00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:05C'est l'heure de Sud Radio vous explique, le drame avait bouleversé la France entière.
00:10Souvenez-vous, Alban Gervaise, médecin militaire assassiné au couteau alors qu'il était venu chercher ses enfants à l'école.
00:18C'était il y a 4 ans, l'auteur des faits, un certain Mohamed El, originaire de Brignol dans le
00:25Var,
00:25a depuis été déclaré irresponsable et il va être partiellement libre.
00:30Nous sommes avec l'avocat de Christelle Gervaise, la veuve donc du médecin militaire.
00:35Bonjour maître Stéphane Bonichaud.
00:37Bonjour.
00:38Merci infiniment d'avoir accepté notre invitation ici dans le studio de Sud Radio.
00:42Quand avez-vous appris la nouvelle de la libération de cet homme ?
00:46Alors je précise, c'est une libération partielle, c'est bien cela dont il s'agit ?
00:50Oui, tout à fait, c'est une libération partielle, de manière tristement ironique.
00:56Cette libération a été communiquée par le parquet à Madame Gervaise, 4 ans, jour pour jour, après la mort de
01:07son mari.
01:09Donc évidemment, c'est très difficile à comprendre et à encaisser.
01:16Et effectivement, il sera partiellement libre, il sera suivi à l'hôpital pendant la semaine en journée et le soir
01:23et le week-end, il rentrera chez lui.
01:25Alors on précise aux auditeurs qu'il est déclaré irresponsable.
01:29Il y a une irresponsabilité pénale qui fait qu'il a une sorte d'enfermement, enfin ce n'est pas
01:33une sorte, c'est un enfermement partiel puisqu'il est en soins.
01:37J'ai envie de vous poser une question très simple, pourquoi il ne reste pas en soins 24h sur 24,
01:427 jours sur 7 ?
01:43C'est exactement notre question, de deux choses l'une, soit il est extrêmement dangereux, comme on nous l'a
01:49dit lors des débats devant la chambre de l'instruction,
01:52et c'est aussi la conclusion des expertises psychiatriques, il est extrêmement dangereux, il a besoin de soins psychiatriques,
01:59et dans ce cas-là, il doit être pris en charge de manière ferme et pendant une durée longue,
02:07soit il n'est finalement pas si responsable que ça et on ne voit pas non plus ce qu'il
02:11fait dehors.
02:12Oui, alors dans les deux cas, ça ne fonctionne pas.
02:14Oui, et dans les deux cas, vous ne comprenez pas et Mme Gervais ne comprend pas.
02:18Ça signifie qu'il échappe non seulement à la prison, on est bien d'accord, on le rappelle,
02:22et donc à la cour d'assises, et donc à des explications, et donc à une forme de réparation,
02:26mais pourquoi pas une obligation de soins permanente ?
02:30Est-ce que c'est dû à une altération du discernement ou une abolition totale ?
02:35De quoi souffre-t-il très exactement ?
02:37Alors, ce qui s'est passé lors du meurtre, et ce qui a été analysé par les psychiatres,
02:44c'est une bouffée délirante qui a révélé une pathologie psychiatrique qui était antérieure,
02:50et qui a notamment été alimentée par une très forte consommation de cannabis.
02:55Voilà.
02:56Et ça, ça suffit à déclarer l'irresponsabilité pénale, si je puis dire.
03:00Je ne dis pas qu'il ne souffre pas, mais...
03:02Alors nous, on a évidemment contesté cette irresponsabilité pénale,
03:05il y a plusieurs éléments qui nous laissaient penser.
03:07Vous avez par exemple la possibilité de demander une contre-expertise ?
03:10On avait la possibilité, on l'a fait, de demander une contre-expertise.
03:15On avait un certain nombre d'éléments qui nous ont interpellés sur...
03:19Desquels ?
03:20En l'occurrence, il avait fait des repérages devant cette école,
03:23il avait attaqué d'autres personnes,
03:26il avait une consommation très importante de cannabis,
03:32ce qui a laissé penser que l'altération de sa situation psychiatrique
03:37était notamment due à son propre fait.
03:39C'est intéressant parce que je lisais, en préparant cet entretien,
03:43que l'irresponsabilité pénale peut être levée,
03:46notamment dans les affaires de viol, lorsqu'il y a consommation de drogue.
03:50Parce que c'était le cas avant,
03:52et depuis une nouvelle disposition dans la loi,
03:55cette irresponsabilité peut être levée dans le cas des crimes sexuels,
03:58mais pas dans le cas de ce meurtre.
04:02L'irresponsabilité pénale aurait pu être levée dans cette situation.
04:06Depuis, vous vous rappelez sans doute l'affaire Alimi,
04:09qui est assez similaire à l'affaire Gervaise.
04:12La loi avait été modifiée,
04:15et on peut lever l'irresponsabilité pénale
04:18lorsque une personne a consommé des substances psychoactives
04:24dans l'objectif de commettre une infraction.
04:27Donc il faut rapporter la preuve que cette consommation a été faite
04:30avec cet objectif.
04:35C'est une condition très restrictive
04:36qui n'a pas été démontrée ici.
04:39Et est-ce que c'est encore possible ?
04:42Est-ce que vous pourrez le démontrer à l'avenir ?
04:44Ou bien est-ce que là, c'est terminé ?
04:47Nous avons fait par l'intermédiaire de mon cabinet
04:49un pourvoi en cassation,
04:51donc on a encore cette bataille judiciaire à mener.
04:54Et on va essayer de démontrer
04:56qu'effectivement, on aurait dû prendre
04:57de manière beaucoup plus importante
04:59en compte la consommation volontaire
05:02de substances psychoactives, en l'occurrence de cannabis.
05:04Il nous reste très peu de temps, Maître Bonichaud.
05:06J'ai évidemment envie de consacrer cette dernière minute
05:08à Madame Gervaise.
05:09Comment va-t-elle ?
05:10Elle craint de croiser le meurtrier de son mari ?
05:12C'est un point extrêmement important
05:15que vos auditeurs doivent savoir.
05:17C'est qu'une mesure d'éloignement,
05:18il y a des mesures de sûreté qui peuvent être prononcées
05:20dans les cas d'irresponsabilité pénale.
05:23Et en l'espèce, la Chambre de l'instruction
05:25n'a pas jugé nécessaire de prononcer
05:27une mesure d'éloignement.
05:28Si bien que le meurtrier
05:30habite toujours dans les bouches du Rhône,
05:33précisément là où habitent
05:34Madame Gervaise et ses enfants.
05:38Est-ce que Christelle Gervaise redoute ce moment
05:40parce qu'il va y avoir une libération,
05:42on l'a compris, partielle ?
05:44Il y a un moment, il y a un jour J,
05:45il y a un moment où il est dehors
05:47à moitié ou certains jours de la semaine.
05:49Exactement.
05:50Les informations sont assez parcellaires
05:51sur le suivi quotidien
05:55et le jour exact de sa sortie.
05:56Mais évidemment qu'elle craint
05:58de le croiser, elle craint pour sa sécurité,
06:00pour celle de ses enfants.
06:01Et puis il y a cet aspect de feuilletonnage
06:04qui doit être insupportable à dire.
06:06Comment vit-elle ce moment
06:07et comment va-t-elle en ce moment
06:09depuis ce drame ?
06:11C'était il y a quatre ans.
06:12Et je rappelle un point
06:13qui est extrêmement important.
06:14L'auteur des faits a commis
06:16ce meurtre, cette agression,
06:18et a débuté cette agression
06:19dans la voiture
06:20alors que la petite dernière,
06:22âgée de 20 mois,
06:23était sanglée derrière
06:25et qu'elle a tout vu.
06:26Absolument.
06:27C'est un crime tout à fait barbare.
06:30Sa plus jeune fille
06:31était dans la voiture
06:32avec son père
06:33et évidemment
06:34elle était témoin
06:36de ce meurtre,
06:37de cette agression.
06:39Et évidemment,
06:41il faut la prendre en charge,
06:42elle,
06:43c'est ce que fait Mme Gervaise.
06:44Elle a des flashs, la petite,
06:46elle a des souvenirs,
06:46elle le manifeste.
06:47Exactement,
06:48elle le manifeste,
06:49elle a des souvenirs,
06:50même si elle était toute petite
06:51et donc elle a besoin,
06:52elle aussi,
06:53et toute la famille
06:54d'un suivi psychiatrique,
06:55ce qu'ils font.
06:56Merci infiniment Stéphane Bonichaud
06:58d'être venu nous voir
06:59et évidemment on est du côté des victimes
07:01et on pense beaucoup à Mme Gervaise.
07:05On va parler de tout autre chose à présent.
07:07Merci Stéphane Bonichaud.
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