00:00Et on en vient à cette déclaration de Donald Trump. Le président américain affirme qu'il reçoit beaucoup de menaces.
00:06Alors il a fait cette sortie alors qu'il confirmait devant les journalistes qu'il a effectivement secrètement changé d
00:12'avion
00:12après le sommet de l'OTAN en Turquie. C'était le mois dernier. Il a expliqué qu'il avait simplement
00:17obéi à son service de sécurité. Écoutez.
00:21Tout dépend du secret de service. Je suis simplement ce qu'ils veulent faire. Donc je suis les recommandations du
00:26secret de service et de l'armée.
00:29Ils voulaient que je prenne un autre vol, un autre avion avec le même niveau de sécurité. Mais ils voulaient
00:34que je le fasse. Alors je le fais et je fais ce qu'ils me disent.
00:37Pourquoi voulait-il que vous fassiez ça ?
00:39Je suppose qu'il y avait une menace. Je n'ai pas vraiment posé beaucoup de questions à ce sujet.
00:43Je reçois beaucoup de menaces.
00:45Pourquoi c'était trop dangereux pour vous de voyager à bord d'Air Force One mais pas pour des militaires
00:49?
00:49Je ne sais pas. En fait, je pense que l'avion à bord duquel j'ai voyagé courait un plus
00:53grand risque.
00:54Pourquoi dites-vous ça ?
00:55Parce que ce serait l'avion, je pense qu'il serait davantage susceptible de prendre pour cible.
01:01Bonjour Frédérique Sandreto. Vous êtes enseignante en civilisation américaine à Sciences Po Paris.
01:05Est-ce que vous êtes surprise que Donald Trump confirme bel et bien cette exfiltration ?
01:09C'est-à-dire que là, il n'y a plus de secret du tout. C'est même plus une
01:12fuite. C'est une confirmation du président.
01:15Effectivement, mais je pense qu'il n'avait pas le choix et peut-être même qu'il peut en bénéficier
01:19de ce récit narratif qui le pose en fait comme un héros.
01:22Il ne faut pas oublier que le président a 80 ans, qui est dans une situation très compliquée et donc
01:26pour lui, ça peut être perçu comme un acte de bravoure.
01:29Alors effectivement, le Parti démocrate va s'emparer de ça en disant « vous avez menti aux journalistes, vous avez
01:34menti aux personnels qui étaient à bord de l'avion ».
01:37Mais on se pose quand même la question en disant « cet événement date du 8 juillet, nous sommes le
01:4212 août, pourquoi une telle révélation cinq semaines après ? »
01:45Donc je pense qu'on ne peut pas faire l'impasse en se disant que c'est forcément un enjeu
01:49électoral pour les démocrates,
01:50en disant « vous voyez, tout l'argent qui est mis dans les déplacements présidentiels, est-ce que finalement ça
01:55sert dans un pays qui est endetté ? »
01:58Une inflation est galopante et ça peut servir aussi pour la partie adverse de Trump qui va renchérir sur son
02:04narratif en disant « je suis un héros, je suis une personne menacée ».
02:07Donc une personne menacée devient une personne importante.
02:11Philomène Remy nous a également rejoint en plein taux, éditoriste internationale BFM TV.
02:15Alors Philomène, on se pose quand même la question de ceux qui étaient bel et bien dans l'avion, dans
02:19cet avion leur.
02:20Eux, leur sécurité était en danger pour le coup.
02:22Ça c'est la question que se sont posées beaucoup de médias américains, même sur la chaîne Fox News, c
02:28'est dire.
02:28Il faut préciser aussi qu'il y avait à l'intérieur des journalistes qui n'étaient pas au courant,
02:33il y avait même Marco Rubio, le secrétaire d'État américain,
02:36parce que si la menace était assez importante pour transférer le président, le faire voyager dans un petit camion normalement
02:43réfrigéré,
02:43destiné à servir des plateaux repas, la question se pose.
02:47Alors le New York Times parle même de « unknowing decoys », littéralement des leurres involontaires,
02:53en parlant des journalistes, donc des journalistes qui n'étaient pas au courant.
02:57Et alors si certains journalistes ont déclaré que oui, c'était leur job de suivre le président américain
03:02et qu'ils acceptaient les risques qu'ils encouraient,
03:05une journaliste anonyme à la Maison-Blanche a déclaré, donc en anonyme,
03:09« Mon métier n'est pas de défendre le président, mon métier est de couvrir le président. »
03:12Les journalistes n'acceptent pas de prendre des risques pour faire leur travail,
03:15mais pas pour servir à protéger le président.
03:22Donc effectivement, c'est une question que beaucoup se posent.
03:25Une question que se pose également Chuck Schumer,
03:28qui est donc le chef de la minorité démocrate au Sénat
03:30et qui lui demande aujourd'hui des réponses et des rapports.
03:33Et donc c'est carrément en train de devenir un sujet politique aux États-Unis,
03:36non plus polémique mais aussi politique.
03:39Philomène, il y avait un précédent, c'était il y a 26 ans, en 2000, avec Bill Clinton.
03:43C'est une histoire assez rocambolesque, quasiment encore plus que celle de Trump, racontez-nous.
03:47Oui, exactement. Donc on est le 25 mars 2000.
03:50Donc là, Bill Clinton s'est rendu en Inde pour une visite officielle.
03:54Problème pour ses services.
03:55Il a décidé, juste après ça, de faire une visite dans le pays voisin, au Pakistan, à Islamabad.
04:01Le Pakistan, pays jugé dangereux.
04:03Petit rappel aussi au moment des faits.
04:05Juste à côté, il y a l'Afghanistan, avec Ben Laden, avec les talibans.
04:08Les services secrets ont donc peur que les talibans puissent utiliser un missile
04:13qui pourrait atteindre l'avion de Bill Clinton.
04:16Donc lors de son départ, il fait croire qu'il part dans un avion présidentiel.
04:20En réalité, il le contourne derrière les caméras.
04:22Il va dans un petit avion blanc dont on a peut-être l'image.
04:27Oui, on va le revoir.
04:28Voilà, ce petit avion, sans le moindre signe en fait que ça appartient à une délégation américaine.
04:34Donc ça, c'est le vrai avion.
04:35C'est le vrai avion dans lequel il a voyagé.
04:38Alors, sauf qu'à l'époque, il y a plusieurs détails qui ne sont pas les mêmes.
04:42Il voyage avec un petit pool de journalistes.
04:44Donc cette fois-ci, les journalistes sont au courant.
04:47Et puis, il y a un autre détail.
04:49Lorsqu'il arrive, détail un petit peu encore plus cocasse,
04:52lorsqu'il arrive à Islamabad,
04:54en réalité, les personnes qui descendent de l'avion,
04:56ils utilisent une des personnes de son service de sécurité
04:59qui lui ressemblent fortement pour faire croire qu'il était dans l'autre avion.
05:04Mais en fait, ce que ça vient dire, cette histoire,
05:06c'est que cette fois-ci, la grande différence avec Donald Trump,
05:09c'est que les journalistes étaient au courant.
05:11Il faut savoir que le Washington Post a retrouvé un journaliste
05:14qui faisait partie de ce voyage
05:16et qui n'avait pas parlé de tout cela pendant 26 ans.
05:19C'était la première fois qu'il en parlait.
05:21Incroyable.
05:21Frédéric, c'est vrai que quand on voit cette prise de parole de Donald Trump,
05:25il semble presque détaché par rapport aux événements.
05:29Donald Trump a souvent cette volonté en public
05:30d'apparaître comme quelqu'un d'extrêmement fort,
05:32alors que son entourage dit qu'il est quand même de plus en plus conscient
05:35des menaces qui pèsent contre lui, quasiment paranoïaques même.
05:39Alors, paranoïaque, je n'irai pas jusque-là,
05:41mais c'est vrai qu'il y a une menace.
05:42Mais je pense que la menace, elle est réelle.
05:44On ne décide pas d'une exfiltration d'un président
05:46qui représente la première puissance mondiale
05:47comme ça, sur un coup de tel.
05:50Donc, c'est la décision du Secret Service américain.
05:53Ce n'est pas forcément la décision de Trump.
05:55et le Secret Service américain peut décider sans l'avage du président
05:59si la menace est imminente et réelle.
06:01Alors, il y a beaucoup de théories qui sont diffusées en ce moment
06:04sur les réseaux complotistes en disant que ça a été organisé,
06:09ça a été théâtralisé pour que Trump essaye de retrouver finalement
06:13une posture qui perd à 90 jours du midième.
06:15Je pense que tout simplement, on passe d'un enjeu de sécurité nationale
06:18qui aurait dû rester confidentiel, on parle de sécurité défense,
06:21à un enjeu qui vient politique et voire polarisé.
06:25C'est-à-dire que maintenant, tous les médias américains,
06:27y compris ceux qui sont uniquement dans le cercle de Washington,
06:31s'emparent de cette affaire en disant
06:32que ça peut tourner, on peut en faire un scandale.
06:35Et effectivement, on peut en faire un scandale.
06:37Et il y a aussi cette précaution.
06:39Valentin Demé, on va le voir avec vous,
06:41parce que Donald Trump a été la cible
06:43de plusieurs tentatives d'assassinat,
06:45que ce soit les tentatives d'assassinat présumées ou avérées.
06:47Exactement, Marie.
06:48Depuis 2024 et son retour au pouvoir,
06:51Donald Trump a été ciblé au moins quatre fois.
06:54La plus spectaculaire est celle où il est passé
06:56à littéralement quelques centimètres de la mort.
06:59Eh bien, c'est la tentative d'assassinat de Butler
07:01en Pennsylvanie le 13 juillet 2024.
07:04Donald Trump tient un meeting de campagne.
07:07Thomas Matthew Crookes, âgé de 20 ans,
07:09se positionne au même moment en face,
07:10sur le toit d'un bâtiment.
07:12Il est à environ 130 à 150 mètres de la Seine.
07:15Le jeune homme est armé d'un fusil semi-automatique.
07:17À 18h11, il ouvre le feu et blesse Donald Trump à l'oreille.
07:22Un participant est tué, deux autres sont gravement blessés.
07:25Le suspect est finalement tué par des agents du Secret Service
07:27quelques instants plus tard.
07:29Deux mois plus tard, justement, le 15 septembre 2024,
07:32Donald Trump joue au golf sur son propre parcours
07:34à West Palm Beach, en Floride.
07:36Un homme de 58 ans, Ryan Restley-Ruth,
07:40se cache alors derrière un buisson situé
07:42non loin du président des Etats-Unis.
07:44Il est armé, lui aussi, d'un fusil semi-automatique,
07:47cette fois-ci à lunettes.
07:48Lors d'une reconnaissance du périmètre,
07:50un agent de sécurité de Donald Trump
07:52aperçoit le visage et le canon du suspect.
07:55Il tire.
07:56Ce suspect prend la fuite.
07:58Il sera finalement arrêté un petit peu plus tard.
08:00Il sera condamné à la prison à perpétuité
08:02pour tentative d'assassinat d'un candidat majeur
08:04à la présidentielle.
08:06En novembre 2024, les services secrets américains
08:08révèlent également que Donald Trump
08:09a été la cible d'un projet d'attentat,
08:11un projet directement fomenté par les gardiens
08:13de la révolution iranien, Marie.
08:15Et il y a aussi des exemples plus récents, Valentin,
08:17lors desquels Donald Trump a été visé.
08:19Il y a quelques mois, le 25 avril 2026,
08:21Donald Trump participe au dîner des correspondants
08:24dans un hôtel de Washington.
08:25L'événement réunit le président,
08:27certains membres du gouvernement,
08:28des journalistes et de nombreuses personnalités.
08:30À 20h40, Cole Thomas Allen, 31 ans,
08:33un ingénieur, se présente devant la terrasse de l'hôtel.
08:36Subitement, vous le voyez sur ces images de vidéosurveillance,
08:38il se met à courir vers la salle de réception
08:41où le président se trouve.
08:43Il est également armé d'un fusil.
08:45Il tire en direction des agents de sécurité.
08:47D'autres membres du secret de service ripostent.
08:50Le suspect est blessé.
08:51Les enquêteurs vont retrouver un manifeste
08:53qu'il comptait envoyer à ses proches
08:54et dans lequel il justifie son acte.
08:56Il a été incarcéré pour tentative d'assassinat
08:58du président des Etats-Unis.
08:59Il n'a pas encore été jugé.
09:01Merci beaucoup, Valentin, pour ce rappel des faits.
09:03Je termine avec une dernière question avec vous, Frédéric.
09:06Le fait d'être autant ciblé, d'être autant visé,
09:09puisque vous nous parliez de ces élections de mi-mandat
09:11qui arrivent d'ici quelques mois.
09:12Est-ce que vous pensez que c'est un atout pour Donald Trump
09:14pour mobiliser sa base ou plutôt une faiblesse ?
09:17Je pense que c'est un atout.
09:19C'est-à-dire que, compte tenu de son âge,
09:20quel homme de 80 ans va rentrer dans un avion,
09:23être exfiltré, passer dans un camion de ravitalement
09:25pour rejoindre un deuxième avion et faire le chemin inverse ?
09:27Ça lui donne une posture.
09:29Et ce que veut Donald Trump, c'est de l'attention,
09:31de l'attention médiatique en particulier.
09:33Donc là, il a gagné.
09:34Il est au centre de tous les médias.
09:36On ne parle que de ça.
09:37Et ça devient presque valorisant pour lui.
09:40Merci.
09:41Merci beaucoup, Frédéric Sandréto, d'avoir été avec nous.
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