00:00La grande matinale
00:027h50 sur Inter, Benjamin Duhamel, votre invité, a été ministre.
00:07Les trois lettres qui font son surnom vous rappelleront peut-être une époque où la droite était au pouvoir,
00:11où l'on parlait de Nicolas Sarkozy pour sa politique et pas pour sa présence dans les prétoires.
00:15Près de dix ans après avoir quitté la vie publique, elle a choisi France Inter pour prendre la parole.
00:20Bonjour Nathalie Kosysko-Morizet.
00:21Bonjour Benjamin Duhamel.
00:22Merci d'être avec nous ce matin. Je commence avec une question simple que se posent sans doute beaucoup d
00:26'auditeurs.
00:27Est-ce que votre présence ici ce matin signifie que vous revenez en politique ?
00:31Ma présence ce matin, c'est d'abord parce que je trouve qu'on est dans un monde qui est
00:36confronté à des très grandes transformations.
00:39Et ce sont des sujets qui m'ont toujours mobilisé. J'ai eu la chance de travailler beaucoup dessus.
00:43La transition énergétique, plus récemment la transformation numérique et maintenant l'intelligence artificielle.
00:51Et je pense que j'ai envie, je crois qu'on est à un moment en fait où il ne
00:56faut pas se tromper.
00:56Et j'ai l'impression que j'ai des choses à dire sur le sujet.
00:58J'ajoute que, vous l'avez dit, ça fait dix ans. Dans ces dix ans, j'ai passé sept ans
01:02pendant lesquels j'ai vécu et travaillé aux Etats-Unis.
01:05Un moment de grande transformation technologique. On parlait de l'intelligence artificielle juste avant.
01:10Un moment de polarisation politique massive parce que c'était la fin du mandat Trump, puis le retour de Trump.
01:15Et puis un moment de mutation du capitalisme avec une concentration de la richesse, une concentration du pouvoir.
01:22La phrase d'Arthur Mensch, d'ailleurs, il faisait écho.
01:26Là aussi, c'est des grandes transformations.
01:27La société américaine est très différente de la société française.
01:30Mais malgré tout, je pense que ça a été un poste d'observation et de réflexion important sur les grandes
01:36transformations.
01:36Donc voilà, j'ai l'impression qu'il y a des choses à dire.
01:38Et on va effectivement en tirer quelques leçons ensemble ce matin.
01:41Mais simplement, peut-être aussi que certains auditeurs se disent qu'elle revient au moment du crépuscule du macronisme.
01:47C'est quoi ? C'est la revanche de l'ancien monde contre ceux qui se présentaient comme étant le
01:51nouveau monde en 2017 ?
01:53Surtout pas. Moi, seul l'avenir m'intéresse.
01:56Et tout ce que je vous dis là, ces sujets dont je parle, la transformation, la transition écologique, la crise
02:04énergétique,
02:05l'émergence de l'intelligence artificielle, ils viennent pas de nulle part.
02:08Ça fait longtemps que je travaille là-dessus, sur ces grandes transformations.
02:11Mais aujourd'hui, ils explosent. Ils explosent dans notre quotidien.
02:14On est dans un monde dans lequel il y a de plus en plus de crises, face auxquelles on a
02:20des dépendances.
02:20On a toujours eu des dépendances. La dette, la défense, l'énergie, tout ça sont des dépendances.
02:26Mais dans le monde dans lequel on est, dans le monde turbulent, ces dépendances, elles deviennent des vulnérabilités.
02:31Et ça, c'est un risque pour notre liberté. C'est tout ça dont on va parler dans cette élection.
02:36Et je crois qu'il y a des choses à dire.
02:37Eh bien justement, cette élection, on va là encore évacuer une question qui se pose.
02:42On est à moins d'un an de l'élection présidentielle.
02:44Est-ce que vous réfléchissez, comme d'autres, à une candidature à l'élection présidentielle ?
02:47Ou est-ce qu'au contraire, votre choix est fait ? Est-ce que vous savez qui vous allez soutenir
02:53?
02:53Alors, je ne suis candidate à rien, Benjamin Duhamel.
02:56Je vais vous changer peut-être parce que toutes les semaines, une nouvelle personnalité politique vient déclarer une candidature.
03:01Non, aujourd'hui, on se détend. Je ne suis candidate à rien.
03:04Je vais soutenir Edouard Philippe.
03:05Je pense qu'il a la capacité...
03:09On a besoin d'un grand rassemblement face à tous ces enjeux dont on parle là.
03:13Et je pense qu'il a cette capacité à rassembler, à rassembler dans le calme, à rassembler dans le dialogue.
03:18Je voudrais dire un mot là-dessus, si vous permettez, parce que moi, une des choses qui me frappent énormément...
03:22Et simplement, juste un rapport d'étonnement sur Edouard Philippe, même si on va parler de la droite dans un
03:25instant.
03:26Vous avez quitté la vie politique en 2017 au moment où Emmanuel Macron arrive, vous perdez aux législatives,
03:31et vous finissez par soutenir celui qui a été Premier ministre d'Emmanuel Macron pendant trois ans.
03:36Oui, moi, ce n'est pas seulement cette filiation-là qui m'intéresse.
03:39C'est la capacité, aujourd'hui, à rassembler.
03:42Je pense vraiment que face aux très grandes transformations, aux très grands enjeux auxquels on est confrontés,
03:47on a besoin de quelqu'un qui puisse rassembler.
03:51La vie politique française, ce n'est pas particulier la France, mais moi, c'est la France qui m'intéresse.
03:54La vie politique française a été contaminée par un mouvement qui vient des réseaux sociaux,
04:01de l'économie de l'attention, du clic, vous savez, les shots de dopamine, tout ça.
04:06Donc, on nous sature notre espace intellectuel, notre énergie, toute notre attention.
04:12Et ça, ça a débordé sur la vie politique.
04:14On va de réaction en réaction.
04:15Et vous savez quoi ? La réaction, ce n'est pas l'action.
04:18On nous met perpétuellement dans un état d'alerte.
04:20Et on essaye de nous...
04:24En face de ça, je crois qu'on a besoin de gens qui ne vont pas de réaction en réaction
04:28et qui tiennent leur cap.
04:29Et je crois qu'on peut et qu'on doit se rassembler autour d'eux.
04:31Vous allez faire campagne avec Édouard Philippe ?
04:34Vous allez coller des affiches, mettre des tracts dans des boîtes aux lettres ?
04:38Ou c'est simplement un soutien passif ?
04:40Je vais faire ce qui sera utile et en particulier, je vous dis, sur les sujets sur lesquels j'ai
04:46le plus travaillé
04:47et je travaille en ce moment, comme l'intelligence artificielle, qui sont les grands sujets de transformation de la société.
04:51Je voulais redire une autre chose sur l'évolution de la vie politique française.
04:55Je le disais, elle a été contaminée par cette espèce d'économie de l'attention qui vient des réseaux sociaux.
05:00Il y a une autre chose qu'on a importée des Etats-Unis et qui motive aussi cette idée qu
05:07'on peut se rassembler et qu'on doit se rassembler.
05:09C'est cette idée que la brutalité est associée à la vitalité.
05:15Que du côté de la brutalité, il y a la force, le mouvement.
05:20Et puis, à contrario, la délibération, le dialogue, la recherche des coopérations, c'est la faiblesse.
05:28Ça, c'est absolument mortel pour notre démocratie parce que la démocratie est du côté des seconds.
05:34Et encore une fois, quelqu'un qui tient son cap et qui peut être dans le dialogue, c'est un
05:38antidote à ça.
05:38Nathalie Cossus-Comorisé, on se souvient aussi de vous incarnant une droite qui était sans aucun compromis avec le Front
05:46National à l'époque.
05:47Vous aviez écrit un livre qui s'appelait Le Front Antinational, Rassemblement National, aujourd'hui.
05:50Quand vous entendez certains de vos anciens amis, ou peut-être actuels, je ne sais pas, parler d'union des
05:55droites,
05:55quand vous lisez Nicolas Sarkozy qui dit « Moi, Jordan Bardala, il me rappelle le RPR de Jacques Chirac. »
06:02Est-ce que vous reconnaissez la droite qui était la vôtre ? Est-ce que c'est encore votre droite
06:05?
06:06Moi, je n'ai pas changé d'avis.
06:07Et je vais vous dire, j'ai une raison qui s'est rajoutée à toute celle que j'ai...
06:10Concrètement, je trouve que le Rassemblement National vient d'ailleurs.
06:15Ce n'est pas la continuité de la droite, ce n'est pas la droite en plus dure.
06:18Ça a des origines différentes et il nous emmènerait ailleurs.
06:21C'est une destination historique.
06:22Il nous emmènerait où ?
06:23Mais alors, parlons-en. Je pense que c'est encore plus grave, ce serait encore plus grave dans le monde
06:28dans lequel on est.
06:29Parce qu'on est dans un monde dans lequel des empires sont en train de se constituer.
06:33Les empires sont des hiérarchies de dépendance.
06:36Il se passe des choses aux marges des empires.
06:38Ce sont des sphères d'influence successives.
06:40Ces empires se constituent autour des Etats-Unis de Trump, autour de la Russie de Poutine, autour de la Chine
06:46de Chine.
06:47Et nous, on essaye de nous faire croire que le monde est dur.
06:52Et parce que le monde est dur, il faudrait lui ressembler.
06:55Mais vous savez quoi ? Dans un monde de force brute, les suiveurs et les imitateurs,
06:59qui sont ce que le RN voudrait faire de nous, parce qu'ils nous mettraient à la traîne de Trump
07:03et de Poutine,
07:03les suiveurs et les imitateurs, on ne les respecte pas.
07:06On les broie.
07:07Vous avez conscience que le discours que vous tenez là, Nathalie,
07:09quand on regarde dans les sondages que Jordan Bardella ou Marine Le Pen traînent largement devant les autres,
07:14visiblement ce discours-là, il n'est pas tout à fait entendu.
07:17Je ne vais pas en changer pour autant.
07:18Je vais essayer de le faire entendre.
07:21Et je pense, comprenez-moi bien, je pense qu'ils peuvent s'entendre.
07:25Moi, je vous disais, on essaie de nous faire croire que la force est d'un côté.
07:29Tout le monde a envie d'être fort.
07:31On n'a pas envie d'être faible.
07:32On n'a pas envie d'être faible dans le monde tel qu'il est aujourd'hui.
07:35Mais se mettre à la remorque des plus forts, je vous le dis,
07:38ça n'est pas se faire respecter.
07:39Aujourd'hui, notre souveraineté, elle passe par l'Europe.
07:43Voter et rien.
07:43Et d'ailleurs, toutes les extrêmes-droites en Europe,
07:46elles aboutissent à la même chose.
07:47Elles aboutissent à l'affaiblissement de l'Europe.
07:50Ce sont des boulets au pied de l'Europe.
07:51Ce n'est pas par hasard que ce sont les candidats de Trump et de Poutine.
07:53Parce que ce sont les candidats de Trump et de Poutine.
07:55Donc Jordan Bardella, Marine Le Pen, ce sont les candidats de Donald Trump et Vladimir Poutine ?
07:58Ils sont associés avec Orban, dont les Hongrois viennent juste se débarrasser.
08:02Ça a été quoi Orban en Hongrie ?
08:04Ça a été la corrosion démocratique, ça a été la corruption,
08:07et ça a été le blocage de l'Union Européenne.
08:09C'est ça.
08:10Ce n'est pas comme ça qu'on se protège.
08:12Un tout dernier mot, Nathalie Kosciusko-Morizet.
08:14Ce n'est pas du postulatisme, c'est de la capitulation.
08:15Un tout dernier mot.
08:15On se souvient aussi de vous ne vous rappelant pas du prix du ticket de métro,
08:18de ces moments de grâce aussi dans le métro parisien
08:21dont vous parliez au moment de votre candidature à la mairie de Paris.
08:24Vous avez valu un certain nombre de critiques.
08:25Ça ne vous a pas dégoûté de la vie politique ?
08:28Vous savez, la vie politique, ce n'est pas que les élections.
08:35C'est un certain regard engagé sur la société, l'envie d'avoir un impact.
08:40Moi, j'ai l'impression d'une certaine manière de ne pas l'avoir complètement quitté,
08:44au sens où, vous voyez, j'ai fait des investissements dans la transition écologique aux États-Unis.
08:48Quand j'investissais dans l'hydrogène, dans le Midwest ou dans les énergies renouvelables en Californie,
08:52pour moi, c'était un petit peu la suite de ce que j'avais fait avec le grenadine de l
08:55'environnement.
08:56Voilà, la vie politique, c'est un regard engagé.
08:58On l'a tous plus ou moins.
08:59Moi, je voulais te les garder.
09:00Et on ne la quitte jamais tout à fait.
09:01Merci Nathalie Kosciusko-Morizet qui annonce donc ce matin sur France Inter son soutien à Edouard Philippe.
09:06Merci Benjamin Duhamel.
09:07A tout à l'heure.
09:07On se retrouve pour le grand entretien.
09:09Il est 7h59.
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