00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Maxime Liedot.
00:07Il est 7h12 sur Sud Radio et à la une ce matin, la crainte après les déserts médicaux de déserts
00:12pharmaceutiques.
00:13Bonjour Stéphane Pichon.
00:14Oui, bonjour Maxime.
00:15Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:17Vous êtes président de l'ordre régional des pharmaciens en PACA.
00:20Pour commencer, quand on regarde les chiffres du nombre de pharmaciens en France, on découvre une situation inquiétante.
00:27Est-ce que pour autant, il y a une bonne raison de tirer la sonnette d'alarme ce matin sur
00:31cette situation ?
00:32Je suis président de PACA et de Corse et j'y tiens depuis toujours.
00:36Parce que la Corse, ce sont deux départements d'une région qui est impactée par la chute.
00:43On note une forte baisse et une forte fermeture des pharmacies, notamment en milieu rural.
00:48Et quand on parle de déserts médicaux, on ne peut pas lier la communion entre les médecins et les pharmaciens.
00:55Quand il n'y a plus d'activité médicale, quand il n'y a plus d'activité économique, qu'il
00:59n'y a plus d'épicerie, il n'y a plus de poste, il n'y a plus rien.
01:01Dans un village où il ne reste que la pharmacie, évidemment, et malheureusement, elle est destinée à fermer.
01:05Puisque, que font les patients ?
01:07Les patients, ils vont dans les bourgs où il y a des centres médicaux.
01:10Et en fin de compte, ils s'approvisionnent auprès des pharmacies qui restent dans ces centres.
01:13Et le pharmacien du village, alors vous parliez de notre région, c'est vrai qu'on a l'arrière-pays
01:18niçois.
01:18On a certains endroits où les villages ruraux qui sont en train de baisser dans leur activité, évidemment, la pharmacie
01:24diminue.
01:25Mais si vous voulez installer des jeunes, par exemple, quelque part, il n'y a pas de crèche, il n
01:29'y a pas d'école, il n'y a peu d'activité, ils ont du mal à y aller.
01:33Pour rappeler aussi que notre profession est faite à 68% de femmes, 32% d'hommes.
01:37Donc, on a une profession très féminisée et très active là-dedans.
01:41Donc, beaucoup de titulaires, femmes, des chefs d'entreprise.
01:44Et c'est difficile aussi d'avoir une vie de famille en même temps quand on est dans des endroits
01:48très reculés.
01:49Et est-ce que, justement, ça ne touche que les endroits très reculés ou est-ce que c'est un
01:53phénomène visiblement global ?
01:56Même s'il y a, comme souvent quand on parle de la désertification de certains services publics ou de déserts
02:00médicaux,
02:01ça touche davantage les zones rurales, mais est-ce que ça ne touche pas aussi la totalité du territoire ?
02:05Est-ce que ce n'est pas une tendance générale ?
02:07C'est une tendance générale parce qu'il y a eu à un moment une inflation de pharmacie.
02:11Mais là, on voit que pratiquement entre 2012 et 2025, en 10 ans, on a perdu plus de 4000 pharmacies.
02:18Vous parliez de l'augmentation.
02:19Plus de 4000 pharmacies en 10 ans.
02:21Et avec une augmentation entre 2015 et 2020, 5 fois plus de fermetures en milieu rural.
02:27Donc, on a une forte fermeture en milieu rural.
02:30Effectivement, il y a des endroits où il y a, même dans les villes, ce qu'on appelle les zones
02:33blanches,
02:33il y a des quartiers où il y a la pharmacie, mais elle ne tiendra plus parce qu'il y
02:37a, même à Marseille,
02:38vous savez, je suis à Marseille, il y a des zones blanches médicales dans Marseille.
02:41Donc, c'est assez étonnant.
02:43Mais effectivement, s'il n'y a plus de prescripteurs, il n'y a plus d'infirmiers, il n'y
02:47a plus que le pharmacien.
02:49Là, écoutez, j'étais en Corse.
02:51On a monté ce qu'on appelle un article 51 avec les syndicats, l'Ordre et l'ARS pour mettre
02:58ce qu'on appelle des antennes de pharmacie
02:59pour supplier justement la fermeture d'une pharmacie.
03:02La pharmacie, c'est quand même aussi une entreprise qui a besoin d'une économie viable.
03:06Mais c'est mieux.
03:06Et si derrière, il n'y a plus de personnes, elles ferment.
03:09Et donc, on a mis en place des demi-journées d'ouverture dans certains villages
03:13pour que la population qui est vieillissante aussi puisse accéder aux médicaments
03:16parce que nous savons qu'il y a une augmentation de la distance d'accès aux médicaments
03:20qui a été multipliée par deux.
03:22Et aujourd'hui, si on est âgé, qu'on veut rester dans son village, qu'on n'a pas de
03:25moyens de locomotion,
03:27il faut que de temps en temps, ça soit la pharmacie qui aille à la population.
03:29Et on a créé donc des antennes de pharmacie.
03:31Parlons justement de cette distance d'accès aux médicaments, Stéphane Pichon,
03:34en rappelant que vous êtes le président de l'ordre régional des pharmaciens en Paca et en Corse.
03:39C'est important de le rappeler, j'ai bien compris.
03:40Un chiffre frappe aussi quand on s'intéresse à ce phénomène.
03:44110 villes et villages ont perdu leur unique pharmacie et se retrouvent à plus de 5 kilomètres de la plus
03:48proche.
03:49Mais comment on explique précisément ces disparitions ?
03:51Est-ce que c'est quoi ? C'est un manque d'activité ?
03:54C'est un vieillissement du métier ? C'est un manque de repreneurs ?
03:56C'est un peu tout ça à la fois ?
03:58C'est exactement ça.
03:59C'est une population qui a été un peu vieillissante.
04:01Des gens qui partent à la retraite parce que c'était un exercice en matière presque, comment dire,
04:06à sacerdoce, dans un petit village, de rester ouvert et d'apporter les médicaments auprès de la population.
04:11Il n'y a pas de repreneurs parce que ce sont des pharmacies avec des petits chiffres d'affaires.
04:16Donc il y a une rentabilité qui diminue.
04:17Et un jeune qui va s'endetter, il ne prendra peut-être pas le risque d'y aller.
04:21Alors que c'est dommage parce que c'est peut-être là qu'il va faire ses armes pour avoir
04:25autre chose après.
04:27Et donc, moins d'activité économique tout autour de la pharmacie.
04:30Parce qu'une pharmacie, elle vit avec une population, avec ce qui se passe autour.
04:33Quand il n'y a plus que des villages dortoirs éventuellement ou même plus rien du tout.
04:37et qu'elle se retrouve seule.
04:39Parce qu'au niveau de la répartition pharmaceutique, on est dans la moyenne de l'OCDE, de l'Union Européenne.
04:43Stéphane Pichon, pour revenir et pour, on va dire, faire un focus sur deux éléments que vous venez de donner.
04:48Quand vous dites et quand vous évoquez une baisse d'activité,
04:50quand on s'intéresse à un chiffre beaucoup plus global, ça semble être un paradoxe.
04:54Parce qu'il y a plus de 10% des pharmacies qui ont fermé en disant, certes,
04:57mais le nombre de pharmacies en activité, lui, a augmenté de plus de 3%.
05:00Donc on se dit qu'il y a quand même, visiblement, une demande qui est en augmentation.
05:04Oui, mais parce que, comme on dit, il y a un regroupement peut-être.
05:07Les pharmacies qui ferment dans les villages basculent sur les villes.
05:10C'est-à-dire la population pharmaceutique, les professionnels de pharmaciens basculent dans les villes.
05:15C'est vrai qu'on est à peu près stable.
05:17Mais bon, on a quand même perdu, en 10 ans, malgré tout, en fonction des périodes,
05:22600 pharmaciens, 700 pharmaciens qui travaillaient.
05:25On était dans les années, on est à 54 900 aujourd'hui, à peu près,
05:2955 000 pharmaciens qui induisent plus de 150 000 emplois sur le territoire français.
05:35Et c'est important de le dire ça, parce que les gens voient leur pharmacie,
05:38mais en gros, c'est une grosse structure qui permet d'employer beaucoup de monde quand même,
05:42à proximité surtout, des gens de proximité.
05:43Mais c'est vrai qu'il y a eu un augment sur les villes.
05:46Alors après, il y a des fermetures qui sont expliquées aussi,
05:48avec des regroupements de pharmacie, parce que trois petites pharmacies qui ne tenaient pas,
05:52en s'associant les trois, elles vont tenir.
05:56Et quelles sont donc les solutions sur la table de Stéphane Pichon
05:59pour justement enrayer ce phénomène de désertification pharmaceutique ?
06:04Écoutez, alors là, aujourd'hui, il y a l'État qui a donné une aide ponctuelle aux pharmaciens
06:08pour rester ouverte dans les villages, mais ça ne permet pas de tenir.
06:11Vous savez, moi j'ai l'exemple de l'Ariapé-Niçois,
06:13où on a cherché pendant quatre ans des pharmaciens pour aller ouvrir une antenne de pharmacie
06:19et qui était très bien, et personne n'y allait.
06:22Parce que personne ne voulait vivre dans le col de Tente.
06:25C'était quelque chose qui avait été massacré pour appeler la tempête à l'Aix, tout ça.
06:31Et aujourd'hui, c'est difficile de trouver des gens.
06:35La solution, c'est peut-être aussi, alors c'est un truc économique,
06:39c'est quelque chose d'économique qui n'est pas de ma partie réellement,
06:42mais c'est peut-être d'arrêter la chute des marges des pharmaciens.
06:45Et quelque part, il y a des marges fixes pour certaines pharmacies,
06:49avec, je ne sais pas, mais dans les villages, ça va être une catastrophe.
06:51Les gens ne vont plus trouver de pharmacie près de chez eux.
06:54Donc en réalité, on va se retrouver après les déserts médicaux,
06:57on va se retrouver avec de véritables déserts pharmaciatiques.
07:00Et vous avez bien fait de lancer l'alerte ce matin sur Sud Radio.
07:02Merci beaucoup Stéphane Pichon d'avoir été avec nous,
07:04président de l'ordre régional des pharmaciens en PACA et en Corse.
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