00:00Trois semaines après son élection, le nouveau maire LFI de Saint-Denis nous a ouvert ses portes pour revenir sur
00:04son début de mandat très mouvementé.
00:06Entre une campagne de haine sur les réseaux sociaux, des propos racistes sur CNews ou encore de fausses informations sur
00:12le désarmement de la police municipale,
00:15Bali Bagayoko répond aux attaques dont il fait l'objet.
00:19Depuis votre élection, vous êtes victime d'une campagne de haine sur les réseaux sociaux, raciste également.
00:24Comment est-ce que vous vivez tout cela personnellement et comment vous vous sentez ?
00:28Apparemment, ces attaques ne sont pas nouvelles parce que j'avais déjà été victime de propos racistes, y compris dans
00:36les réseaux sociaux, par des écrits.
00:39La violence est un peu accentuée par l'ensemble des médias utilisés, y compris des médias relativement puissants, je pense
00:49en temps assigneux et d'autres.
00:51Et puis la manière dont ça a aussi eu un écho dans mon entourage.
00:55C'est plus ça, en fait, qui m'a attristé et qui m'a fait comprendre qu'en fait, on
01:00rentrait dans une dimension complètement différente de ce que j'avais connu par ailleurs.
01:03Parce que mes enfants étaient bien sûr impactés, mon épouse était impactée, ma mère était impactée, mes frères et soeurs
01:10aussi.
01:10Et puis les habitants de CNews aussi ont été impactés parce que beaucoup de ces personnes ont été amenés à
01:16témoigner de leur solidarité.
01:17Donc ce qui montre le niveau à la fois de gravité, en fait, qu'on défait.
01:23Sur CNews, il y a aussi eu une séquence raciste, vous concernant, qui a particulièrement choqué.
01:29Le gouvernement a réagi en indiquant réfléchir à engager des poursuites pénales contre la chaîne de Vincent Bolloré.
01:34Est-ce que vous trouvez que leur réponse a été à la hauteur de ce que vous avez subi lors
01:39de cette séquence ?
01:39Vraiment, c'est vrai qu'il est vrai que quand on a comme ça en direct des propos racistes qui
01:46sont exprimés, il y a deux manières de faire.
01:48On peut effectivement intervenir de manière un peu brutale et auquel cas on disqualifie, en fin de compte, notre message.
01:57Et surtout, on donne le point à celui ou celle qui tient les propos racistes.
02:01Le choix qui a été fait, c'était plutôt de se concentrer sur le message à passer et tenter, en
02:06fin de compte, d'isoler ces propos racistes sans bien sûr les effacer.
02:09La deuxième chose, c'est bien sûr que des dépôts de plainte ont été posés, bien sûr contre la chaîne
02:14CNews, les deux journalistes en question,
02:16et puis les deux, un docteur supposé et puis un autre supposé philosophe, qui devront répondre en fin de leurs
02:23propos devant la justice.
02:25Après, la réaction du gouvernement, me semble-t-il, a été tardive.
02:30Mais comme c'est souvent le cas quand il s'agit d'enfants ou de filles héritières de l'émigration,
02:35c'est-à-dire qu'il y a toujours un temps de réaction qui est beaucoup plus long pour le
02:39nôtre,
02:39mais comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on soit intégré à part entière dans la
02:43société,
02:44comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on puisse avoir des emplois,
02:46comme il y a toujours un temps de réaction pour qu'on puisse accéder aux emplois les plus importants, voire
02:50aux fonctions les plus élevées.
02:51Et qu'est-ce que ça traduit selon vous, cette longueur de réaction qui serait due au fait que vous
02:56êtes une personne issue de l'immigration, comme vous dites ?
02:58C'est à la fois personne issue de l'immigration, mais c'est surtout parce que personne issue de l
03:02'immigration, ça coche une manière de faire qui est différente.
03:08Deux fils.
03:09C'est-à-dire qu'il y a un logiciel qui est comme ça.
03:11C'est bizarre, les institutions, j'ai le sentiment que c'est comme ça qu'ils le sont.
03:14J'aurais été, par exemple, avec tout le respect que j'ai pour la communauté juive et autres,
03:18je pense que c'est l'ensemble du système qui serait mis tout de suite en branle.
03:22Ça, c'est très clair.
03:23C'est même certain.
03:24Bon, il n'y a pas de souci.
03:25Et je pense qu'il n'y aurait même pas eu besoin d'interpellation au sein de l'Assemblée nationale
03:29pour que le Premier ministre ou le ministre de l'Intérieur soient issues.
03:32Mais je ne trouve pas que c'est injuste.
03:35Je dis juste que dans le message que je veux passer, c'est juste de dire,
03:39même les institutions de l'État, y compris celles et ceux qui incarnent en fait cette responsabilité d'État,
03:43hissez-vous à votre niveau de responsabilité, pas d'indignation en fait à la géométrique variable.
03:48Et ça, ça passe par le fait qu'il faut, dès que ça s'entend, pouvoir agir tout de suite.
03:53C'est valable d'ailleurs pour l'ARCOM.
03:54Lors de votre campagne et là, depuis votre prise de fonction,
03:57vous avez exprimé votre volonté de désarmer progressivement la police municipale de Saint-Denis,
04:01en commençant par ne plus renouveler les stocks de munitions de LBD.
04:05Cette annonce, là encore, a suscité une polémique nationale.
04:09Il y a aussi eu beaucoup de fausses informations qui ont circulé sur les réseaux sociaux
04:12et qui prétendaient que plusieurs dizaines d'agents souhaitaient exercer dans une autre ville
04:17et partir de Saint-Denis.
04:18Alors déjà, qu'en est-il là-dessus ?
04:20Et est-ce que vous comptez toujours défendre cette position de désarmement progressif de la police municipale ?
04:25La réalité aujourd'hui, c'est que nous avons 135 policiers municipaux,
04:28donc les postes seront maintenus, c'est ce qui leur a été rappelé.
04:31Il a été indiqué qu'avec 90 potentiels départs en Suisse et 30 potentiels départs,
04:36il n'en est absolument rien, puisque le seul départ effectif qui a lieu,
04:39c'est un cadre qui d'ailleurs est parti une fois que j'ai été élu maire de la ville.
04:43Donc c'était un projet de mobilité qui était prévu.
04:46Après, j'apprends...
04:47Éric Chioti a dit qu'il a reçu cinq demandes...
04:49Oui, il a fait d'abord un appel pour indiquer que tous celles et ceux dont les policiers municipaux
04:55souhaitaient chercher une affectation, c'est qu'ils étaient prêts à les accueillir.
04:57Ensuite, il a indiqué qu'il avait reçu cinq CV, voilà.
05:01Mais premièrement, dire à M. Chioti que les personnels en fin de compte de la police municipale
05:07n'ont absolument rien à voir avec la doctrine que lui porte dans sa ville,
05:11donc ça, c'est la première chose. Deux, ils ne sont pas candidats, officiellement,
05:14je veux dire, au départ dans sa ville. Et troisièmement, pour les cinq qui sont uniquement
05:18du déclaratif, bon, ça ne regarde que lui, pour l'instant, moi je sais, de la part
05:23de la direction de la tranquillité publique, il n'a pas connaissance de ces cinq.
05:26Et donc sur le désarmement progressif de la police municipale, c'est quelque chose
05:28que vous comptez défendre ?
05:30Oui, que... En fait, très clairement, il fallait, au moment où j'arrive, sur la question
05:33de la tranquillité publique, parce que c'est quand même un sujet qui était au cœur,
05:37en fait, de la campagne municipale, il fallait poser un premier acte.
05:39Il est vrai qu'on a été chercher, et j'ai assumé d'aller chercher le non-renouvellement,
05:43en fin de compte, de la partie, en fait, qui concerne le LBD.
05:48Voilà, donc c'est ce choix qui a été fait, pour plein de raisons,
05:50premièrement parce qu'il fallait passer un message, deuxièmement, pour dire aussi
05:54que j'ai une totale confiance en la capacité des professionnels de pouvoir
05:58adapter, en fait, leur mode opératoire, ce qu'ils ont d'ailleurs confirmé
06:02lorsque je les ai tous rencontrés il y a maintenant une semaine, et donc j'ai aucun doute
06:07sur la capacité professionnelle de pouvoir s'adapter, en fin de compte, à cette nouvelle donne,
06:10en attendant que nous définissions la doctrine en matière d'intervention
06:13de la police municipale et police nationale, d'ailleurs.
06:16Votre élection, ça a aussi été un symbole important.
06:19Vous êtes le premier maire affilié à LFI d'une commune de plus de 100 000 habitants.
06:24On a vu les scènes de Liès au soir de votre élection qui ont fait le tour des réseaux sociaux.
06:29Des observateurs et représentants politiques disent même que cette élection, elle illustre
06:33le concept de Nouvelle-France qui a été théorisé par Jean-Luc Mélenchon.
06:38Vous, comment vous vous situez par rapport à ce concept-là de Nouvelle-France ?
06:41Est-ce que vous assumez aussi le fait d'illustrer ce concept-là ?
06:46Moi, ce concept-là, je pense que c'est une notion de concept, c'est-à-dire que chacun
06:50ne le prend pas à la manière contre une Nouvelle-France.
06:52Il y a ceux qui vont dire « Ah, mais ce n'est pas possible, ce n'est pas nouveau,
06:54d'accord. »
06:55Peut-être.
06:56C'est vrai que des Noirs, il y en a toujours eu, des gens dans les quartiers populaires,
06:59il y en a toujours eu, soit, y compris des gens qui ont accédé en responsabilité, soit.
07:03Mais le volume de gens aujourd'hui qui accèdent en responsabilité, ça, c'est nouveau.
07:06Le volume de ces personnes, en fait, qui sont dans les quartiers populaires,
07:09qui désormais considèrent qu'ils assument leur double appartenance,
07:12il l'avait dit en particulier, mais qui, y compris, l'illustrent par un résultat qui est confirmé,
07:17ça, c'est nouveau.
07:18Ce n'est pas une approche identitaire, en fin de compte, la démarche autour de Nouvelle-France.
07:23C'est purement et simplement une démarche qui vise aussi à pointer l'adversaire,
07:28à dire que si l'une des préoccupations premières, c'est bien sûr la question de la justice sociale,
07:33il y a aussi, dans le même temps, agir pour empêcher que l'extrême droite continue à prospérer.
07:38La Nouvelle-France, elle s'oppose en réalité à ça.
07:40Et donc, c'est une manière, en fait, de poser dans le débat public un électrochoc sémantique.
07:46Nouvelle-France, forcément, c'est quoi, de quoi ils parlent, les compagnies ?
07:48Ça attire, en fait, l'attention.
07:50Bien sûr, ça lève aussi les attracteurs pour dire c'est honteux, c'est pas bien, c'est identitaire et
07:53tout ça.
07:54Mais ça force à un moment donné des réponses politiques qui doivent être adaptées au regard de la réalité concrète.
07:59Personne aujourd'hui ne nie le fait que nous avons une progression importante de l'extrême droite en tant que
08:03tel,
08:04y compris à l'Assemblée nationale, et ça se traduit aussi par des politiques publiques.
08:07Et malheureusement, ces politiques publiques, elles sont aussi, malheureusement, assumées par des courants politiques.
08:14Je pense à la Macronie, je pense aussi, y compris à la droite,
08:17qui parfois, en développant des politiques d'austérité, fragilisent, en fin de compte, ce qui est le socle, en fin
08:23de compte, qui fait société.
08:24Et alors là, donnent la possibilité à l'extrême droite de se loger dedans et donc accentuer, en fait, les
08:29fractures dans la société.
08:29Pour terminer, dans un an, il y a une élection présidentielle qui arrive, au vu de votre élection, dès le
08:36premier tour.
08:37Et on le disait, vous êtes aussi devenu un symbole important.
08:40Est-ce que vous allez jouer un rôle à l'échelle nationale dans cette élection présidentielle ?
08:45Est-ce que vous voulez jouer un rôle dans cette campagne-là ?
08:48Personnellement, moi, je prendrais ma part de responsabilité de maire d'une ville de 150 000 habitants,
08:52avec l'histoire qu'on connaît de cette ville.
08:54Et parce que nous avons, à Langeaudat, beaucoup de points qu'il nous faut faire avancer.
09:00Nous allons le faire à notre niveau, à l'échelle locale.
09:02Mais nous savons pertinemment que l'échelle locale ne suffira pas.
09:04Donc l'échéance, en fait, de 2027 est une opportunité pour moi,
09:09mais j'ai envie de dire pour l'ensemble, d'ailleurs, des maires des différentes villes,
09:12pour agir de manière concertée, pour faire reculer, bien sûr,
09:16la question des inégalités auxquelles nous sommes confrontés.
09:19Et donc, à ce titre, je prendrais ma part de responsabilité.
09:22Et si, que ce soit les médias ou que ce soit bien ma formation politique en tant que telle,
09:27considèrent que dans cette dynamique de campagne,
09:29la plus-value que je peux apporter est quelque chose qui peut être, entre guillemets,
09:32un élément de différenciation, voire renforcer, en fait, la possibilité de faire en sorte
09:36qu'en 2027, il y ait un gouvernement de gauche, une présidence à la fois de gauche,
09:41et y compris de route pure, je suis bien sûr parfaitement disponible.
09:44Mais moi, je prendrai pleinement, en tant que maire, ma pleine responsabilité.
09:47Donc vous allez soutenir la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ?
09:50Moi, je suis pour que ce soit Jean-Luc Mélenchon, bien sûr,
09:52qui soit en tout cas candidat d'une liste, bien sûr, de rassemblement, je le souhaite,
09:57avec une clarification à faire au sein du Parti Socialiste quand même,
10:00que celles et ceux qui sont plutôt attirés au Parti Socialiste vers la droite,
10:04qui s'en aillent et que ça clarifie,
10:06et que tous celles et ceux, en fin de compte, qui sont animés par la démarche
10:09que nous avons portée dans l'accord de l'avenir commun,
10:11et ensuite qui s'est traduit par le NFP,
10:14même si aujourd'hui il est embryonnaire et compagnie avec la responsabilité en Parti du PS,
10:19je pense que ça, il faut absolument se sanctuariser,
10:21parce que c'est cette dynamique-là, associée à la dynamique, bien sûr,
10:24de réveil des quartiers populaires, qui va avoir lieu en fait en 2027,
10:28qui aura lieu en 2027, y compris sur les lignes de rupture,
10:31sur la question de la lutte antifasciste, y compris raciste,
10:35qui peut, à mon avis, être un élément déclencheur.
10:36Moi, je suis pour que Jean-Luc Mélenchon porte cet espoir-là,
10:39et qui prépare bien sûr l'avenir.
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