00:00J'ai sauvé mes parents de la mort de deux tentatives de suicide à une année d'intervalle.
00:03Mon père a été diagnostiqué bipolaire il y a environ 30 ans.
00:07Du coup, j'ai vécu toute ma vie avec ce trouble-là, avec la maladie.
00:12Des épisodes où les personnes sont en profonde dépression,
00:15pendant ça peut être 2, 3, 6 mois,
00:17des phases complètement maniaques, où elles sont excitées, où elles sont survoltées.
00:21Par exemple, pour mon père, ça se traduisait par des achats impulsifs.
00:25Il a voulu acheter une moto à crédit, par exemple.
00:27Durant ces phases plutôt calmes, entre guillemets,
00:30il a fait des tentatives de suicide, il est allé dans des hôpitaux psychiatriques,
00:34il a été dans des centres du jour, où on a pu rencontrer des professionnels
00:38qui étaient vraiment extraordinaires, notamment des infirmiers en psychiatrie.
00:42Moi-même, en tant qu'enfant, j'ai vécu avec cette maladie-là.
00:46J'allais le voir en hôpitaux psychiatriques,
00:48j'allais le voir également en centre du jour, quand il était plutôt stabilisé.
00:53J'ai fait des parties de ping-pong avec différents malades,
00:56avec des schizophrènes, avec des personnes atteintes de psychose.
00:59Moi, ça me permettait aussi de partager du temps avec mon père,
01:02comprendre mieux la maladie.
01:04Et j'ai évolué, je suis passé ado, adulte, j'ai construit ma vie, j'ai fait mes études.
01:08Et aussi, je suis parti du foyer familial à un moment donné.
01:10Donc, j'ai moins vu, en fait, comment évoluait mon père,
01:12comment ça se passait aussi à la maison.
01:14Je sais que c'était très, très compliqué aussi pour ma mère.
01:16La maladie était toujours là, il buvait beaucoup plus,
01:18parce que l'alcool, la cure, était très prégnant dans la maladie de mon père.
01:22Il avait moins ces phases de up and down, comme on appelle,
01:25mais des phases beaucoup plus de dépression profonde, de mélancolie.
01:29Un jour, il y a un an, une crise de trop, j'étais là, j'étais en vacances chez eux.
01:32Mon père a commencé à boire, à ne pas être bien le soir, etc.
01:36Moi, je le suivais, j'essayais de voir ce qui n'allait pas.
01:38Il devait être une heure du matin.
01:40Mon père, dans une colère, il prend un couteau et il tente, en fait, de se poignarder, tout simplement.
01:44J'ai eu un geste réflexe.
01:45Je l'ai attrapé, ce couteau.
01:46Il s'est maîtrisé mon père.
01:47Et j'ai réussi en pareil à l'appeler les gendarmes,
01:49qui m'ont finalement aidé à le maîtriser.
01:51Il a été transporté, du coup, à l'hôpital.
01:53Grâce à ça, il a réussi, du coup, à retrouver un suivi avec un psychiatre libéral.
01:59Et à côté de ça, il y avait ma mère, qui était toujours là,
02:02qui a toujours eu cette charge mentale, en fait, de mon père,
02:04qui était très, très... qui était présente, en fait, tout simplement.
02:08Gérée, elle a subi, elle m'a élevé.
02:10Il y avait aussi mon frère, qui est plus âgé que moi,
02:13qui, lui aussi, a une adolescence vraiment pas facile,
02:17une séparation très douloureuse, la perte de la garde de ses enfants, etc.
02:20C'était l'époque où mon frère revenait au foyer familial.
02:23Donc, ma mère s'est retrouvée, en fait, à gérer deux charges mentales.
02:26La charge mentale liée à mon père,
02:27et puis également la charge mentale liée à mon frère.
02:29Petit à petit, je sentais, depuis quelques années, que ça allait beaucoup moins bien.
02:32Elle commençait à craquer, en fait, tout simplement.
02:34La carapace qu'elle s'était construite au fil des années
02:36commençait complètement à se briser.
02:37Cet été, il y a quelques mois de ça, je suis qu'à mal allé les voir en vacances.
02:42Et ma mère, je ne l'ai pas reconnue.
02:43Elle avait beaucoup maigri, elle ne participait pas aux activités.
02:47Elle n'était vraiment pas bien.
02:48Et mon père, il n'arrivait pas trop à comprendre ce qui se passait.
02:52Et en fait, un matin, on se réveille.
02:54Et je me rends compte que ma mère n'était plus là, en fait, tout simplement.
02:59Je n'étais pas à acheter du pain.
03:00J'ai vite compris.
03:01Elle avait laissé son portefeuille, elle avait laissé son sac.
03:03On a compris qu'il y avait une disparition, en fait, tout simplement.
03:05Le premier réflexe, c'est que j'ai appelé les gendarmes.
03:06Ils sont venus en 10 minutes.
03:08C'était un dimanche, en plus.
03:08Voilà, on a commencé à cibler quelques lieux.
03:11On est quand même allé voir au lycée, là où on avait notre première intuition.
03:15Et là, on a trouvé sa voiture.
03:17Et donc, je savais, en fait, pertinemment, qu'elle était dans son bureau.
03:20Il y a 41 minutes, à peu près, qui se passent.
03:21Entre le moment où on arrive sur les lieux, et le moment, finalement, où on ouvre la porte
03:24et où on voit ma mère complètement inconsciente.
03:26Entre ces 45 minutes-là, il a fallu trouver les clés, le concierge, etc.
03:30Dimanche, c'est très, très compliqué, du coup, de rentrer dans un lieu public.
03:32C'était un lycée.
03:33Et les gendarmes, il y a eu du renfort également des gendarmes, l'ont trouvée complètement inconsciente.
03:39Et en fait, elle avait fait une tentative de suicide aux médicaments.
03:41Elle avait pris tous les médicaments de mon père, compris que ça faisait deux heures qu'elle était là.
03:45Les gendarmes sortent, en fait, de la pièce.
03:47Et ils disent, bon, on a un pouls.
03:49Donc là, on savait qu'elle était vivante.
03:50Donc ça a été un énorme soulagement.
03:52Je crois que ça a été vraiment le plus gros soulagement de ma vie, en fait.
03:54Parce que là, j'ai eu vraiment un stress inimaginable pendant les 45 minutes.
03:57de savoir qu'elle était là, mais on n'arrivait pas à accéder au lieu, en fait, tout simplement.
04:02Et elle a été amenée à l'hôpital pour être après, du coup, suivie par une cellule avec un psychiatre,
04:10une infirmière, une infirmière en psychiatrie.
04:13Elle a choisi d'abord d'être internée.
04:15Elle a été internée de force, mais en fait, elle a quand même donné son accord à un moment donné.
04:18On a eu quand même beaucoup de chance, parce que finalement, ma mère, elle est bien tombée.
04:23Elle est tombée sur le côté, donc elle a pu vomir.
04:26Elle ne s'est pas fait mal, elle n'est pas tombée sur...
04:29Finalement, dans notre malheur, on a eu énormément de chance, en fait.
04:32Nous, on a réussi à identifier où elle était.
04:36Et puis, entre-temps, il y avait des recherches parallèles qui se menaient.
04:39Ils recherchaient sous des ponts, ils recherchaient dans le fleuve.
04:43Enfin voilà, c'était hyper anxiogène.
04:44J'avais l'impression d'être dans un film, en fait, tout simplement.
04:48Enfin, des choses qu'on voit dans des films.
04:50Mais en fait, vraiment, toutes les raisons ont été activées.
04:52C'est pour ça que je salue l'équipe de gendarmes, parce qu'ils étaient deux au départ.
04:55Et après, ils étaient cinq, voire six, vraiment à activer les recherches.
05:00Parce qu'en fait, c'est vraiment dans les premières minutes qu'on peut trouver des gens.
05:06Et là, je l'ai vue avec ma mère.
05:07C'est vraiment dans les premières heures qu'on peut trouver quelqu'un, tout simplement.
05:10Et c'est là, c'est pour ça aussi que les personnes sont autant investies dans les recherches, parce qu'on l'a trouvé.
05:14Elle est restée deux semaines en hôpital psychiatrique.
05:16Et ça s'est plutôt bien passé. Ma mère a été très, très coopérative.
05:19Ce n'était même pas un appel à l'aide.
05:20Elle avait envie, voilà, elle avait vraiment planifié ça.
05:23Ça n'a pas été, du coup, une tentative de suicide par impulsion comme a pu le faire mon père.
05:26Ce témoignage-là est là pour montrer qu'une personne qui n'a aucun antécédent psychiatrique,
05:31et elle n'en a pas, elle n'en a toujours pas.
05:33Elle n'a pas été diagnostiquée.
05:35Elle n'a rien du tout, ma mère.
05:36Et pourtant, elle a pu basculer dans l'inimaginable.
05:38Et c'est ça qui est terrible, en fait, avec ce genre de situation.
05:42Et aujourd'hui, si je peux donner un conseil, c'est vraiment d'être vraiment d'alerter dès qu'il y a le moindre signe.
05:48Moi, je regrette de ne pas avoir alerté quand j'ai vu que ma mère n'allait pas bien, etc.
05:51Pourtant, je connais la maladie.
05:53Je vois comment elle évolue.
05:54Et pourtant, finalement, je n'ai pas vu tout ça.
05:56Je ne l'ai pas vu arriver.
05:57Ça arrivait tellement vite.
05:58Heureusement, on a eu les bons réflexes à l'instant T.
05:59Aujourd'hui, mes parents vont bien.
06:02Ils sont tous les deux suivis.
06:04Moi aussi, justement, parce que ça fait quand même un peu beaucoup, là, en l'espace d'une année, tout ça.
06:09Mes parents, je les aime.
06:10C'est pour ça que j'ai fait ça.
06:11C'est un geste d'amour, en fait.
06:13Ça a été deux sauvetages complètement différents, mais c'est vraiment un geste d'amour.
06:17L'aidant est tout autant à surveiller que la personne malade.
06:20Si j'avais vraiment un message à dire, c'est que vraiment, les aidants peuvent vraiment basculer du jour au lendemain
06:26et peuvent être vraiment impactés par tout cela.
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