00:00De nouveaux serrages de vis en vue sur le CPF, messieurs Emmanuel Lechypre, Raphaël Legendre.
00:06Le gouvernement en tant conditionné, chaque achat de formation à la validation par l'employeur, l'APEC ou France Travail.
00:12Est-ce que c'est la réforme de trop, Emmanuel Lechypre ?
00:14Oui, c'est la réforme de trop, il y en a ras-le-bol.
00:16Ras-le-bol de cette obsession française pour le contrôle, l'obsession de la fraude, l'obsession des trajectoires professionnelles
00:25rectilignes.
00:26Franchement, c'est totalement absurde.
00:29Le gouvernement ne s'attaque absolument pas au bon problème.
00:33Il faut quand même rappeler que c'est une véritable inversion de la logique du CPF que nous propose finalement
00:39le gouvernement.
00:40On va rappeler comment le CPF est né, c'était en 2015.
00:43Et l'idée, c'était justement de faire confiance à l'individu plutôt qu'à l'administration.
00:48Avant le CPF, c'était déjà l'employeur, Pôle emploi ou les organismes paritaires qui décidaient des formations.
00:55Donc, on va revenir à cette logique ancienne qui est la logique de « on n'a rien compris »,
00:59qui est la logique de « on ne valorise pas le capital humain dans son ensemble et pas seulement pour
01:04ma petite trajectoire dans ma petite entreprise ».
01:07Parce que la réalité, c'est que personne ne peut prévoir ce que sera sa carrière demain dans cinq ans.
01:12Alors, on nous fait des beaux discours sur l'intelligence artificielle, sur la réorientation, machin et tout.
01:16Mais qui sait que si moi, demain, dans cinq ans, je ne serai pas caviste ou pâtissier ou maçon ?
01:22Voilà, on ne sait pas.
01:24Donc, on change davantage de métier aujourd'hui, on crée sa boîte, on cumule plusieurs activités.
01:30Bref, il faut de la liberté.
01:32Et puis, qui décide de ce qui est cohérent comme trajectoire professionnelle ?
01:37Alors, ça va être un algorithme, ça va être un questionnaire, ça va être l'administration.
01:41Je ne sais pas, moi, est-ce qu'un ingénieur qui décide d'apprendre le théâtre pour devenir un meilleur
01:44manager ?
01:45C'est absurde.
01:45Est-ce qu'un artisan qui apprend l'anglais, c'est absurde ?
01:48Est-ce qu'un cadre qui fait de la psychologie, c'est absurde ?
01:50Non, moi, je ne crois pas.
01:52En plus, on nous dit, on va être dans un monde dans lequel les compétences transversales vont être de plus
01:58en plus importantes.
01:59Eh bien, développons les compétences transversales.
02:01Oui, passons le permis de conduire ou le permis moto, même si ce n'est pas en rapport direct avec
02:06notre métier.
02:07C'est une compétence.
02:07Si vous voulez, encore une fois, on est dans une vision qui est totalement enferrée dans le XXe siècle
02:12et on tourne le dos de façon dangereuse et presque scandaleuse au XXIe siècle.
02:18Raphaël ?
02:19Alors, je suis en désaccord complet avec cette position socialisante d'Emmanuel Lechypre.
02:24Eh bien, oui, bien sûr, payons le permis moto.
02:25Ce n'est pas socialisant.
02:26Absolument tout le monde avec l'argent des autres.
02:28Après tout, ce n'est pas cher.
02:29C'est l'État qui paye.
02:30Donc, allons-y, allons-y franchement.
02:31Et surtout, ne regardons pas les résultats catastrophiques, je le dis, du CPF.
02:37C'est une bonne idée, le CPF, à la base.
02:38Il faut se former tout au long de la vie.
02:41Effectivement, sauf que là, on a ouvert une galerie marchande de tous les services possibles et imaginables.
02:46On a augmenté par 30% les prix de tous.
02:51Parce que, de toute façon, c'est de l'argent automatique, de l'argent public, que nous n'avons pas.
02:55Je rappelle qu'on a 5% de déficit, qui est déversé comme ça, sans aucun contrôle.
03:01Il est grand temps de remettre un cadre à la formation professionnelle, effectivement.
03:07Je rappelle que le CPF, c'est quand même 2 milliards d'euros par an,
03:10alors que vous n'avez que 3% des titulaires qui l'utilisent.
03:14Alors, il faut voir pourquoi ils les utilisent.
03:16Vous avez seulement 17,4%, 17,4% des formations en 2025
03:23qui préparent à une qualification professionnelle reconnue.
03:29Plus des trois quarts de ces formations n'ont aucune certification.
03:3357% des inscrits seulement valident leur formation.
03:3957% valident.
03:40Enfin, je veux dire, c'est-à-dire qu'il y a quasiment la moitié qui ne vont pas au
03:43bout.
03:43Non, non, je n'en ai pas fini.
03:4420% déclarent de n'avoir aucun objectif professionnel.
03:49Moi, je veux bien qu'on finance tout ça, des CAP pâtisseries pour des journalistes.
03:55Exemple vécu, on finance des CAP pâtisseries pour des journalistes.
03:59Mais on a le droit de devenir pâtissier quand on a été journaliste.
04:00Oui, alors, on quitte le métier, on se fait une formation.
04:04C'est de la réorientation, c'est un pivot.
04:06Les permis, c'est 36%, un tiers de la formation professionnelle pour un permis.
04:11Les permis moto, Emmanuel Lechypre, pardon, 45% de hausse des dossiers.
04:15Qui prenait aujourd'hui que la mobilité ou le manque de mobilité est un facteur du chômage.
04:20Donc, moi, j'entends les problèmes que Raphaël soulève et il a raison.
04:23Oui, effectivement, il y a de la fraude.
04:26Il y a eu des usurpations.
04:27Il y a de la fraude à tous les niveaux.
04:29Il y a des mauvais, il y a des formations qui sont indignes et indigentes.
04:32Mais est-ce que pour autant, la solution, c'est de contrôler l'accès à ces formations indigentes ?
04:38Et l'entrée et la sortie.
04:40A quoi ça sert ?
04:42Et est-ce que c'est véritablement utilisé ?
04:44Lutons contre la fraude.
04:45Améliorons les formations.
04:46Mais ne privons pas, surtout, c'est ça le plus important, ne supprimons pas la liberté pour les salariés de
04:52choisir la formation qu'ils veuillent.
04:54Un, c'est prendre le risque de décourager ceux qui veulent se former.
04:57Et encore une fois, c'est toujours cette idée que l'État sait mieux que tout le monde ce que
05:02seront les métiers de demain.
05:04Or, je rappelle, nous disent les spécialistes, que les deux tiers des métiers qui seront exercés par l'économie d
05:08'aujourd'hui n'existent pas.
05:08Là, c'est l'entreprise, ce n'est pas l'État.
05:09Donc, on paye un ticket modérateur et que l'entreprise est son mot à dire sur la formation.
05:13Elle a un intérêt général à ce que le niveau de capital humain global du pays s'améliore, même si
05:20ce n'est pas dans l'intérêt de ton entreprise directe.
05:22Ton entreprise, elle ne profite peut-être pas de la formation qu'elle va financer.
05:26Elle profitera peut-être de la formation qu'une autre entreprise a financée.
05:30C'est le jeu.
05:31La confiance n'empêche pas le contrôle.
05:32Merci, messieurs.
05:33C'était le débat.
05:34Emmanuel Lechypre, Raphaël Le Gendre.
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