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  • il y a 23 heures
A quelques jours des élections législatives hongroises le 12 avril, Viktor Orbán joue sa survie politique. Son opposant, Péter Magyar le dépasse de peu dans les sondages et pourrait bien le détrôner. Alors, quand s’est tenue la CPAC Hongrie le 21 mars, une édition décentralisée de la convention conservatrice américaine, l’actuel Premier ministre a tout donné : il a réuni la quasi-totalité des figures internationales d’extrême droite, Javier Milei, président argentin, Benyamin Nétanyahou, Premier ministre israélien, et évidemment son grand ami Donald Trump.
Mais le soutien du président américain à cette convention est loin d’être anecdotique. Depuis son investiture, lui et sa galaxie travaillent activement pour tisser des liens entre les extrêmes droites européennes. L’ambition est claire : créer un paradis pour les conservateurs en Europe.

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Transcription
00:02Quand il monte sur cette estrade, Viktor Orban, il sait qu'il doit tout donner.
00:08On est le 21 mars et il est candidat pour sa réélection en tant que premier ministre
00:12hongrois. Et le coup près, il doit tomber dans trois semaines. Alors je vous parle de coup près
00:19parce que face à lui, on a le candidat de centre droit, Peter Maguiar, qui pourrait bien le détrôner.
00:25Alors, ce 21 mars, il met le paquet. Javier Mileï, Netanyahou et puis évidemment son grand ami Donald Trump.
00:36A chaque fois qu'il se rencontre, les sourires sont larges et les rires fusent. Parce que pour Trump,
00:49Viktor Orban, en fait, c'est plus qu'un ami. En fait, c'est un prototype. Un prototype
00:55de ce à quoi pourrait ressembler l'Europe. C'est pour cette raison que Trump s'exprime ce 21 mars
01:03pour Orban. Mais c'est aussi pour cette raison que son entourage était là pour Karol Nawrowski,
01:08le président polonais. C'est pour cette raison aussi qu'ils étaient là pour Santiago Abascal,
01:13le leader de l'extrême droite espagnole. Et évidemment, Marine Le Pen, figure du Rassemblement
01:21Internationale. Parce qu'en Europe, oui, tous ces acteurs font avancer l'extrême droite,
01:27mais derrière eux, il y a une toile qui se tisse. Et celle qui la fabrique, c'est la galaxie
01:33qui a
01:33aidé Donald Trump à construire son projet idéologique. Et cette toile, elle dessine une ambition,
01:41celle de transformer l'Union européenne en paradis pour l'extrême droite.
01:52On va repartir du début. Parce que c'est pas la première fois que la galaxie de Donald Trump
01:57s'intéresse à l'Europe. En 2018, déjà, à l'approche des élections européennes, Steve Bannon,
02:03ex-conseiller de Trump à l'époque, multiplie les rencontres avec les figures de l'extrême droite.
02:08Par exemple, Marine Le Pen l'accueille à bras ouverts au congrès du FN.
02:20À cette époque, il lance même une fondation, le mouvement, pour organiser les formations d'extrême
02:27droite et paralyser l'Europe. Le problème, c'est que finalement, peu de partis ont véritablement
02:33rejoint son mouvement et Bannon échoue. Mais aujourd'hui, ça a bien changé, la galaxie Trump
02:40a plus d'un ambassadeur qui sillonne l'Europe pour trouver des alliés. Par exemple, Kristi Noem.
02:47Entre mai et juin 2025, en pleine élection polonaise, la secrétaire à la sécurité intérieure
02:54des États-Unis se rend en Pologne. Elle affiche ouvertement son soutien au candidat nationaliste
03:00conservateur et pro-Trump, évidemment, Karol Nawrowski.
03:13Aujourd'hui, il est président de la Pologne.
03:18Évidemment, Elon Musk. En janvier 2025, le multimilliardaire aujourd'hui brouillé avec Trump
03:24apporte son soutien à Tommy Robinson. C'est une figure de l'extrême droite britannique. Il avait
03:29notamment organisé une gigantesque manifestation anti-immigration à Londres, auquel Musk a
03:35d'ailleurs participé en Visio.
03:40Et à la même période, un mois avant les élections législatives allemandes, Musk participe
03:46aussi en Visio à un congrès de l'AFD, le parti d'extrême droite allemand.
03:51Et même le vice-président américain J.D. Vance prend part à la croisade. Le 14 février
03:57à Munich, il sermonne l'Union Européenne.
04:10Donc, selon lui, la liberté d'expression recule en Europe et la démocratie serait en péril. Et il a
04:17notamment fustigé le cordon sanitaire des partis politiques allemands qui refusent de former un
04:22gouvernement avec l'AFD, le parti d'extrême droite allemand. J.D. Vance ira même jusqu'à
04:28recevoir une représentante de l'AFD à la Maison Blanche pour parler de la liberté d'expression
04:33en Allemagne. Et ce 7 avril, le vice-président américain s'est rendu en Hongrie pour manifester
04:38son soutien au premier ministre Viktor Orban, qui risque donc sa place aux législatives.
04:43Bref, vous voyez bien que beaucoup de personnalités politiques américaines, même aussi importantes
04:50que le vice-président se penche sur l'Europe. Mais pourquoi ? Eh bien, on peut trouver un élément
04:56de réponse dans ce texte. Le besoin d'alliés civilisationnels en Europe. Ça, c'est un essai
05:05publié en mai 2025, son auteur Samuel Samson. Il est conseiller au département d'État des États-Unis,
05:13un genre de ministère des affaires étrangères américain. Et il nous dit dans ce texte ceci.
05:19La relation étroite entre les États-Unis et l'Europe dépasse la simple proximité géographique
05:24et les politiques transactionnelles. Elle représente un lien unique, forgé dans une culture commune et
05:31surtout un héritage civilisationnel occidental commun. L'intérêt des États-Unis pour l'Europe se
05:38construit autour de cette idée. La protection d'un supposé héritage civilisationnel occidental commun,
05:45qui serait menacé, par exemple, par une supposée immigration de masse. Et il y a un homme qui mène ce
05:53combat de l'extrême droite américaine avec ferveur.
06:04C'est Kevin Roberts, le président de la Heritage Foundation. C'est un think tank conservateur à l'origine du
06:14fameux projet 2025. Ce que vous venez d'entendre, c'est 922 pages d'un rapport ultra-libéral, ultra-conservateur,
06:25xénophobe, climato-dénialiste. Bref, un combo gagnant. Mais surtout, c'est une feuille de route très précise et concrète
06:33pour dynamiter la démocratie américaine rédigée par de proches alliés de Donald Trump. Et un mois après le début du
06:40nouveau mandat du président américain,
06:42notre journaliste Julien Gester, relevait ceci.
06:46Deux tiers au moins des actes exécutifs mis en œuvre par Trump depuis le 20 janvier sont directement prélevés,
06:53parfois mot pour mot, sur le programme déroulé par le fameux document.
06:57« Démantèlement d'agences entières et du ministère de l'Éducation, définancement de la recherche scientifique et de l'aide
07:04humanitaire,
07:05gel des embauches et purge de dizaines de milliers de fonctionnaires, retrait de l'OMS et de l'accord de
07:11Paris,
07:11forage à tout va et dérégulation environnementale, déploiement militaire à la frontière sud et suspension des programmes de réfugiés. »
07:19Et c'est là où on rentre dans le dur. Parce que Kevin Roberts, qui a participé à concocter le
07:24modèle de Trump,
07:26eh bien il pose ses pieds en France en mai 2025. Et il y fait beaucoup de choses.
07:34« Et vous êtes peut-être d'accord ? Avec moi, la France est au bord du précipice. »
07:40Donc déjà, il commence par arriver en France, il fait une interview avec CNews.
07:43Mais, selon une longue enquête du monde, quand il arrive en France à cette période,
07:49il rencontre aussi les pontes de l'extrême droite française.
07:52Marion Maréchal, Éric Zemmour, Éric Ciotti et des proches de Bardella.
07:58Ça montre la dimension politique de son passage en France. Et ça, il ne l'a pas fait que dans
08:05l'Hexagone.
08:057 et 8 février 2025, Santiago Abascal, leader du parti d'extrême droite espagnol VOX, organise un sommet à Madrid
08:14intitulé
08:15« Make Europe Great Again », évidemment. Et qui était l'invité d'honneur ?
08:21Vous l'avez deviné, c'était Kevin Roberts. Enfin, de toute façon, les deux se connaissaient déjà,
08:28puisque Abascal a rencontré le président de la Heritage Foundation aux États-Unis un mois avant.
08:34Et parmi les autres invités du « Make Europe Great Again », on a pu retrouver tous les lurons de
08:40l'extrême droite européenne.
08:42Marine Le Pen, le vice-premier ministre de Giorgia Miloni, Matteo Salvini,
08:46le dirigeant du parti d'extrême droite néerlandais, Geert Wilders,
08:50et évidemment, le premier ministre hongrois, Viktor Orban.
08:54Mais Orban, lui aussi, avait déjà eu la chance de rencontrer Kevin Roberts.
08:58En mars 2024, il se rend à Washington pour rencontrer Trump. Et il en a profité pour passer une petite
09:05tête dans les locaux de la Heritage Foundation,
09:08où il a pu faire une réunion à huis clos avec Kevin Roberts.
09:11Et quasiment un an plus tard, c'est un institut financé par ce même Viktor Orban qui a été accueilli
09:17par la Heritage Foundation le 11 mars 2025.
09:22Cet institut, c'est le Mathias Corvinus Collegium, un think tank ultra conservateur hongrois.
09:28Ils étaient accompagnés de l'institut Ordo Iuris. Et ce jour-là, ils ont présenté un rapport, la Grande Réinitialisation.
09:36L'objectif de la Grande Réinitialisation est clair, vider l'Union Européenne de sa puissance.
09:42Par exemple, les deux instituts proposent une clause d'opt-out.
09:46Elle permettrait aux États membres de s'exempter des lois qu'ils ne veulent pas appliquer sans risquer de sanctions.
09:51Et s'ils proposent ça, c'est parce que pour eux, et là je cite,
09:55L'Union Européenne refuse de protéger ceux qui en ont le plus besoin,
09:59en sapant le droit des États membres d'accorder aux enfants à naître ou aux patients handicapés
10:04un niveau de protection plus élevé contre l'avortement et l'euthanasie.
10:08Le degré de retournement est quand même dingue.
10:12Selon ce rapport, en fait, les États membres devraient protéger les enfants à naître contre l'avortement.
10:18Et l'Union Européenne les en empêche.
10:21Je vais vous prendre une autre citation qui permet de bien comprendre.
10:25Sous prétexte de lutter contre la discrimination, le racisme et la xénophobie,
10:29la Commission Européenne impose en pratique aux États membres l'obligation de censurer
10:35et sanctionner sévèrement toute opinion critique à l'égard de certains groupes sociaux,
10:40principalement les homosexuels et transsexuels, ainsi que les musulmans.
10:44Bon là, on est sur cet argument classique des attaques contre la liberté d'expression qui revient régulièrement.
10:49Mais avec ce rapport, en fait, on comprend bien que leur vision de la liberté d'expression,
10:53c'est plutôt une liberté d'être violent.
10:55Bon, pour résumer leur idée, ils citent le premier ministre hongrois Victor Orban.
11:09C'est tout joli, dit comme ça, hein ?
11:11Mais c'est quoi le petit 59 qui est juste ici, là ? 59...
11:16Discours du premier ministre hongrois Victor Orban lors du débat sur le rapport Sargentini, 11 septembre 2018.
11:25Rapport Sargentini... Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
11:27En fait, c'est le travail d'une députée écologiste néerlandaise, Judith Sargentini.
11:33Et elle y liste les atteintes par la Hongrie aux valeurs fondatrices de l'Union européenne.
11:37La prise de contrôle des médias par le gouvernement, l'espionnage de journalistes indépendants,
11:42des crimes et des discours de haine visant les Roms, les musulmans, les migrants et les réfugiés,
11:47y compris dans des campagnes soutenues par le gouvernement,
11:50ou des actes de violence à l'égard des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transgenres,
11:55en particulier dans le secteur de l'emploi et de l'éducation.
11:58Donc, quand Orban souhaite que chaque nation et chaque Etat membre ait le droit de décider
12:03de la manière dont il organise sa vie dans son propre pays,
12:07en fait, on comprend qu'il souhaite être libre de s'attaquer à la liberté de la presse
12:11ou même aux droits des minorités, par exemple.
12:14La grande réinitialisation a donc été présentée en avant-première à la Heritage Foundation,
12:18puis il a été officiellement présenté au Parlement européen le 11 juin.
12:23Et en France, on a aussi eu le droit à notre petite exposée,
12:27c'était le 4 novembre à la Cité Internationale de Paris.
12:30Alors bon, quand même, ne nous y trompons pas.
12:33Ce document de 47 pages n'est absolument pas au niveau du projet 2025 de la Heritage Foundation.
12:40Il est beaucoup moins complet, beaucoup moins technique.
12:43Donc, il n'a pas du tout le potentiel de devenir une feuille de route
12:46pour les extrêmes droites européennes comme l'a été le projet 2025 pour Trump.
12:50Mais il montre à quel point les extrêmes droites européennes s'inspirent de Trump.
12:54Et c'est pas juste la Hongrie.
12:57Et ce ne sont pas juste des inspirations dans le vent.
13:00On a des personnalités françaises, par exemple, qui vont se former aux États-Unis.
13:04Sarah Knafo, députée européenne sur la liste reconquête d'Éric Zemmour,
13:09est l'une des 15 Lincoln Fellows de l'Institut Clermont, un autre think tank ultra conservateur.
13:16La grande réinitialisation montre aussi les germes d'une ambition politique très claire.
13:22Conquérir l'Union européenne pour la transformer en un paradis pour l'extrême droite.
13:26C'est parti !
13:36– Sous-titrage FR 2021
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