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00:00Marine Le Pen se présente à l'élection présidentielle malgré sa condamnation.
00:04La cour d'appel lui a infligé une amende de 100 000 euros,
00:063 ans de prison dont 2 avec sursis et 45 mois d'inéligibilité dont 30 avec sursis
00:11dans le procès des assistants parlementaires du Front National.
00:14Cette condamnation a une conséquence politique majeure.
00:17L'inéligibilité de Marine Le Pen a déjà été exécutée.
00:20Elle peut donc se présenter à la présidentielle et c'est d'ailleurs ce qu'elle a annoncé au journal
00:23télévisé de TF1.
00:25Marine Le Pen avait pourtant assuré qu'elle ne ferait pas de campagne présidentielle avec un bracelet électronique.
00:30Ce qui n'est pas à exclure.
00:31Alors comment expliquer ce revirement de Marine Le Pen et quel impact aura-t-il sur la campagne du Rassemblement
00:36National ?
00:37On en parle avec nos éditorialistes politiques Jonathan Boucher-Peterson et Thomas Legrand.
00:41Marine Le Pen a annoncé se présenter à l'élection présidentielle avec le Rassemblement National
00:46malgré le fait que la justice l'a condamnée aujourd'hui.
00:50Est-ce que ça vous a surpris cette décision de maintenir, d'officialiser sa candidature à l'élection présidentielle malgré
00:55cette condamnation ?
00:57On avait eu des échos assez différents sur sa volonté affichée d'y aller et pas y aller.
01:01Il y avait une sorte de feuilleton en disant qu'elle a fait le deuil de la candidature, mais quand
01:06même rien ne m'empêchera.
01:07Je pense qu'elle a été prise quand même dans une sorte de feu intérieur pour savoir comment se positionner.
01:12Il y a eu la tentation sûrement d'arrêter.
01:14Plus Jordan Bardella a pris de la place.
01:15Peut-être que le fait de voir aussi Jordan Bardella prendre beaucoup de place, ça a peut-être piqué un
01:19peu son égo aussi en disant
01:21est-ce que j'ai vraiment envie de passer la main, à partir du moment où rien ne l'empêche,
01:25c'est assez légitime, voire logique, qu'elle y aille.
01:28Ce qui était un peu plus surprenant, c'est qu'elle-même s'était mis des obstacles.
01:31Elle avait dit si je suis condamné à la prison qui m'oblige à porter un brassier électronique, je ne
01:37pourrais pas faire campagne, donc je n'y vais pas.
01:38Elle avait dit aussi après l'appel, je ne me pourvoirai pas en cassation sur ces deux points.
01:43C'est un grand revirement auquel on a assisté ce soir au journal de 20h.
01:46Il y a un autre point qui est assez ironique, c'est qu'on se souvient qu'après la condamnation
01:51en première instance,
01:51donc à cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, l'essentiel du débat s'était concentré autour de l'exécution
01:58provisoire.
01:59Est-ce que c'est légitime, pas légitime ? Il se trouve que c'était dans la loi, donc les
02:02juges ont décidé de l'appliquer.
02:04On se rend compte rétrospectivement, et j'espère qu'elle rendra hommage à ces juges qui avaient décidé l'exécution
02:09provisoire,
02:09que c'est justement parce qu'il y a eu exécution provisoire que la peine à laquelle elle est condamnée
02:13aujourd'hui,
02:13donc 45 mois d'inéligibilité, mais seulement 15 mois fermes, ces 15 mois sont couverts, en tout cas vont être
02:19couverts,
02:20par cette exécution provisoire.
02:21Donc en fait, c'est parce que les juges ont décidé l'exécution provisoire en première instance,
02:25qu'elle peut in fine, à l'aune de la décision en appel, se présenter.
02:29On rentre dans la technique, évidemment.
02:31Après, politiquement, Marine Le Pen, la candidature présidentielle, c'est l'histoire de sa vie, c'est sa quatrième candidature.
02:37Passer la main dans ces conditions-là, c'était pas l'option qu'on pouvait privilégier.
02:40Après, je vais laisser la parole à Thomas, parce qu'on n'a pas exactement la même lecture sur
02:44est-ce que c'est une bonne chose ou une mauvaise chose, que ça a l'avantage ou pas d
02:47'être dans cette posture à l'égard des juges.
02:50Ce qui est notable, c'est qu'elle, qui était censée en appel avoir un peu arrondi les angles,
02:55en être revenue sur sa croisade anti-juge, c'était un peu tout le changement de tactique.
02:59Sur le fond, le dossier a été le même, donc c'est pas étonnant qu'il y ait de nouveau
03:03une condamnation très sévère.
03:05Quand on parle d'une candidature pour corruption, pour des tournements d'argent public sur plusieurs millions d'euros,
03:10c'est quand même assez étonnant que si ça ne pose pas de sujet pour les Français,
03:15en tout cas, nous, ça nous imposerait une question sur notre rapport à la probité de nos principaux responsables,
03:20et notamment des candidats à la présidentielle.
03:21Et elle a bien redit, pendant ma tour de TF1, elle insiste sur le fait qu'elle est innocente.
03:25Elle dit, voilà, le mot pour en cassation, c'est aussi parce que j'estime que je suis pleinement innocente,
03:29et que ça sera à la Cour de le décider.
03:32À la Cour, je ne juge pas sur le fond, donc c'est confortable.
03:34La Cour, elle juge juste la procédure, je rappelle.
03:36Le jugement pour le fond, il est définitif, on appelle.
03:38Elle peut le dire, c'est de la dialectique.
03:40Moi, j'ai deux positions.
03:43La position de l'éditorialiste, il est choqué.
03:45Je suis choqué, pas étonné, mais choqué,
03:50que le leader d'un grand parti qui s'est construit sur l'antisystème
03:57et surtout sur la probité en disant « tous pourris sauf nous »,
04:04en disant « personne ne doit pouvoir se présenter s'il a un casier judiciaire »,
04:08se présente alors que maintenant, c'est officiel, elle est condamnée, elle est délinquante.
04:12Ça, ça me choque.
04:13Mais si je mets ma casquette d'analyste politique, je trouve ça très malin.
04:19Et la façon dont elle le fait en se pourvoyant en cassation,
04:22c'est-à-dire en prolongeant toute l'histoire judiciaire,
04:24parce que ça pourrait être derrière nous.
04:26Elle pourrait prendre acte, ne pas se pourvoyer en cassation et dire
04:29« bon, ben voilà, je peux y aller, j'y vais, j'ai encore un peu un bracelet électronique qui
04:39me contraint ».
04:42Mais à la limite, ça pourrait l'avantager.
04:44Elle pourrait dire « j'ai un boulet que le système m'a installé pour me pénaliser,
04:49et dans son storytelling, dans son récit, ça serait très efficace. »
04:53Mais là, rendez-vous compte, en poursuivant cette aventure judiciaire en se pourvoyant en cassation,
04:59ce n'était pas Marine Le Pen contre Édouard Philippe,
05:02ce n'est pas Marine Le Pen contre Jean-Luc Mélenchon,
05:04ce n'est pas Marine Le Pen contre Retailleau,
05:06c'est Marine Le Pen contre le système, le système judiciaire, le système médiatique,
05:10le système, le fameux système, l'establishment, comme disait Jean-Marie Le Pen.
05:15Et ça, c'est un moteur, je ne sais pas s'il marche encore très bien, ce moteur,
05:20parce que Jonathan va nous rappeler les chiffres, et ce n'est pas si simple,
05:24mais c'est un moteur du Rassemblement National, ça a été un moteur du Front National,
05:29un moteur qui l'a toujours fait progresser, et c'est vrai,
05:31un moteur qui ne lui a jamais permis de gagner des élections,
05:34mais dans d'autres pays, en termes de popularité,
05:37mais dans d'autres pays, aux États-Unis par exemple,
05:39et dans d'autres pays, ce moteur-là de l'antisystème de l'Edmond Dantès
05:45qui revient toujours de condamnation injuste, etc.,
05:48ce moteur-là est assez efficace, elle vient de l'enclencher.
05:51Je rappelle qu'Edmond Dantès était innocent, quand même.
05:53Oui, mais elle, elle pense...
05:54Juste pour le rappeler.
05:55Elle se pense...
05:56Oui, elle se vit, elle se...
05:57C'est ce qu'elle croque là.
05:58Moi, je pense qu'au fond d'elle, elle sait très bien ce qu'elle a fait.
06:00Quand Sarkozy ose invoquer, de façon totalement grotesque et indécente,
06:04Edmond Dantès, Dreyfus, etc.,
06:07Ah mais là, pour le coup, il y a un duo d'indécence.
06:09Honnêtement, moi, je préférais que ça finisse au théâtre des deux ânes
06:12qu'au final de l'élection présidentielle.
06:14On a quand même un ancien président de la République
06:16qui part en vacances sous bracelet électronique
06:18et une candidate majeure à la prochaine élection
06:21que ça n'encombre pas plus que ça,
06:24de faire campagne avec un bracelet électronique.
06:25Ça arrange même, moi, je pense.
06:26Oui, après, bon, elle saura en faire sa sauce, quoi.
06:29Je pense que ça aura plutôt un impact négatif sur...
06:31Non, c'est difficile, c'est évidemment difficile à faire.
06:34Moi, je pense que le discours anti-système de Marine Le Pen,
06:36il a déjà fait le plein dans son électorat.
06:39C'est l'essentiel de son positionnement depuis une vingtaine d'années.
06:42Donc, les 30%, 32%, 33%, selon les circonstances
06:44dont elle est créditée au premier tour...
06:46Maintenant que toute la droite est dit que Mélenchon l'entonne,
06:49c'est ce système, c'est ce truc anti-système.
06:50La droite, si on prend les chiffres tels qu'ils ont existé
06:52au-delà de nos spéculations,
06:53après la condamnation en première instance,
06:5561% des Français considéraient que la condamnation était légitime.
07:00Après, 48% des Français considéraient qu'elle était proportionnée.
07:03C'était à peu près moitié-moitié chez les électeurs LR.
07:06C'était évidemment 85%, 90% chez RN ou chez Reconquête
07:09pour dire qu'elle était disproportionnée.
07:11Mais même chez Jean-Luc Mélenchon,
07:13il y avait à peine 10% des gens pour dire qu'elle était disproportionnée.
07:15Donc, c'est quand même très clivé.
07:17Et moi, je ne suis pas sûr que le supplément électoral
07:19dont le RN a besoin pour franchir l'ultime étape,
07:22il se situe dans l'anti-système.
07:25J'espère que tu as raison.
07:26En tout cas, la force de Jordan Bardella
07:28qui a mille faiblesses dans la façon de faire campagne,
07:31dans le profil, dans l'âge, dans l'absence d'expérience,
07:33c'est à toute chose qui aurait peut-être l'aurait fait chuter en campagne.
07:36On avait plutôt tendance à pointer le fait que
07:38c'est ce côté plus libéral, plus raccord avec le monde financier,
07:42avec le patronat, avec ce que Jean-Marie Le Pen appelait l'establishment.
07:45Donc, c'est plus ce recentrage.
07:47Il critiquait les juges, il était d'accord avec Sarkozy.
07:50Il critiquait plus les juges que Marine Le Pen.
07:55Sarkozy dénonce les juges, Fillon dénonce les juges,
07:57ils ne sont pas pour autant anti-système.
07:59Je pense que c'est encore autre chose.
08:00Anti-système, si on dit que ça rassemble
08:02une partie de l'électorat de Jean-Luc Mélenchon,
08:04une partie de l'électorat de Marine Le Pen,
08:07c'est un anti-système qui est aussi d'abord...
08:08Ça ne les rassemble pas, ils ont ça en commun,
08:10mais ça ne les rassemble pas.
08:10Si on fait un grand bloc en disant que c'est la principale donnée,
08:13moi je pense que c'est des anti-systèmes qui sont très différents.
08:15L'anti-système de Jean-Luc Mélenchon,
08:17il est quand même d'abord système médiatique et financier,
08:19en oligarchie, et chez Marine Le Pen,
08:22il est plus proche de celui d'un retaillot
08:23sur anti-état de droit, on va dire.
08:26Oui, mais je trouve qu'elle utilise
08:29la situation qu'elle n'a pas choisie,
08:30et elle le maximise,
08:32c'est-à-dire qu'en décidant de, encore une fois,
08:35de repousser l'échéance,
08:36on pensait qu'elle serait contente d'avoir derrière elle
08:38l'histoire judiciaire.
08:40Ben non, finalement, elle la prolonge.
08:41Alors ça ira jusqu'à janvier.
08:43Et ce n'est pas sûr que ce soit possible,
08:44on discutait juste rapidement pendant une petite coupure,
08:47technique, avec Nicolas Massol,
08:49qui suit le RN,
08:51et qui disait que, même du côté du RN,
08:52il y a une interrogation sur,
08:53un, est-ce que ce pourvoi en cassation
08:55va être jugé recevable ?
08:57Et deux, est-ce que le fait de...
08:59Parce qu'il y a quand même une petite question juridique,
09:01est-ce que c'est suspensif ?
09:03Après, ce qui est compliqué,
09:04c'est les attermoiements et c'est l'absence...
09:05Si c'est suspensif, ça voudrait dire que, par exemple...
09:07Ben qu'en gros, la condamnation reste,
09:08parce que rien ne peut remettre en cause
09:09cette condamnation en appel,
09:11mais l'application de la peine en tant que telle
09:13pourrait être...
09:13Parce qu'il faut quand même rappeler que Marine Le Pen,
09:15elle dit qu'elle ne ferait pas campagne
09:16si elle avait un bracelet.
09:18Donc, on parle de quelqu'un
09:19qui est candidat à la présidentielle.
09:21Donc, c'est vrai qu'on peut...
09:22Il y a quelque chose d'un peu filou
09:24dans la façon de se faufiler dans les trous,
09:25dans la façon d'étirer le temps juridique.
09:28Aucun problème.
09:29Mais un peu de clarté,
09:30un peu de constance,
09:32savoir...
09:32Voilà ce qu'elle pose comme principe,
09:34voilà ce qu'elle applique.
09:35Je pense que tout ce qui donne le sentiment
09:36que c'est flou,
09:37que c'est pas si clair,
09:39évidemment que ça vient satisfaire son noyau.
09:41Évidemment qu'il y a un certain nombre de gens en France
09:43qui considèrent que l'institution judiciaire
09:45est questionnable.
09:46Maintenant, est-ce qu'ils considèrent
09:47qu'elle est questionnable
09:48quand elle s'attaque aux politiques
09:49ou quand elle, aux yeux de ces gens-là,
09:51fait pas son boulot
09:52pour la délinquance du quotidien ?
09:54Moi, je crois que la principale défiance dans ce pays,
09:56elle est entre un certain nombre de citoyens
09:59et leurs responsables politiques,
10:01déjà plus qu'entre les citoyens.
10:02et je suis pas sûr qu'elle soit pas déjà
10:05un peu à la corde sur ce discours anti-système
10:08et je le répète,
10:09les enquêtes d'opinion que chacun regarde comme étant...
10:13Je crains que tu fasses du wishful thinking,
10:14mais j'espère que t'as raison.
10:15Non, mais encore une fois,
10:16d'un côté comme de l'autre,
10:17on sait pas si Jordan Bardella
10:18se serait effondré sous prétexte qu'il a 30 ans.
10:21Justement, c'était aussi une de mes questions.
10:23Est-ce que derrière ce choix de Marine Le Pen,
10:25peut aussi se cacher une crainte
10:29que Jordan Bardella n'aurait pas été à la hauteur
10:31s'il avait pris la suite de Marine Le Pen ?
10:33Est-ce que cette décision,
10:33elle est purement, en effet,
10:35d'un point de vue, je suis innocent,
10:37je peux aller jusqu'au bout ?
10:38Est-ce que c'est aussi la conséquence de ces Bardella ?
10:40On a eu les déclarations de Philippe Ballant,
10:42donc député RN,
10:44disant que dans l'hypothèse,
10:46il y a beaucoup d'étapes avant ça,
10:47mais dans l'hypothèse où Jordan Bardella serait élu,
10:49évidemment qu'il serait sous tutelle,
10:51et évidemment sa tutrice,
10:52ce serait Marine Le Pen.
10:53Dans un autre régime,
10:54on appellerait ça une régente.
10:56Évidemment qu'il y a quand même cette dimension,
10:59elle a plus de coffres,
11:00elle a plus d'expérience,
11:02elle a plus de bagages,
11:03et tout ce que disent les marinistes depuis longtemps,
11:04c'est que le bardellisme n'existe pas,
11:07puisqu'il est consubstantiel au marinisme.
11:09Après, il n'empêche que Bardella,
11:11il a installé une autre petite musique,
11:13dans beaucoup de cercles,
11:15chez beaucoup de milliardaires,
11:16dans beaucoup de médias,
11:17et ce n'est pas sûr que le discours étatiste,
11:19anti-système de Marine Le Pen,
11:21satisfasse autant ces gens qui ne sont pas sans influence,
11:23pour peser sur une campagne.
11:24Si Jordan Bardella n'est pas complètement idiot,
11:26je pense que ce soir, il est soulagé.
11:29Quand vous avez à peine 30 ans,
11:31et que vous n'avez pas fini votre première année de Géo,
11:34et que vous avez comme expérience professionnelle,
11:38un stage d'un mois chez votre papa,
11:43rentrer dans une campagne,
11:44parce qu'on n'est pas en campagne là,
11:46on sera en campagne à partir de peut-être octobre, novembre,
11:48une campagne,
11:49c'est tous les jours de savoir répondre sur la taxe sur les betteraves sucrières,
11:55aussi bien que savoir quel est l'apport de Marc Bloch à l'historiographie du Moyen-Âge.
12:05Il ne sait pas faire ça, il ne pourra pas faire ça,
12:06et dans une campagne qui est dans le dur,
12:09je pense qu'il se serait usé très vite,
12:12et je pense qu'il le sait,
12:13et je pense que beaucoup de gens au RN le savent,
12:15en tout cas à droite, c'est ce qu'ils espéraient,
12:18que ça soit...
12:18Il s'est quand même potentiellement imaginé aussi.
12:20Évidemment, il s'est imaginé,
12:22oui bien sûr,
12:23il s'est imaginé,
12:25et même son body language,
12:27son accoutrement,
12:28sa façon de se tenir,
12:30essayer d'être présidentiel,
12:31le montrait,
12:32mais moi,
12:34je pense que ça serait assez vite effondré,
12:37en tout cas on peut en faire le pari,
12:38beaucoup de gens en faisaient le pari,
12:41et là, je pense que tout le monde est soulagé au RN,
12:43y compris lui.
12:44Non, c'était beaucoup plus fragile comme candidature,
12:47et en même temps,
12:48c'était potentiellement,
12:50s'il ne s'effondrait pas,
12:51c'était peut-être le petit sursaut en plus,
12:54qui permet d'aller chercher au-delà du non-Le Pen.
12:56Donc c'est un peu,
12:57moi je trouve que c'est très difficile de trancher en amont cette question-là.
13:00Oui, parce que le non-Le Pen peut être quelque chose,
13:02on dit que la marque Le Pen,
13:05c'est très bien pour le vote protestataire,
13:08mais ça ne permet pas,
13:09il y a le fameux plaçant de verre.
13:10Ça, c'est une hypothèse.
13:12L'autre hypothèse,
13:13c'est que Le Pen,
13:14le non-Le Pen s'est installé,
13:15s'est installé dans la vie des Français,
13:18et que ça fait quatre fois,
13:20elle s'est présentée trois fois,
13:21c'est la quatrième fois,
13:22et qu'il y a cette idée,
13:24c'est son tour.
13:24On a été au bout de toutes les expériences,
13:27on a essayé la gauche, la droite,
13:28le mélange de gauche et droite,
13:30l'énergie de Sarkozy,
13:32le côté papa tranquille de François Hollande,
13:37et que tout ça,
13:38ça n'a pas marché,
13:39qu'il y a une crise de l'impuissance,
13:40et qu'au bout de la crise de l'impuissance publique,
13:43c'est le temps des autoritaires.
13:45C'est le temps des autoritaires partout,
13:46en Europe, partout dans le monde,
13:48et donc Marine Le Pen aurait ce crédit-là,
13:52et elle a l'histoire,
13:54et va dans son sens.
13:56Donc,
13:58de ce point de vue-là,
13:59elle était mieux à même,
14:00ou elle est mieux à même que Jordan Bardella,
14:02de remporter l'élection.
14:04En tout cas,
14:05elle a plus d'épaisseur culturelle,
14:08plus d'expérience,
14:09et je pense,
14:10encore une fois,
14:10que ce soir,
14:12au Rassemblement National,
14:13ils sont soulagés.
14:14Oui, mais on avait quand même pointé le fait
14:16que dans cette élection,
14:17et c'est toute la stratégie quand même portée
14:20par Jordan Bardella,
14:20que je ne défends pas du tout,
14:21mais le glissement,
14:22ou en tout cas,
14:23le fait que c'était vers la droite
14:25que se jouait le supplément d'électeurs potentiels
14:27pour le candidat ou la candidate
14:29du Rassemblement National,
14:30donc c'est très bien que...
14:32Je ne suis pas sûr
14:33que ce soit vers la droite libérale
14:34que ça marche le mieux.
14:35Vers la droite autoritaire, oui.
14:36Oui, mais c'est pour ça.
14:37Elle y va vers la droite autoritaire,
14:38mais pas la droite libérale.
14:40Elle essaye d'y aller.
14:43Je pense qu'Éric Ciotti
14:44était plus séduit
14:45par le RN version Jordan Bardella
14:48que dans le RN version Marine Le Pen.
14:51Ils seront donc complémentaires
14:52si Éric Ciotti et Marine Le Pen,
14:53qui pensent radicalement
14:54des choses opposées
14:56sur des tas de questions
14:58économiques et sociales,
15:00arrivent à garder cet attelage,
15:02ils seront complémentaires
15:03et c'est d'autant plus dangereux.
15:04Non, mais je ne défends pas.
15:05Personne ne peut dire le contraire
15:06que Jordan Bardella
15:07n'avait jamais été candidat
15:08à la présidentielle
15:09et que Marine Le Pen,
15:09c'est la quatrième fois.
15:11Ça, pour le coup,
15:11si on cherche du clivage
15:13sur le fait qu'elle a plus d'expérience
15:14que lui ou pas,
15:15évidemment.
15:16Elle a aussi 20 ans de plus.
15:17Enfin, pour le coup,
15:18tout ça...
15:18Enfin, là, on suppute.
15:19Donc après, on suppute.
15:20Et je ne suis pas sûr
15:21que dans l'affaissement démocratique
15:22dans lequel on est,
15:24ce que nous, on pointe
15:25comme étant des énormes défauts
15:26de Jordan Bardella,
15:28étaient visiblement
15:28des obstacles insurmontables
15:30pour les gens
15:30qui ont envie de voter pour lui.
15:31Je pense qu'on est quand même
15:32dans un temps,
15:32on parlait de Donald Trump,
15:33on est dans un temps
15:34où la culture,
15:37l'épaisseur,
15:38l'intelligence,
15:39la subtilité,
15:40le rapport à la connaissance,
15:42au savoir,
15:42et tout ça,
15:42ne sont pas spécialement valorisés.
15:43Dans une société politique...
15:45On ne peut pas dire d'un côté
15:46qu'il y a des vents mauvais
15:47à peu près partout,
15:48donc ils vont s'appliquer en France.
15:49Et puis après,
15:50dire oui, mais on est en France.
15:51C'est les vents mauvais idéologiques.
15:52Les vents mauvais idéologiques
15:54de droite et de droitisation
15:55en France,
15:57si je pense qu'ils sont mieux armés
16:01et ils ont un véhicule
16:03un peu plus efficace
16:03avec Marine Le Pen
16:04qu'avec Jordan Bardella.
16:05Mais encore une fois,
16:07là, on est dans un rôle
16:09d'analyste un peu doigt mouillé.
16:13Ce qu'il faut rappeler,
16:14c'est que c'est choquant
16:15que dans notre démocratie,
16:16le fait d'être condamné
16:18définitivement
16:18pour des faits de corruption,
16:20de détournement de fonds publics
16:21qui portent sur plusieurs millions d'euros,
16:23pas en étant spectateur,
16:24en étant acteur, instigateur,
16:26ça a été rappelé
16:26dans le jugement
16:27qui est prononcé aujourd'hui,
16:29que ça,
16:29ce ne soit pas un obstacle.
16:30Il faut relire le jugement
16:31Dans notre pays,
16:32le jugement est très sévère.
16:33Il est aussi sévère
16:34qu'en première instance.
16:35La condamnation en elle-même
16:36est un peu plus spécieuse
16:38et d'une certaine manière
16:39met la balle dans le camp de Marine Le Pen
16:40en disant
16:41c'est à vous de sentir
16:42si vous vouliez être.
16:43Moi, je trouve que tout l'argument
16:44qui est défendu par les juges
16:46de dire
16:46il y avait un enjeu démocratique
16:47est-ce qu'elle puisse être candidat
16:49tombe
16:49à partir du moment
16:50où Jordan Bardella
16:50s'est à ce point-là installé
16:52dans l'espace médiatique,
16:53dans l'espace politique
16:54et qu'il a en plus
16:55des scores de premier tour
16:56ou de deuxième tour
16:56qui sont supérieurs
16:57à ceux de Marine Le Pen.
16:59Donc voilà,
16:59je pense que les juges
17:00en tout cas se sont prémunis
17:02contre une nouvelle croisade
17:04très désagréable
17:04qui a d'ailleurs conduit
17:05un certain nombre de magistrats
17:06à être mis sous protection
17:07après le jugement
17:08en première instance.
17:09En revanche,
17:09je trouve qu'il y a
17:10des arguments
17:10un petit peu spécieux
17:11qui sont mis sur la table
17:12et ce qu'il faut retenir
17:13et qui est un mauvais signal
17:14pour la bonne santé
17:16de notre démocratie,
17:17c'est que voilà,
17:18si la prochaine vainqueur
17:19de la présidentielle
17:20c'est une femme
17:21qui est sous bracelet électronique,
17:23c'était déjà pas glorieux
17:24d'avoir un ancien président
17:25qui est sous bracelet électronique,
17:27ça donne le sens
17:28de l'histoire
17:29qui est plutôt
17:29une dégénérescence
17:30plutôt qu'un sursaut collectif.
17:32Eh bien, merci beaucoup
17:33Jonathan et Thomas
17:34d'avoir été avec nous
17:35pour revenir
17:35sur cette condamnation
17:37de Marine Le Pen
17:37et sur sa décision
17:39de se déclarer candidate
17:40à l'élection présidentielle.
17:42Merci beaucoup
17:42et à bientôt tout le monde.
17:43À bientôt.
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