- il y a 1 heure
Face à un flot ininterrompu de propos racistes proférés à son encontre sur le plateau de CNews, pas question de rester impassible. Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis qui a fait l’objet sur la chaîne de Bolloré d’une comparaison ignominieuse avec «un grand singe» et qui a été présenté comme «un chef de tribu», organise ce samedi un «grand rassemblement citoyen» contre le racisme et les discriminations. Le rendez-vous est donné sur le parvis de son hôtel de ville, à 14 heures.
Et en parallèle, cette séquence polémique a pris un tournant judiciaire. Le parquet a annoncé l’ouverture de deux enquêtes : l’une pour «injures publiques» à caractère raciste, et l’autre pour cyberharcèlement sur le réseau social X «en raison de sa couleur de peau» après la diffusion de l’émission. Le maire de la plus grande ville Insoumise de France a, de son côté, porté plainte.
En amont de cette mobilisation, l’élu insoumis a accordé à Emanuel Descours, journaliste au service vidéo de Libération, une interview exclusive.
Et en parallèle, cette séquence polémique a pris un tournant judiciaire. Le parquet a annoncé l’ouverture de deux enquêtes : l’une pour «injures publiques» à caractère raciste, et l’autre pour cyberharcèlement sur le réseau social X «en raison de sa couleur de peau» après la diffusion de l’émission. Le maire de la plus grande ville Insoumise de France a, de son côté, porté plainte.
En amont de cette mobilisation, l’élu insoumis a accordé à Emanuel Descours, journaliste au service vidéo de Libération, une interview exclusive.
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00:00Trois semaines après son élection, le nouveau maire LFI de Saint-Denis nous a ouvert ses portes pour revenir sur
00:04son début de mandat très mouvementé.
00:06Entre une campagne de haine sur les réseaux sociaux, des propos racistes sur CNews ou encore de fausses informations sur
00:12le désarmement de la police municipale,
00:15Bali Bagayoko répond aux attaques dont il fait l'objet.
00:19Depuis votre élection, vous êtes victime d'une campagne de haine sur les réseaux sociaux, raciste également.
00:24Comment est-ce que vous vivez tout cela personnellement et comment vous vous sentez ?
00:28Apparemment, ces attaques ne sont pas nouvelles parce que j'avais déjà été victime de propos racistes, y compris dans
00:36les réseaux sociaux, par des écrits.
00:39La violence est un peu accentuée par l'ensemble des médias utilisés, y compris des médias relativement puissants, je pense
00:49en temps assigneux et d'autres.
00:51Et puis la manière dont ça a aussi eu un écho dans mon entourage.
00:55C'est plus ça, en fait, qui m'a attristé et qui m'a fait comprendre qu'en fait, on
01:00rentrait dans une dimension complètement différente de ce que j'avais connu par ailleurs.
01:03Parce que mes enfants étaient bien sûr impactés, mon épouse était impactée, ma mère était impactée, mes frères et soeurs
01:10aussi.
01:10Et puis les habitants de CNews aussi ont été impactés parce que beaucoup de ces personnes ont été amenés à
01:16témoigner de leur solidarité.
01:17Donc ce qui montre le niveau à la fois de gravité, en fait, qu'on défait.
01:23Sur CNews, il y a aussi eu une séquence raciste, vous concernant, qui a particulièrement choqué.
01:29Le gouvernement a réagi en indiquant réfléchir à engager des poursuites pénales contre la chaîne de Vincent Bolloré.
01:34Est-ce que vous trouvez que leur réponse a été à la hauteur de ce que vous avez subi lors
01:39de cette séquence ?
01:39Vraiment, c'est vrai qu'il est vrai que quand on a comme ça en direct des propos racistes qui
01:46sont exprimés, il y a deux manières de faire.
01:48On peut effectivement intervenir de manière un peu brutale et auquel cas on disqualifie, en fin de compte, notre message.
01:57Et surtout, on donne le point à celui ou celle qui tient les propos racistes.
02:01Le choix qui a été fait, c'était plutôt de se concentrer sur le message à passer et tenter, en
02:06fin de compte, d'isoler ces propos racistes sans bien sûr les effacer.
02:09La deuxième chose, c'est bien sûr que des dépôts de plainte ont été posés, bien sûr contre la chaîne
02:14CNews, les deux journalistes en question,
02:16et puis les deux, un docteur supposé et puis un autre supposé philosophe, qui devront répondre en fin de leurs
02:23propos devant la justice.
02:25Après, la réaction du gouvernement, me semble-t-il, a été tardive.
02:30Mais comme c'est souvent le cas quand il s'agit d'enfants ou de filles héritières de l'émigration,
02:35c'est-à-dire qu'il y a toujours un temps de réaction qui est beaucoup plus long pour le
02:39nôtre,
02:39mais comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on soit intégré à part entière dans la
02:43société,
02:44comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on puisse avoir des emplois,
02:46comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on puisse accéder aux emplois les plus importants, voire
02:50aux fonctions les plus élevées.
02:51Et qu'est-ce que ça traduit selon vous, cette longueur de réaction qui serait due au fait que vous
02:56êtes une personne issue de l'immigration, comme vous dites ?
02:58C'est à la fois personne issue de l'immigration, mais c'est surtout parce que personne issue de l
03:02'immigration, ça coche une manière de faire qui est différente.
03:08Deux fils.
03:09C'est-à-dire qu'il y a un logiciel qui est comme ça.
03:11C'est bizarre, les institutions, j'ai le sentiment que c'est comme ça qu'ils le sont.
03:14J'aurais été, par exemple, avec tout le respect que j'ai pour la communauté juive et autres,
03:18je pense que c'est l'ensemble du système qui serait mis tout de suite en branle.
03:22Ça, c'est très clair.
03:23C'est même certain.
03:24Bon, il n'y a pas de souci.
03:25Et je pense qu'il n'y aurait même pas eu besoin d'interpellation au sein de l'Assemblée nationale
03:29pour que le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur soient issues.
03:32Mais je ne trouve pas que c'est injuste.
03:35Je dis juste que dans le message que je veux passer, c'est juste de dire,
03:39même les institutions de l'État, y compris celles et ceux qui incarnent en fait cette responsabilité d'État,
03:43hissez-vous à votre niveau de responsabilité, pas d'indignation en fait à la géométrique variable.
03:48Et ça, ça passe par le fait qu'il faut, dès que ça s'entend, pouvoir agir tout de suite.
03:53C'est valable d'ailleurs pour l'ARCOM.
03:54Lors de votre campagne et là, depuis votre prise de fonction,
03:57vous avez exprimé votre volonté de désarmer progressivement la police municipale de Saint-Denis,
04:01en commençant par ne plus renouveler les stocks de munitions de LBD.
04:05Cette annonce, là encore, a suscité une polémique nationale.
04:09Il y a aussi eu beaucoup de fausses informations qui ont circulé sur les réseaux sociaux
04:12et qui prétendaient que plusieurs dizaines d'agents souhaitaient exercer dans une autre ville
04:17et partir de Saint-Denis.
04:18Alors déjà, qu'en est-il là-dessus ?
04:20Et est-ce que vous comptez toujours défendre cette position de désarmement progressif de la police municipale ?
04:25La réalité aujourd'hui, c'est que nous avons 135 policiers municipaux,
04:28donc les postes seront maintenus, c'est ce qui leur a été rappelé.
04:31Il a été indiqué qu'avec 90 potentiels départs en Suisse et 30 potentiels départs,
04:36il n'en est absolument rien, puisque le seul départ effectif qui a lieu,
04:39c'est un cadre qui d'ailleurs est parti une fois que j'ai été élu maire de la ville.
04:43Donc c'était un projet de mobilité qui était prévu.
04:46Après, j'apprends...
04:47Éric Chioti a dit qu'il a reçu cinq demandes...
04:49Oui, il a fait d'abord un appel pour indiquer que tous celles et ceux dont les policiers municipaux
04:55souhaitaient chercher une affectation, c'est qu'ils étaient prêts à les accueillir.
04:57Ensuite, il a indiqué qu'il avait reçu cinq CV, voilà.
05:01Mais premièrement, dire à M. Chioti que les personnels en fin de compte de la police municipale
05:07n'ont absolument rien à voir avec la doctrine que lui porte dans sa ville,
05:11donc ça, c'est la première chose. Deux, ils ne sont pas candidats, officiellement,
05:14je veux dire, au départ dans sa ville. Et troisièmement, pour les cinq qui sont uniquement
05:18du déclaratif, bon, ça ne regarde que lui, pour l'instant, moi je sais, de la part
05:23de la direction de la tranquillité publique, il n'a pas connaissance de ces cinq.
05:26Et donc sur le désarmement progressif de la police municipale, c'est quelque chose
05:28que vous comptez défendre ?
05:30Oui, que... En fait, très clairement, il fallait, au moment où j'arrive, sur la question
05:33de la tranquillité publique, parce que c'est quand même un sujet qui était au cœur,
05:37en fait, de la campagne municipale, il fallait poser un premier acte.
05:39Il est vrai qu'on a été chercher, et j'ai assumé d'aller chercher le non-renouvellement,
05:43en fin de compte, de la partie, en fait, qui concerne le LBD.
05:48Voilà, donc c'est ce choix qui a été fait, pour plein de raisons,
05:50premièrement parce qu'il fallait passer un message, deuxièmement, pour dire aussi
05:54que j'ai une totale confiance en la capacité des professionnels de pouvoir
05:58adapter, en fait, leur mode opératoire, ce qu'ils ont d'ailleurs confirmé
06:02lorsque je les ai tous rencontrés il y a maintenant une semaine, et donc j'ai aucun doute
06:07sur la capacité professionnelle de pouvoir s'adapter, en fin de compte, à cette nouvelle donne,
06:10en attendant que nous définissions la doctrine en matière d'intervention
06:13de la police municipale et police nationale, d'ailleurs.
06:16Votre élection, ça a aussi été un symbole important.
06:19Vous êtes le premier maire affilié à LFI d'une commune de plus de 100 000 habitants.
06:24On a vu les scènes de Liès au soir de votre élection qui ont fait le tour des réseaux sociaux.
06:29Des observateurs et représentants politiques disent même que cette élection, elle illustre
06:33le concept de Nouvelle-France qui a été théorisé par Jean-Luc Mélenchon.
06:38Vous, comment vous vous situez par rapport à ce concept-là de Nouvelle-France ?
06:41Est-ce que vous assumez aussi le fait d'illustrer ce concept-là ?
06:46Moi, ce concept-là, je pense que c'est une notion de concept, c'est-à-dire que chacun
06:50ne le prend pas à la manière contre une Nouvelle-France.
06:52Il y a ceux qui vont dire « Ah, mais ce n'est pas possible, ce n'est pas nouveau,
06:54d'accord. »
06:55Peut-être.
06:56C'est vrai que des Noirs, il y en a toujours eu, des gens dans les quartiers populaires,
06:59il y en a toujours eu, soit, y compris des gens qui ont accédé en responsabilité, soit.
07:03Mais le volume de gens aujourd'hui qui accèdent en responsabilité, ça, c'est nouveau.
07:06Le volume de ces personnes, en fait, qui sont dans les quartiers populaires,
07:09qui désormais considèrent qu'ils assument leur double appartenance,
07:12il l'avait dit en particulier, mais qui, y compris, l'illustrent par un résultat qui est confirmé,
07:17ça, c'est nouveau.
07:18Ce n'est pas une approche identitaire, en fin de compte, la démarche autour de Nouvelle-France.
07:23C'est purement et simplement une démarche qui vise aussi à pointer l'adversaire,
07:28à dire que si l'une des préoccupations premières, c'est bien sûr la question de la justice sociale,
07:33il y a aussi, dans le même temps, agir pour empêcher que l'extrême droite continue à prospérer.
07:38La Nouvelle-France, elle s'oppose en réalité à ça.
07:40Et donc, c'est une manière, en fait, de poser dans le débat public un électrochoc sémantique.
07:46Nouvelle-France, forcément, c'est quoi, de quoi ils parlent, les compagnies ?
07:48Ça attire, en fait, l'attention.
07:50Bien sûr, ça lève aussi les attracteurs pour dire c'est honteux, c'est pas bien, c'est identitaire et
07:53tout ça.
07:54Mais ça force à un moment donné des réponses politiques qui doivent être adaptées au regard de la réalité concrète.
07:59Personne aujourd'hui ne nie le fait que nous avons une progression importante de l'extrême droite en tant que
08:03tel,
08:04y compris à l'Assemblée nationale, et ça se traduit aussi par des politiques publiques.
08:07Et malheureusement, ces politiques publiques, elles sont aussi, malheureusement, assumées par des courants politiques.
08:14Je pense à la Macronie, je pense aussi, y compris à la droite,
08:17qui parfois, en développant des politiques d'austérité, fragilisent, en fin de compte, ce qui est le socle, en fin
08:23de compte, qui fait société.
08:24Et alors là, donnent la possibilité à l'extrême droite de se loger dedans et donc accentuer, en fait, les
08:29fractures dans la société.
08:29Pour terminer, dans un an, il y a une élection présidentielle qui arrive, au vu de votre élection, dès le
08:36premier tour.
08:37Et on le disait, vous êtes aussi devenu un symbole important.
08:40Est-ce que vous allez jouer un rôle à l'échelle nationale dans cette élection présidentielle ?
08:45Est-ce que vous voulez jouer un rôle dans cette campagne-là ?
08:48Personnellement, moi, je prendrais ma part de responsabilité de maire d'une ville de 150 000 habitants,
08:52avec l'histoire qu'on connaît de cette ville.
08:54Et parce que nous avons, à Langeaudat, beaucoup de points qu'il nous faut faire avancer.
09:00Nous allons le faire à notre niveau, à l'échelle locale.
09:02Mais nous savons pertinemment que l'échelle locale ne suffira pas.
09:04Donc l'échéance, en fait, de 2027 est une opportunité pour moi,
09:09mais j'ai envie de dire pour l'ensemble, d'ailleurs, des maires des différentes villes,
09:12pour agir de manière concertée, pour faire reculer, bien sûr,
09:16la question des inégalités auxquelles nous sommes confrontés.
09:19Et donc, à ce titre, je prendrais ma part de responsabilité.
09:22Et si, que ce soit les médias ou que ce soit bien ma formation politique en tant que telle,
09:27considèrent que dans cette dynamique de campagne,
09:29la plus-value que je peux apporter est quelque chose qui peut être, entre guillemets,
09:32un élément de différenciation, voire renforcer, en fait, la possibilité de faire en sorte
09:36qu'en 2027, il y ait un gouvernement de gauche, une présidence à la fois de gauche,
09:41et y compris de route pure, je suis bien sûr parfaitement disponible.
09:44Mais moi, je prendrai pleinement, en tant que maire, ma pleine responsabilité.
09:47Donc vous allez soutenir la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ?
09:50Moi, je suis pour que ce soit Jean-Luc Mélenchon, bien sûr,
09:52qui soit en tout cas candidat d'une liste, bien sûr, de rassemblement, je le souhaite,
09:57avec une clarification à faire au sein du Parti Socialiste quand même,
10:00que celles et ceux qui sont plutôt attirés au Parti Socialiste vers la droite,
10:04qui s'en aillent et que ça clarifie,
10:06et que tous celles et ceux, en fin de compte, qui sont animés par la démarche
10:09que nous avons portée dans l'accord de l'avenir commun,
10:11et ensuite qui s'est traduit par le NFP,
10:14même si aujourd'hui il est embryonnaire et compagnie avec la responsabilité en Parti du PS,
10:19je pense que ça, il faut absolument se sanctuariser,
10:21parce que c'est cette dynamique-là, associée à la dynamique, bien sûr,
10:24de réveil des quartiers populaires, qui va avoir lieu en fait en 2027,
10:28qui aura lieu en 2027, y compris sur les lignes de rupture,
10:31sur la question de la lutte antifasciste, y compris raciste,
10:35qui peut, à mon avis, être un élément déclencheur.
10:36Moi, je suis pour que Jean-Luc Mélenchon porte cet espoir-là,
10:39et qui prépare bien sûr l'avenir.
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