- il y a 3 jours
Réconcilier croissance et transition écologique, c’est qu’a voulu faire Myriam Maestroni avec Raphaël Boroumand dans leur livre “Économie et climat : le faux dilemme”. La présidente et fondatrice du think tank E5T il est possible d’avoir une croissance décorrélée des émission de CO₂. Selon elle, le défi majeur pour réussir la transition est l’énergie.
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00:04Prêt pour l'impact, c'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui compte dans notre
00:08économie.
00:09Je reçois aujourd'hui Myriam Maestroni, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue, vous êtes la fondatrice du cercle de réflexion et d'action E5T et co-fondatrice de la start-up
00:17Disco.
00:18Vous publiez aussi avec Raphaël Omaïoun Bourouman, économie et climat, le faux dilemme, antidote au défaitisme.
00:26J'adore l'antidote au défaitisme, heureusement que vous êtes là pour nous faire passer une bonne journée cette édition
00:31de Boc.
00:32Alors je commence par ce think tank là, E5T, de quoi s'agit-il ?
00:36E5T déjà ça veut dire énergie au pluriel, efficacité énergétique, environnement, économie et territoire.
00:41Et en fait nos 15 ans, c'est un think tank dédié à la transition énergétique vu par les solutions.
00:48Donc pendant 15 ans, on a rencontré des centaines d'experts organisés, des dizaines de conventions, de séminaires en France,
00:56en Italie, en Espagne, en Tunisie, en Chine.
00:59Et donc on a conforté l'idée qu'il y avait des solutions et beaucoup de choses à faire.
01:06Le monde de l'énergie, des énergies fossiles, vous le connaissez bien.
01:10Vous avez commencé votre carrière professionnelle, je crois, avec des postes, notamment des postes de direction chez Dinef Agil, chez
01:16Primagaz.
01:16À quel moment vous vous êtes dit, il faut faire basculer ce monde-là, le faire évoluer de l'intérieur
01:23d'une certaine façon ?
01:24Il y a eu un moment très impactant quand j'ai découvert le trou dans la couche d'ozone.
01:27D'ailleurs, ce n'est pas mal de le rappeler puisqu'aujourd'hui on voit qu'il y a des
01:29solutions.
01:30Oui, donc ça, ça fait partie des solutions qu'on a trouvées.
01:33Voilà, quand j'ai démarré en 1996 dans le GPL en Espagne.
01:37Et ensuite, je suis arrivée en France en 2004 et j'ai compris que moi, à qui on avait raconté
01:46que le XXe siècle serait le siècle du pétrole
01:48et le XXIe siècle, celui du gaz, eh bien on m'avait raconté n'importe quoi, que le monde était
01:54en train de changer, que ce ne serait pas du tout comme ça.
01:56Et là, j'ai décidé de m'intéresser beaucoup à l'énergie vue par le client, par le consommateur.
02:03À l'époque, on l'appelait l'usager, ça a beaucoup évolué.
02:07Et donc, c'est un sujet qui ne m'a pas quitté depuis notre rapport à l'énergie qui est
02:11fondamental.
02:12Qu'est-ce que vous avez appris de cette expérience dans plusieurs entreprises de l'énergie fossile,
02:18sur le fonctionnement de nos systèmes énergétiques, sur la logique qui nous guide finalement depuis des décennies ?
02:24Déjà que l'énergie, c'est quand même au cœur de nos sociétés modernes et au cœur de notre économie.
02:29Donc, c'est vraiment une réflexion fondamentale.
02:34Évidemment qu'on a beaucoup pensé l'énergie dans la grande logique héritée de la révolution industrielle
02:42comme quelque chose de centralisé et lié à des infrastructures.
02:46On avait des infrastructures, on avait des clients.
02:50Avec la diversification et toutes les sources d'énergie possibles,
02:53on s'aperçoit qu'il est extrêmement important d'y associer le client consom-acteur ou l'éco-citoyen consom
03:00-acteur.
03:01Et je pense qu'aujourd'hui, on va redécouvrir ça parce que c'est la synthèse de l'énergie dont
03:07la demande est en explosion
03:08et des datas qui sont locaux et qui sont générées par le client qui devient ce consom-acteur.
03:15Oui, et qui consomme l'énergie qu'il crée lui-même, par exemple, avec des panneaux photovoltaïques.
03:24C'est vrai pour des particuliers, c'est vrai pour des entreprises.
03:27Est-ce que nos réseaux sont prêts à ça ?
03:28Non.
03:29Est-ce qu'il faut tout reconnecter, d'une certaine façon ?
03:32Je pense qu'avant de parler des réseaux, est-ce que nous sommes prêts à affronter une transition qui est
03:38d'abord énergétique ?
03:39On parle de transition énergétique, on en parle un peu moins aujourd'hui.
03:42C'est une erreur d'ailleurs parce qu'on s'est beaucoup focalisé sur la décarbonation.
03:47Or, la décarbonation est un des trois aspects que l'on avait dans la transition énergétique,
03:52qui, bien sûr, parle de compétitivité, de concurrence entre les énergies, entre les pays,
03:59on le voit aujourd'hui plus que jamais, et d'économie et de croissance.
04:03On a beaucoup assimilé décarbonation à décroissance et donc à la décarbonation subie.
04:08Et évidemment, de souveraineté.
04:10Et donc, là où nous avions, la révolution industrielle nous a mis le charbon, le pétrole, le gaz dans cet
04:18ordre-là,
04:19on doit réinventer de nouvelles énergies, il y en a plein, et évidemment, avec une électrification de la société.
04:27Et électrification de la société, ça veut dire, bien sûr, produire de l'électricité avec toutes les différentes sources que
04:34l'on peut imaginer,
04:35puisqu'il y a évidemment beaucoup de moyens, plus efficients, moins efficients, plus local, plus centralisés, moins centralisés.
04:42D'ailleurs, je peux te dire votre attention sur le fait que nous n'avons toujours pas d'accord sur
04:46un mix énergétique européen.
04:47C'est un des grands sujets qui devraient vraiment retenir l'attention de tous.
04:52Et ensuite, comme vous le disiez, préparer nos réseaux de transport, de distribution,
04:59avoir une fiscalité, évidemment, qui porte plus sur l'électricité et qui est mieux comprise,
05:06des tarifications mieux comprises des citoyens.
05:09En France, rappelons-nous qu'aujourd'hui, seulement un quart de la demande est liée à la puissance électrique.
05:20Le reste, ce sont des énergies fossiles, d'autres énergies, dont majoritairement, plus de 60%, toujours les énergies fossiles.
05:27Donc, ce phénomène d'électrification est majeur et requiert des investissements dans les infrastructures,
05:33pas juste de production, mais sur toute la chaîne.
05:36Oui, quand vous parliez de mix énergétique européen, c'est vrai que je disais ce matin,
05:40il y a quand même des échos, que ça coince par exemple sur les EPR2, les nouveaux réacteurs nucléaires.
05:47L'Europe est en train d'hésiter à donner son accord.
05:52Ça veut dire que peut-être qu'ils vont être reportés.
05:55Qu'est-ce qui coince dans cette absence de mix énergétique européen ?
05:59Parce qu'il y a eu des accords quand même sur la taxonomie, le fait de flécher les investissements.
06:04Ça ne suffit pas ?
06:05Non, parce qu'en fait, je vous rappelle que dans l'Europe, l'énergie est tellement importante
06:11qu'elle est restée un sujet de souveraineté nationale.
06:16Et en fait, chacun l'a porté à sa guise finalement.
06:19Effectivement. Moi, je suis...
06:22Donc les Allemands ont choisi d'avoir un mix plus gaz.
06:26Les Italiens, je reviens de Rome, ont fait d'autres choix.
06:30Donc chaque pays s'est cru finalement souverain à juste titre et avait peut-être raison.
06:35Sauf qu'on découvre un rebattage mondial des cartes géopolitiques
06:41et on s'aperçoit que finalement on est coincé entre les pétrodollars trumpiens aujourd'hui,
06:46les électro-yuan de Xi de l'autre côté et j'ai envie de vous dire les gazos roubles ailleurs.
06:55Et donc finalement, le manque d'Europe de l'énergie se fait sentir plus que toute autre chose.
07:02Moi, personnellement, j'ai beaucoup porté l'idée d'Energy Efficiency Union,
07:06une union de l'efficacité énergétique,
07:08parce que j'ai la conviction que nous ne parviendrons pas à faire cette Europe
07:12sans compter sur les éco-citoyens, consom-acteurs, producteurs, comme vous le disiez.
07:18Et la preuve en est que lorsque nous avons eu le choc de la guerre en Ukraine,
07:22eh bien on a demandé à tous les citoyens européens de faire 15% d'économie et on en est
07:27arrivé.
07:28Donc finalement, faire un mix avec l'efficacité énergétique,
07:31où on implique les citoyens et où on repense, y compris des hubs énergétiques,
07:36on pourrait tout à fait imaginer un mix énergétique européen.
07:40Mais aujourd'hui, c'est difficile parce qu'il y a beaucoup de tensions liées à d'autres sujets.
07:44Mais il va quand même falloir qu'on s'attaque à cette question du mix européen et à notre compétitivité.
07:50Attention, mix énergétique, je répète, ce ne sera pas juste une question de décarbonation,
07:56ce sera aussi la souveraineté et la croissance.
07:59Et ce serait bien qu'on se mette d'accord sur une ambition de croissance,
08:01puisqu'en fait, on rétropédale, on perd des parts de marché, entre guillemets,
08:05dans la compétition mondiale aujourd'hui.
08:07Alors, vous publiez avec Raphaël Omaïoun ou Bourromant ce livre
08:10« Économie et climat, le faux dilemme » en tilote au défaitisme.
08:13Pourquoi déjà vous parlez d'un faux dilemme ?
08:15Parce que le sujet, probablement, de la transition énergétique,
08:20qui a beaucoup glissé vers la décarbonation,
08:22a clivé l'opinion, une partie de l'opinion,
08:26entre les vendeurs, on appelle ça les vendeurs de doute,
08:29qui remettent en question le changement climatique,
08:31alors qu'on a largement, jour après jour, des preuves tangibles
08:36pour ceux qui ne lisent pas les rapports du GIEC.
08:39Et donc, finalement, on a ce climato-scepticisme d'ambiance
08:45qui se décline de plusieurs façons.
08:46Et en face, on a les marchands de peur,
08:50décroissantistes, déclinologues, voire collapsologues.
08:52Et en fait, quand on a un sujet qui est trop clivé,
08:57on ne réfléchit pas sur la transition vers quoi.
09:00Ça peut être paralysant, même, pour les citoyens.
09:02C'est absolument paralysant.
09:03Et donc, en fait, on se bat sur, finalement, des débats idéologiques
09:08quand le quotidien et une envie de croissance verte,
09:15la croissance du discernement, une économie du discernement,
09:18s'imposerait dans notre pays et en Europe aujourd'hui.
09:21– Mais comment convaincre, effectivement, cette transition ?
09:25C'est une opportunité, une opportunité notamment de compétitivité.
09:29– Eh bien, je pense qu'il faut donner une vision un peu plus globale.
09:34C'est ce que nous appelons le nouveau paradigme éco-énergétique,
09:37puisqu'il y a une équation entre les deux.
09:41C'est une vision globale.
09:43La première des dimensions, c'est que l'on peut avoir une croissance
09:48décorrélée de l'augmentation de l'utilisation des énergies fossiles.
09:51C'est un fait, c'est avéré.
09:53Il y a des exemples en Europe.
09:56La deuxième dimension, c'est prendre en compte les externalités,
10:00donc le coût des dégâts climatiques et les solutions,
10:05l'économie circulaire, l'économie régénérative,
10:08la réparation de ce que l'on a abîmé.
10:09Les territoires, c'est une dimension de décentralisation
10:12qui est difficile à porter dans notre pays historiquement centralisé.
10:16Et la quatrième dimension, c'est l'innovation.
10:19On vit une vague d'innovation comme on a certainement pas vécu depuis la Renaissance,
10:23et donc accélérée par l'IA.
10:25Et au milieu de tout ça, on a besoin de beaucoup de leadership.
10:27Et c'est un leadership difficile à exercer aujourd'hui,
10:30parce que comment choisir entre ce monde qui se reconfigure sous nos yeux,
10:36des pays émergents, des changements complets d'utilisation,
10:41où on fait des pas en avant, des pas en arrière.
10:43Donc je crois qu'on doit redonner cette vision, ce souffle, cette énergie,
10:49pour voir de l'espoir où beaucoup voient la partie...
10:53Vous savez, quand on est entrepreneur, on apprend à avoir le verre à moitié plein
10:56et pas à moitié vide.
10:57Et c'est un état d'esprit. Il faut retrouver cet état d'esprit.
10:59En septembre 2025, vous disiez aux médias Capitaine Carbone,
11:03nous ne pouvons pas attendre un messie énergétique.
11:07Chacun peut faire le vie à l'intérieur, même des organisations.
11:09Je reprends cette expression. C'est quoi un messie énergétique ?
11:12C'est l'idée qu'il y aurait une solution magique qui réglerait tout,
11:19au détriment de toutes les autres.
11:20Aujourd'hui, moi, j'aimerais, peut-être que ce sera le cas en 2050,
11:23mais là, tout de suite, ça n'existe pas.
11:25On a des énergies avec des inconvénients, avec des avantages, des inconvénients.
11:30Et donc, on a besoin de vraiment reprendre cette idée de mix énergétique
11:35et approfondir.
11:36Moi, je viens des Pyrénées,
11:38donc le berceau français-européen mondial du solaire,
11:43où on a eu les premières centrales à concentration.
11:47Aujourd'hui, la Chine, dans le désert de Gobi,
11:50a fait des promotions énormes d'un système qu'on a inventé en France il y a 50 ans.
11:56La différence qu'ils l'ont industrialisée.
11:58On était les leaders de la production de panneaux photovoltaïques à la fin des années 90.
12:02On a eu toutes les idées, on les a industrialisées,
12:04sauf qu'aujourd'hui, les idées,
12:06ce qui est le pays qui dépose le plus de brevets au monde
12:09et qui détient le plus de brevets, c'est la Chine.
12:11Donc, il y a quelque chose qui est assez frustrant,
12:13parce qu'on se dit, mais qu'est-ce qu'on a fait pour mériter ça ?
12:15Et donc, une fois passé l'énervement,
12:17il faut se retrousser les manches et voilà.
12:20Je reviens sur cette expression de messier énergétique.
12:23C'est une pierre dans le jardin des technosolutionnistes,
12:25ceux qui pensent que la technologie, l'innovation, va permettre de tout résoudre ?
12:32Non, je reviens sur mon paradigme éco-énergétique.
12:34Je pense qu'il faut vraiment raisonner globalement.
12:36Il y a des solutions qui passeront à l'échelle,
12:39des solutions qui resteront locales,
12:41d'où cette idée de territoire,
12:42avec des ressources locales,
12:44avec, on a besoin de faire feu de tout bois,
12:50si je peux m'exprimer ainsi,
12:51et réellement, penser qu'un mix énergétique,
12:54c'est l'utilisation, avec l'efficacité énergétique,
12:56sur laquelle on doit doubler,
12:58c'est la production d'électricité
13:00qui va doubler partout dans le monde,
13:03ou pratiquement, d'ici à 2050,
13:05puisqu'on sait que l'IA,
13:07j'espère qu'on arrivera à la moduler un petit peu,
13:09mais est en train de faire exploser la demande d'électricité,
13:13le remplacement, la substitution des véhicules électriques,
13:16les pompes à chaleur,
13:17donc on va avoir vraiment beaucoup,
13:19un grand besoin d'énergie.
13:21Donc on peut se dire,
13:22ah mais non, mais ça c'est pas bien,
13:23mais en attendant, le reste du monde avance,
13:25et nous on doit avancer avec tous nos pions.
13:27Vous parlez de plus en plus de régénération,
13:30plutôt que de transition,
13:31qu'est-ce que ça change fondamentalement ?
13:34J'ai fait travailler une jeune artiste,
13:35qui, elle, dit ça autrement,
13:37à 25 ans, elle dit,
13:38il faut réparer ce que l'on a,
13:40on a fait ce que l'on a abîmé,
13:42et donc quelque part,
13:45avec les connaissances que nous avons aujourd'hui,
13:47on fait toujours ce qu'on peut de mieux avec ce que l'on sait.
13:50Donc je crois qu'aujourd'hui, on a compris le problème,
13:52et on va pouvoir apporter des solutions
13:55qui vont aider à régénérer,
13:58et il y a beaucoup d'exemples,
13:59puisqu'on sait que la neutralité carbone,
14:01ou le fait d'abaisser le carbone,
14:03tout en restant compétitif,
14:04en produisant mieux avec moins,
14:07et bien ça demande de l'imagination,
14:09et ça demande des disruptions
14:11dans nos systèmes de production
14:13qui vont, évidemment, être un peu challenging,
14:16mais on a déjà les pièces pour avancer.
14:19On va continuer de parler des territoires,
14:22parce que c'est la question que celui qui était à votre place
14:25la semaine dernière,
14:25Jean-Emmanuel Rodokanaki,
14:27le fondateur des petits chaperons rouges,
14:29a choisi de nous poser.
14:30On l'écoute.
14:30Bonjour Myriam.
14:32J'ai vu avec attention votre livre
14:35Économie et climat,
14:38et sur ce faux dilemme permanent,
14:41mais d'ailleurs qu'on a souvent en France,
14:43quel que soit le secteur d'activité,
14:44à vouloir opposer les gens
14:45au lieu d'aller chercher la complémentarité.
14:48Et ma question est la suivante,
14:49finalement,
14:52cette approbation des changements climatiques
14:55et la manière dont ils peuvent être vertueux pour l'économie,
14:58est-ce qu'il ne faut pas arrêter que ça arrive du sommet
15:02sous forme de grande directive ?
15:04Est-ce qu'il n'est pas temps de faire confiance
15:08à la fois à la jeunesse et surtout au territoire,
15:11au local, au terrain,
15:12pour leur permettre de trouver eux-mêmes
15:15des initiatives concrètes de tous les jours
15:17pour faire en sorte qu'on rapproche économie et climat ?
15:22Alors, des exemples,
15:24ça rejoint vos arguments,
15:28mais je veux bien qu'on prenne des exemples
15:30d'efficacité territoriale.
15:32Vous voyez ce que je veux dire ?
15:33Écoutez, nous, depuis 15 ans,
15:34on fait nos universités à La Rochelle.
15:37Aujourd'hui, installer une infrastructure
15:41de production éolienne,
15:42c'est entre 11 à 15 ans si on y arrive.
15:45À La Rochelle, j'ai vu un exemple,
15:46Val-Aussens,
15:47d'une installation qui s'est faite
15:50à moins de 6 ans
15:50parce qu'on a regroupé les citoyens locaux
15:54qui ont pu devenir des producteurs,
15:57en tout cas des actionnaires
15:59de cette infrastructure.
16:02Et ça, c'est un exemple.
16:04On a des exemples sur la consommation collective,
16:09l'autoconsommation collective
16:10où des villages vont comprendre
16:12qu'une partie, au moins de leur énergie,
16:14va provenir de ce qui est produit localement.
16:17Donc, c'est des articulations
16:19entre un plan directeur global,
16:22des réglementations,
16:24mais force est de constater
16:26qu'on ne peut pas imaginer
16:28que cette transition ne se construise
16:30qu'à Bruxelles ou à Paris.
16:32Localement, on a besoin de gens
16:34qui prennent le sujet en main
16:36et dans chaque territoire,
16:39on va avoir, en fonction des spécificités
16:41qui sont connues localement,
16:43des enjeux, des priorités
16:45mises en place par des élus, bien sûr,
16:48mais l'ensemble des parties prenantes,
16:49des entreprises locales
16:51qui connaissent leur milieu,
16:54des citoyens, des étudiantes,
16:55des chercheurs, enfin, voilà,
16:57des jeunes, je suis tout à fait d'accord
16:58avec le fait qu'on doit passer
17:00une retraite à nos relèves.
17:01Mais à l'inverse,
17:03Mya Maestroni,
17:03est-ce qu'il n'y a pas des projets
17:05que vous avez vus abandonner
17:09parce qu'il y avait
17:10cette espèce de millefeuille administrative,
17:12trop de réglementations
17:15ou de réglementations contradictoires ?
17:17C'est-à-dire, à la rigueur,
17:17qu'il y ait des réglementations,
17:18c'est très bien,
17:19elles nous protègent,
17:19elles sont là pour nous protéger,
17:20mais parfois,
17:20elles sont totalement contradictoires.
17:22Donc, pour des créateurs de projets,
17:23c'est décourageant.
17:25Bien sûr, je pense qu'on a besoin
17:27de retrouver cet équilibre,
17:29ce discernement dont on parle.
17:30L'excès de réglementations
17:33n'est pas souhaitable
17:35et on voit qu'il est assez paralysant
17:37avec des interprétations
17:38qui sont vraiment très difficiles localement.
17:42Et aujourd'hui,
17:45dans les territoires,
17:46une des principales complètes
17:48que l'on tend systématiquement,
17:49c'est vraiment ce fameux permitting,
17:52ces périodes
17:53pendant lesquelles on va attendre longtemps.
17:55Et finalement, bien sûr,
17:56au bout du compte,
17:57quand on arrive à faire,
17:58au bout de 15 ans,
18:00une infrastructure,
18:01est-ce qu'elle est toujours adaptée ou pas ?
18:03Parce que le monde avance très très vite.
18:04Donc, le temps est un enjeu
18:06et l'efficacité.
18:08Mais les critiques,
18:11sur cette thématique
18:13des injonctions contradictoires,
18:15elles se reportent souvent
18:16sur le droit de l'environnement.
18:17Parce que c'est le dernier né,
18:19d'une certaine façon.
18:20Et donc, c'est celui
18:21qui est pointé du doigt,
18:22parfois à raison,
18:23souvent à tort.
18:25C'est pour ça que je disais,
18:26quelque part,
18:27ce serait fondamental
18:29de partager un enjeu de mix.
18:31En France, on a beaucoup,
18:33on a un débat
18:33qui se cristallise beaucoup,
18:35et vous en parliez tout à l'heure,
18:36autour du mix,
18:38le nucléaire,
18:39pas le nucléaire,
18:40est-ce que les autres pays
18:41sont d'accord ou pas ?
18:42On a besoin de tout.
18:44Après, dans quelle proportion
18:45et dans quel pays
18:46on doit porter l'effort,
18:47on a besoin de clarifier ça.
18:49Parce que si, déjà,
18:50on était un peu plus clair là-dessus,
18:52les choses avanceraient plus vite.
18:54Ce n'est pas facile,
18:55peut-être, à faire,
18:56mais on s'aperçoit
18:56que dans l'environnement actuel,
18:58ça devient une priorité
18:59qui devrait être
19:00en première ligne
19:01de tous les sommets
19:03qui pourraient porter ce sujet.
19:04Alors, on va parler
19:05des entreprises aussi
19:06que vous avez créées.
19:07Je commence par
19:09économie d'énergie.
19:10On est en 2011.
19:11C'était quelle idée, ça ?
19:12C'est une idée
19:13qui remonte à 2004,
19:14lorsque j'étais
19:15dans ma période fossile,
19:18où je me suis aperçue
19:19qu'il fallait vraiment
19:20prendre en compte
19:20les clients
19:22qui ne sont pas juste bons
19:23à payer des factures.
19:24On a besoin
19:25de leur donner
19:26le pouvoir,
19:27pas juste de les contraindre,
19:28de les convaincre.
19:29Et beaucoup de Français
19:30sont convaincus,
19:31puisqu'aujourd'hui,
19:32la facture d'électricité
19:33ou le budget énergie,
19:34plutôt,
19:36représente pratiquement
19:3710 %,
19:38donc ce n'est pas autant
19:39que l'alimentation,
19:39mais presque 13 %
19:41pour l'alimentation.
19:42Donc, on a une situation
19:43de précarité énergétique
19:45avec un effondrement,
19:46en tout cas,
19:46un abaissement
19:47du PIB par habitant
19:49en France.
19:50Et donc,
19:51il faut leur redonner
19:52le pouvoir
19:53de contrôler,
19:55de comprendre
19:55et de piloter
19:57leur consommation.
19:58Et donc,
19:59l'économie d'énergie
20:00est née de l'idée
20:01qu'une partie
20:02de ce pouvoir
20:04consistait à comprendre
20:05que toutes les maisons
20:06ne se valent pas,
20:07que si on vit
20:08dans un logement G,
20:09ce n'est pas juste
20:10qu'on ne puisse pas louer
20:11ou vendre,
20:12c'est qu'on consomme
20:139, 6 à 9 fois plus d'énergie
20:15que si on est
20:15dans une maison 9,
20:16ce qui crée
20:16une injustice sociale énorme
20:18et des coûts récurrents
20:20qui font qu'on a vu
20:21sur les dernières années
20:22la valeur des logements
20:24en EFG
20:25baisser de 5 à 30 %
20:27selon les régions
20:28et selon les types
20:29de logements
20:29par rapport
20:30à quelque chose
20:31de similaire
20:32qui au contraire
20:33serait un A ou un B
20:33qui sont les nouvelles
20:34normes de construction.
20:35Donc,
20:36c'est un enjeu sociétal
20:37énorme.
20:38Et donc,
20:39j'ai eu cette réflexion
20:41peut-être sans doute
20:42avant tous les autres
20:42puisque ce n'était pas facile
20:44à cette époque-là
20:45de dire
20:45on va faire faire
20:45des économies d'énergie
20:46alors que je venais
20:47de prendre la direction
20:48de PrimaGaz en France.
20:49Et donc,
20:50c'est peut-être
20:51la suite logique
20:52en 2024
20:52avec Charlotte Aubin,
20:53vous avez lancé
20:54Disco,
20:55D2E-S-C-O,
20:56c'est la suite logique
20:58d'économie d'énergie ?
20:59C'est une disruption
20:59plus qu'une suite logique.
21:01Ça capitalise
21:02sur tout le savoir
21:03que Charlotte avait
21:05en matière
21:06de finances durables,
21:07de solaires
21:08et ma propre expérience.
21:11Donc,
21:11c'est une rencontre.
21:12Et Disco,
21:13c'est digitaliser
21:15et démocratiser
21:17l'efficacité énergétique
21:19dans Digital Energy Efficiency
21:20Service Company
21:21en anglais.
21:22Et donc,
21:23on avait ce côté
21:24allant vers les clients
21:25et donnons-leur
21:27un compteur
21:27comme quand on conduit
21:29sa voiture,
21:30on met une limitation
21:31de vitesse
21:31et on n'a pas un compteur,
21:32ça ne sert à rien.
21:33Donc,
21:33c'est cette idée
21:34de leur donner
21:35des outils clairs,
21:36faciles d'accès
21:37pour pouvoir mieux
21:39comprendre
21:39leur facture d'énergie,
21:41pour pouvoir la maîtriser
21:42avec leurs gestes,
21:43pour pouvoir rénover
21:45étape par étape
21:45qui est un sujet
21:46qui a été complètement
21:47occulté du débat
21:48et puis,
21:49bien sûr,
21:49s'équiper,
21:50comprendre leur consommation
21:53avec les données
21:54et s'équiper
21:55de véhicules électriques,
21:56de panneaux de production
21:57d'électricité photovoltaïque,
21:59de bornes électriques
22:00dont les associer
22:02à ce besoin.
22:03C'est un marché énorme,
22:04on parle de 500,
22:06800 milliards d'euros
22:07juste en France
22:08et on peut déployer ça
22:10au niveau européen.
22:11L'outil,
22:11c'est le Pass Vert,
22:12c'est ça ?
22:13C'est le Disco Pass
22:14avec Disco Pass,
22:16Discovery,
22:16donc il y a une gamme
22:17de services
22:18que l'on a déployés.
22:19Le Pass Vert
22:20ou le Disco Pass
22:21va,
22:22pour le client,
22:23permettre de stocker
22:24toutes les informations,
22:25d'avoir une vision
22:26à 360 degrés.
22:27J'ai fait des travaux,
22:28j'ai changé ma pompe à chaleur,
22:29ça ne sert à rien
22:30que je regarde
22:30les pompes à chaleur
22:31même si elles sont aidées.
22:32Ce qui m'importe,
22:32c'est comment je vais
22:34articuler ces travaux
22:35avec la montée en gamme
22:36de mon logement
22:37et aujourd'hui,
22:38vous noterez
22:39que nous avons d'un côté
22:40la promotion
22:41des travaux
22:42de rénovation énergétique,
22:43de l'autre,
22:45les injonctions
22:46sur les mauvaises catégories
22:48et les passoires
22:49et les bouilloires énergétiques
22:50aujourd'hui,
22:51mais l'articulation
22:52étape par étape
22:53pour passer
22:54de l'un à l'autre,
22:55on ne l'a pas.
22:55Donc c'est très frustrant
22:56pour les gens
22:57qui ont fait un geste,
22:58qui ont changé
22:58la pompe à chaleur,
22:59qui pourraient
22:59deux ou trois ans plus tard
23:00changer leur fenêtre,
23:02deux ou trois ans plus tard
23:03peut-être isoler leur toit
23:04et je crois que ça correspond
23:06au vrai marché
23:07de la rénovation
23:08et à la possibilité
23:10financière
23:11de chaque Français.
23:11est en train de changer
23:12au contraire
23:13en fléchant plus
23:14vers les rénovations
23:15globales.
23:16C'est pour ça
23:16que nous arrivons
23:17avec le Discopa,
23:18c'est des idées
23:19qui sont disruptives
23:20puisqu'aujourd'hui
23:20quand on regarde
23:22le système
23:22qui a été pionnier
23:23et précurseur
23:24en France
23:25à partir de 2006
23:26des certificats
23:27d'économie d'énergie,
23:28l'ancien
23:29de MaPrimeRénov',
23:30etc.,
23:31on s'aperçoit
23:32qu'on a très mal fait
23:33évoluer le système
23:34qui a besoin
23:35de s'appuyer
23:36sur les nouveaux outils.
23:37Entre-temps,
23:37on a déployé
23:38pratiquement 100%
23:39de Linky,
23:40de Compteur Intelligent
23:41ou Gaspard
23:41sur le PAC français.
23:43On a nommé
23:44au Danemark
23:45un commissaire
23:46à l'énergie
23:46et au logement
23:47pour articuler
23:48ces deux notions.
23:49Le Danemark
23:50qui est aujourd'hui
23:50est devenu un modèle
23:51en matière de transition énergétique.
23:53Donc nous,
23:53on arrive avec cet outil
23:54pour permettre
23:55à chacun
23:56de maîtriser,
23:57de piloter
23:58ses consommations
23:58et l'ensemble
23:59des leviers
24:00qu'ils permettent
24:01de comprendre
24:02et d'améliorer.
24:03Mais est-ce qu'on n'a pas
24:05privilégié
24:06la décarbonation ?
24:08Quand on parle,
24:09par exemple,
24:10là,
24:10avec la canicule
24:12et le focus
24:13sur les bouloirs thermiques,
24:14on s'est rendu compte
24:14qu'il y avait des logements
24:15qui étaient classés A
24:16et qui étaient quand même
24:17des bouloirs thermiques.
24:18Grosso modo,
24:19on les a tellement bien isolés
24:20qu'elles deviennent
24:21des bouloirs thermiques.
24:22Comment on peut concilier,
24:23finalement,
24:25confort d'hiver
24:26et confort d'été ?
24:27C'est confort en général
24:29pendant toute l'année.
24:30Je pense qu'on a trop négligé
24:31le confort d'été.
24:32On a eu beaucoup
24:34de sorties médiatiques
24:35en disant
24:36oui,
24:36mais à quoi bon ?
24:38Mais aujourd'hui,
24:38on a quand même
24:39des victimes
24:39de ce changement climatique.
24:41Donc,
24:41dans la plupart
24:42des pays européens,
24:43on voit
24:43que les consommations
24:45sur les climatisations
24:48équivalent
24:48à celles d'hiver
24:49pour le chauffage.
24:50Donc,
24:50malheureusement,
24:50que ça nous plaise ou non,
24:52aujourd'hui,
24:52un logement
24:53doit permettre
24:54le confort en matière
24:55d'eau chaude sanitaire
24:56et de températures
24:58à peu près tenables
24:59l'hiver et l'été,
25:01même si on ne doit
25:01pas faire du 15
25:02en plein été
25:03comme aux Etats-Unis
25:04ou du 24
25:06pendant l'hiver.
25:07Donc,
25:07on a cette éducation
25:08chez nous,
25:08mais on doit s'équiper.
25:10Il y a des équipements
25:11qui permettent
25:12de faire ça
25:13et je pense
25:13qu'on doit former
25:14massivement
25:15les installateurs
25:16qui sont restés
25:17un peu
25:19dans des vieilles lunes,
25:20y compris sur les packs
25:21où là,
25:22on me disait
25:22« Ah bon,
25:22une pack c'est réversible ? »
25:23Eh bien oui,
25:23une pack c'est réversible,
25:24je ne dis pas
25:24qu'on peut installer ça
25:26partout,
25:26n'importe comment,
25:26mais on a le matériel.
25:29Il faut juste repenser
25:30ce rapport
25:30à la maison
25:31et au logement
25:32qui est fondamental
25:33sans en faire
25:34un sujet idéologique.
25:35C'est un peu
25:36cette idée
25:36de ne pas se vers,
25:37redonner le contrôle
25:37et à chacun
25:38la possibilité
25:39de comprendre.
25:40Merci beaucoup
25:40Myriam Maestroni,
25:41votre livre
25:42« Économie et climat,
25:43le faux dilemme antidote
25:44au défaitisme »
25:45et donc publié
25:46aux éditions de Boc.
25:48A très bientôt
25:49sur Be Smart for Change.
25:51C'est l'heure
25:51de notre rubrique
25:52Startup.
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