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  • il y a 5 mois
Dans cette vidéo Mathias livre un témoignage poignant et profondément humain. En l’espace d’une année, il a sauvé ses deux parents de la mort lors de tentatives de suicide. Son père, atteint de troubles bipolaires depuis plus de trente ans, a longtemps vécu entre dépression, phases maniaques, alcool et hospitalisations psychiatriques. Sa mère, sans aucun antécédent psychiatrique, a pourtant elle aussi basculé, après avoir porté pendant des années une charge mentale immense liée à la maladie de son mari et aux difficultés familiales.

Mathias raconte ce que signifie grandir au contact de la psychiatrie, dans une réalité lourde et souvent invisible, et met en lumière une vérité encore trop souvent ignorée : les aidants peuvent eux aussi s’effondrer.

À travers son récit, il souhaite rappeler qu’une personne peut basculer sans signes évidents, que les signaux faibles doivent être pris au sérieux et que demander de l’aide à temps peut sauver des vies. Aujourd’hui, ses parents sont suivis médicalement, tout comme lui.

Ce témoignage est à la fois un geste d’amour, un message de prévention et d’espoir, qui rappelle que la santé mentale concerne tout le monde et que les aidants doivent eux aussi être écoutés et accompagnés.

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Personnes
Transcription
00:00J'ai sauvé mes parents de la mort de deux tentatives de suicide à une année d'intervalle.
00:03Mon père a été diagnostiqué bipolaire il y a environ 30 ans.
00:07Du coup, j'ai vécu toute ma vie avec ce trouble-là, avec la maladie.
00:12Des épisodes où les personnes sont en profonde dépression,
00:15pendant ça peut être 2, 3, 6 mois,
00:17des phases complètement maniaques, où elles sont excitées, où elles sont survoltées.
00:21Par exemple, pour mon père, ça se traduisait par des achats impulsifs.
00:25Il a voulu acheter une moto à crédit, par exemple.
00:27Durant ces phases plutôt calmes, entre guillemets,
00:30il a fait des tentatives de suicide, il est allé dans des hôpitaux psychiatriques,
00:34il a été dans des centres du jour, où on a pu rencontrer des professionnels
00:38qui étaient vraiment extraordinaires, notamment des infirmiers en psychiatrie.
00:42Moi-même, en tant qu'enfant, j'ai vécu avec cette maladie-là.
00:46J'allais le voir en hôpitaux psychiatriques,
00:48j'allais le voir également en centre du jour, quand il était plutôt stabilisé.
00:53J'ai fait des parties de ping-pong avec différents malades,
00:56avec des schizophrènes, avec des personnes atteintes de psychose.
00:59Moi, ça me permettait aussi de partager du temps avec mon père,
01:02comprendre mieux la maladie.
01:04Et j'ai évolué, je suis passé ado, adulte, j'ai construit ma vie, j'ai fait mes études.
01:08Et aussi, je suis parti du foyer familial à un moment donné.
01:10Donc, j'ai moins vu, en fait, comment évoluait mon père,
01:12comment ça se passait aussi à la maison.
01:14Je sais que c'était très, très compliqué aussi pour ma mère.
01:16La maladie était toujours là, il buvait beaucoup plus,
01:18parce que l'alcool, la cure, était très prégnant dans la maladie de mon père.
01:22Il avait moins ces phases de up and down, comme on appelle,
01:25mais des phases beaucoup plus de dépression profonde, de mélancolie.
01:29Un jour, il y a un an, une crise de trop, j'étais là, j'étais en vacances chez eux.
01:32Mon père a commencé à boire, à ne pas être bien le soir, etc.
01:36Moi, je le suivais, j'essayais de voir ce qui n'allait pas.
01:38Il devait être une heure du matin.
01:40Mon père, dans une colère, il prend un couteau et il tente, en fait, de se poignarder, tout simplement.
01:44J'ai eu un geste réflexe.
01:45Je l'ai attrapé, ce couteau.
01:46Il s'est maîtrisé mon père.
01:47Et j'ai réussi en pareil à l'appeler les gendarmes,
01:49qui m'ont finalement aidé à le maîtriser.
01:51Il a été transporté, du coup, à l'hôpital.
01:53Grâce à ça, il a réussi, du coup, à retrouver un suivi avec un psychiatre libéral.
01:59Et à côté de ça, il y avait ma mère, qui était toujours là,
02:02qui a toujours eu cette charge mentale, en fait, de mon père,
02:04qui était très, très... qui était présente, en fait, tout simplement.
02:08Gérée, elle a subi, elle m'a élevé.
02:10Il y avait aussi mon frère, qui est plus âgé que moi,
02:13qui, lui aussi, a une adolescence vraiment pas facile,
02:17une séparation très douloureuse, la perte de la garde de ses enfants, etc.
02:20C'était l'époque où mon frère revenait au foyer familial.
02:23Donc, ma mère s'est retrouvée, en fait, à gérer deux charges mentales.
02:26La charge mentale liée à mon père,
02:27et puis également la charge mentale liée à mon frère.
02:29Petit à petit, je sentais, depuis quelques années, que ça allait beaucoup moins bien.
02:32Elle commençait à craquer, en fait, tout simplement.
02:34La carapace qu'elle s'était construite au fil des années
02:36commençait complètement à se briser.
02:37Cet été, il y a quelques mois de ça, je suis qu'à mal allé les voir en vacances.
02:42Et ma mère, je ne l'ai pas reconnue.
02:43Elle avait beaucoup maigri, elle ne participait pas aux activités.
02:47Elle n'était vraiment pas bien.
02:48Et mon père, il n'arrivait pas trop à comprendre ce qui se passait.
02:52Et en fait, un matin, on se réveille.
02:54Et je me rends compte que ma mère n'était plus là, en fait, tout simplement.
02:59Je n'étais pas à acheter du pain.
03:00J'ai vite compris.
03:01Elle avait laissé son portefeuille, elle avait laissé son sac.
03:03On a compris qu'il y avait une disparition, en fait, tout simplement.
03:05Le premier réflexe, c'est que j'ai appelé les gendarmes.
03:06Ils sont venus en 10 minutes.
03:08C'était un dimanche, en plus.
03:08Voilà, on a commencé à cibler quelques lieux.
03:11On est quand même allé voir au lycée, là où on avait notre première intuition.
03:15Et là, on a trouvé sa voiture.
03:17Et donc, je savais, en fait, pertinemment, qu'elle était dans son bureau.
03:20Il y a 41 minutes, à peu près, qui se passent.
03:21Entre le moment où on arrive sur les lieux, et le moment, finalement, où on ouvre la porte
03:24et où on voit ma mère complètement inconsciente.
03:26Entre ces 45 minutes-là, il a fallu trouver les clés, le concierge, etc.
03:30Dimanche, c'est très, très compliqué, du coup, de rentrer dans un lieu public.
03:32C'était un lycée.
03:33Et les gendarmes, il y a eu du renfort également des gendarmes, l'ont trouvée complètement inconsciente.
03:39Et en fait, elle avait fait une tentative de suicide aux médicaments.
03:41Elle avait pris tous les médicaments de mon père, compris que ça faisait deux heures qu'elle était là.
03:45Les gendarmes sortent, en fait, de la pièce.
03:47Et ils disent, bon, on a un pouls.
03:49Donc là, on savait qu'elle était vivante.
03:50Donc ça a été un énorme soulagement.
03:52Je crois que ça a été vraiment le plus gros soulagement de ma vie, en fait.
03:54Parce que là, j'ai eu vraiment un stress inimaginable pendant les 45 minutes.
03:57de savoir qu'elle était là, mais on n'arrivait pas à accéder au lieu, en fait, tout simplement.
04:02Et elle a été amenée à l'hôpital pour être après, du coup, suivie par une cellule avec un psychiatre,
04:10une infirmière, une infirmière en psychiatrie.
04:13Elle a choisi d'abord d'être internée.
04:15Elle a été internée de force, mais en fait, elle a quand même donné son accord à un moment donné.
04:18On a eu quand même beaucoup de chance, parce que finalement, ma mère, elle est bien tombée.
04:23Elle est tombée sur le côté, donc elle a pu vomir.
04:26Elle ne s'est pas fait mal, elle n'est pas tombée sur...
04:29Finalement, dans notre malheur, on a eu énormément de chance, en fait.
04:32Nous, on a réussi à identifier où elle était.
04:36Et puis, entre-temps, il y avait des recherches parallèles qui se menaient.
04:39Ils recherchaient sous des ponts, ils recherchaient dans le fleuve.
04:43Enfin voilà, c'était hyper anxiogène.
04:44J'avais l'impression d'être dans un film, en fait, tout simplement.
04:48Enfin, des choses qu'on voit dans des films.
04:50Mais en fait, vraiment, toutes les raisons ont été activées.
04:52C'est pour ça que je salue l'équipe de gendarmes, parce qu'ils étaient deux au départ.
04:55Et après, ils étaient cinq, voire six, vraiment à activer les recherches.
05:00Parce qu'en fait, c'est vraiment dans les premières minutes qu'on peut trouver des gens.
05:06Et là, je l'ai vue avec ma mère.
05:07C'est vraiment dans les premières heures qu'on peut trouver quelqu'un, tout simplement.
05:10Et c'est là, c'est pour ça aussi que les personnes sont autant investies dans les recherches, parce qu'on l'a trouvé.
05:14Elle est restée deux semaines en hôpital psychiatrique.
05:16Et ça s'est plutôt bien passé. Ma mère a été très, très coopérative.
05:19Ce n'était même pas un appel à l'aide.
05:20Elle avait envie, voilà, elle avait vraiment planifié ça.
05:23Ça n'a pas été, du coup, une tentative de suicide par impulsion comme a pu le faire mon père.
05:26Ce témoignage-là est là pour montrer qu'une personne qui n'a aucun antécédent psychiatrique,
05:31et elle n'en a pas, elle n'en a toujours pas.
05:33Elle n'a pas été diagnostiquée.
05:35Elle n'a rien du tout, ma mère.
05:36Et pourtant, elle a pu basculer dans l'inimaginable.
05:38Et c'est ça qui est terrible, en fait, avec ce genre de situation.
05:42Et aujourd'hui, si je peux donner un conseil, c'est vraiment d'être vraiment d'alerter dès qu'il y a le moindre signe.
05:48Moi, je regrette de ne pas avoir alerté quand j'ai vu que ma mère n'allait pas bien, etc.
05:51Pourtant, je connais la maladie.
05:53Je vois comment elle évolue.
05:54Et pourtant, finalement, je n'ai pas vu tout ça.
05:56Je ne l'ai pas vu arriver.
05:57Ça arrivait tellement vite.
05:58Heureusement, on a eu les bons réflexes à l'instant T.
05:59Aujourd'hui, mes parents vont bien.
06:02Ils sont tous les deux suivis.
06:04Moi aussi, justement, parce que ça fait quand même un peu beaucoup, là, en l'espace d'une année, tout ça.
06:09Mes parents, je les aime.
06:10C'est pour ça que j'ai fait ça.
06:11C'est un geste d'amour, en fait.
06:13Ça a été deux sauvetages complètement différents, mais c'est vraiment un geste d'amour.
06:17L'aidant est tout autant à surveiller que la personne malade.
06:20Si j'avais vraiment un message à dire, c'est que vraiment, les aidants peuvent vraiment basculer du jour au lendemain
06:26et peuvent être vraiment impactés par tout cela.
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