- il y a 3 jours
L’ESS fait face à des baisses ou des arrêts de subventions publiques. Face à ce constat, Mirova Foundation et le réseau associatif France Active signent un partenariat sur plusieurs années pour donnée de la visibilité aux acteurs du secteurs sur leurs capacités budgétaires. Cela permet aussi d’étaler les financement sur un maillage large.
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00:06Le financement de l'économie sociale et solidaire au programme de notre débat, j'accueille Anne-Claire Roux, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Bienvenue, vous êtes la directrice générale de la Fondation Mirova, Denis Demanton, bonjour.
00:16Bienvenue à vous aussi, le directeur général de France Active.
00:19Vous avez signé un partenariat qui court pour la période 2026-2028, vous allez nous le présenter dans un instant.
00:25Allez, d'abord, on présente vos structures respectives, Mirova Foundation, en quelques mots.
00:31Alors, Mirova Foundation, c'est le fonds de dotation, donc on va dire l'outil philanthropique de Mirova, qui est
00:36un investisseur à impact, société à mission.
00:38Et on a vraiment voulu utiliser la philanthropie comme levier pour aller financer ce qu'on ne peut pas financer
00:43à travers l'investissement classique, aussi bien à impact que solidaire.
00:48On parle de quelle enveloppe budgétaire dispose la Fondation ?
00:54On a un beau budget pour une entreprise comme Mirova, puisqu'on a un budget d'à peu près 2
00:58,5 millions, 3 millions d'euros par an.
01:01Et on s'adresse vraiment aux angles morts sur le volet social, parce qu'on est très présent sur la
01:06partie environnementale, biodiversité, climat, transition énergétique.
01:10Et le volet social, c'est plus difficile à adresser via l'investissement.
01:13Donc nous, on adresse trois segments via la Fondation, l'éducation, l'emploi, l'accès aux ressources essentielles, et notamment
01:18la lutte contre la précarité énergétique en France.
01:21On y reviendra évidemment. France Active en quelques mots, Denis de Menton ?
01:24France Active, c'est un réseau associatif qui est présent partout en France, et qui finance des projets d'entreprises
01:31ou d'associations à impact social.
01:34On le fait avec des équipes qui sont dans tous les territoires, qui accompagnent les projets, qui les reçoivent, qui
01:40expertisent les plans de financement.
01:41Et puis on a des outils de financement, d'investissement notamment, qui nous permettent, alors avec des actionnaires prestigieux comme
01:47Mirova et d'autres,
01:48et qui nous permettent d'investir et d'aider ces entreprises à se développer, à renforcer leur haut de bilan,
01:54comme on dit, et donc à trouver des moyens de financement.
01:58C'est au moment, ça peut être à différentes étapes de la vie d'une entreprise, c'est à la
02:02création, c'est...
02:04Alors on a à peu près 20-25% de ce qu'on finance avec France Active Investissement, qui sont
02:09des structures très jeunes, donc en création, ou dans les premiers mois, les trois premières années.
02:14Donc ça, c'est une phase qui est assez critique. Et puis bien sûr, on finance du développement, des changements
02:20d'échelle, comme on dit aussi dans le milieu,
02:22donc des structures qui ont un beau projet, qui à un moment donné bascule dans une dimension économique plus large.
02:27Et puis, malheureusement, mais on le fait aussi, on soutient des structures dans des phases un peu difficiles.
02:33Et dans la période actuelle, on a pas mal de clients qui viennent nous voir pour reconstituer leurs fonds propres,
02:40par exemple.
02:40Alors justement, je vais vous poser la même question à l'une et à l'autre.
02:44Le constat de la situation de l'économie sociale... Alors c'est très vaste, l'économie sociale et solidaire.
02:50Dans l'économie sociale et solidaire, il y a des banques ou des assureurs mutualistes, et puis il y a
02:54des associations.
02:56Mais si on parle plutôt du modèle associatif, à quel point il est en souffrance aujourd'hui, budgétairement ?
03:05Nous, on le constate, effectivement, du côté de la fondation, on accompagne majoritairement des associations,
03:11avec une approche aussi particulière, j'y reviendrai peut-être, mais sur du long terme.
03:14Et donc, ça veut dire aussi que nous, on a un vrai lien de confiance avec les associations.
03:17On ne fait pas juste distribuer des chèques actuellement.
03:20Donc, cette relation de long terme, de confiance avec des moyens financiers structurants de l'accompagnement,
03:25ça fait aussi qu'on voit vraiment quand il y a des difficultés et des problèmes qui arrivent.
03:29Et c'est sûr que là, depuis 18 mois, 2 ans, et je pense que Denis fait le même constat
03:33sur l'économie sociale et solidaire de manière large,
03:36mais on voit un secteur qui est en souffrance, déjà parce qu'il y a une diminution des subventions publiques
03:41quand même extrêmement importante.
03:44Etatiques et des collectivités locales.
03:45Et des collectivités, exactement.
03:47Et puis aussi, surtout, qui arrivent parfois aussi un peu en fin de course,
03:51enfin même parfois des subventions qui devaient être renouvelées, qui ne le sont pas.
03:54Donc, c'est ça aussi qui peut causer des difficultés ou même des difficultés de trésorerie,
03:58parce qu'il peut y avoir aussi un délai extrêmement important.
04:01Pour les associations qui sont moins dépendantes des subventions publiques,
04:04on voit quand même du côté, y compris du mécénat d'entreprise, aussi une diminution des budgets.
04:09Et puis, malheureusement, il y a un effet boule de neige,
04:11puisque quand vous avez des associations qui voient leur financement public diminuer,
04:15ils vont se reporter sur aussi peut-être du mécénat d'entreprise qu'ils ne demandaient pas auparavant.
04:19Donc, forcément, ça fait des financements qui n'augmentent pas,
04:24mais des bénéficiaires et des demandeurs qui, eux, augmentent.
04:27Donc, forcément, il y a des difficultés.
04:29Et puis, nous, ce qu'on voit quand même, et ce n'était pas le cas auparavant,
04:33bien sûr qu'il y a toujours eu des difficultés dans le secteur de l'économie sociale et solidaire,
04:37mais là, on voit vraiment des associations, y compris des associations qui étaient quand même assez solides,
04:41qui existaient depuis plusieurs années, qui mettent la clé sous la porte.
04:44Donc, ça, c'est vrai que c'est quand même une situation extrêmement compliquée.
04:47C'est justement la question que j'allais vous poser, Denis Demanton.
04:50Est-ce que vous voyez, là, malheureusement, des associations fermées ?
04:54Alors, oui, il y a des associations qui ferment.
05:00Je rejoins complètement ce que dit Anne-Claire,
05:02mais avec un élément supplémentaire, c'est qu'en fait, on est face à un tissu associatif en France
05:08qui est composé très majoritairement de petites associations.
05:11avec parfois un salarié, quatre salariés, huit salariés.
05:15En fait, ce sont des TPE, comme on dit, ce sont des très petites entreprises.
05:18Donc, avant même d'avoir un reflux des politiques publiques,
05:22ce sont des structures qui avaient besoin d'investir pour pouvoir se transformer,
05:27pour pouvoir faire face à des défis d'investissement
05:29dans des systèmes d'information un peu plus modernes,
05:32dans des parcs de véhicules, quand on est, par exemple, sur l'aide à domicile en milieu rural,
05:36dans de la formation des salariés.
05:38Et donc, il y avait déjà ces besoins-là,
05:39et dans un contexte économique qui était déjà tendu, avec des marges très faibles.
05:43Donc, c'est déjà un tissu fragilisé qui se prend de plein fouet
05:47des réductions de budget de l'État, des collectivités.
05:51Et donc, là, on a de la casse.
05:53Oui, parce que si les marges sont très faibles, forcément, tu perds une subvention,
05:57ça peut mettre en péril...
05:58Voilà, ça retourne complètement la situation, avec des dirigeants associatifs,
06:02qui sont souvent des bénévoles, et qui ont du mal à anticiper ces instabilités.
06:07Mais est-ce que ce n'est pas aussi le signe d'un besoin de professionnalisation
06:12de certaines de ces associations ?
06:14Alors, oui, on dit ça, et comment dire, je ne suis pas sûr que les dirigeants associatifs,
06:23y compris bénévoles, soient des mauvais gestionnaires.
06:28C'est devenu de plus en plus compliqué, surtout dans des périodes instables,
06:33où il est très difficile d'anticiper des augmentations de coûts, sur l'énergie par exemple,
06:38très difficile d'anticiper des diminutions de subventions pour l'année suivante.
06:42Donc, en fait, on se retrouve avec des dirigeants associatifs
06:45qui doivent vraiment devenir des très très bons chefs d'entreprise.
06:49Donc, on ne part pas d'une situation où tout le monde est non professionnalisé,
06:54ne s'est pas géré, mais on a vraiment besoin maintenant
06:56d'avoir une réactivité très forte, une capacité de prise de décision,
07:00et puis des décisions qui ne sont pas faciles du tout.
07:02Et quand on est dirigeant bénévole, licencié de personnes,
07:06c'est très compliqué, parce qu'on tient à son projet, et on n'est pas venu pour ça.
07:10– Est-ce que, alors vous avez donc signé ce partenariat
07:12pour les deux, trois prochaines années à venir, Anne-Claire-Roux,
07:16est-ce que l'idée, c'est de, face à cette situation, d'innover,
07:20d'inventer d'une certaine façon de nouveaux modèles de financement ?
07:23– Exactement, en fait, le partenariat avec France Active,
07:27il s'inscrit dans un partenariat historique entre Mirova, pour le coup l'entreprise,
07:31dont le métier c'est de faire de l'investissement,
07:33et de l'investissement solidaire, et d'accompagner France Active là-dessus.
07:36Et nous, depuis quatre ans déjà, donc là on a déjà eu un premier partenariat de trois ans,
07:42qu'on a renouvelé, là pour trois ans à nouveau,
07:44on a décidé, nous, de soutenir via la partie fondation, France Active l'association,
07:49en se disant, effectivement, il y a peut-être de l'innovation aussi à avoir dans les financements,
07:54puisqu'il y a de l'investissement à apporter via France Active,
07:57notamment investissement et garantie,
07:59mais France Active c'est aussi une association, une structure qui a aussi besoin de soutien,
08:03et donc pour nous c'était important aussi de pouvoir apporter ce soutien complémentaire.
08:08Et j'allais dire, l'innovation, elle est peut-être dans deux volets,
08:11à la fois sur le fait que pouvoir apporter un soutien quand même structurant
08:15et sur la durée, sur six ans,
08:17de manière aussi ce qu'on appelle non fléchée,
08:19c'est-à-dire que nous on accepte ce qu'on fait avec toutes nos associations,
08:22mais ce qu'on fait aussi avec France Active,
08:23de pouvoir soutenir l'association pour ce qu'elle est.
08:25Donc concrètement aussi, payer des salaires, payer des coûts de fonctionnement,
08:29et ça, pour toute association, je pense que c'est un vrai besoin aussi
08:32que les mécènes prennent conscience qu'il y a ce besoin-là.
08:35Et puis j'allais dire, la deuxième aussi, peut-être innovation pour nous,
08:39c'est qu'on soutient vraiment le secteur associatif,
08:41mais soutenir une tête de réseau comme France Active,
08:43c'est aussi un moyen de faire ruisseler notre soutien
08:46sur l'ensemble de l'économie sociale et solidaire,
08:49là où France Active est présente sur tout le territoire.
08:51Et ça, je pense que ce n'est pas forcément encore quelque chose
08:53qui est forcément perçu de manière, on va dire, stratégique
08:59pour beaucoup de mécènes.
09:00Soutenir les têtes de réseau, c'est aussi un moyen de soutenir
09:02derrière l'ensemble du tissu associatif.
09:05Alors justement, ce partenariat, Denis Demanton,
09:08qu'est-ce que... Alors effectivement, il y a la continuation,
09:10parce que Mirovat, je crois que ça fait presque un quart de siècle
09:12que Mirovat et France Active, voilà, vous travaillez ensemble.
09:16Donc ce partenariat, qu'est-ce qui change ?
09:19Qu'est-ce qui va vous permettre de continuer de faire, si je comprends bien ?
09:22Comme l'a très bien dit Anne-Claire, ce qui est extrêmement appréciable,
09:26c'est la visibilité.
09:28Un partenariat sur plusieurs années,
09:31voilà, c'est une manière pour des mécènes d'intervenir
09:34qui, pour une organisation comme la mienne, change tout.
09:38Parce qu'on n'est pas dans une temporalité courte
09:42où il va falloir remplir un objectif tout de suite
09:44et puis après on ne sait pas.
09:45Donc nous, ça nous permet de construire des programmes d'action
09:47sur lesquels on se met d'accord, des grandes orientations,
09:49et puis chemin faisant d'ajuster aussi parce que le monde autour de nous change.
09:55Et donc cette forme d'intervention-là, dans la durée, elle est extrêmement précieuse.
10:00On se connaît avec Mirovat depuis la création de Mirovat
10:03et presque la création de France Active parce que Mirovat est un des investisseurs chez nous.
10:06Donc il y a ce lien déjà professionnel sur l'investissement,
10:10mais cette nouvelle forme complémentaire d'intervention nous a permis
10:13de déployer ce que l'investissement lui-même ne peut pas faire,
10:16c'est-à-dire des actions pédagogiques.
10:18Vous parliez tout à l'heure de former les dirigeants professionnalisés.
10:22On le fait, on l'a fait avec des podcasts, on l'a fait avec des formations,
10:26on a des webinaires pour les dirigeants associatifs,
10:29et ça, ça crée un environnement qui démultiplie notre action.
10:34Ça, c'est l'un des programmes d'action, par exemple ?
10:36C'est une des actions qu'on a faites.
10:37Et puis, cette année, grâce à l'ingénierie que nous a permis de monter Mirovat Foundation,
10:45on a créé ce qu'on appelle le programme Trajectoire
10:47et qui précisément s'adresse à des associations qui sont en limite de rupture
10:52et qui ont besoin de souffler un petit peu, d'avoir des avances de trésorerie
10:55pour prendre le temps de reconstituer leur modèle.
10:59200 structures qui seront touchées cette année avec une enveloppe
11:02qui nous permet de faire des avances de trésorerie jusqu'à 60 000 euros
11:06et d'accompagner dans la durée ces dirigeants associatifs pour se retourner.
11:10C'est la logique dont vous parliez tout à l'heure,
11:12cette approche de long terme avec France Active.
11:16C'est le cas avec toutes les structures que vous accompagnez,
11:20toutes les associations que vous aidez ?
11:21C'est vraiment, peut-être que j'aurais pu le rappeler effectivement dans l'introduction,
11:25déjà on est une jeune fondation puisqu'on vient de fêter nos 5 ans au mois de juin,
11:30mais c'est vrai que dès le démarrage, on a voulu avoir cette approche de dire
11:33on va accompagner les associations sur la durée pour leur donner de la visibilité,
11:36leur permettre de financer leurs projets.
11:39Donc on apporte un soutien financier structurant,
11:41mais comme l'a dit Denis aussi, il y a toute cette partie du non-fléché pour nous
11:45qui est importante, et puis aller au-delà juste du soutien financier.
11:49Par exemple, ce qu'on fait avec France Active
11:51et qu'on fait avec l'ensemble de nos associations,
11:53c'est qu'on va aller aider les associations à monter en compétences
11:57ou en tout cas à les accompagner sur des sujets importants.
12:00Donc c'est aussi du mécénat de compétences ?
12:02Et avec une innovation qui n'est pas que du mécénat de compétences
12:05parce qu'on admet aussi que nous-mêmes, on n'a pas toutes les compétences,
12:08y compris Sémirova, et donc pour vous donner deux exemples concrets
12:11sur la partie digitale, intelligence artificielle,
12:14montée en compétences en numérique.
12:16On a noué par exemple un partenariat avec la fondation Accenture,
12:19et là, ce n'est pas nous qui apportons du mécénat de compétences,
12:21mais c'est les équipes d'Accenture qui accompagnent nos associations sur du pro bono.
12:26Très concrètement, et je pense que c'est aussi une innovation de notre partenariat,
12:28le métier de France Active, comme l'a très bien dit Denis,
12:30c'est d'accompagner aussi les associations au quotidien.
12:33Il y a une vraie expertise chez France Active,
12:35et nous par exemple, pour nos propres associations lauréates,
12:38on leur fait bénéficier d'un accompagnement sur mesure de France Active
12:42sur des sujets très concrets qui vont être le pilotage de la trésorerie,
12:47les outils de gestion, la formation des dirigeants associatifs.
12:50Donc c'est vraiment ça aussi peut-être qui rend un peu notre approche particulière.
12:54C'est ce long terme, c'est moyens financiers,
12:56mais c'est aussi aller au-delà du financier,
12:58et vraiment nouer une relation de partenaire,
13:00et pas juste de financeur financier.
13:02Merci beaucoup à tous les deux d'avoir participé à ce débat.
13:07Je vous dis à bientôt sur Be Smart for Change.
13:08C'est l'heure du grand entretien de ce Smart Impact avec Myriam Maestroni,
13:12la fondatrice du Think Tank du Cercle de Réflexion et d'Action E5T.
13:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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