00:00C'est sûr que ce procès va faire avancer les choses, parce que vous vous rendez compte
00:16tout ce dont on parle.
00:21C'est assez choquant comme histoire.
00:22C'est pas aux femmes de faire attention de laisser leur père, c'est aux hommes de
00:23pas mettre de la drogue dans les verres des femmes.
00:25Quand on est victime, on est un peu mise de côté, on ne nous croit pas, c'est un peu
00:31la honte, entre guillemets, et qu'il ne faudrait pas en faire, il faudra en parler et assumer
00:35pleinement que ce n'est pas normal.
00:44Sandrine Jossot, députée de la 7e circonscription de Loire-Atlantique.
00:48Nous sommes ici au Palais de Justice d'Avignon où a lieu un procès hors norme dont le
00:55sujet est la soumission chimique.
00:57Une femme, Gisèle Pénicaud, a été droguée à son insu par son mari.
01:02C'est un procès que je viens observer parce que j'ai un combat aujourd'hui qui est la
01:09soumission chimique étant donné que j'ai déjà été moi-même victime et à la tête
01:14d'une mission gouvernementale sur le sujet.
01:20Ce vendredi-là, Sandrine Jossot est venue soutenir Caroline Darrian, la fille de Gisèle
01:25Pénicaud, lors de son témoignage.
01:31Elle est aussi revenue, Caroline Darrian, sur la révélation qui la concerne, plusieurs
01:36photos d'elle, des photos prises à son insu, elle comprend et alors elle est persuadée
01:42elle aussi d'avoir été droguée.
01:49Les deux femmes, unies par le même combat, sont devenues très proches.
01:53La députée est la marraine de l'association créée par Caroline Darrian.
01:57Celle-ci a décidé de garder le silence le temps du procès.
02:01Et c'est Sandrine Jossot qui prend son relais face à la presse ou au public.
02:06Juste un peu de votre statut, est-ce qu'on ne pourrait pas organiser, et qui pourrait
02:13le faire, je ne sais pas, mais un rassemblement de femmes, parce que moi je suis puissante,
02:18je suis petite, mais je suis quand même concernée, peut-être des petites filles,
02:23peut-être des mères après deux mois, c'est tout, on a tous un point commun avec elles,
02:27nous sommes toutes des femmes.
02:29C'est quelque part un cas d'étude, à plein d'endroits, je peux aujourd'hui en venant
02:34ici rencontrer des personnes, des experts, mais aussi des avocats, des associations.
02:40Un procès historique qui lève un tabou sur ces violences sexuelles.
02:48Vous êtes avec moi dans la salle d'audience, et c'est intéressant de se rendre compte
02:54à quel point c'est important de briser le silence.
02:56On a toujours entendu des victimes et des professionnels du droit, avocats comme magistrats,
03:02évoquer le huis clos comme étant dans l'intérêt de la victime, et c'est intéressant aujourd'hui
03:08qu'on écoute la parole des personnes victimes de ce procès et qu'ils disent que dans leur
03:13intérêt, cette audience doit être publique.
03:16La levée du huis clos permet aussi à la Cour, mais aussi à la France entière, de
03:22voir que finalement, on est capable de parler de certains sujets qu'aujourd'hui, il va
03:30falloir mûrir, c'est-à-dire parler de la sexualité, de choses très intimes de la
03:35femme, de ce qui se passe pendant les viols, donc là, on brise le silence à plein d'endroits.
03:46Grâce au débat public ouvert par le procès Pellicot, la députée espère que les victimes
03:52n'aient plus honte de porter leurs affaires devant la justice.
03:56Seulement une victime sur dix porte plainte, ce que Sandrine Josseau a elle-même fait
04:01il y a un an.
04:03Moi, c'est la première fois que je vis une violence sexuelle, c'est la première fois
04:08de ma vie.
04:11En novembre 2023, Sandrine Josseau a été victime de soumission chimique, droguée
04:16à son insu par un ami sénateur qu'elle connaissait depuis dix ans.
04:21Je pense qu'on ne s'en remet jamais totalement en vrai, ça apporte une vraie, comment on
04:27peut dire, ça nous apporte une tristesse, quelque part en nous.
04:33Des fois, je suis mais en vrac total, donc des fois, j'ai des matinées quand j'apprends
04:39certaines choses, etc.
04:41Je suis épuisée, donc je dois me reposer après un petit temps, après je recommence,
04:48je remonte sur le ring, mais c'est épuisant, mais c'est inimaginable.
04:54On peut aller chercher quelque chose avec ces douleurs-là, ça peut se transformer en
05:01action.
05:02La députée a très vite médiatisé son affaire et en a fait un combat politique.
05:08Je le fais pour les victimes, parce que comme je suis députée, je me dois, en cohérence
05:19avec la représentation que je porte, dire les choses pour ces personnes qui ne peuvent
05:27peut-être pas aussi facilement que moi avoir une tribune.
05:30De victime, elle est devenue actrice et s'investit dans une mission gouvernementale, stoppée
05:38nette par la dissolution, mais aujourd'hui relancée.
05:41Pour moi, la soumission chimique, c'est en même temps un empoisonnement et un crime
05:49prémédité.
05:50C'est quand même, je pense, une des formes de violences sexuelles les plus, je ne sais
05:59pas comment vous dire, les plus pernicieuses en vrai.
06:04Quand, avec la sénatrice, on a commencé nos auditions, on a réfléchi à savoir par
06:11quoi on commence.
06:12Et toutes les deux, on a été d'accord sur le fait qu'on devait commencer avec des victimes.
06:19Dans ce livre blanc, la députée compile des centaines de témoignages de victimes
06:25qu'elle reçoit chaque jour.
06:27Je n'ai plus que ma robe et mes chaussures, mes autres affaires sont trempées, je m'enfuis,
06:32ma culotte et mes collants à la main, je n'ai jamais vécu un moment aussi angoissant
06:36de ma vie.
06:37C'est plein de détails, c'est comme si j'avais levé un voile.
06:43Je me dis, mais il y a tout ça.
06:46Toutes les victimes, je pense, doivent être recensées, il faut qu'on fasse des choses
06:52pour faciliter le recensement des victimes, qu'elles veuillent porter plainte ou pas.
06:57Combien sont-elles vraiment à franchir la porte d'un commissariat ? Selon les derniers
07:05chiffres, 2000 personnes ont porté plainte pour soumission chimique en 2022, un chiffre
07:11en hausse de 69% par rapport à l'année précédente.
07:14Mais, avant même l'enquête judiciaire, une course contre la montre s'enclenche,
07:24celle pour obtenir des éléments de preuve.
07:33A l'hôpital de Nantes, il existe un parcours pour accueillir les victimes de soumission
07:37chimique.
07:43Et vous, c'est combien par jour de femmes que vous envoyez ?
07:47Sur les soumissions chimiques, on sait qu'à peu près, on envoie, on va dire, je sais
07:54que pour les agressions sexuelles, on envoie à peu près une quinzaine par an.
07:58Elles ont un trou noir, elles ne savent pas ce qui s'est passé, elles se posent plein
08:01de questions, elles ont des éléments où elles se disent, là, je ne reconnais pas
08:05les lieux, mes habits ne sont pas les miens, je me suis retrouvée dans une tenue.
08:11Donc là, vraiment, c'est le trou noir.
08:13Et là, effectivement, tous les indicateurs sont là.
08:15Que c'est la soumission chimique.
08:16Il y a eu une agression sexuelle.
08:17Oui.
08:18Bonjour madame.
08:19La patiente est d'abord entendue et examinée médicalement, le temps est compté, les traces
08:26des drogues s'estompent au bout de huit heures.
08:31Donc là, c'est la salle de consultation.
08:33C'est la salle des médecins.
08:34On ne juge pas, on essaie de la réinvestir dans le fait que, ben voilà, on est là pour
08:38elle, qu'il faut qu'elle raconte ce qu'elle a éventuellement subi, ce qu'elle pense avoir
08:42eu comme coups et blessures, comme violences, comme sévices, éventuellement de nature sexuelle,
08:49pour essayer effectivement de faire comprendre qu'on est là pour elle, pour déterminer
08:52effectivement qu'elle a été sous l'objet d'une soumission chimique, qu'elle a été
08:56victime d'agression, qu'elle a subi des violences, éventuellement sexuelles, dans
09:01le but effectivement de recueillir des éléments de preuve.
09:03Les échantillons biologiques, l'urine et le sang de la patiente vont ensuite être
09:09analysés ici, au service toxicologique de l'hôpital.
09:13L'alcool, médicaments ou encore drogue vont être recherchés avec un matériel performant
09:19dont s'est doté le CHU.
09:22En fait, on ne peut pas faire des examens comme ça de sang n'importe où.
09:28Ici, on est au CHU de Nantes, donc tout est concentré.
09:31Mais si vous êtes ailleurs, en pleine campagne, très loin du CHU de Nantes, vous avez très
09:37peu de chances d'accéder à des preuves comme ici finalement.
09:40Exactement, c'est beaucoup plus difficile pour les victimes de pouvoir faire l'objet
09:44d'investigation pour mettre en ajour des preuves.
09:47Les analyses sont gardées sous scellés durant trois mois, un temps qui peut s'avérer
09:53précieux.
09:54On a vu qu'on peut conserver des scellés, donc ça c'est aussi très rassurant.
09:58Donc ça permet aussi d'avoir une souplesse et de prendre en compte le temps de la victime.
10:05Il faut que, par exemple, tous les commissariats soient mieux coordonnés avec les travaux
10:10qui sont faits dans les CHU pour faire en sorte qu'on puisse avoir des preuves quand
10:15les victimes souhaitent porter plainte.
10:17Trois soumissions chimiques sur quatre sont aujourd'hui dues à des anxiolytiques et
10:22autres médicaments que l'on peut trouver dans nos armoires à pharmacie.
10:27Pour permettre une meilleure information au public et une détection plus accessible,
10:39la députée souhaiterait mettre à contribution les pharmaciens.
10:43Bonjour, vous allez bien ? Ça va et vous ? Ça va bien, merci.
10:51J'ai besoin d'avoir vos retours sur plusieurs sujets.
10:56Est-ce qu'il n'y aurait pas un endroit, par exemple comme dans une pharmacie, une
11:00possibilité de créer ce qui serait comme un kit du lendemain que vous pourriez avoir
11:09à disposition ?
11:10Sandrine Jossot propose que ces kits soient en vente dans toutes les pharmacies et remboursés,
11:18à l'intérieur des tests urinaires qui faciliteraient le parcours de la victime,
11:23mais aussi des numéros d'urgence pour mieux les accompagner psychologiquement.
11:27Ce kit du lendemain, c'est quelque chose qui est intéressant aussi par rapport à
11:33ce que vous savez faire, parce que vous faites quand même énormément de prévention dans
11:37votre métier.
11:38Bien sûr, ce kit est une très bonne idée, il s'inscrit d'autant plus dans nos missions
11:42de pharmaciens.
11:43Vous avez dit premier secours, dans nos nouvelles missions de pharmaciens, on est surtout un
11:47premier recours.
11:49C'est vrai que vous êtes partout, vous êtes même ouvert le dimanche, il y a toujours
11:52des pharmacies de garde.
11:53Ce qu'on va faire concrètement dans la continuité de notre mission, c'est auditionner
11:59tous les pharmaciens pour voir où on en est, est-ce qu'il y a des difficultés, comment
12:04y remédier.
12:05Et puis, travailler avec vous qui au quotidien, en fait, pourriez aussi bien être des vigis
12:14par rapport au détournement du médicament, et aussi des personnes ressources lorsque
12:21une personne a une suspicion de soumission chimique, une victime arrive, vous puissiez
12:27lui proposer le kit du lendemain.
12:30L'idée fait déjà son chemin dans les cabinets ministériels.
12:38Sandrine Josseau a six mois pour remettre toutes ses préconisations au gouvernement.
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