effectivement
02:45l'ensemble de ces facteurs,
02:46vous arrivez effectivement
02:47à un écart de 20%
02:48entre les rémunérations des femmes et des hommes.
02:50à diminuer cet écart ?
02:52C'est votre objectif en tout cas ?
02:53Voilà,
02:53cette loi va s'attaquer
02:54aux 5% les plus discutables,
02:56il n'est pas abnormal bien évidemment
02:57qu'à job égal,
02:59une femme gagne moins qu'un homme.
03:00Donc cette loi va s'attaquer
03:01à ce phénomène principal.
03:03Monsieur Farandou,
03:04puisque l'on parle des salaires,
03:05qu'est-ce que vous pensez
03:05de cette proposition
03:06d'un député de droite
03:07qui propose donc
03:09de transformer,
03:10pour les salariés qui le souhaitent,
03:11la cinquième semaine de congés payés,
03:13voire plus,
03:14en salaire,
03:16en argent,
03:16son nom est trébuchant.
03:18Pour le coup,
03:19les syndicats y sont opposés.
03:20Qu'est-ce que vous en pensez,
03:21vous, le ministre du Travail ?
03:22Oui, on peut rappeler
03:23que les RTT
03:23peuvent être transformés en argent,
03:25mais pas les congés.
03:26Voilà,
03:26c'est le droit du travail
03:27qui dit ça.
03:28Et vous souhaitez
03:29que cela demeure
03:30ou on pourrait évoluer ?
03:31Moi, ce que je souhaite surtout,
03:32c'est qu'on fasse ça
03:33avec méthode
03:33où dès qu'on touche
03:34au droit du travail,
03:34dès qu'on touche
03:35au code du travail,
03:36il faut mettre
03:37les partenaires sociaux
03:37autour de la table.
03:38Donc, si cette proposition
03:40de loi portée
03:40par un groupe politique
03:41arrive à l'Assemblée,
03:42la première chose
03:43que je ferai,
03:44c'est de rassembler
03:44les partenaires sociaux
03:45et d'en discuter avec eux.
03:46Mais à titre personnel,
03:47vous y êtes favorable
03:48ou défavorable ?
03:49Ça vous paraît être
03:50une idée recevable
03:51que l'on puisse monétiser,
03:52pour employer cette expression,
03:54ces congés payés ?
03:56Moi, je pense que
03:56le diable est dans les détails.
03:57Les congés,
03:57ils sont faits aussi
03:58pour se reposer.
03:58Il faut en être conscient.
03:59Donc, à partir de là,
04:00il faut avoir la discussion.
04:01On voit bien
04:01le pouvoir d'achat
04:02d'un côté,
04:03repos des salariés
04:03de l'autre,
04:04emploi aussi derrière
04:05puisque quand vous êtes
04:06en congé,
04:06on peut être amené
04:07à embaucher.
04:07Ce sont des éléments
04:08importants.
04:09Le code du travail,
04:09s'il est comme ça,
04:10c'est qu'il y a des raisons.
04:11Donc, pourquoi pas
04:11le faire évoluer ?
04:12Mais ça devra passer
04:13par un dialogue social.
04:14La question des revenus,
04:15des salaires,
04:15elle est au centre
04:16des préoccupations
04:16des salariés,
04:17du congrès de la CGT,
04:18notamment qui se termine
04:19aujourd'hui à Tours.
04:20Qu'est-ce que vous pensez
04:20de cette manifestation
04:21des salariés de Décathlon,
04:23une entreprise
04:24qui fait des bénéfices,
04:26900 millions d'euros
04:27en 2025,
04:2816 milliards de chiffres
04:29d'affaires
04:29et les salariés
04:31demandent en quelque sorte
04:32à avoir une part du gâteau.
04:34C'est pour ça
04:34qu'ils manifestent
04:35demain dans toute la France.
04:36En matière de salaire,
04:37il y a ce que peut faire l'État,
04:38il y a ce que font
04:38les entreprises.
04:39L'État,
04:39qu'est-ce qu'il a fait ?
04:40Par exemple,
04:40il a bien sûr procédé
04:42à l'augmentation automatique
04:43du SMIC
04:43puisque l'inflation
04:44était trop importante.
04:45L'État,
04:45il a décidé
04:46que la prime d'activité
04:47serait augmentée
04:48de 50 euros par mois
04:49pour les travailleurs modestes.
04:50L'État,
04:50il a décidé
04:51de faire des...
04:51Donc vous demandez
04:52aux entreprises
04:52d'en faire autant
04:53et d'augmenter les salaires ?
04:55Vous savez,
04:56les salaires,
04:56c'est dans les entreprises
04:56que ça se passe.
04:57J'ai été moi-même
04:57chez une entreprise,
04:58j'ai conduit
04:59des négociations annuelles
05:00obligatoires.
05:00De la SNCF,
05:01on le rappelle.
05:01Bien sûr,
05:02de la SNCF.
05:02Chaque entreprise
05:03regarde ce qu'il est possible
05:04de faire
05:05en fonction des résultats économiques
05:06et de la situation
05:08financière de l'entreprise.
05:09Donc pas d'incitation,
05:10enfin pas d'obligation
05:11en tout cas,
05:11chacun est dans son rôle.
05:13Chacun est dans son rôle
05:13et c'est là encore
05:14par la négociation
05:15dans l'entreprise
05:15que les équilibres
05:16doivent être trouvés.
05:17M. Farandou,
05:17un autre sujet
05:18qui vous concerne.
05:19Vous présentez aujourd'hui
05:20un plan sur la santé au travail.
05:22Il y a un constat français
05:24qui est quand même
05:24assez inquiétant.
05:26En 2023,
05:27il y avait 3,6 accidents
05:29du travail mortels
05:30pour 100 000 salariés.
05:31C'est le double
05:32de la moyenne européenne.
05:33Je crois 824 accidents mortels
05:35en 2024,
05:3760 000 accidents du travail
05:38chaque année.
05:39Qu'est-ce qu'il faut faire
05:40face à cette situation ?
05:41La santé au travail
05:42c'est le grand fondamental
05:43bien sûr
05:43d'une politique du travail.
05:44Il faut que les salariés
05:45quand ils travaillent
05:46ne soient pas blessés
05:46ou encore pire
05:47ne puissent pas décéder
05:48pendant le travail.
05:49C'est impossible.
05:51Bon, peut-être sur les chiffres
05:52on a une manière
05:53de compter en France
05:53où on rajoute
05:54les malaises cardiaques.
05:55C'est pour ça
05:55que notre classement européen
05:56n'est pas très bon.
05:57Sur les enlevés
05:58comme fait l'Italie
05:59par exemple
05:59on serait dans la moyenne.
06:00Pour autant,
06:00il y a beaucoup plus...
06:01Mais à moins
06:01il y a une situation
06:01inquiétante.
06:02Oui, il y a une situation
06:03qui est inquiétante.
06:04Un seul accident
06:05du travail mortel
06:06est déjà de trop.
06:07Donc qu'est-ce que vous allez faire
06:08puisque vous présentez
06:09un plan pour la sécurité
06:09au travail ?
06:10La bonne réponse
06:11il faut éviter les accidents
06:12ça s'appelle la prévention
06:13dans notre jargon
06:14c'est éviter
06:14que les accidents arrivent
06:15et donc on va présenter
06:16un grand plan
06:16de sécurité,
06:18de santé au travail
06:18pour les 5 ans qui viennent
06:19de 2026 à 2030
06:20avec à mon niveau
06:234 priorités
06:23d'abord les jeunes.
06:24On a trop d'accidents
06:25soit les jeunes
06:25qui arrivent dans l'entreprise
06:26on en a eu encore récemment.
06:28Les jeunes stagiaires
06:28notamment.
06:29Les jeunes est stagiaires
06:29les apprentis
06:30on a eu des graves accidents
06:31y compris d'accidents mortels
06:32il faut vraiment
06:33s'appliquer à ce que les jeunes
06:35soient protégés.
06:36On a aussi les femmes
06:37il faut continuer
06:37à travailler sur la santé
06:38des femmes
06:38il faut que les femmes
06:39se sentent bien au travail
06:40dans toutes les dimensions
06:41c'est important.
06:42On a aussi de la santé mentale
06:43qui est un sujet
06:44de santé publique
06:44mais qui arrive bien sûr
06:46et qui s'installe
06:46dans les entreprises
06:47et en fait on a
06:47les chaleurs intenses
06:48on vient de passer
06:49une période importante
06:50on voit bien
06:50que le changement climatique
06:51nous amène à revoir
06:52nos règles de prévention
06:53quand il fait très chaud.
06:54Donc ce plan
06:54il va être dévoilé
06:56donc aujourd'hui
06:57vous allez l'appliquer comment ?
06:59Ce sera encore une fois
07:01dans le dialogue social
07:01dans les entreprises
07:02ou ce seront des décrets
07:04décidés par le gouvernement
07:05et à brève échéance ?
07:07Ce plan c'est important
07:07et lui aussi
07:08il sort du dialogue social
07:09on a beaucoup concerté
07:10avec les entreprises
07:11et les syndicats
07:12c'est important
07:12parce que les entreprises
07:13ayant participé
07:14bien sûr
07:14qu'elles s'engagent
07:15à l'appliquer
07:16dans les entreprises
07:16la santé au travail
07:17concrètement
07:18ça se passe dans les entreprises
07:19donc c'est très important
07:20l'engagement des entreprises
07:21à appliquer ce plan
07:22Mais avec des mesures coercitives
07:23le passé ?
07:23Les mesures coercitives
07:24on sait les prendre
07:25par exemple l'année dernière
07:27on a sorti des décrets
07:28pour justement
07:28mieux structurer
07:30la prévention
07:31sur la grande chaleur
07:32Ces décrets d'ailleurs
07:32nous ont bien rendu service
07:33pour cette année
07:34Deuxièmement
07:35dans une loi
07:35qui vient de sortir
07:36sur la fraude
07:37nous avons durci les sanctions
07:38quand une entreprise
07:39ne produit pas
07:40son document unique
07:40de prévention directe
07:42Donc ce grand plan
07:42c'est l'analyse
07:44de tous les accidents
07:45qu'on a eu
07:46pendant les 5 dernières années
07:47c'est l'engagement
07:48de tous les acteurs
07:48à le mettre en place
07:49et là encore
07:50dans les entreprises
07:51les chefs d'entreprise
07:52de l'organisation syndical
07:53vont déployer ce plan
07:54dans l'ensemble des entreprises
07:55Merci beaucoup
07:56Jean-Pierre Farandou
07:57ministre du Travail et des Solidarités
07:58pardon
07:59et c'est la suite de Télématin
08:00Merci beaucoup
08:01Merci beaucoup
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