00:01Tech & Co, la quotidienne, la start-up.
00:05Romain Luquen nous arrogeant sur ce plateau. Bonsoir Romain.
00:08Bonsoir François.
00:08Vous êtes le CEO et cofondateur d'Aldoria.
00:11Alors pour vous présenter, on va dire brièvement, vous êtes polytechnicien, docteur en physique des plasmas aussi.
00:17Vous êtes passé notamment par Airbus et la Jaxa aussi.
00:22Et vous travaillez donc, vous êtes cofondateur et CEO, je le disais, d'Aldoria,
00:28qui est hyper intéressante parce que vous, l'idée c'est la surveillance de l'espace.
00:34Vous observez des satellites et des débris, vous calculez leur trajectoire,
00:38vous aidez les opérateurs aussi à éviter des collisions.
00:41Expliquez-nous comment vous est venue l'idée d'Aldoria.
00:45Fondamentalement, il y a une dizaine d'années, je démarrais ma carrière dans le domaine spatial
00:49et j'ai découvert la problématique des débris spatiaux,
00:52qui était à une époque où le spatial était en train d'exposer.
00:55On était pré-Starlink, c'était encore le début de SpaceX.
00:59Il y a dix ans, Starlink n'existait pas.
01:02Oui, mais c'était dans l'air du temps, il y avait OneWeb qui commençait à se déployer,
01:05donc il y avait ce phénomène d'accélération du spatial qui commençait à être perceptible
01:09et une myriade de débris spatiaux qui menaçaient tous ces satellites
01:13dont nos vies allaient devenir de plus en plus dépendantes.
01:16Donc moi, j'ai cru à ce problème d'abord et ensuite j'ai essayé de trouver des solutions
01:21et c'est comme ça qu'est né Aldoria.
01:24Incroyable !
01:25Alors, vous estimez vous-même qu'il y a environ 1,1 million de débris spatiaux
01:31de 1 à 10 cm qui sont suffisamment gros pour gravement endommager un satellite
01:38et donc c'est un problème parce que ces débris, on va en avoir de plus en plus.
01:43Tout à fait, il y a de plus en plus de débris à cause des collisions
01:46et des fragmentations en orbite.
01:47Tous ceux qui ont vu Gravity, c'est à peu près ça.
01:50Les débris sont plus gros dans Gravity, mais c'est la même histoire.
01:54Il y a effectivement des petits fragments.
01:55Quand vous avez une explosion, vous avez des gros fragments
01:57et puis vous avez des tout petits fragments.
01:58Et en fait, un petit fragment qui va extrêmement vite dans l'espace,
02:01c'est un projectile qui peut traverser n'importe quoi,
02:04y compris un satellite, y compris une station spatiale
02:06où il peut y avoir des astronautes.
02:09Donc ça, c'est effectivement des technologies qu'on a développées,
02:12technologies de suivi, de calcul de trajectoire, d'évitement de collision.
02:16Et dans le contexte actuel, on est amené de plus en plus
02:18à traquer pas seulement des débris, mais aussi des satellites
02:21qui sont de plus en plus agiles, qui ont de plus en plus de capacités de manœuvre
02:24et qui sont de plus en plus impliqués sur les théâtres d'opérations militaires.
02:27Alors ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un aspect de défense
02:30qui est passionnant chez vous.
02:32C'est-à-dire que vous détectez plus seulement les débris,
02:34mais aussi les satellites qui sont potentiellement hostiles, c'est ça ?
02:39Oui, tout à fait.
02:40Donc les satellites, en général, ils sont plus gros que les plus petits débris,
02:43donc ils sont plus faciles à détecter.
02:45Mais par contre, ils peuvent manœuvrer.
02:46Et donc, à ce titre, il faut être capable de les traquer relativement fréquemment
02:50pour ne pas perdre leur titre.
02:51Mais comment on reconnaît justement un comportement suspect
02:54d'un satellite dans l'espace ?
02:56Eh bien, on est toujours en train de mettre à jour la trajectoire,
02:59voir si elle est cohérente avec une trajectoire physique,
03:01voir si il y a une manœuvre, voir si cette manœuvre est cohérente
03:04avec un mode de fonctionnement normal d'un satellite.
03:06s'il viendrait remplir une mission de télécommunication ou d'observation de la Terre.
03:10Et si on observe des manœuvres ou des comportements qui sortent de la norme,
03:15eh bien là, on peut les flaguer et renforcer le suivi à ce moment-là et l'analyse.
03:21Aujourd'hui, quels sont vos clients ?
03:23Aujourd'hui, on travaille pour l'Agence spatiale nationale, le CNES.
03:27On travaille pour l'ESA également, pour la Commission européenne via le programme EUSST,
03:32qui est un programme fondamental, puisque vous connaissez sans doute
03:35Galileo Copernicus, les gros programmes spatiaux de la Commission européenne.
03:39Eh bien, il y a un nouveau programme qui a été lancé il y a une dizaine d'années
03:43qui s'appelle l'EUSST, qui devient un programme majeur pour la Commission européenne,
03:48puisqu'il s'agit de sécuriser tout le reste.
03:50D'accord.
03:52Aujourd'hui, il y a beaucoup de satellites qui nous observent.
03:55Aujourd'hui, il y a des centaines et des centaines de satellites.
03:57Alors, de manière légitime, parce qu'évidemment, l'observation de la Terre,
04:00elle peut être légitime pour connaître le degré, on va dire, de sécheresse d'un champ, etc.,
04:06pour la météo, mais on va dire une observation, un espionnage en quelque sorte.
04:13Oui, prendre des photos avec des satellites de la Terre, ce n'est pas interdit, c'est légitime.
04:17Ensuite, c'est qu'est-ce qu'on en fait qui devient important.
04:21Donc, depuis la guerre froide, l'observation de la Terre a été utilisée à des fins stratégiques,
04:27mais de plus en plus, et en partie dans le conflit entre l'Ukraine et la Russie,
04:30c'est utilisé au niveau tactique, pour du ciblage, pour vraiment trouver des cibles
04:35et viser des cibles sur le champ de bataille.
04:38Et donc, on n'est plus dans le stratégique, on est vraiment dans l'opérationnel et le tactique.
04:42Et donc, forcément, c'est une manière de considérer les satellites différemment que ça l'était par le passé.
04:49Ces satellites, vous les détectez par leur comportement,
04:53mais est-ce que c'est aussi par leur forme ou par vie ?
04:56Est-ce que c'est visuel ?
04:58Ou est-ce que c'est que des traces, finalement, numériques ?
05:02Alors, effectivement, c'est des traces sur une image, donc ce n'est pas des images résolues,
05:06c'est des traces sur des images, mais qui portent la signature de l'objet via la variation du signal
05:12lumineux.
05:13Donc, on peut avoir une idée de la taille de l'objet, on peut avoir une idée de la manière
05:16dont il tourne sur lui-même.
05:19Et avec la station multispectrale que vous avez derrière vous,
05:22vous pouvez avoir une information sur les matériaux qui sont sur les satellites.
05:28Parce qu'au-delà de l'observation et de la détection, on va dire, de ces satellites,
05:31est-ce que vous avez un pouvoir de nuisance sur ces satellites aussi ?
05:34Alors, nous, on n'a pas de pouvoir de nuisance, on n'a pas construit d'armes anti-satellites,
05:39mais en revanche, on a annoncé tout récemment la participation à un programme du Fonds européen de défense
05:45qui s'appelle IO Blinding, qui vise à aveugler des satellites d'observation de la Terre.
05:50IO, c'est Earth Observation, c'est l'observation de la Terre.
05:52Donc, les aveugler avec des sources laser ou des sources RF.
05:55Donc, c'est un programme en partenariat...
05:58Donc, vous êtes là-haut avec...
05:59Vous détectez, par exemple, des satellites qui espionnent.
06:03Oui.
06:03Qu'est-ce que vous faites ? Vous leur envoyez un laser qui va brouiller, en fait, leur caméra, c
06:09'est ça ?
06:09Ou leur capteur ?
06:10Alors, le laser, en fait, il va pouvoir ébouiller les satellites de manière temporaire et réversible.
06:17Donc, on n'a pas vocation à avoir...
06:19Oui, vous n'allez pas les endommager.
06:21On ne va pas les endommager, mais on va les aveugler pendant un bref instant.
06:25Le temps essentiel pour conduire une opération militaire.
06:28C'est intéressant, ça.
06:29Et vous l'avez déjà fait, ça ? Ou pas ?
06:31Ou est-ce que c'est un projet ?
06:32C'est un projet de R&D qu'on a remporté cette année avec le Fonds européen de défense,
06:36qui va s'échelonner sur plusieurs mois.
06:38Et on espère pouvoir mettre cette technologie à disposition des forces armées européennes dans les prochaines années.
06:45Très bien.
06:46On espère, si c'est nécessaire, on espère de ne pas avoir à s'en servir.
06:50Évidemment.
06:51Mais pour les temps qui courent, il faut se...
06:53C'est fort probable, non ?
06:54Quand même.
06:55Aujourd'hui, en réalité, avec les capacités d'observation de la Terre dont disposent les grandes puissances,
07:01on ne peut plus rien faire discrètement sur le champ de bataille.
07:04C'est ça.
07:04Donc, si on veut être capable de faire quelque chose discrètement,
07:07il faut se servir d'un système de leurre, d'aveuglement de satellites, de brouillage.
07:12Sinon, tout est transparent pour l'adversaire.
07:15Passionnant.
07:16Merci beaucoup Romain Luquen.
07:18Vous êtes le CEO et cofondateur d'Aldoria.
07:21Voilà.
07:22C'est hyper intéressant.
07:24Merci d'être passé par le plateau de Tech & Co.
07:25C'est hyper intéressant.
Commentaires