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  • il y a 9 minutes
Sommes-nous face à un nouveau point de bascule dans la crise climatique mondiale ? La France et plus généralement l'Europe enregistrent des records de chaleur inédits pour un mois de mai. Comment est-ce qu'on explique cet épisode ? Qui sont les plus exposés ? Et sommes-nous face à une anomalie inédite ou un simple coup de chaud, comme aime le dire Pascal Praud ? Pour en discuter, Valérie Mason Delmotte, paléoclimatologue et coautrice du dernier rapport du GIEC, est notre invitée.

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Transcription
00:01Sommes-nous face à un nouveau point de bascule dans la crise climatique mondiale ?
00:06La France et plus généralement l'Europe enregistrent des records de chaleur inédits pour un mois de mai.
00:11Comment est-ce qu'on explique cet épisode ? Qui sont les plus exposés ?
00:15Et sommes-nous face à une anomalie inédite ou un simple coup de chaud,
00:20coup de chaleur pour être précise quand même le dire, Pascal Praud ?
00:23Pour faire le point, nous sommes avec Valérie Masson-Delmotte.
00:27Valérie, bonjour.
00:28Bonjour.
00:30Vous êtes paléoclimatologue et vous avez notamment été coautrice des rapports du GIEC.
00:36Pour commencer, pouvez-vous nous dire pourquoi la France et plus largement l'Europe
00:41sont exposées à l'augmentation générale des températures ?
00:46Alors d'abord, le réchauffement planétaire se poursuit à un rythme rapide.
00:50Ce rythme est rapide parce que les émissions de gaz à effet de serre dans le monde ont continué à
00:55augmenter.
00:56pour la partie CO2 fossile un peu moins vide qu'avant et aussi parce que grâce au progrès pour améliorer
01:02la qualité de l'air,
01:04on émet moins de particules.
01:05Or, ces particules, elles ont un effet parasol, un effet légèrement refroidissant.
01:09Et donc, quand on en aimait moins en Europe, en Amérique, du Nord ou bien en Chine,
01:15cela amplifie aussi le réchauffement du haut gaz à effet de serre.
01:18Donc là, ces deux facteurs-là jouent dans la même direction.
01:21Et le réchauffement est amplifié en Europe.
01:23Il est amplifié au-dessus des continents par rapport à la moyenne planétaire.
01:26Il est amplifié en Europe, qui est le continent en dehors de l'Arctique qui se réchauffe le plus.
01:30Il y a deux facteurs principaux qui l'expliquent.
01:33Moins d'enneigements, notamment en moyenne montagne ou dans les parties nord-est.
01:38Et donc, on perd l'effet miroir.
01:39Et puis, des sols plus secs qui ont tendance à amplifier le réchauffement, notamment au sud.
01:45Très bien.
01:45Et puis, après, on a d'autres facteurs qui sont impliqués dans l'exposition par rapport à la chaleur.
01:54En ce qui concerne le réchauffement, ce que je veux aussi mentionner,
01:57c'est que les événements extrêmes chauds sont une conséquence directe des émissions de gaz à effet de serre,
02:03notamment liées aux énergies fossiles et du réchauffement.
02:06Et donc, quand le climat se réchauffe en moyenne, on a des extrêmes froids plus difficiles à atteindre, moins fréquents.
02:15Et on a, à l'inverse, des extrêmes chauds beaucoup plus fréquents, beaucoup plus intenses.
02:20Et ça, c'est quelque chose qui est établi depuis longtemps, que l'on observe, que l'on comprend.
02:26Et ce qui est particulièrement remarquable, c'est effectivement l'intensification des extrêmes chauds en Europe.
02:31Alors, comme on le voit maintenant de manière précoce, mais aussi avec des records qui augmentent au cœur de l
02:40'été en intensité,
02:42et sur une plage plus longue, c'est-à-dire du printemps à l'automne.
02:46Et ça, vraiment, c'est la conséquence d'un climat qui accumule de la chaleur.
02:50Très bien. Et donc, comme on a pu le comprendre, cette anomalie-là, ce qui se passe en ce moment,
02:56c'est documenté.
02:57Ça fait l'objet plutôt d'un consensus scientifique.
03:01Et pourtant, on a pu le voir, notamment ces derniers jours.
03:03Il y a certaines personnes et certains médias qui continuent de mener une campagne de désinformation climatique,
03:08avec notamment tout un backlash climatique.
03:10C'était le cas de Pascal Praud, notamment hier, qui a dit sur le plateau de l'heure des pros,
03:14je le cite,
03:15« Ce n'est pas une chaleur exceptionnelle, on les connaît, les coups de chaud fin mai, début juin. »
03:19Ma question est la suivante.
03:21Sommes-nous face à une victoire des climato-sceptiques ?
03:26Alors, je pense que non, et je pense qu'il y a une prise de conscience très large dans la
03:29société.
03:31Donc, par exemple, si on prend cette vague de chaleur,
03:34c'est un épisode de blocage atmosphérique qui favorise de l'arrivée d'air chaud,
03:39provenant notamment du Maroc, d'Espagne, et puis avec un effet de dôme qui plaque la chaleur.
03:44Et donc, particulièrement remarquable à l'ouest de la France,
03:48avec à la fois des jours chauds de manière très précoce en mai,
03:51mais aussi des nuits qu'on appelle tropicales, où la température ne baisse pas,
03:55ce qui est très difficile à supporter pour se reposer.
03:59Et donc, les températures qu'on atteint actuellement, la durée de la vague de chaleur,
04:04elle est vraiment exceptionnelle.
04:06C'est-à-dire qu'on atteint, au mois de mai, des températures qui étaient atteintes
04:11notamment pendant les épisodes chauds plus tôt fin juin.
04:14Et j'ai pris un exemple, moi j'ai regardé par exemple sur la période de Roland-Garros.
04:20En 1950, par exemple, on avait une chance sur 10, pendant la durée du tournoi,
04:24d'atteindre 30 degrés.
04:26Ça a été multiplié par 6 avec le réchauffement.
04:30Et ce que l'on peut noter, c'est que probablement cette année,
04:32il y aura 8 jours à plus de 30 degrés.
04:34C'est absolument exceptionnel.
04:36La dernière fois que ça s'était produit, quelques jours,
04:38c'était plutôt début juin que fin mai.
04:40Et donc, nier le caractère exceptionnel,
04:43c'est contester les mesures objectives faites à l'aide de thermomètres.
04:47Donc, c'est vraiment caricatural.
04:49Et par ailleurs, ces prises de position, elles relèvent du déni.
04:53Déni à la fois scientifique, mais aussi déni de gravité
04:57par rapport aux impacts de ce réchauffement et de ces vagues de chaleur précoces.
05:01On l'a vu, qui mettent en danger les personnes jeunes
05:05qui ont une activité physique,
05:06qui vont dégrader les conditions de repos,
05:09les conditions de travail, les conditions d'études.
05:11Il y a le bac pro à la fin de la semaine,
05:13les établissements scolaires.
05:14On sait très bien qu'ils ne sont pas prêts à assurer
05:17des bonnes conditions d'études
05:19quand on a des températures à plus de 30 ou 35 degrés.
05:23Et puis, ça fait aussi partie d'une obstruction.
05:25C'est-à-dire, c'est une obstruction structurée, mise en œuvre
05:30par des personnes qui disposent de médias,
05:35des médias télévisuels ou des réseaux sociaux.
05:40On peut penser à d'autres acteurs.
05:42Et qui font le choix d'avoir une ligne éditoriale
05:44qui remet en cause l'état des connaissances scientifiques.
05:48Alors, cette désinformation, elle porte sur le climat.
05:51Là, on le voit, le caractère exceptionnel,
05:54le lien entre gaz à effet de serre, réchauffement,
05:57événements extrêmes comme les vagues de chaleur.
06:00Elle porte aussi sur les leviers d'action,
06:01le fait d'engager résolument une transition écologique
06:05dans tous les secteurs d'activité.
06:06Et puis, il y a également des ingérences étrangères,
06:09notamment russes et américaines,
06:10qui ont été montrées sur les sujets climat en Europe.
06:13Ça fait partie de cette obstruction.
06:15Et il suffit de regarder quelles sont les dépendances
06:19que nous avons avec ces pays exportateurs d'énergie fossile
06:23pour bien comprendre les intérêts qui sont à l'œuvre.
06:27Je remonte un tout petit peu en arrière.
06:29Vous disiez effectivement que toute cette désinformation-là,
06:33elle peut mener à une forme de déni un peu collectif.
06:37Et ça, c'est quelque chose qui est un peu lié à ce que vous soulignez souvent,
06:42c'est-à-dire la maladaptation.
06:46Vous alertez régulièrement sur les dangers de cette maladaptation.
06:49Est-ce que vous pouvez nous expliquer de quoi il s'agit exactement ?
06:54En fait, par rapport au changement climatique, il y a ses caractéristiques.
06:57Par exemple, les événements extrêmes chauds sur terre comme en mer,
07:00mais aussi, par exemple, le cycle de l'eau qui est plus intense et plus variable
07:04avec des pluies records qui s'intensifient.
07:07Et puis, dès qu'il fait chaud, des sécheresses agricoles qui s'aggravent.
07:11Et en fait, on vit déjà avec un climat qui est différent de celui d'il y a une vingtaine
07:17d'années.
07:17Il y a un décalage entre l'adaptation qui serait nécessaire pour protéger
07:22notamment les plus vulnérables dans le climat actuel,
07:25et encore plus par rapport au climat à venir.
07:27Et donc, quand on parle d'adaptation, la première chose,
07:30c'est bien comprendre que les risques, les impacts,
07:32c'est le résultat de ces facteurs climatiques,
07:35mais aussi de l'exposition et de la vulnérabilité que l'on a.
07:38Et on n'est pas tous exposés de la même manière.
07:40Et on n'a pas les mêmes vulnérabilités.
07:42Je vais donner un exemple.
07:44Quand vous êtes dans un centre-ville dense,
07:46qui n'a pas d'espace vert de proximité,
07:47les bâtiments piègent la chaleur, ça surchauffe encore plus.
07:50Vous êtes encore plus exposés à la chaleur.
07:53Et les vulnérabilités, c'est les très jeunes enfants,
07:55les personnes qui ont des maladies chroniques,
07:57les personnes âgées,
07:58les personnes qui ont une activité physique en extérieur,
08:01elles vont être plus vulnérables par rapport à la chaleur.
08:04Et donc, l'adaptation au changement climatique,
08:05c'est comment on agit pour réduire l'exposition,
08:09la vulnérabilité,
08:10de sorte à ce que, par exemple,
08:12quand on aura des événements chauds encore plus longs,
08:15plus fréquents, plus intenses,
08:16on limite les risques,
08:18notamment pour la santé ou les conditions de vie.
08:22Et souvent, il y a une réaction qui est plutôt incrémentielle,
08:28fragmentée.
08:29C'est-à-dire, on va se dire,
08:30bon voilà, j'ai été touché en 2003 par une vague de chaleur
08:32avec des effets catastrophiques sanitaires,
08:35une très large mortalité.
08:36Bon ben, on met en place un plan canicule,
08:38une alerte.
08:39On va mettre en place des systèmes rafraîchis
08:43pour les personnes âgées fragiles, par exemple.
08:45C'est très important.
08:47Mais une adaptation vraiment à hauteur des enjeux,
08:49ça veut dire, par exemple,
08:51limiter les îlots de chaleur dans les villes en végétalisant.
08:54Ça veut dire améliorer le confort thermique des bâtiments,
08:56été et hiver.
08:58Ça veut dire des volets, de l'ombrage, de la ventilation.
09:02Dans certains cas, le rafraîchissement par des réseaux de froid
09:06ou par de la climatisation type pompe à chaleur efficace.
09:09Et on voit qu'en fait,
09:10ce n'est pas ça qui est nécessairement mis en œuvre.
09:12Souvent, on va juste essayer de ne pas engager ces transformations
09:17avec des approches qui sont fragmentées.
09:19Et puis, des adaptations mal pensées,
09:22des actions d'adaptation mal pensées,
09:23elles peuvent présenter des effets indésirables.
09:26Et parmi ces effets indésirables,
09:28il y a ce qui va émettre plus de gaz à effet de serre.
09:30Bon, là, c'est un cercle vicieux.
09:32Il y a ce qui, en fait, par exemple, va déplacer les risques
09:35et exposer d'autres personnes
09:37ou des écosystèmes à des risques plus importants.
09:40Ou bien ce qui donne l'impression d'une solution sans en être une.
09:43Et donc, c'est une espèce d'effet de verrouillage.
09:45On fait un petit geste,
09:46mais on n'engage pas les changements structurants
09:48qui nous permettront d'être mieux préparés collectivement.
09:51Et puis, la dernière chose, c'est l'adaptation,
09:53elle n'a de sens que si on la ponce dans un esprit d'équité.
09:57On le voit bien, en fait, les risques du changement climatique,
10:00c'est finalement d'augmenter les inégalités
10:02entre les territoires, entre les personnes,
10:04à l'intérieur même d'un territoire.
10:06Et donc, si on pense une adaptation
10:07qui est uniquement pour les plus riches,
10:09on passe à côté d'une immense partie des enjeux.
10:13Et donc, c'est pour ça que se poser la question
10:16de ce qui sera une adaptation réussie,
10:18qui on protège,
10:20qu'est-ce qu'on permet de réduire comme vulnérabilité
10:23par rapport à ce qui peut être une maladaptation,
10:25c'est-à-dire ce qui crée de nouveaux risques.
10:27C'est important à intégrer dans la manière
10:29de construire notamment des choix collectifs.
10:32Et c'est très intéressant,
10:33vous avez complètement mordi sur la question qui suivait
10:39et qui est complètement en lien avec ça.
10:40C'est effectivement la lecture en termes d'équité.
10:43Ça me fait penser, je vais pouvoir vous le mettre tout de suite.
10:46Il y a un papier qui est sorti sur l'humanité
10:51qui parle justement de pourquoi il fait plus chaud pour les pauvres
10:57et dans lequel le journaliste Pierre Cazemajor
11:01explique qu'effectivement, comme vous le disiez tout à l'heure,
11:04les pauvres pâtissent plus de cette chaleur
11:06que ce soit les personnes précaires,
11:09les personnes mal logées,
11:09les personnes sans-abri.
11:10Il y a aussi les travailleurs explosés,
11:12notamment les personnes qui travaillent dans le BTP,
11:14ce genre de catégorie.
11:16Il y aura effectivement, j'allais vous demander de nous en parler
11:18de cet aspect-là dont on est obligé de parler
11:21quand on parle de ces épisodes de forte chaleur,
11:24c'est de parler des inégalités qu'il y a face à cette chaleur justement.
11:29Mais du coup, vous y avez répondu.
11:32La question suivante, c'est sur un autre pan de cette question.
11:37Alors pardon, je voulais rebondir sur ce point-là
11:39parce qu'il y a des aspects qui sont souvent passés sous le radar
11:42par rapport au lien avec les inégalités.
11:46C'est par exemple le lien entre la chaleur,
11:49les conditions d'étude et la réussite scolaire.
11:52J'en dis un mot parce qu'en fait, quand il fait très chaud,
11:56on perd en capacité cognitive et donc on est moins capable de faire des raisonnements,
12:01des raisonnements complexes, on apprend moins bien.
12:03Et ça a été montré dans d'autres pays, mais c'est sous-étudié en France.
12:07L'exposition à la chaleur pendant le temps scolaire,
12:10elle peut augmenter le décrochage scolaire,
12:12elle peut augmenter les inégalités de réussite en fait à des examens,
12:16donc l'accès à des diplômes, donc l'accès à des métiers qualifiés
12:19et en fait les revenus tout au long de la vie.
12:22Et ce côté-là, il est important parce que maintenant,
12:24les canicules, les vagues de chaleur, elles sont pendant le temps scolaire.
12:27D'où l'importance d'assurer finalement l'égalité républicaine
12:30par rapport aux conditions d'étude.
12:32Et d'où l'importance aussi des cours d'école végétalisées,
12:37l'importance aussi d'investir dans le confort dans les écoles,
12:40ce qui passe par des choses simples, des volets, des ventilateurs,
12:44une meilleure isolation thermique, mais aussi dans certains cas,
12:48le rafraîchissement, notamment pour les enfants fragiles.
12:51C'est très intéressant.
12:53Et effectivement, c'est à préciser dans toute la façon dont sont réfléchis
12:57ce type de politique publique dans cette notion d'adaptation,
13:01en prenant en compte les potentielles inégalités qui précèdent
13:05et qui peuvent être créées.
13:07Il y a une autre question que je voulais vous poser
13:08et qui se pose évidemment dans ce type de sujet.
13:10C'est la question des COP.
13:14Ma question, c'est est-ce que les COP peuvent encore changer la donne mondiale ?
13:17On le rappelle très rapidement, l'accord de Paris fixe une limite idéale de réchauffement
13:21à 1,5 degré Celsius d'ici la fin du siècle.
13:25Est-ce que ces objectifs sont atteignables et surtout à quelles conditions ?
13:30Alors, l'objectif de l'accord de Paris, c'est contenir le réchauffement largement sous 2 degrés,
13:35avec l'aspiration à renforcer les efforts pour le limiter à 1,5 degré.
13:39Donc là, actuellement, je suis coautrice d'un article scientifique
13:44où on réactualise les indicateurs clés de l'état du climat et de l'influence humaine.
13:47Il n'est pas encore accepté pour publication.
13:50Ce que l'on montre, c'est que le réchauffement se poursuit à un rythme rapide.
13:53Comme je le disais tout à l'heure, que fin 2025, il atteint le réchauffement dû aux activités humaines,
13:58au sens climat, pas pour une année, environ 1,37 degrés.
14:03On va être très vite dans un monde 1,5 degré plus chaud.
14:05C'est une plage de réchauffement où il y a une très forte augmentation des impacts,
14:10dans la plage entre 1,5 et 2 degrés.
14:13C'est pour ça que c'était la plage définie par l'accord de Paris sur le climat.
14:17Si on extrapole les politiques publiques déjà mises en œuvre,
14:22en faisant l'hypothèse qu'il n'y aura pas de recul monstrueux,
14:25ce qui est déjà mis en œuvre,
14:27et avec aussi les progrès des technologies propres,
14:31renouvelables, batteries, etc.
14:33En fait, les scénarios de très fortes émissions de gaz à effet de serre,
14:37de très très fort réchauffement futur, sont moins implausibles.
14:40Donc ça, c'est déjà quelque chose d'acquis.
14:42Par contre, les seules politiques publiques déjà mises en place à ce jour,
14:46elles conduiraient à dépasser 2 et 3 degrés vers 2100.
14:50Et c'est ça qui est utilisé dans la trajectoire de référence pour l'adaptation de la France,
14:53qui le traduit, ce serait 4 degrés de réchauffement dans l'hexagone.
14:57Ce qui est considérable, c'est une multiplication par 10, par exemple, des épisodes chauds.
15:02À l'inverse, si on renforce les efforts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre,
15:07notamment si les promesses faites dans le cadre des dernières COP,
15:11les engagements des différents pays étaient tenus,
15:14le réchauffement pourrait être contenu sous 2,5 degrés en fin de siècle.
15:18Donc vous voyez qu'en fait, il y a un décalage entre les engagements des pays
15:23pour leur trajectoire d'émissions de gaz à effet de serre et leurs objectifs climat.
15:27Mais cette période, elle est vraiment critique maintenant,
15:29parce que si on relâche les efforts côté réduction d'émissions de gaz à effet de serre,
15:34on se mettra sur des trajectoires vers de plus forts réchauffements,
15:37plus difficiles à gérer, avec des risques qui peuvent être intolérables.
15:41C'est d'ailleurs pour ça que la Cour internationale de justice, l'été dernier,
15:45a souligné les liens étroits entre protection du système climatique et protection des droits humains,
15:50en soulignant que les États ont des obligations en fait,
15:53pas uniquement par rapport à l'accord de Paris,
15:55mais par rapport à l'ensemble du contexte constitutionnel,
15:59notamment par rapport aux droits humains.
16:01Et je veux aussi rappeler qu'il y a eu un vote suite à cela de l'Assemblée Générale de
16:05l'ONU la semaine dernière,
16:07qui était vraiment intéressant parce qu'il y a 142 pays qui ont maintenu en fait leur volonté d'agir
16:12par rapport au changement climatique, suite à cet avis de la Cour internationale de justice.
16:17Et les huit pays qui s'y sont opposés sont les États-Unis, la Russie, le Yémen, Israël, l'Iran,
16:25la Biélorussie et l'Arabie Saoudite.
16:28Et donc ce sont des pays soit en guerre actuellement,
16:31et qui pour beaucoup d'entre eux sont aussi des exportateurs d'énergies fossiles.
16:35Et donc on voit bien ce qui est à l'œuvre en termes d'obstruction,
16:39une obstruction brutale structurée, portée notamment par l'administration américaine,
16:45qui est très présente, qui essaye en fait de torpiller les négociations internationales
16:51sur le transport maritime ou sur le plastique,
16:53qui s'est retirée des négociations climat-biodiversité.
16:57Mais la majorité des pays continuent à souhaiter agir.
17:00Et c'est d'ailleurs le cas de la majeure partie de la population dans le monde,
17:04quand on regarde l'ensemble des enquêtes d'opinion.
17:06Donc c'est un sujet qui compte, c'est un sujet qui compte pour beaucoup de personnes.
17:10On voit la réalité des impacts pour lesquels on n'est pas prêt.
17:13Il y a un ensemble de leviers d'action pour construire une adaptation qui soit juste,
17:18pour décarboner de manière juste.
17:21Et c'est aussi ce point-là qui fait l'objet aujourd'hui, un data à coût de désinformation,
17:27pour torpiller cette capacité à agir.
17:30Et justement, vous évoquez sur la fin le fait qu'il y a un certain nombre de leviers d'actions
17:35qui sont possibles.
17:36Moi, c'est ça, ce vers quoi j'aimerais qu'on aille pour la prochaine question.
17:40C'est quelles mesures est-ce qu'on peut mettre en place actuellement ?
17:43Quelles décisions politiques pour entrer enfin dans l'ère de l'adaptation et de l'atténuation ?
17:51Il y a beaucoup à faire.
17:52Oui.
17:52Ne serait-ce que garder le cap qui a été engagé de la décarbonation.
17:58Moi, je veux juste rappeler les choses encourageantes.
18:00Plus d'un tiers de l'électricité dans le monde fait à partir de renouvelables plus que le charbon.
18:05Des émissions qui baissent dans une trentaine de pays qui ne montent plus en Chine.
18:08L'Inde qui commence à réussir à baisser les émissions de son secteur électrique.
18:12Ça, c'est encourageant.
18:14Le pic de voitures thermiques, c'est depuis 2018.
18:16Maintenant, c'est à peu près un quart des véhicules neufs électrifiés.
18:21Ce qui permet de répondre à des besoins de mobilité tout en réduisant fortement les émissions de gaz à effet
18:27de serre.
18:28Il faut que ce soit accessible au plus grand nombre.
18:30Et quand on parlait, par exemple, d'articuler adaptation et atténuation,
18:36c'est justement comment on pense la réduction des émissions de gaz à effet de serre,
18:40de sorte à ce que ce qu'on met en place fonctionne dans le climat actuel et futur.
18:45Et de la même manière, quand on réfléchit à l'adaptation,
18:49ce qu'on engage pour l'adaptation, c'est que ça permette d'éviter des émissions de gaz à effet
18:53de serre.
18:54Et en fait, souvent, c'est pris un peu de manière séparée et non pas dans un angle vraiment d
19:01'articuler les deux dimensions.
19:03Après, si on regarde les enjeux peut être majeurs, c'est le faire dans un esprit de transition juste.
19:09C'est ce que soulignent notamment les rapports du Haut conseil pour le climat.
19:13Donc, faire en sorte de rendre accessibles les styles de vie décarbonés pour les personnes qui ont des revenus contraints.
19:20Et puis, d'autre part, c'est faire en sorte que les actions d'adaptation,
19:24ce ne soient pas des choix individuels réservés à ceux qui en ont les moyens,
19:27mais que ce soient des trajectoires qui soient pensées, mises en œuvre,
19:32avec un rôle notamment important des collectivités territoriales.
19:35Donc, par exemple, c'est des enjeux de rendre accessible le fait de pouvoir mettre des ombrières ou des volets.
19:41C'est des bâtiments qui soient plus traversants pour qu'on puisse les rafraîchir facilement.
19:47C'est la rénovation, en fait, pour le confort thermique des logements très important,
19:52pour le confort d'été également, par exemple.
19:55Dans les écoles, des ventilateurs, c'est important.
19:59On parle beaucoup de la climatisation en en faisant un point de tension,
20:03mais c'est un des leviers d'action parmi l'ensemble de ce que j'esquissais, par exemple,
20:08de ces différentes stratégies.
20:11Et par exemple, des pompes à chaleur qui permettent de chauffer en se passant de gaz ou de fioul en
20:15hiver,
20:16dans des logements qui ont une certaine performance énergétique,
20:19ça peut permettre de rafraîchir quand c'est impossible de se reposer la nuit.
20:23Mais dans ce cas-là, on gagne aussi sur les émissions de gaz à effet de serre en hiver.
20:26Donc, c'est là où ça prend vraiment tout son sens.
20:30Ok. Très intéressant. Effectivement, voir ces deux choses de façon intégrée.
20:38La dernière question que je voulais vous poser, et pour terminer un peu,
20:42ça va nous permettre un peu aussi de dégrossir le sujet.
20:45En ce moment, on parle énormément du phénomène El Niño, qui arrive en juillet.
20:52Phénomène qui est connu, qui a été étudié, mais qui cette fois va se cumuler avec un épisode de chaleur
20:58extrême.
20:59Quels effets sont à prévoir, selon vous ?
21:02Alors, les deux choses sont décorrélées.
21:05Ce qu'on peut dire, c'est qu'on a une tendance à l'accumulation de chaleur liée aux émissions
21:11de gaz à effet de serre,
21:12qui fait évoluer l'état du climat au niveau mondial.
21:15Par exemple, on a une accumulation de chaleur forte dans la mer Méditerranée, dans l'océan Atlantique,
21:20pas uniquement ponctuellement au-dessus des continents.
21:24Ensuite, à cela va se superposer cette variabilité naturelle du climat.
21:30Lorsqu'il y a un événement El Niño, c'est généralement associé à un record de température,
21:36notamment dans les régions tropicales, plutôt à partir de la fin de notre été et puis jusqu'à la fin
21:43de l'année.
21:43C'est ça qui est projeté.
21:46C'est aussi associé, selon les régions, à une aggravation des sécheresses plutôt dans les tropiques ou des pluies intenses.
21:53Et en fait, les conséquences d'un événement El Niño, elles sont dopées par le réchauffement.
21:58C'est-à-dire que si l'événement El Niño conduit à des conditions météorologiques favorables à une sécheresse,
22:05et bien dans un climat plus chaud, l'atmosphère plus chaude vide les sols encore plus vite de leur humidité.
22:09Comme il y a eu en 1877, il me semble.
22:11C'était un peu le même printemps des épisodes de sécheresse assez intense.
22:16Oui, et puis lorsque dans d'autres régions du monde, les événements El Niño conduisent à des conditions plus humides,
22:22du transport d'humidité, l'atmosphère plus chaude, elle va contenir plus de vapeur d'eau
22:26et donc ça peut donner lieu à des cumuls de précipitations plus importants.
22:30Et donc ça va contribuer à renforcer finalement ce cycle de l'eau plus intense et plus variable.
22:36Ce qui est aussi remarquable, c'est lorsqu'on a cet événement El Niño qui fait atteindre des records de
22:41températures,
22:42parce que ça se superpose à cette tendance due aux activités humaines,
22:46c'est là où on va atteindre parfois des seuils qui vont être difficiles à gérer par rapport aux capacités
22:53de tolérance d'écosystèmes.
22:54Et c'est notamment le cas des récifs de coraux tropicaux.
22:58Vous le savez en fait, les coraux tropicaux, ils sont fragilisés lorsqu'il y a des vagues de chaleur marine.
23:04Ils expulsent les algues avec lesquelles ils vivent en symbiose et puis cela entraîne leur dégradation.
23:11Et donc lorsqu'on a une tendance au réchauffement plus un événement El Niño qui fait atteindre des records de
23:17températures,
23:18ça peut encore plus contribuer à la dégradation des récifs de coraux tropicaux
23:22en filtrant finalement uniquement les espèces qui sont tolérantes à la chaleur,
23:27donc des récifs beaucoup moins riches biologiquement et qui rendent moins de services pour les sociétés qui en dépendent également,
23:34pour la pêche, pour le tourisme ou pour la protection du littoral par exemple.
23:38Les effets du changement climatique, que ce soit les effets El Niño dans un climat plus chaud,
23:43les effets de cette canicule actuelle, ça nous touche directement,
23:47mais ça nous touche aussi via les écosystèmes et leur état de santé,
23:51parce que nous en dépendons aussi et ça fait aussi partie des points de préoccupation
23:56sur des vagues de chaleur très précoces pour les animaux, pour les oiseaux par exemple,
24:01ou bien pour un certain nombre de cultures.
24:04Merci beaucoup Madame Valérie Masson-Delmotte,
24:07merci d'avoir rappelé tous ces effets scientifiques qui sont on ne peut plus importants au vu de la période
24:12actuelle
24:12et à bientôt !
24:14Merci beaucoup !
24:17Sous-titrage Société Radio-Canada
24:24Merci à tous !

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