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Éric Brocardi, porte-parole des sapeurs-pompiers de France, Antoine Denoix, PDG d'Axa Climate, Pauline Vilain-Carlotti, géographe, et Manuel Martinez, maire de Marcheprime, commune évacuée à cause des incendies en Gironde, sont les invités d'Alexis Morel.

Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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Transcription
00:01France Inter, Alexis Morel, le 6-9
00:07Aout n'a pas encore commencé et une certitude déjà, cet été la France bascule dans l'inconnu face aux
00:13incendies.
00:14On se projetait sur 2030, sur 2050, dans un pays à plus 4 degrés d'ici à la fin du
00:18siècle.
00:19Mais nous voilà confrontés dès aujourd'hui à de nouveaux phénomènes rendus plus extrêmes, plus violents, plus massifs par le
00:25changement climatique.
00:26Avec ces chiffres inédits, 115 000 hectares brûlés depuis le début de l'année, dont près de la moitié ces
00:32derniers jours en Gironde.
00:33Des scènes inédites aussi, ces 220 000 habitants et touristes évacués, nos premiers déplacés climatiques et le feu aux portes
00:41de la 9e ville de France.
00:43Alors comment gère-t-on la catastrophe en ce moment même ? Avec quels moyens ? Quels enseignements faudra-t
00:48-il en tirer pour la reconstruction ?
00:49On va parler de tout ça ce matin avec nos invités Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération Nationale des
00:54Sapeurs-Pompiers.
00:55Pauline Villain-Carlotti, géographe spécialiste du risque incendie de forêt.
01:00Et Antoine Denoy, patron d'Axa Climate, filiale du groupe d'assurance dédié justement aux risques climatiques.
01:06Bonjour à tous les trois.
01:07On attend bien sûr, chers auditeurs, vos questions au 01 45 24 7000 et via l'appli Radio France.
01:13Mais direction d'abord la Gironde, puisque nous sommes en ligne avec le maire de Marcheprime.
01:18On est au sud-ouest de Bordeaux. Bonjour monsieur, Manuel Martinez, bonjour.
01:22Bonjour monsieur.
01:23Votre commune est désormais l'une des communes en première ligne face aux flammes.
01:27Alors, quelle est la situation chez vous ce matin ?
01:31Elle est rassurante et l'état d'esprit est à l'optimisme par rapport à ce qui s'est passé
01:38cette nuit.
01:39À savoir un peu de pluie pendant une petite heure, ce qui a rendu le terrain un peu plus humide
01:46et une stabilité du front de feu.
01:49Donc les pompiers ont pu cette nuit lutter efficacement contre le feu, aider un peu par la météo, c'est
01:56ça ?
01:57Exactement. On a eu une chute des vents parce que c'est un moment crucial que de combattre le feu
02:05quand on a un peu moins de contraintes.
02:07Et là, il y a eu une stabilité. Donc ils ont été efficaces.
02:10Et aujourd'hui, on peut dire qu'ils ont maîtrisé la partie nord-nord-est du feu qui progresse vers
02:18l'agglomération bordelaise.
02:19J'imagine que tout ça reste, malgré tout, très précaire, très fragile.
02:23Ça dépend d'une direction du vent qui peut changer à tout moment.
02:28Exactement. Et c'est les mots que j'avais avec le commandant au niveau des sapeurs-pompiers sur la base
02:35de vie installée sur marche prime.
02:38C'est optimisme d'une part, mais vigilance parce que les vents pourraient se lever, parce qu'on imagine aussi,
02:47en regardant la météo,
02:48qu'on va avoir des conditions défavorables pour les 48 heures qui arrivent.
02:52Mais est-ce que les flammes avaient déjà gagné le territoire de votre commune ? Est-ce qu'il y
02:56a des dégâts ces dernières heures ?
02:58Non. On a eu la chance, le samedi soir, on a eu la chance d'avoir un changement d'orientation
03:05des vents.
03:06Là où on est, on avait des vents d'ouest qui orientaient le feu directement vers le bourg de la
03:12commune.
03:13À quelques centaines de mètres, il y a eu une modification d'orientation et qui a orienté le feu, la
03:21tête de feu, vers le nord,
03:23c'est-à-dire vers l'agglomération. Donc les habitations ont toutes été épargnées.
03:28Tout le monde a été évacué, j'imagine, chez vous ces dernières heures. Il a fallu gérer aussi cette grande
03:33opération d'évacuation.
03:34Je crois que votre commune fait 5500 habitants.
03:37Oui, on a 5800 habitants, mais j'avais créé deux lieux d'accueil parce qu'on avait accueilli 48 heures
03:45avant à la fois des touristes
03:47venant des campings de l'Eschkaferré et du Porges, et puis après les résidents des communes qui avaient été évacuées.
03:53Donc j'avais deux bases d'accueil avec 1200 personnes.
03:58Et donc il fallait évacuer à la fois la population, mais aussi ces deux lieux d'accueil et les évacuer
04:04en trois heures,
04:05ce qui a été fait dans la nuit de samedi à dimanche.
04:08Vous dites que vous êtes en relation évidemment permanente avec les pompiers.
04:12Est-ce que les moyens dont ils disposent sur votre commune, est-ce que les moyens dont vous disposez actuellement
04:17sont suffisants pour combattre cet ogre qui vous menace ?
04:22Oui, aujourd'hui on peut le dire, les moyens pour ce qui nous concerne, cette lame de la partie est
04:32-nord-est du feu,
04:35ils ont les moyens suffisants, même si on n'est jamais sûr de rien.
04:41Mais compte tenu de l'évolution et du travail qui a été fait, je vous assure qu'ils ont été
04:46efficaces avec les moyens qu'ils avaient.
04:47Mais c'est plutôt à eux de répondre à cela, c'est vraiment le point de vue d'un maire
04:53qui constate que le feu est maîtrisé
04:56pour ce qui concerne le territoire de la commune.
04:58Et plutôt des bonnes nouvelles, en tout cas des nouvelles rassurantes du côté de Marche Primes ce matin.
05:02Merci beaucoup M. Martinez, maire de Marche Primes.
05:06Justement les pompiers, ils sont sur ce plateau en la personne d'Éric Brocardi, porte-parole des sapeurs-pompiers de
05:11France.
05:122500 pompiers qui sont mobilisés sur ce seul mais gigantesque incendie de Gironde.
05:16Quel est l'état des troupes ce matin ?
05:18L'état des troupes, il est toujours dans cette volonté de vouloir en découdre avec le feu.
05:22Cette volonté de vouloir tenir les positions et d'essayer de continuer à pilonner ces fronts de flammes.
05:27On a eu un sursis avec ce sujet de la pluie pendant cette nuit-là.
05:32Ce qui va nous permettre aujourd'hui d'avoir une course contre la menthe avant la réhausse des températures qui
05:36sont prévues.
05:38Il y a un petit créneau qui est important.
05:42C'est un petit peu, comme je dis toujours, un combat entre David et Goliath.
05:45Et là, on va essayer de trouver un point faible.
05:48Je peux vous dire qu'ils ont la rage au ventre.
05:50Ils sont dans le cœur de leur mission.
05:51Aujourd'hui, il ne faut pas se leurrer.
05:53Les sapeurs-pompiers, quand ils signent leur engagement, c'est ce qu'ils sont en train de faire actuellement.
05:57Donc, il est très difficile de mettre les sapeurs-pompiers au repos ou au retrait du fond de l'Effalame.
06:04Il est également très difficile aussi d'en remettre en disponibilité pour permettre justement d'aller au front.
06:09Donc, vous voyez qu'on est sur un sujet aujourd'hui où la tension opérationnelle et la tension humaine est
06:13à son maximum.
06:14Et que forcément, aujourd'hui, on ne doit que saluer leur engagement à tous les niveaux.
06:19Et n'oublions surtout pas, surtout pas, que depuis ce début de saison apocalyptique, nous avons perdu trois sapeurs-pompiers.
06:26Deux en Gironde, un en Savoie.
06:28On doit penser et ne jamais oublier qu'il y a des familles endeuillées, des collègues endeuillées.
06:32Et à partir de là, même si j'entends...
06:35Il y a des blessés aussi, 80 pompiers blessés en Gironde.
06:37Exactement.
06:38Ce qu'il faut souligner quand même, c'est qu'il y a zéro blessé chez les concitoyens.
06:43Donc, cela veut dire que nous sommes...
06:43Ça, c'est une réussite pour...
06:45Mais bien sûr que c'est une réussite, il faut le dire, parce que les pompiers ont besoin aussi de
06:48voir que ce qu'ils font n'est pas vain.
06:50Que ce qu'ils font est fait avec courage, dévouement et détermination.
06:54Et qu'à ce titre-là, il est important de souligner dans les bandeaux télé ou quoi au caisse,
06:58tout simplement que l'action a été remarquable de ce côté, parce que ça a été une conjugaison de prise
07:03de responsabilité des exploitants de sites touristiques.
07:06Ça a été une combinaison, une conjugaison avec les orientations qu'a prises le commandant des opérations de secours.
07:10Et les sapeurs-pompiers aujourd'hui ne peuvent être que fiers de ce qu'il en est et que les
07:15concitoyens en soient de même.
07:17Vous l'avez un peu évoqué, mais c'est vrai qu'on entend et on lit ce matin des premières
07:20critiques,
07:21de la part même de pompiers qui sont sur le terrain, sur parfois leurs équipements, sur la tenue qui n
07:25'est pas toujours adaptée,
07:26sur les moyens, sur les camions, sur le manque de formation parfois de certains.
07:32Il y a quand même des premières questions et des premières interrogations parmi vos effectifs, à mesure que la fatigue
07:36gagne aussi.
07:37Moi, je viens du terrain, donc je vais vous dire que ce n'est jamais simple sur le terrain.
07:41Il y a toujours effectivement des problèmes en termes d'équipement, que ce soit radiophonique, comme ce soit au niveau
07:46vestimentaire.
07:47Vous regardez vous-même les images, vous verrez qu'il y a parfois des disparités entre départements ou autres en
07:51termes d'équipement.
07:52Mais c'est parce qu'il faut rappeler une chose essentielle, c'est que les sapeurs-pompiers sont départementalisés
07:56et que les conseils départementaux, qui sont les principaux financeurs des sapeurs-pompiers,
08:00font comme ils peuvent au quotidien face à le budget, sachant qu'ils ont aussi cette orientation d'aider les
08:05sapeurs-pompiers.
08:06Et il faut qu'ils continuent à aider.
08:07La crainte que l'on a, malgré toutes ces polémiques, c'est qu'en septembre, une autre rentrée se dessine
08:12et qu'on oublie ce qui s'est passé au mois de juillet.
08:14Et là, la Fédération Nationale des sapeurs-pompiers de France sera là pour marteler ce qui s'est passé en
08:18juillet.
08:18Et on va y revenir, peut-être jeter un oeil à la carte de France ce matin avec vous, Pauline
08:23Villain-Carlotti,
08:24puisqu'on parle évidemment de ce méga-feu.
08:27D'ailleurs, je ne sais pas si on peut parler de méga-feu, pas encore.
08:30Très bien, alors de feu extrême, en tout cas en Gironde.
08:32Un feu complexe.
08:33Mais c'est loin d'être le seul.
08:35Et il y a des feux dont on ne parle pas, mais il y a des feux un peu partout.
08:37Oui, là on a vu que cette année, clairement, la saison incendie, non seulement elle a démarré tôt et de
08:45manière très très forte,
08:46mais en plus elle a touché le territoire national de manière générale.
08:51On voit la remontée septentrionale de la problématique incendie.
08:55On a vu des Canadaires en région parisienne.
08:58On a la Bretagne, on a des régions du centre de la France qui brûlent.
09:02Donc là, très clairement, la géographie du risque a changé.
09:05Ça n'est plus une problématique strictement méditerranéenne.
09:08Désormais, c'est un enjeu national, un risque majeur qu'il va falloir prendre en compte à l'échelle de
09:14la France entière
09:15et qui demande non seulement de sortir de la gestion de crise pour aller vers la gestion du risque,
09:21la planification, anticiper, prévenir et aménager des territoires qui soient résilients aux risques d'incendie de forêt.
09:27Et peut-être trouver des moyens de réhabiter différemment la forêt.
09:30On va y revenir. Juste un mot sur la carte, toujours Antoine Denoy, puisque chez AXA Climate,
09:34vous avez justement modélisé cette remontée du risque, cette extension du risque.
09:38On n'est plus du tout uniquement.
09:40On s'était habitué à un scénario tous les étés pour tour méditerranéen, Corse, un peu sud-ouest.
09:45On va de moins en moins être seulement là-dedans.
09:48Exactement. Je m'inscris en accord avec ce qui a été dit.
09:51Le risque d'incendie, ce n'est plus, sur les bannières de télévision, un risque qui est lié au sud.
09:56Maintenant, l'ensemble du pays est concerné.
09:58Et donc, les scientifiques nous le disent depuis des décennies.
10:00Mais on le factualise.
10:02Par exemple, à Nantes, on a trois jours par an à peu près de risques extrêmes d'incendie.
10:06On va passer à neuf jours en 2050 et à quinze jours en 2100.
10:09Donc, il faut se préparer en région ouest, nord et centre à beaucoup de risques.
10:14Et notamment de risques incendie.
10:15Mais le point important et le message important aussi pour nos éditeurs, c'est de ne pas penser les risques
10:20en silos.
10:21Ces risques sont interreliés.
10:22On a vu l'importance qu'avaient eu les fortes précipitations hivernales sur ce qu'on est en train de
10:26vivre à l'été.
10:27Et donc, c'est important que chaque territoire fasse l'exercice de connaître le climat à 2030-2050.
10:32Comme on connaît tous, chacun, la météo du jour.
10:35C'est extrêmement important.
10:36Et surtout, pas se contenter de se dire, il faut que je m'adapte aux risques incendie.
10:41Mais avoir des démarches d'adaptation beaucoup plus systémiques.
10:43Où on tient compte de la tempête, de l'inondation, de la sécheresse et évidemment de l'incendie.
10:48Mais c'est à condition qu'on prenne ces risques dans leur ensemble, qu'on arrivera à mettre en place
10:51des stratégies de résilience efficaces.
10:54Donc, Eric Brocardi, on passe à une situation où on avait des feux classiques, entre guillemets, cantonnés à certaines régions.
11:00À une situation où le risque s'étend.
11:02Et en plus, on a ces nouvelles formes de feu.
11:04Alors, on a entendu feu convectif, orage de feu ces derniers jours en Gironde.
11:08Comment on adapte la riposte de votre côté ?
11:12Là, on a bien vu qu'on peut...
11:13Alors oui, il y a des pompiers d'autres régions qui viennent en Gironde.
11:17Mais on ne peut pas non plus enlever, si je puis dire, des forces dans d'autres régions qui pourraient
11:21être touchées.
11:21Comment on fait pour tout gérer ?
11:23Difficulté opérationnelle, parce qu'à ce jour, aujourd'hui, ce qui fait fonctionner, on va dire, nos attaques et notre
11:27stratégie, c'est la solidarité entre les départements.
11:30Lorsque vous avez un directeur départemental du nord de la France et qui incite à pouvoir aider un autre département
11:38qui est en difficulté par rapport aux feux de forêt,
11:40il a envoyé ses troupes en masse.
11:42Or, aujourd'hui, le calcul est différent.
11:45Il y a une espèce, aujourd'hui, de cristallisation et une veillance sur laquelle les sapeurs-pompiers du nord ne
11:52peuvent pas tous descendre comme auparavant dans le sud,
11:54parce qu'il y a un risque aussi prégnant dans le nord de la France.
11:56Quand je dis le nord de la France, c'est évidemment au nord de Aix, excusez-moi, mais c'est
12:01vrai que c'était ciblé sur le porton méditerranéen jusqu'à présent.
12:04Donc sur cette configuration-là, aujourd'hui, ça nous demande beaucoup d'agilité et de plasticité d'un département à
12:09l'autre,
12:10tout en faisant force avec la disponibilité des sapeurs-pompiers volontaires,
12:13qui constituent 80% de nos effectifs actuellement sur le territoire national, mais en plus à l'heure actuelle sur
12:18le terrain.
12:19Donc vous voyez bien qu'aujourd'hui, il faut impérativement décloisonner,
12:24il faut impérativement avoir des méthodes de simplification opérationnelle au sein de l'administration
12:30pour continuer à essayer de développer une logique d'aide, de suffisance, de moyens,
12:35pour permettre qu'à l'avenir, nous puissions être plus facilitants,
12:39parce que c'est le terrain qui décide l'administration, ce n'est pas l'administration qui décide sur le
12:43terrain.
12:43Et justement, en termes de moyens financiers, Pauline Villain-Carlotti, on voit qu'il y a une polémique qui monte,
12:48on entend beaucoup parler des Canadaires, seuls 7 Canadaires disponibles sur les 12 que compte la France.
12:54Il faut changer d'échelle en termes de moyens par rapport à ce qui nous attend,
12:58sur l'adaptation des moyens de la sécurité civile.
13:01Alors moi, je ne suis pas du tout spécialiste de la flotte aérienne et des moyens de la sécurité civile.
13:07Donc moi, le discours que je porte, c'est celui de changer d'échelle,
13:12c'est-à-dire en revenir au territoire pour penser l'aménagement du territoire
13:16et réduire, ne pas seulement traiter l'aléa, la gestion contre le feu, le risque,
13:20c'est la conjonction d'un aléa pouvant occasionner des dommages à des enjeux vulnérables.
13:25Là, si on reprend l'exemple de la Gironde, on est dans une configuration qui est dramatique.
13:29Pourquoi ? Parce qu'on a non seulement une forêt très inflammable,
13:33mais on a surtout un territoire qui concentre des populations,
13:38un habitat résidentiel, un habitat touristique,
13:41des hébergements faits pour la saison, donc plutôt hébergement léger.
13:46On a une population qui n'a pas du tout de culture du risque d'incendie de forêt.
13:49Et ces populations, donc, mobilisent les services de secours
13:54qui doivent intervenir, défendre des points sensibles
13:57et qui, donc, ont beaucoup moins de possibilités de gérer l'incendie en tant que tel
14:04puisqu'ils font plutôt de la défense de populations vulnérables.
14:07Je voulais revenir juste à un sujet sur le mémoire aérien.
14:09Excuse-moi de vous couper parce qu'on a tendance à focaliser sur la notion du Canadair,
14:12le fameux aéronef que l'on voit jaune.
14:15Mais je rappelle quand même qu'il y a des dashes aussi à côté
14:17et que cette flotte aérienne, c'est vrai qu'elle est en difficulté,
14:20ce n'est pas de nouveauté, c'est vrai qu'il y a des nécessités de maintenance.
14:22Quand on compare à d'autres pays comme l'Espagne.
14:24Exactement. Aujourd'hui, je peux le dire, sur son volume global,
14:27on est une des flottes les plus puissantes parce qu'on arrive aussi à prêter.
14:30Pour autant, le problème, il est plus interne.
14:32Le sujet de la réparation, de la maintenance, des sous-traitants,
14:36des choix et des orientations qui ont été pris en termes de traitement.
14:39la fédération se range aux côtés des pilotes de la sécurité civile
14:43qui, eux, sont vraiment au cœur du système et des difficultés.
14:46Il faut se rappeler que derrière chaque avion, vous avez une équipe
14:49et notamment des mécanos qui sont déjà flottandus sur les avions
14:51et qui ne comptent plus leurs heures pour essayer de remettre les appareils opérationnels.
14:54Le message est bien passé.
14:56Vous parliez de ces zones, en plus toujours un peu les mêmes zones qui sont touchées.
14:59Quand on pense à 2022, à l'Andiras et cet incendie de Somos aujourd'hui.
15:03Revoir l'organisation, est-ce que ça veut dire que quand on va reconstruire,
15:07il va falloir drastiquement revoir l'habitat, l'organisation même du territoire, l'urbanisation ?
15:13Est-ce qu'il faut accepter qu'à l'avenir, il y ait des zones qui soient rendues non habitables
15:17?
15:17Oui, très clairement.
15:19Il faut revenir déjà à la base.
15:21En France, on a 286 plans de prévention du risque d'incendie de forêt
15:25pour 7000 communes exposées.
15:27Donc déjà, il y a un hiatus en termes de prévention et d'aménagement du territoire.
15:32On a des outils de planification qui existent.
15:34Ils ne sont pas mis en œuvre.
15:36Ces plans de prévention des risques, qu'est-ce qu'ils pourraient faire ?
15:37Ils pourraient limiter la constructibilité des zones les plus exposées
15:41et aussi encadrer la manière d'aménager le territoire,
15:46notamment en limitant les interfaces habitat-forêt,
15:51en limitant l'étalement urbain à proximité des espaces boisés et végétalisés.
15:55Repenser aussi les réglementations comme les obligations légales de débroussaillement,
15:59non plus à l'échelle strictement individuelle, mais à l'échelle d'un quartier,
16:02que ça soit mutualisé, pour qu'on ait vraiment des lisières incombustibles
16:06et qu'on évite à chaque fois de se retrouver sur les fronts entre la forêt et les espaces habités,
16:12ce qui est l'endroit où se déclenchent la plupart des incendies,
16:16mais aussi qui concentre la plupart des enjeux vulnérables.
16:18Parce qu'il y a un enjeu en termes, je parle à l'assureur Antoine Denois chez AXA Climate,
16:23il va y avoir des maisons, des entreprises que vous ne pourrez plus assurer à l'avenir dans ces zones
16:30-là.
16:30Il y a un enjeu là-dessus quand même.
16:31Évidemment qu'il y a un enjeu, mais nous notre métier c'est de faire en sorte que chacun reste
16:35assurable.
16:36Et là où je rejoins, c'est qu'il va falloir, il y a évidemment des actions de prévention très
16:39pratiques,
16:40mettre des grilles sur des gouttières pour éviter que les feuilles mortes viennent se loger dans les gouttières
16:44et servent d'embrasement à des braises. Donc ça c'est du pratique et c'est du court terme.
16:48Et après il va falloir refaçonner nos territoires.
16:51Je vous rappelle, pour faire un petit peu d'histoire, que 400 000 de nos compatriotes vivent sous le niveau
16:55de la mer,
16:56dans le Nord-Pas-de-Calais. Parce qu'au XIIIe siècle, on est asséché et Saint-Omer avant était à
17:00un port
17:00et Saint-Omer est à 30 km à l'intérieur.
17:02Je vous rappelle que 400 000 autres compatriotes vivent dans les Landes
17:06et les Landes avant le XIXe c'était des marécages et il n'y avait pas de pain.
17:09Donc on a de fait en France des paysages qui ont été façonnés par l'humain et par les Français.
17:14Et donc tout l'enjeu, et je rejoins ce qui a été dit, c'est in fine, c'est qu
17:18'à l'aménagement du territoire
17:19parce que le réchauffement climatique nous oblige drastiquement à changer ces territoires.
17:24Et donc à changer leur aménagement, à changer leur paysage, à changer les cultures qui sont cultivées.
17:28Et donc nos territoires resteront assurables à condition qu'elles s'adaptent,
17:32que ces territoires s'adaptent à ce réchauffement climatique qui est de plus en plus rapide.
17:36Là on parle de l'après. Juste à court terme, sur les semaines et les mois qui attendent les sinistrés,
17:41qu'est-ce que ça représente comme vous, comme défi pour vous ?
17:45Les gens dont les maisons ont brûlé, les entreprises qui sont à l'arrêt,
17:48est-ce qu'on peut accélérer les expertises ? Est-ce que ça va prendre du temps, le passage des
17:52experts ?
17:52Est-ce qu'on peut progresser là-dessus ?
17:54Évidemment nous sommes aux côtés de ceux qui se battent sur le terrain
17:57et on a évidemment beaucoup de gratitude et pas que la gratitude.
17:59Donc on a pris des engagements, mais comme d'autres assureurs,
18:01pour être au plus proche des clients qui sont impactés,
18:05au plus proche de l'ensemble des services qui travaillent sur le terrain
18:08pour faire en sorte qu'on puisse sortir de cette situation.
18:11Et donc les assureurs, comme les autres acteurs économiques, publics, privés,
18:15prendront leur part dans le combat qui est le nôtre à court terme.
18:17Pauline Villain-Carlotti, vous parliez de plan de prévention des risques.
18:20On a une question sur l'appli Radio France de Franck qui fait la comparaison.
18:24Alors la comparaison, attention, il me dit j'habite près d'une centrale nucléaire.
18:29Or, autour des centrales nucléaires, un plan d'évacuation est toujours prévu en amont,
18:32sur un périmètre très large.
18:34Pourquoi n'en est-il pas de même pour les zones à risque d'incendie ?
18:37Si, il y a des plans communaux de sauvegarde, il y a des plans d'évacuation.
18:41Là encore, on parle d'outils qui ne sont pas toujours suffisamment mis en œuvre
18:45parce que parfois les communes manquent d'ingénierie territoriale.
18:50Ce sont des dispositifs qui ne sont pas toujours connus par les élus et les services municipaux.
18:55On a des outils aujourd'hui en matière de prévention et de planification.
18:59On n'a pas de déficit d'outils.
19:00On a un déficit de mise en œuvre.
19:02Et il faut communiquer sur ces outils qui existent, le rappeler, faire des formations auprès des communes, des élus locaux.
19:10Moi, je suis convaincue que ça partira des territoires, les transformations, et pas de l'échelle nationale.
19:15Est-ce qu'on peut encore vivre, pour le dire très clairement, dans ou près de la forêt, en France,
19:20dans ces zones ?
19:20On peut vivre près de la forêt, à condition d'avoir fait en sorte qu'il y ait une zone
19:25tampon entre l'espace végétalisé et l'espace habité.
19:29Revenir un peu à nos paysages, dans paysages historiques méditerranéens, paysages agropastoraux où il y avait des incendies
19:36et où les villages étaient organisés avec plusieurs périphéries, où autour des villages, on avait un espace entretenu, du maraîchage
19:44principalement.
19:44Ensuite, l'espace pastoral qui servait de pare-feu, parce qu'il y avait un maintien de la végétation, notamment
19:50en utilisant le feu pour gérer la végétation et limiter la repousse ligneuse.
19:54Et la forêt n'arrivait qu'en troisième périphérie. Il n'y avait pas de zone de contact directe.
19:59On n'avait pas cet étalement urbain, ce mitage de l'espace avec ces villas isolées qui compliquent le travail
20:05des pompiers et qui rendent la situation explosive en cas d'incendie de forêt.
20:09Vous l'avez évoqué, Antoine Denoy, un mot de la culture du risque. Est-ce qu'il va falloir habituer
20:14aussi ces populations et notamment les populations touristiques qui viennent temporairement à une catastrophe majeure tous les 3-4 ans
20:20?
20:20Il y a un enjeu là-dessus aussi ?
20:21Bien sûr, culture du risque, culture de la prudence aussi par rapport aux risques qui nous tombent dessus. En Australie,
20:25par exemple, les familles en Australie connaissent les routes d'évacuation quand il y aura un problème.
20:30C'est des choses très pratiques. Combien de familles françaises savent s'il y a un risque incendie demain, par
20:36quel chemin, par quelle route elles doivent évacuer ?
20:38Donc c'est des choses très pratiques. C'est une sensibilisation qu'on doit réaliser. Et là où je rejoins,
20:43c'est que les agriculteurs ont un rôle très important à jouer sur cette résilience des territoires.
20:46Je vous rappelle que la moitié des surfaces en France sont cultivées et c'est des agriculteurs qui en prennent
20:51soin.
20:51Donc la capacité des agriculteurs à diversifier les paysages, à créer ces zones tampons, à éviter d'avoir trop de
20:57combustible autour des habitations et des entreprises, c'est fondamental.
21:01Donc c'est un sujet qui est fondamentalement transvers, systémique. Et la figure de l'agriculteur est une figure extrêmement
21:07importante quand on parle de résilience.
21:09Eric Brocardi, on parlait de la culture du risque chez les civils, chez les pompiers, ce qui est un enjeu
21:13de changement d'échelle en termes de formation.
21:15Je lisais que sur les 260 000 pompiers en France, il y en a pour l'instant 90 000 qui
21:19sont formés spécifiquement au feu de forêt. Il va falloir faire plus ?
21:22Il va falloir continuer à former. Mais aujourd'hui, l'entente valable qui forme la plupart des sapeurs-pompiers au
21:28risque feu de forêt est déjà aussi sur un niveau, on va dire, d'absorption, on va dire, de l
21:33'ensemble des formations qui arrivent à un niveau extrême et important.
21:36Il y a dix ans, cela, si vous m'auriez dit que je partagerais le banc des formations avec des
21:41gens du Nord, je ne vous aurais jamais cru.
21:43Or, aujourd'hui, c'est extrêmement le cas et ce n'est plus anodin. C'est quelque chose qui est
21:47intégré.
21:47Et on est assez fiers d'ailleurs de partager la culture du Sud, puisque je proviens du Sud de la
21:51France, avec tous nos collègues.
21:53Et ça prouve aussi une chose, c'est que notre manière de travailler, notre stratégie, elle est fondée sur des
21:59éléments qui datent des années 80-90 au travers de la mission VUCA et qui fonctionne encore et qui est
22:05très efficace.
22:06Et ça, aujourd'hui, merci à l'entente valable, qui est l'école du feu de forêt en France, qui
22:09est reconnue internationalement.
22:11Le sujet, c'est aussi de percevoir qu'à l'avenir, il va falloir continuer à progresser dans la capacité
22:16à absorber un volume de sapeurs-pompiers supplémentaires.
22:18Que ce soit dans la formation, le franchissement avec les engins lourds dédiés à cela, les niveaux d'équipement derrière,
22:24évidemment.
22:24Ça ne peut pas rester à ce niveau-là.
22:26Merci beaucoup Éric Brocardi, Pauline Villain-Carlotti, Antoine Denoy, invité de France Inter ce matin.
22:31Il est 9h moins le quart.
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