00:01TECNCO, la quotidienne, l'invité.
00:06Valentin Benoît est avec nous, bonsoir Valentin.
00:08Bonsoir François, bonsoir à tous.
00:10Vous êtes le président et cofondateur de RIDE.
00:13Alors ce qui est intéressant c'est que RIDE permet en fait de réserver un créneau pour mettre un satellite
00:20en orbite.
00:21Ça ne s'adresse pas à monsieur et madame tout le monde, ça c'est clair.
00:24Et vous vous dites mais à quoi ça sert en fait ?
00:27Pourquoi RIDE justement fait cette interface, cet intermédiaire ?
00:32Et bien tout simplement parce qu'aujourd'hui il y a pénurie de lancements de satellites
00:38parce que toutes les fusées évidemment sont réservées des mois, des années à l'avance.
00:43Et c'est un vrai problème, on va peut-être commencer par ça aujourd'hui.
00:46Il y a une telle appétence pour l'exploration spatiale et satellites etc.
00:51qu'aujourd'hui pour trouver un créneau c'est la galère.
00:54Exactement, il y a une crise on peut le dire sur le marché du lancement spatial.
00:58Un marché qui est relativement on va dire orienté vers l'offre.
01:02Et globalement les satellites aujourd'hui européens et pas que, ont un vrai problème d'accès à l'espace.
01:06Et donc RIDE y répond en proposant des services de lancement.
01:09Globalement c'est toutes les étapes qui partent depuis l'usine jusqu'au décollage de la fusée.
01:13Donc trouver le bon vol, avoir les bonnes autorisations pour pouvoir lancer
01:17et aller sur les pâtières pour intégrer les satellites dans les fusées.
01:20Donc c'est le métier de RIDE, on est un fournisseur de services de lancement,
01:23on est leader français et en ce moment on essaye au plus qu'on puisse proposer des solutions
01:27pour un marché en crise effectivement.
01:29Alors vous allez nous expliquer comment vous faites, mais peut-être un constat.
01:32Combien y a-t-il de sociétés aujourd'hui qui ont la capacité à lancer des satellites ?
01:37On voit que c'est pas facile.
01:41On a encore vu la semaine dernière la fusée Blue Origin exploser avant même son décollage.
01:46explosion spectaculaire, incroyable, qui a cramé tous les environs du pâtière.
01:54Le pâtière qui a fondu, enfin bon ça a été une catastrophe cette histoire-là.
01:57On se rend compte que voilà, c'est pas une technologie qui est hyper métrivée,
02:01c'est pas comme l'aviation par exemple en fait.
02:03Tout à fait, chaque fusée est unique, a des technologies de propulsion, moteurs spécifiques.
02:08Dans le monde, globalement il y a une centaine de sociétés de lancement spatiaux,
02:11mais très opérationnellement, il n'y en a que très peu qui lancent de manière fréquente.
02:15La première est de très loin, c'est SpaceX, le Falcon 9.
02:18Qui a réussi à industrialiser en fait le lancement.
02:21Exactement, c'est un modèle en fait de supply chain et de manufacturing pour délivrer tous les trois jours
02:25un lancement qui part, qui atteint l'orbite, en orbite basse.
02:27Voilà, avec 100% de réussite à chaque fois.
02:29Pas loin, 95 et quelques, mais effectivement il y a toujours une marge d'erreur parce que c'est de
02:33la haute technologie.
02:35En Europe, on a des acteurs qui sont historiques et qui sont toujours très performants.
02:38A un espace avec Ariane 6, Avio en Italie et globalement...
02:42Oui, mais Ariane 6, c'est bon, on en est au début, voilà, on a quelques lancements par an.
02:46Tout à fait, une dizaine de lancements par an.
02:48Après, ce qui est notable quand même sur Ariane 6, c'est qu'aujourd'hui il délivre parfaitement les missions.
02:51Des missions souveraines, des missions pour Amazon Leo, des missions pour des clients en privé.
02:54Mais effectivement, en termes de cadence, l'enjeu actuel c'est la cadence de vol.
02:57C'est combien de lancements peuvent désengorger le marché.
03:01Ride, parmi d'autres, achète des positions des fusées.
03:03Là, on a annoncé très récemment qu'on avait acheté une tonne à mettre à disposition pour le marché européen.
03:08Justement pour désengorger un maximum le marché.
03:10Mais ce n'est pas suffisant.
03:11Donc en fait, c'est un mouvement qui a encore un petit peu de mal à aboutir.
03:16Globalement, la zone de tension, c'est entre maintenant et 2029.
03:18On estime qu'après 2029, il y aura un marché beaucoup plus ouvert avec des acteurs européens, sud-asiatiques et
03:23américains
03:23qui seront en mesure de donner un peu d'oxygène.
03:27Parce que votre métier, c'est un peu comme si on fait ça, ça me fait penser un peu au
03:31tourisme.
03:31Vous préachetez, comme si vous préachetiez des places dans un avion, en fait, pour une destination.
03:39Et après, vous revendez ces places.
03:41C'est ça ?
03:42Exactement.
03:42En fait, on vient apporter...
03:44Là, vous achetez des tonnes.
03:45Alors, c'est des tonnes, bien sûr.
03:46Mais à quel lanceur vous avez acheté cette tonne ?
03:48Aujourd'hui, on a des positions et des tonnes qui sont achetées principale sur SpaceX.
03:51Parce que c'est ce qu'ils lancent dans des conditions fiables et fréquentes.
03:56On discute de manière très étroite avec des fusées européennes.
03:59On a lancé plus de 40 satellites dans le monde dans les trois dernières années.
04:02On a lancé sur Ryan 6, on a lancé sur Aview en Italie.
04:04Donc, globalement, pour 10 lancements sur SpaceX, on en a un ou deux ailleurs.
04:08Mais globalement, Ride a toujours un footprint le plus orienté entre donner une part belle à l'Europe
04:13dans des conditions de marché qui, aujourd'hui, vont quand même vers un monopole quasi-exclusif de SpaceX
04:17sur le vol partagé, c'est-à-dire sur les satellites de moins de 500 kilos
04:20qui sont tous regroupés sous une même coiffe.
04:24Ça veut dire que vous allez voir SpaceX, par exemple, vous leur dites
04:26« Écoutez, à combien vous me faites la tonne de lancements ? »
04:30Enfin, je schématise au maximum, mais pour qu'on comprenne bien,
04:34« À combien vous allez me faire la tonne sur SpaceX, en fait ? »
04:39C'est ça ?
04:39Exactement. En fait, aujourd'hui, SpaceX a débloqué un marché commercial de l'accès à l'orbite basse.
04:44Il y a des prix qui sont sur étagères, des manifestes de...
04:47C'est que de l'orbite basse ?
04:48C'est que de l'orbite basse. Tout ce qui est, après, orbite un peu plus lointaine,
04:51multiplanétaire, c'est, on va dire, un peu plus complexe à opérer.
04:53Mais dans l'absolu, c'est les mêmes logiques commerciales avec SpaceX.
04:56Ils sont très commerciales orientés.
05:00Mais globalement, ce qui est compliqué en ce moment, c'est de débloquer plus de lancements,
05:03y compris chez SpaceX, pardon, puisqu'aujourd'hui, la priorité de SpaceX est donnée à trois axes.
05:09Starlink, la défense, dans le contexte qu'on connaît tous,
05:11et après la vision presque civilisationnelle d'Elon Musk,
05:14avec les data centers en orbite, avec l'exploration lunaire et martienne.
05:18C'est-à-dire qu'eux, ils sont VIP.
05:20Exactement.
05:21Ils ont le gros de la capacité.
05:23Et nous, on doit se battre.
05:24Et après, il reste des miettes ?
05:25Les places restantes, oui, on peut dire ça.
05:27Globalement, les vols commerciaux partagés, qui est notre créneau,
05:30il y a une dizaine de vols par an, là où SpaceX lance quasiment 150 fois par an.
05:34Donc en fait, ça reste...
05:36Même pas 10% en fait.
05:37Ça reste le bas de ligne, on va dire, des priorités SpaceX,
05:42mais pour un ensemble d'acteurs de l'écosystème européen,
05:44les opérateurs de satellites, les dispensants motorisés,
05:46c'est crucial et c'est vital, en fait, ces accès à l'espace.
05:49Donc en fait, aujourd'hui, Ride et le marché européen,
05:51est face à une impasse, pour laquelle des solutions se mettent en place,
05:55ça prend du temps, mais globalement, Ride fait partie de ces solutions.
05:59– Mais après, qui vient vous voir, en fait ?
06:01Ce sont des sociétés qui veulent lancer à tout prix, rapidement, des satellites, c'est ça ?
06:07– Exactement.
06:07– Et qui vous disent, écoutez, moi j'ai un satellite qui fait 300 kilos,
06:11j'aimerais qu'il parte en 2028, par exemple, ou 2029, je ne sais pas trop.
06:14Est-ce que vous pouvez trouver un créneau ?
06:16Et vous, vous occupez de tout.
06:17– On trouve le créneau, on gère la logistique pré-lancement
06:19et l'intégration sous coiffe.
06:20Donc à titre d'exemple, on travaille en France avec des entreprises
06:23que vous avez sûrement reçues ici, Space Walker, Exotrail.
06:25Mais le but, effectivement, c'est d'accompagner un service, une expertise,
06:29ce qui n'est pas que le courtage, c'est aussi tout le reste.
06:31Parce qu'en fait, vous faisiez l'analogie avec l'aviation ou le tourisme.
06:37Aujourd'hui, lancer un satellite, c'est évidemment acheter une place,
06:40mais c'est après répondre à un cahier des charges qui est ultra spécifique, ultra pointu,
06:44réglementaire, technique, programmatique.
06:45Et nous, on accompagne des clients pour être là, dans les bonnes conditions, de prix, de délai.
06:49– Donc en fait, le client fabrique le satellite, c'est tout.
06:51Après, vous vous occupez du reste.
06:52– Sur le lancement, oui. Après, il l'opère en orbite,
06:54donc après, il reprend la main sur le véhicule.
06:55– Oui, bien sûr. Mais à partir du moment où il l'a fabriqué, vous venez le prendre,
06:57vous l'acheminez où il faut l'acheminer.
06:59– Absolument.
07:00– Et il est intégré dans la fusée, il part,
07:03et à partir de là, l'opérateur du satellite reprend la main, c'est ça ?
07:07– Exactement. C'est donc ce qu'on appelle les services de lancement.
07:10Et donc c'est un métier qui est assez historique, en fait, finalement, dans le spatial,
07:13qui est assez peu connu, mais qui devient de plus en plus critique.
07:16Et on est fiers de porter cette voie en France, on est leader français.
07:19Et on compte maintenant ouvrir plus encore de positions, encore une fois.
07:23Là, on passe vraiment en x10, en fait, par rapport à notre agenda des années précédentes.
07:27On n'avait acheté quelques centaines de kilos, et là, on passe à plusieurs tonnes.
07:30– D'accord. Vous avez parlé de SpaceX.
07:33Est-ce que vous êtes en train de négocier avec Ariancy, justement,
07:35pour essayer d'avoir des tonnes, on va dire, libres,
07:41pour acheminer d'autres satellites ?
07:43– Absolument. Il y avait, par exemple, un grand congrès spatial européen,
07:46la semaine dernière, à Amsterdam, et donc nous, on était intervenants
07:49au titre de notre métier, encore une fois.
07:50Nous, on porte vraiment un discours d'avoir un programme de lancement partagé en Europe,
07:54soutenu par les pouvoirs publics, qui donne la part belle aussi
07:56à des alternatives concrètes, crédibles à SpaceX,
07:59y compris pour donner, on va dire, une part belle aux satellites européens.
08:04Donc c'est clairement des choses qu'on est en train d'essayer de mettre en place
08:06le plus possible, pour qu'il y ait une certaine équité
08:09dans le rapport de pouvoir de l'accès à l'espace.
08:11– Est-ce qu'il y a malgré tout des lignes rouges que vous ne franchissez pas ?
08:13On sait qu'il y a des lanceurs en Chine.
08:15– Bon, la Russie, OK.
08:16– Bien sûr, la Russie est sous embargo, donc c'est hors de question.
08:19– Voilà.
08:19– Globalement, un lancement spatial, c'est très réglementé.
08:24Donc, à la fois sur les questions de désorbitement,
08:26sur les questions de payload de satellites biologiques,
08:28il y a des règles à respecter, on les respecte,
08:31et après, nous, on a notre agenda, c'est-à-dire, effectivement,
08:33on ne travaille pas avec des pays qui sont sous embargo,
08:35qui sont blacklistés.
08:36L'extrême majorité de nos lancements se font en Europe et aux États-Unis.
08:40Pour l'instant, ça se passe très bien, et on continue comme tel.
08:42– Très bien, écoutez, merci beaucoup.
08:45Passionnant, tout ça, Valentin Benoît, président et cofondateur de Ride.
08:49– Sous-titrage ST' 501
Commentaires