00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:067h42 sur Sud Radio.
00:07Sud Radio vous explique ce procès de l'adolescent qui a tué Agnès Lassalle, l'enseignante d'espagnol à Saint
00:12-Jean-de-Luz.
00:12On pose la question de la santé mentale des jeunes.
00:15L'adolescent, il n'est pas question de l'excuser ou quoi que ce soit, mais il était traité pour
00:20dépression.
00:21Il aurait fait une tentative de suicide auparavant.
00:26Nous sommes avec le psychiatre, expert judiciaire auprès des tribunaux, le docteur Laurent Laillet.
00:32Docteur Laurent Laillet, bonjour.
00:34Bonjour.
00:35Bonjour.
00:36Petite question avant de parler de la santé mentale des jeunes et peut-être de ce qu'il faudrait essayer
00:44de faire.
00:45Notamment avec, on le sait, il y a eu la volonté de consultation beaucoup plus pour les jeunes.
00:53Mais l'accès n'est pas forcément aussi simplifié que ça.
00:56Il y a trois expertises du jeune qui dit avoir entendu des voix.
01:01Et les trois expertises sont plutôt contradictoires.
01:06Il y en a une qui disait qu'il était pleinement responsable, un discernement un peu altéré.
01:11Et puis l'autre qui disait qu'il n'avait aucun discernement.
01:14C'est quand même compliqué de cerner la santé mentale des jeunes.
01:19Alors oui, oui, oui, c'est un exercice qui est difficile.
01:22Alors après, il ne faut pas laisser penser que les experts ne sont jamais d'accord.
01:26Dans la plupart du temps, les experts sont d'accord à la fois sur le diagnostic.
01:30Ce qui est plus difficile, c'est l'interprétation médico-légale.
01:33C'est-à-dire, est-ce qu'il y a un lien entre des troubles psychiques et un passage à
01:36l'acte ?
01:37Et là, c'est un exercice qui est beaucoup plus complexe et qui, des fois, et ce procès en est
01:41l'illustration,
01:43ça devient plutôt compliqué et ça brouille un petit peu la lecture des débats.
01:47Oui, bien sûr.
01:48Pour les jurés, ça va être évidemment compliqué.
01:52Mais c'est aussi ça, un procès, pour essayer de comprendre, en fait, un peu les choses.
01:57La santé mentale des jeunes, est-ce que c'est pris suffisamment au sérieux par les services publics,
02:03par la société dans son ensemble, docteur Laurent Laillet ?
02:08Alors, d'abord, en préambule, je voudrais dire qu'il n'y a pas de lien direct
02:11entre la question de la santé mentale et la question des passages à l'acte chez les jeunes.
02:16D'accord.
02:16Mais par contre, oui, je suis d'accord avec vous, les indicateurs que l'on a actuellement
02:21sur la santé mentale des 18-24 ans montrent qu'il y a une dégradation,
02:25c'est-à-dire qu'il y a de plus en plus d'épisodes dépressifs,
02:28il y a de plus en plus d'idéations suicidaires,
02:30et aujourd'hui, on va dire que le secteur psychiatrique est en grande souffrance
02:35pour prendre en charge ces jeunes.
02:36Oui. On l'explique comment, justement, ça ?
02:40Le fait qu'il y ait ce grand danger pour les jeunes aujourd'hui ?
02:45Alors, déjà, les soins sont réduits de plus en plus,
02:48c'est-à-dire qu'il y a une difficulté d'avoir accès à des prises en charge,
02:53et tout l'axe, la prévention de la santé des jeunes a été réduite de façon drastique,
03:00donc ça, c'est un premier point.
03:01Et puis, il y a aujourd'hui ce qu'on appelle les facteurs de stress extérieurs,
03:04les facteurs de stress environnementaux, la société dans laquelle on vit,
03:07qui montrent que les jeunes, à l'heure actuelle, que ce soit sur un plan social,
03:11sur un plan scolaire, professionnel, sont de plus en plus soumis à des facteurs de stress,
03:15et en conséquence, leur santé se dégrade.
03:19Psychique, je parle.
03:19Oui, psychique. On le dit, c'est souvent aggravé aussi par les écrans qu'ils ont devant les yeux,
03:25quels qu'ils soient, en fait, un peu, ces écrans,
03:28où ça vous rend complètement accro et dans une forme de tension,
03:34alors qu'il faudrait un petit peu se décontracter, justement, quand on est jeune.
03:39Alors, là aussi, il n'y a pas de lien direct, c'est pas l'écran qui dégrade la santé,
03:43c'est la façon dont on utilise les écrans,
03:47combien de temps on les utilise par jour,
03:49et quel impact ça peut avoir sur la question de l'isolement social,
03:53l'isolement affectif, parce que le lien à travers les écrans
03:56ne remplace jamais le lien social, on va dire, en présentiel.
03:59Bien sûr, bien sûr, évidemment.
04:01Qu'est-ce que vous conseillez, vous, aux parents qui nous écoutent,
04:05qui ont des ados,
04:08parce que c'est souvent à l'adolescence qu'on est un peu perturbé,
04:12docteur Laurent Laillet,
04:13comment bien les élever et puis les mettre sur de bons rails
04:20pour éviter, évidemment, ces complications de santé mentale ?
04:25Alors, déjà, avec un adolescent, lorsqu'on est parent d'adolescent,
04:29le plus important, c'est d'abord de ne pas rompre le lien.
04:32Parce que c'est vrai qu'au fur et à mesure,
04:34si l'adolescent prend de la distance,
04:36l'idée, c'est quand même de conserver un lien avec lui,
04:39un contact avec lui, ça c'est un premier point.
04:41Et le deuxième point, c'est peut-être d'avoir dans la tête
04:44quelques signes d'alerte,
04:45qu'un adolescent consomme, entre guillet et des écrans,
04:49c'est pas en soi une problématique,
04:51mais que les écrans prennent la place de tout le reste,
04:54c'est-à-dire ses loisirs sportifs,
04:56ses contacts sociaux,
04:58ou même sa scolarité,
05:00c'est là où on doit commencer à s'inquiéter.
05:01Oui, c'est ça.
05:02Et là, dans ces conditions, il ne faut pas hésiter,
05:04parce qu'on hésite à envoyer son enfant
05:07aussi chez un psy.
05:09On se dit, oh là,
05:10il y a une forme de dramatisation
05:12à travers un rendez-vous tel que celui-ci.
05:16Il faut dédramatiser, justement, un petit peu tout ça, non ?
05:19Alors, complètement.
05:20Franchement, d'abord, il faut penser,
05:22il y a des maladies honteuses en France.
05:24Je veux dire, les maladies sexuellement transmissibles.
05:27Pendant très longtemps, la question des cancers,
05:29c'était des maladies honteuses.
05:30Et les maladies mentales sont...
05:32Mais il ne faut pas confondre santé mentale,
05:35c'est-à-dire avoir des idées noires,
05:38des idées suicidaires,
05:38et maladies mentales au sens de la folie.
05:41Il n'y a pas plus de maladies mentales,
05:42c'est-à-dire de troubles schizophréniques, etc.
05:45Et puis, ce n'est pas parce qu'on va avoir
05:46un psychologue ou un psychiatre
05:48pour parler de sa souffrance
05:50que forcément, on est fou
05:51ou forcément, on a une maladie psychiatrique.
05:54Oui.
05:55Non, mais particulièrement intéressant.
05:57Merci, docteur Laurent Laillet,
05:59psychiatre, expert judiciaire auprès des tribunaux.
06:02Évidemment, on s'interrogeait ce matin
06:05en parallèle de ce procès
06:06qui a démarré à Pau
06:08sur l'enseignante espagnole à Saint-Jean-de-Luz.
06:11Bien sûr, on continuera de le suivre sur Sud Radio.
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