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  • il y a 4 semaines
Fabrice Rizzoli, enseignant à Sciences Po et spécialiste de la grande criminalité, Clotilde Champeyrache, économiste spécialiste de la mafia, et Amine Kessaci, adjoint au maire de Marseille, sont les invités d'Alexis Morel ce mardi.

Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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00:07Un maire exfiltré de son domicile par leur aide en pleine nuit après des menaces de
00:12narcotrafiquants. La scène est inédite en France, elle a choqué tout le pays. La semaine dernière,
00:16c'était à Alès, petite ville du Gard, dépassée comme tant d'autres par l'ampleur de la vague qui
00:22ne cesse de monter. Avec 7 milliards d'euros de revenus estimés, au moins 200 000 personnes
00:27impliquées, le narcotrafic connaît un développement exponentiel dans le pays et ses acteurs, de plus
00:32en plus puissants, n'hésitent plus désormais à défier élus locaux, fonctionnaires, juges, journalistes,
00:38avocats. Entre menaces, tentatives de corruption, les narcotrafiquants n'ont-ils désormais plus
00:43aucune limite face à la République ? On en parle ce matin avec nos trois invités. En studio avec moi,
00:48Fabrice Rizzoli, bonjour. Bonjour. Spécialiste de la grande criminalité, enseignant à Sciences Po,
00:52cofondateur de l'association Crime Alte. Et en ligne avec nous, Amine Kessassi, adjoint écologiste au
00:58maire de Marseille, figure de la lutte contre ce narcotrafic qui vous a pris deux de vos frères,
01:03dont l'un assassiné en novembre dernier. Bonjour à vous. Et bonjour aussi Clotilde Champerach,
01:09économiste spécialiste de la mafia, maîtresse de conférences au CNAM. On attend bien sûr,
01:15chers auditeurs, vos questions et vos réactions au 01 45 24 7000 et via l'application Radio France.
01:21Christophe Rivain, donc le maire d'Alès, menacé puis exfiltré par la police qui soupçonnait la présence
01:27d'une voiture piégée devant son domicile dans une ville, je le disais Fabrice Rizzoli, dont certains
01:32quartiers sont depuis longtemps engrainés par le trafic de drogue. Est-ce qu'on franchit là un nouveau cap
01:38dans le rapport de force, dans le défi qui est posé par les trafiquants aux représentants de la République ?
01:43Non, avec les déserts de mafia, il n'y a pas de grande nouveauté. Des menaces contre des maires ont
01:47déjà été proférées.
01:48Le maire de Montpellier, d'autres, je rappelle que le procureur de Marseille vit sous escorte,
01:52que la directrice des Beaumettes a été menacée. Donc je ne pense pas qu'il y ait vraiment une escalade.
01:59Peut-être l'idée de la voiture piégée rend ici les choses un peu plus encore spectaculaires et graves.
02:06Même si ce n'est pas confirmé.
02:07Voilà, et en plus, même si ce n'est pas confirmé. Par ailleurs, juste, je me permets, puisqu'on parle
02:11de menaces
02:12qui sont faits auprès des personnes qui luttent contre le crime organisé ou des personnes qui n'ont rien à
02:15voir avec le trafic.
02:17Le 28 juillet 2019 était assassinée Catherine Santos, une touriste, une maman, à Uyul dans le Var.
02:25Les dealers au fusil d'assaut ont essayé de tuer d'autres dealers. Enfin, je crois même qu'ils ont
02:29réussi.
02:30Et ils ont tué cette personne qui est une victime innocente.
02:33Quoi de mieux que de rendre hommage aux victimes innocentes pour incarner cette lutte
02:38et montrer la dangerosité de la DZ Mafia et des autres réseaux criminels en France ?
02:42Alors justement, on va en parler parce qu'il y a beaucoup de flou, notamment sur l'affaire d'Alès.
02:47D'abord attribué à la DZ Mafia.
02:49On a eu des individus qui se revendiquent de la DZ Mafia, qui font une vidéo très artisanale pour démentir.
02:54On entendait d'ailleurs dans le journal de 7h30 que les enquêteurs tiquent un peu sur le mode opératoire,
02:59pensent plutôt pour des barons locaux de la drogue.
03:03Donc ça veut dire qu'à l'origine de ces menaces, aujourd'hui, ça ne vient pas d'un seul
03:07groupe criminel.
03:09Pas d'un seul acteur.
03:10Ce n'est pas seulement le développement de la DZ Mafia qui l'explique.
03:14La menace, ce n'est pas la spécialité de la DZ Mafia.
03:16La menace, l'intimidation et la violence, pour ma part, sont un facteur discriminant.
03:20C'est-à-dire, pour moi, pas de violence, pas de mafia.
03:22Pas de violence, pas de réseau criminel type organisation criminelle.
03:25Donc depuis toujours, on utilise la menace.
03:28Là-dessus, il n'y a pas de nouveauté.
03:29Je ne parle pas des réseaux criminels qui sont spécialisés dans la fraude à la TVA,
03:34escroquerie, etc.
03:35Eux n'utilisent pas la violence.
03:36Mais en gros, dans le rapport d'Europol, 60% des réseaux criminels en Europe utilisent la violence.
03:41Et là, ce dont vous parlez, ce sont des gens qui utilisent la violence.
03:44C'est une ressource, la violence.
03:46Ça apporte des choses extrêmement efficaces et en valeur symbolique aussi.
03:51Par exemple, s'opposer à l'État, comme leur campagne contre l'administration pénitentiaire,
03:56attentat, incendie, menace.
03:58On est dans l'exercice, à mon sens, une des ressources numéro un du crime organisé, la violence.
04:03Évidemment, on pense à votre histoire, Amine Kessassi, 13 novembre 2025, votre petit frère assassiné à Marseille.
04:09Les enquêteurs soupçonnent qu'en réalité, c'est vous qui étiez visé pour votre engagement contre le narcotrafic.
04:16Est-ce que ce jour-là, parce que là, on parle du maire d'Alesse, on franchit peut-être un
04:20nouveau cap,
04:20mais ce jour-là, la France a basculé déjà dans une nouvelle ère face au narcotrafic, Amine Kessassi ?
04:25Pardon, s'il vous plaît. Moi, je pense qu'il faut traiter cette question avec beaucoup de sérieux.
04:30Et faire la surenchère de quand est-ce qu'a été le point de bascule, faire la surenchère de le
04:35point de bascule,
04:36c'était le 13 novembre, le point de bascule, c'était avant, le point de bascule, c'est le maire
04:39d'Alesse.
04:40Il faut qu'on arrête avec ça.
04:41Le point de bascule, c'est quand on a décidé de retirer les services de proximité des quartiers.
04:46C'est quand on a décidé le retrait des services publics.
04:49C'est quand Nicolas Sarkozy a décidé le retrait de la police de proximité.
04:52C'est à ce moment-là que le point de bascule.
04:54Parce que, pardon, je connais beaucoup Fabrice Rizoli, on travaille énormément ensemble,
05:00et d'ailleurs, bonjour Fabrice.
05:03Mais dans ce que Fabrice dit, je pense qu'il ne faut pas qu'il y ait de mépris.
05:07Quand Fabrice parle de victimes innocentes, ça ne veut pas dire qu'on méprise les autres victimes.
05:11Ça ne veut pas dire, et je sais très bien que Fabrice est dans cet état d'esprit,
05:14ça ne veut pas dire que certaines victimes mériteraient plus que d'autres ce qui leur est arrivé,
05:18que certaines victimes seraient coupables et que d'autres ne le seraient pas.
05:21La maman de Sokaina, ma maman, pleure de la même façon que la maman d'un jeune
05:26qui était impliqué dans le réseau, et rien n'est différent dans leur façon de pleurer,
05:30rien n'est différent dans leur deuil.
05:32Et donc, moi, le point de bascule, je le vois plutôt il y a quelques années.
05:35Je le vois quand on a perdu le contrôle.
05:38Et dans ce pays, et c'est ce qu'on se dit à chaque fois,
05:40c'est que ce pays s'est endormi.
05:42Endormi face à un monstre qui, aujourd'hui, s'est infiltré partout.
05:46Vous avez dit, concernant le maire d'Alès ces derniers jours,
05:49vous avez parlé de guerre de démocratie.
05:52Bien sûr.
05:53Les mots sont très forts.
05:54Oui, mais c'est ce contre quoi les narcotrafiquants se battent.
05:58Contre l'état de droit, contre les allées et venues,
06:01contre la liberté de la parole.
06:03Les narcotrafiquants, aujourd'hui, quand ils ciblent un élu,
06:07quand ils ciblent une personne,
06:08ils se battent contre la République elle-même.
06:11Quand ces personnes menacent, intimident,
06:13et Fabrice le disait à juste titre,
06:15s'il n'y a pas de violence, il n'y a pas de mafia.
06:17S'il n'y a pas d'intimidation, ces gens-là n'existent pas.
06:20Et c'est sur ça qu'ils fondent leur force.
06:23C'est sur ça qu'ils fondent leur autorité.
06:24C'est sur ça qu'ils fondent leur notoriété.
06:27C'est sous la contrainte, sous la menace, sous la violence.
06:30Et donc, bien sûr que ces gens-là sont en guerre contre la démocratie.
06:33Et quand on se dit ça, ça veut dire qu'on se donne tous les moyens
06:36pour aller au bout de cette guerre.
06:40Madame Champerrache, on va peut-être justement faire un point à ce stade
06:45sur les appellations, les labels que chacun se donne, si je puis dire.
06:49On parle de DZ Mafia, ça c'est l'appellation qu'il se donne.
06:52Depuis le début, on nous dit, attention, ça n'a pas grand-chose à voir
06:55avec une mafia à l'italienne, par exemple.
06:58Là, avec ces menaces, avec ces intimidations, avec ces tentatives de corruption aussi,
07:02on y reviendra.
07:03Est-ce que ça ne le devient pas, finalement, une mafia ?
07:07Alors, les comportements de la DZ Mafia sont plutôt proches
07:10des narcotrafiquants sud-américains.
07:12Cette violence qui s'affiche sans barrière, c'est plutôt le Mexique
07:18ou ces pays-là.
07:19Pour les mafias italiennes, et c'est là que peut-être on s'attarde trop
07:23sur ce qui est visible et ce qui fait mal.
07:25Cette violence, c'est mort, qu'ils soient innocents ou qu'ils soient impliqués
07:29dans les trafics.
07:30Mais il y a aussi tout ce qui se passe, en fond, cette France qui s'endort
07:35face à la menace criminelle, c'est aussi la montée d'une corruption,
07:38une corruption qui se fait sans violence.
07:41Les mafias italiennes sont spécialistes de cette infiltration
07:45qui ne passe plus par une violence exacerbée.
07:48Au contraire, on est dans la complicité, la tolérance vis-à-vis du crime
07:53établie par rapport à la population, par rapport à des élus
07:56qui vont accepter certaines transactions, qu'en Italie on appelle
08:00l'échange politico-électoral, mafio-électoral.
08:05C'est-à-dire que les mafias peuvent arriver à contrôler des territoires,
08:09les populations qui vivent dessus, passer des consignes de vote
08:12et ensuite faire élire qui ils ont envie de faire élire.
08:15Et en échange, évidemment, vous avez des retours de faveur.
08:18Mais j'ai lu que vous étiez...
08:19Ça se passe en douceur.
08:22Oui, on va revenir sur cette corruption silencieuse, si je puis dire.
08:26Mais j'ai lu que vous étiez, Clotilde Champérashe, à titre personnel,
08:28plutôt gênée par le fait que les autorités elles-mêmes parlent de mafia.
08:32Vous y voyez une forme d'adoubement, en fait.
08:36Oui, parce que sur le territoire français, il faut bien comprendre
08:40qu'on a une multitude de réseaux criminels.
08:43C'est vraiment un foisonnement criminel.
08:45Alors, ça concerne la France, ça concerne toute l'Union européenne.
08:48Europol, qui a été mentionné tout à l'heure, a établi dans un rapport
08:51que sur le territoire de l'Union européenne,
08:54et ça dépasse le cadre du seul narcotrafic,
08:56on a plus de 800 réseaux criminels posant problème,
09:00donc avec une menace grave.
09:02C'est dire à quel point se concentrer sur une seule organisation,
09:06c'est problématique.
09:07C'est ne pas voir l'amplitude du phénomène.
09:10Et en plus, si vous dites que la DZ mafia est une mafia,
09:15d'une certaine façon, vous la valorisez dans le monde criminel.
09:19Ça veut dire qu'on reconnaît un label qui est quand même,
09:22pour le monde criminel, l'élite du crime organisé.
09:25Donc c'est l'affaire montée en puissance symboliquement.
09:29Donc on a une vraie problématique là-dessus sur les termes que l'on emploie,
09:32surtout que si l'on regarde la définition juridique italienne
09:35de ce que c'est qu'une mafia et la DZ mafia,
09:38on voit qu'on n'est pas dans une configuration de mafia.
09:42Et fort heureusement, ça veut dire qu'on arrivera peut-être encore
09:45à combattre avec efficacité cette organisation criminelle parmi d'autres.
09:50Et donc les élus, on le disait, les élus souvent en première ligne,
09:53les élus locaux, les militants associatifs.
09:56Amine Kessassi, j'ai bien entendu ce que vous disiez sur
09:58attention à ne pas situer comme ça des points de bascule.
10:02Vous en revanche, vous et votre famille, vous avez basculé dans une autre vie
10:06personnellement sous protection personnelle permanente.
10:09Entre temps, vous avez été élu adjoint au maire de Marseille.
10:13Ça ressemble à quoi aujourd'hui votre quotidien d'élu sous protection face à cette menace ?
10:18Au risque de peut-être décevoir cette attente de fantasmes et de vies extraordinaires,
10:24j'ai une vie qui est plutôt banale, une vie qui effectivement est marquée
10:28par cette protection policière. Mais dans un pays où la violence ne cesse d'augmenter,
10:33à un moment où les narcotrafiquants tuent, menacent, je sais ce que cette protection
10:38policière représente pour moi. Elle représente la vie.
10:41Et donc aujourd'hui, elle ne me donne ni l'occasion, ni l'opportunité de m'en plaindre.
10:46On a une question de Jean-Louis pour vous. Vous parliez tout à l'heure de guerre contre la démocratie.
10:51Jean-Louis nous dit sur l'appli Radio France, afin de protéger leurs activités,
10:54les trafiquants corrompent, intimident, infiltrent des institutions.
10:58À partir de quel moment ces actions ne relèvent plus d'exceptions isolées,
11:01mais d'une vraie stratégie d'emprise ?
11:05Du moment où ces gens-là organisent leur action en fonction de ce que l'opinion publique
11:10pourrait penser. Quand ces gens ont assassiné Nessim Ramdan, un chauffeur VTC à Marseille,
11:17qui avait refusé de conduire un jeune, commettre un jeune de 14 ans,
11:21c'est important de le rappeler, commettre un homicide, ce jeune a assassiné Nessim Ramdan.
11:28Et donc l'émotion des Marseillaises et des Marseillaises, l'émotion des chauffeurs VTC
11:34qui étaient en colère, qui étaient tous émus par cette disparition, par cet assassinat tragique.
11:42La DZ Mafia l'a vue, l'a compris et ont décidé de faire comme ce qu'ils ont fait
11:46pour le maire d'Alès.
11:47Une vidéo pour dire qu'ils ne revendiquent pas cette attaque et qu'ils ne sont pas à l'origine
11:52de cette attaque.
11:53Et donc dès ce moment, dès qu'on comprend que l'opinion publique a un impact sur leur activité,
11:59a une force sur ce que ces gens font, on comprend que ces gens s'organisent aussi en fonction de
12:04ça.
12:05Quand l'été, les services publics désertent les quartiers populaires,
12:09quand l'été, la République démissionne de ces quartiers,
12:12et que ce sont les narcotrafiquants qui viennent se substituer à l'État,
12:16et que ce sont les narcotrafiquants qui viennent payer des piscines,
12:19payer des barbecues, payer des activités dans ces quartiers,
12:23oui, on comprend qu'il y a...
12:25Fabrice Rizoli là-dessus, sur ce que vient de dire Amine Kessassi,
12:29c'est-à-dire que l'organisation criminelle qui se substitue à l'État
12:32ou qui en devient une organisation concurrente en proposant des services à la population,
12:38ça aussi c'est une forme, si je puis dire, de défis posés au pouvoir public ?
12:42Oui, bien sûr, mais elle ne se substitue pas à l'État,
12:44elle n'en a pas les moyens, elle fait des actions symboliques
12:47qui sont importantes pour la population,
12:49et qui va un peu reléguer l'État,
12:51ou alors la population a déjà bien compris que l'État a été relégué,
12:55et je voudrais remercier Amine Kessassi d'avoir ouvert la porte des causes,
12:58car le monstre des aides-mafias qui a été créé,
13:01c'est quand même dans une ville, Marseille, extrêmement pauvre,
13:03avec des inégalités territoriales extrêmement fortes
13:06par rapport à l'arrière-pays, en particulier Aix-en-Provence,
13:08on a les quartiers les plus pauvres de France,
13:10comme en Seine-Saint-Denis,
13:11ou en Corse, la région la plus pauvre,
13:14vous voyez, c'est comme par hasard dans ces régions-là
13:15qu'il y a le plus de criminalité très forte,
13:17et je tiens à dire que la responsabilité des politiques,
13:20pour le coup, est extrêmement importante,
13:22ce n'est pas moi,
13:22c'est le rapport de la Cour des comptes
13:23qui expliquait que l'ancien maire de Marseille,
13:26Godin, a pillé cette ville,
13:28pris les impôts des Marseillais,
13:30car les Marseillais payent énormément d'impôts,
13:32y compris les pauvres,
13:32puisqu'ils payent la TVA,
13:34je rappelle que la TVA est proportionnellement payée
13:36beaucoup plus par les pauvres que par les riches,
13:38et c'est l'ensemble, la moitié des ressources de l'État,
13:41eh bien, l'État de Marseille,
13:43après le règne de Godin,
13:44c'était qu'il n'y avait plus d'école,
13:45que ça s'écroulait,
13:46que cette ville aurait dû même être,
13:49donc, comment dire, en défaut,
13:51et que Macron l'a sauvée par un plan.
13:53Donc, il faut bien comprendre
13:55qu'il y a des causes
13:56qui créent la criminalité.
13:58Et pour reprendre aussi
14:00l'argument de Clotilde Jean-Pérasque
14:01qui est intéressant,
14:02un mafia, pas mafia,
14:03précisément,
14:04ce n'est pas parce que,
14:06voilà, ce n'est pas de la mafia,
14:07je la rejoindrai parfaitement,
14:08je sors d'une recherche sur l'Île-de-France,
14:10le crime organisé,
14:11les réseaux criminels en Île-de-France.
14:13On voit moins les assassinats,
14:15il y a moins de violences concentrées
14:17par rapport à Marseille,
14:18et pour autant,
14:19la perception et le dommage
14:21créé sur les populations,
14:23par exemple en Seine-Saint-Denis,
14:24est très important.
14:25Donc, c'est ça qui est fou,
14:26il y a beaucoup de corruption,
14:28beaucoup de violence,
14:29et pourtant,
14:29ce n'est pas de la mafia italienne,
14:31mais ça ne change rien
14:32dans le quotidien,
14:32la vie des gens.
14:33Et le label compte peu,
14:34en effet, pour les gens.
14:36Alors justement,
14:36ces tentatives réussies
14:38ou avortées de corruption,
14:39alors là aussi,
14:40on a de nombreux exemples
14:40sur lesquels d'ailleurs
14:41a enquêté la cellule
14:42d'investigation de Radio France
14:43il y a quelques semaines,
14:44j'invite les auditeurs
14:45à aller lire cette enquête
14:46très complète,
14:47on parle de surveillants de prison,
14:48de docker,
14:49de greffier,
14:50mais aussi des policiers
14:51et des gendarmes,
14:52à titre plus exceptionnel quand même.
14:55C'est encore marginal,
14:56Fabrice Rizoli,
14:57ou là,
14:59d'options de fonctionnels.
15:00Les cas de corruption,
15:01même s'ils sont peu nombreux,
15:02sont préoccupants
15:03car ça cible des personnes
15:04qui ont une autorisation,
15:07un devoir d'exemplarité,
15:08que ce soit des élus,
15:09des agents pénitenciers,
15:11des policiers.
15:11C'est documenté.
15:13Petit aparté,
15:14le problème,
15:15c'est que souvent,
15:15les policiers,
15:16agents pénitenciers,
15:17sont jugés à part
15:18pour des délits
15:18qui peuvent apparaître mineurs,
15:20une corruption passive,
15:21une corruption active,
15:22mais ils ne vont pas au tribunal
15:23avec les gangsters
15:25qui les ont corrompus.
15:26C'est ce qu'on fait en Italie
15:27parce qu'on a un délit
15:28d'association mafieuse.
15:29Ça serait intéressant
15:30de voir si ce délit existait.
15:31On pourrait savoir
15:32si véritablement
15:33une mafia existe en France.
15:34Il faut que le droit existe
15:35pour savoir si le fait existe
15:37en démocratie
15:38la plupart du temps.
15:39Donc, non, non,
15:40ce sont des choses graves,
15:41documentées.
15:42Je vous renvoie par ailleurs
15:43à l'enquête
15:44de la section de recherche
15:45de la gendarmerie de Marseille,
15:47dite Octopus.
15:48On va encore dans les stéréotypes
15:50avec la pieuvre.
15:52Mais en tout cas,
15:53on a une enquête ici
15:54à 360 degrés
15:55avec d'actes
15:56de corruption importants,
15:58un réseau criminel
15:59très développé,
16:00notamment avec le rôle des femmes
16:02et enfin le blanchiment.
16:03Je rappelle qu'on a saisi
16:04un million d'euros
16:05en cash,
16:06en cash,
16:06dans un camion
16:07en novembre 2024.
16:08Tout l'argent n'était pas
16:09à la DZMafia
16:10et que l'enquête Octopus
16:11a montré
16:12un blanchiment
16:13de 30 millions d'euros
16:14avec des lingots d'or
16:15qui partaient vers l'Italie
16:16par des systèmes
16:17de blanchiment
16:17d'awala,
16:18de compensation classique.
16:19Ça prouve qu'il y a aussi
16:20énormément d'argent
16:21qui permet de corrompre.
16:22Oui,
16:23pour compléter là-dessus,
16:25Clotilde Champéras,
16:25est-ce qu'on est aujourd'hui
16:26une corruption
16:27qui reste,
16:28si je puis dire,
16:29limitée au bas de l'échelle,
16:31aux fonctionnaires de base
16:32ou qui pourrait concerner
16:33aussi le haut du spectre
16:34des hauts fonctionnaires,
16:35des hauts magistrats ?
16:37Les organisations criminelles
16:39ont intérêt à viser haut
16:40pour obtenir
16:41ce qu'elles cherchent.
16:43Après,
16:44ce n'est pas forcément
16:46les têtes de l'État
16:47qui vont être visées.
16:48Ça peut être plutôt
16:49au niveau de la logistique
16:50pour accompagner
16:51des trafics
16:52avec des profils
16:53qui sont intéressants
16:54d'un point de vue stratégique,
16:56fonctionnel,
16:57plus que symbolique.
16:59Ceci étant,
17:00pour revenir
17:01sur cette corruption,
17:03la difficulté,
17:04c'est de pouvoir
17:05la nommer,
17:06cette corruption.
17:06Souvent,
17:07on ne va pas considérer
17:08que le petit cadeau,
17:09la faveur rendue,
17:11c'est véritablement
17:12dans ce champ-là.
17:13Pourtant,
17:13ça l'est.
17:14Et puis,
17:15il y a aussi
17:16la capacité
17:18pour la justice
17:18à prouver
17:19qu'il y a eu
17:20un lien de corruption.
17:21Et dans le milieu
17:22de la justice,
17:23on dit parfois
17:23qu'on va avoir
17:25plus de facilité
17:26à prouver
17:27qu'il y a eu blanchiment
17:28qu'il y a eu corruption.
17:30Même si,
17:31en réalité,
17:32l'ensemble
17:32de ces activités-là
17:35se nourrissent
17:35les unes les autres
17:36et qu'on n'a pas
17:37d'organisation criminelle
17:38sans un minimum
17:39de corruption.
17:40Parce que vous le disiez,
17:41ce n'est pas forcément
17:42des actions
17:42très impressionnantes.
17:43ça peut être
17:44très concrètement
17:45un fichier confidentiel
17:47de la justice
17:48ou de la police
17:48qu'on va faire fuiter,
17:50un téléphone
17:50qu'on va faire entrer
17:51en prison.
17:52Et là,
17:52on parle déjà
17:53d'actes de corruption.
17:55Oui.
17:56En réalité,
17:57c'est tout ce qui permet
17:58de mettre des pans
18:00de l'économie,
18:02de la société légale
18:03au service
18:04de ces organisations
18:06criminelles.
18:06Tout ce qui va pouvoir
18:07lui rendre
18:09la favoriser
18:10dans le développement
18:11de ces trafics,
18:12ça rentre dans ce champ
18:13de l'atteinte
18:14au bien commun
18:15puisque c'est ça
18:16la corruption
18:16initialement.
18:17C'est le détournement
18:19du bien commun
18:19à des intérêts
18:20particuliers.
18:22Donc,
18:22on est aussi
18:23sur ce qu'on appelait
18:25la corruption
18:26de basse intensité
18:27ce qui est un peu
18:29paradoxal
18:30parce que ça donne
18:31l'impression
18:31que finalement
18:32ce n'est pas si grave
18:32que ça
18:33mais de la basse intensité
18:34à haute fréquence
18:35c'est-à-dire répétée
18:37massive
18:38ça devient
18:39de la forte corruption.
18:41Je voudrais qu'on dise
18:42un mot
18:42des réponses possibles
18:44de cette riposte
18:45pour restaurer
18:46l'autorité
18:47de l'état de droit
18:48face au narcotrafic.
18:49Amine Kessassi
18:50vous dites
18:51je crois que malheureusement
18:52en termes de riposte
18:53les moyens sont aujourd'hui
18:54inégaux
18:55et pas en faveur
18:57des pouvoirs publics.
18:58Je voulais juste revenir
18:59sur la question
19:00de la corruption.
19:01On assiste
19:01à quelque chose
19:02qui moi
19:03me fait terriblement peur.
19:05On a aujourd'hui
19:06un avocat lyonnais
19:07qui est incarcéré
19:08qui est en détention
19:09provisoire pour avoir
19:11fait rentrer un téléphone
19:12en prison.
19:13On a d'autres personnes
19:14qui sont soupçonnées
19:14d'avoir fait la même chose
19:16et notamment
19:16le contrat qui a été
19:18placé sur ma tête
19:19à plusieurs milliers
19:20d'euros
19:20ce contrat a été passé
19:22depuis une prison.
19:23Il a été passé
19:24depuis une ligne ouverte
19:25potentiellement
19:26par un avocat.
19:28Et donc
19:28ces avocats
19:29qui aujourd'hui
19:30sont tentés
19:31je lisais
19:32les propos
19:33de cet avocat lyonnais
19:34qui est incarcéré
19:35et qui disait
19:36oui mais pour moi
19:37ces dossiers-là
19:37les dossiers du narcotrafic
19:39ça représente
19:39l'opportunité de ma vie
19:41ça représente
19:42les plus gros dossiers
19:42que je pourrais avoir
19:43de toute ma carrière.
19:45A ces gens-là
19:46moi je veux leur dire
19:46attention
19:47attention parce qu'à
19:48jouer avec le diable
19:50vous êtes en train
19:50de fricoter avec le mal
19:52vous êtes en train
19:52de vous rapprocher
19:54de ces gens
19:55et finalement
19:56oui à la fin
19:57peut-être que vous agirez
19:58sous la contrainte
19:59parce qu'ils vous menaceront
20:00mais vous vous rendez
20:01complice de ce système
20:02et sur la question
20:03des solutions
20:04bien sûr que les solutions
20:05elles sont aujourd'hui inégales
20:06bien sûr que les narcotrafiquants
20:08et pardon Fabrice
20:09mais oui les narcotrafiquants
20:10et la narcocratie
20:11elles se substituent à l'État
20:12elle a compris
20:13qu'elle ne pouvait pas
20:14remplacer l'État
20:15parce qu'elle n'en a pas
20:15le pouvoir
20:16ni la force militaire
20:17mais elle peut
20:18se substituer à l'État
20:19c'est-à-dire prendre
20:20des compétences de l'État
20:22et les appliquer elles-mêmes
20:23quand ils font la circulation
20:24dans les quartiers
20:25quand ils décident
20:26de qui peut rentrer
20:27ou pas dans une cité
20:28quand ils décident
20:28de donner des indemnités
20:29à des habitants
20:30pour acheter leur silence
20:31c'est ça
20:32se substituer à l'État
20:34et les narcotrafiquants
20:35c'est ce qu'ils sont
20:36en train de faire
20:36notamment en termes de solutions
20:37puisque ces gens-là
20:38ils n'essaient même plus
20:39de prouver leur innocence
20:41dans les dossiers
20:41ou de parler d'innocence
20:43ces gens-là
20:44ils sont en train
20:45avec la complicité
20:46de leur avocat
20:47de jouer avec les failles
20:48de la loi
20:49avec les failles
20:50de notre système législatif
20:52pour pouvoir s'en sortir
20:53à chaque fois
20:54dans les procès
20:54avec des acquittements
20:55alors que ces gens-là
20:56sont tout de même
20:57responsables de ces actes
20:59Fabrice Rizoli
20:59sur la question des moyens
21:01est-ce que la création
21:02du PNACO
21:03le parquet national
21:04anticriminalité
21:05est-ce que la loi
21:05votée l'an dernier
21:06qui renforce les sanctions
21:07qui crée un statut
21:08de repenti
21:08est-ce que ça peut
21:09vraiment changer la donne
21:11mais bien sûr
21:12je ne vais pas critiquer
21:13la loi narcotrafique
21:15à laquelle
21:15le CRIMALT a participé
21:16en écrivant
21:17par exemple
21:18et la loi Warsman
21:19juste avant
21:20les amendements
21:21les articles de loi
21:22sur la confiscation
21:23obligatoire
21:23qui n'était pas
21:24une confiscation pénale
21:25en France
21:26mais qui n'était même
21:26pas obligatoire
21:28précisément
21:28car je pense
21:29que je n'ai pas
21:29tout le temps
21:30de parler du statut
21:31de collaborateur
21:31de justice
21:32etc
21:33sur la confiscation
21:34moi je voulais
21:34vous dire quelque chose
21:35je me dirige
21:35vers la poste
21:36juste après vous
21:38je vais envoyer
21:38un courrier
21:39à la grande chambre
21:39de la cour européenne
21:40des droits de l'homme
21:41je suis sollicité
21:42en tant que président
21:42de CRIMALT
21:43et toute l'association
21:43par la grande
21:45ONG Libéra
21:46de lutte anti-mafia
21:47en Italie
21:48parce que l'Italie
21:49a inventé
21:49une confiscation révolutionnaire
21:51qu'on appelle
21:51une confiscation préventive
21:53anti-mafia
21:54de non nécessaire
21:56condamnation
21:57du propriétaire
21:57c'est-à-dire qu'on peut
21:58confisquer des biens
21:59aux crimes organisés
22:00à leurs complices
22:00bien que ceux-ci soient
22:03innocentés
22:03par exemple
22:04dans un procès pénal
22:04pour assassinat
22:05aujourd'hui
22:06c'est cette confiscation
22:07dont on aurait besoin
22:08et bien demain
22:09elle va être étudiée
22:10par la grande chambre
22:10pour la première fois
22:11par la cour européenne
22:12des droits de l'homme
22:13appliquer à la désaide mafia
22:14ça donne quoi ?
22:15Demain
22:15sinon
22:17l'investigation Octopus
22:18les personnes sont relaxées
22:20pour assassinat
22:21et c'est normal
22:21la charge de la preuve
22:22doit être très forte
22:23pour assassinat
22:23la personne risque
22:24la prison à vie
22:25si la personne est relaxée
22:26pour le blanchiment
22:27parce que c'est compliqué
22:28parfois de prouver
22:29le blanchiment
22:29il n'empêche que
22:30si ces personnes
22:31n'arrivent pas
22:31à démontrer
22:32l'origine légale
22:34de leur bien
22:34les lingots d'or
22:35les appartements à Dubaï
22:36ils doivent les perdre
22:37automatiquement
22:38un seul chiffre
22:40seul
22:4130% des saisies
22:43provisoires en France
22:44sont confisquées définitivement
22:45plus de 60% en Italie
22:47grâce à cette confiscation
22:48Merci beaucoup
22:49Fabrice Rizoli
22:50Amine Kessassi
22:50et Clotilde Champérache
22:52invité d'Inter
22:52ce matin
22:53bonne journée à tous les temps
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