Gabriel Attal, député des Hauts-de-Seine, président du groupe Ensemble pour la République à l’Assemblée nationale, secrétaire général du parti Renaissance.
Retrouvez « L'invité de 7h50 » de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50
00:00Benjamin Duhamel, votre invité, le secrétaire général du parti Renaissance.
00:04Bonjour Gabriel Attal.
00:05Bonjour Benjamin Duhamel.
00:06Merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter alors que Sébastien Lecornu a jusqu'à demain soir pour résoudre une équation presque impossible.
00:13De votre côté, vous avez décidé de frapper fort hier en vous démarquant encore un peu plus du président de la République.
00:19Je ne comprends plus les décisions d'Emmanuel Macron, avez-vous dit.
00:22C'est la rupture entre lui et vous, vous parlez comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ?
00:26Je dis les choses telles que je les pense et telles que je les ressens.
00:30Ce n'est pas facile évidemment.
00:32Évidemment que ça me coûte.
00:34Ça me coûte personnellement.
00:36Le président de la République, je l'ai accompagné.
00:39J'ai été d'abord un militant.
00:41J'ai fait sa campagne en 2017.
00:43Je l'ai accompagné ensuite.
00:46Si on m'avait dit il y a deux ans que je prononcerais cette phrase, évidemment que je ne l'aurais pas cru.
00:50Évidemment que ça me coûte aussi probablement politiquement parce que je sais que certains, y compris dans ma famille politique,
00:56ne sont pas forcément d'accord avec ça.
00:58Mais moi j'ai toujours essayé d'être lucide.
01:01J'ai toujours essayé de dire les choses telles que je les ressens, telles que je les crois.
01:04Et surtout, j'ai toujours cherché les solutions qui permettaient à mon pays d'avancer.
01:09Et on va parler de la méthode que vous proposez.
01:11Mais est-ce que le mot de rupture, il vous paraît approprié ?
01:13Pour moi, c'est plus du commentaire politique, du commentaire journalistique.
01:17Je pense que ce qui est important en ce moment, c'est comment est-ce qu'on aide le pays à sortir de cette crise.
01:21Les Français qui nous écoutent, je pense que la question de savoir la relation entre le Président et moi, ce n'est pas la priorité aujourd'hui.
01:26Ce n'est pas qu'une question de relation, Gabriel Attal, c'est la question d'essayer de comprendre.
01:30Quand vous dites « je ne le comprends plus », qu'est-ce que vous ne comprenez pas ?
01:34Qu'est-ce que vous lui reprochez précisément au Président de la République ?
01:36Moi, je me suis engagé, je le disais il y a un instant, en 2017, avec cette idée d'une pratique différente du pouvoir.
01:43Et cette idée, quand même, de partager le pouvoir à tous les niveaux de la société, d'ailleurs, avec les élus locaux, avec les partenaires sociaux.
01:51Et c'est vrai que depuis la dissolution, qui est en elle-même une décision incompréhensible,
01:57les décisions ont le plus souvent donné le sentiment d'au contraire ne pas vouloir partager le pouvoir.
02:02Alors que tout, dans les résultats de la dissolution de 2024, invite quand même à partager le pouvoir,
02:08y compris avec des forces politiques qui ne faisaient pas partie de la majorité auparavant.
02:12Donc, à vous écouter, Emmanuel Macron ne comprend plus le pays, ne ressent pas suffisamment la colère que ressentent les Français ?
02:19Ce n'est pas ce que j'ai dit, Benjamin Duhamel.
02:21Moi, je me suis exprimé hier, vous l'avez dit, j'ai dit que je ne comprenais pas ces décisions,
02:25qui ont été prises depuis un an, avec la dissolution, et ce qui en a suivi.
02:28Maintenant, je pense que l'important, c'est surtout de trouver des solutions.
02:32Et moi, je propose une solution, elle ne date pas d'hier, elle ne date même pas d'avant-hier,
02:36ça fait plusieurs mois maintenant que je la propose, je l'ai proposée juste après la chute du gouvernement de François Bayrou,
02:41puisque la méthode qui a été utilisée depuis un an, c'est-à-dire que le président désigne un Premier ministre,
02:47en le chargeant d'aller discuter avec les formations politiques, n'a pas fonctionné,
02:52puisque trois premiers ministres ont dû quitter leur fonction en un an.
02:57Essayons une autre méthode.
02:58Et on va parler de cette méthode, mais juste encore un mot sur ce que vous avez dit et les mots que vous avez employés.
03:04Ceux qui nous écoutent, et vous le disiez, savent que vous devez beaucoup voir tout au Président de la République.
03:08Vous vous êtes engagé à ses côtés, il vous a nommé ministre, Premier ministre.
03:11Est-ce que ce n'est pas un peu opportuniste, voire ingrat, de jouer la carte de la rupture au moment où le Président est le plus affaibli ?
03:17Vous vous réveillez anti-macroniste au moment où c'est le plus porteur dans l'opinion d'être anti-macroniste ?
03:22Moi je dis que je ne comprends pas certaines décisions, ça me semble plutôt être de la lucidité.
03:26Vous savez, je pense que l'opportunisme en ce moment, ça serait de se cacher, ça serait de parler le moins possible,
03:31pour ne pas montrer aux Français qu'on est un des protagonistes de cette situation,
03:35parce que la réalité, c'est que ce spectacle affligeant de la politique, il éclabousse tout ce qui s'exprime.
03:39À chaque fois que vous vous exprimez, vous vous rappelez que vous êtes un de ses protagonistes,
03:42je ne suis pas sûr que ce soit quelque chose qui vous aide, donc l'opportunisme,
03:45ça serait plutôt de parler le moins possible et de se cacher.
03:48Non mais Benjamin Duhamel, aujourd'hui, le sujet, c'est comment est-ce qu'on fait pour que le pays ait un budget ?
03:54Donc on en est au point où l'ancien Premier ministre ne peut pas dire qu'il est encore un soutien du Président de la République.
03:58Il n'y a plus de majorité à l'Assemblée Nationale.
04:00Vous avez aujourd'hui des partis qui sont représentés à l'Assemblée Nationale, aucun ne peut former une majorité.
04:04Donc le sujet, il n'est plus dans le rapport au Président,
04:06il est dans le rapport aux autres partis politiques qui sont représentés à l'Assemblée.
04:10Et moi je crois encore une fois qu'une solution est possible.
04:14Alors justement, essayons de comprendre ce qui peut se jouer dans les 48 heures.
04:16Sébastien Lecornu a jusqu'à demain soir pour trouver une solution.
04:19Vous serez d'ailleurs dans une heure autour de la table avec lui à Matignon.
04:23Ça commence bien puisque Bruno Retailleau a décidé de ne pas se rendre à cette réunion.
04:27Ça veut dire que c'est perdu d'avance, Sébastien Lecornu va échouer ?
04:31Écoutez, moi je l'ai dit, évidemment que je souhaite que toutes les initiatives qui soient prises puissent réussir.
04:37Donc moi, à chaque fois qu'on m'a proposé de venir à une réunion,
04:40à chaque fois qu'on m'a proposé de rencontrer des responsables politiques en ce moment,
04:44je l'ai fait.
04:44Et je le fais toujours parce que je considère que c'est notre responsabilité en ce moment.
04:48Donc oui, je vais aller à cette réunion, évidemment.
04:50Je vais y aller avec le même message que j'ai depuis un certain temps maintenant,
04:53c'est-à-dire le fait qu'on doit être capable de bâtir un compromis.
04:56Mais la lucidité vous force à reconnaître que la réussite de Sébastien Lecornu est peu probable.
05:02Moi, je propose une vraie négociation avec un négociateur indépendant des partis politiques.
05:08Parce que je constate depuis un an que les négociations ont toujours été menées
05:12par des personnalités désignées par le président de la République comme Premier ministre.
05:16Et que malheureusement, c'est un prétexte assez commode pour beaucoup de partis politiques
05:20pour ne pas s'engager dans la discussion parce qu'ils considèrent que les jeux sont biaisés, etc.
05:25Donc, je pense qu'une autre méthode est possible.
05:27Elle ne date pas d'aujourd'hui, cette proposition.
05:29Ça fait un certain temps que je la formule.
05:31Et c'est une méthode qui existe dans beaucoup de pays européens autour de nous.
05:34Trois questions très concrètes sur cette méthode pour tenter de dépasser les éléments de langage.
05:38D'abord, vous parlez des négociateurs.
05:40C'est quoi un négociateur ? C'est quoi un bon négociateur ?
05:43Est-ce que c'est l'ancien patron de la CFDT, Laurent Berger ?
05:45Est-ce que c'est l'ancien ministre Jean-Louis Borloo ?
05:47Qui pour tenter d'essayer de trouver ce compromis politique ?
05:50Je pense que c'est une personnalité qui, une ou des personnalités,
05:54qui par leur parcours, leur expérience, ont montré qu'elles étaient capables
05:58de mettre autour d'une même table des personnes qui pensent différemment,
06:01mais à chercher un compromis.
06:02Est-ce que, par exemple, Laurent Berger, Jean-Louis Borloo, c'est des personnalités idoines ?
06:06Je pense que c'est des personnalités qui, par ailleurs, montrent une forme de désintéressement partisan
06:10dans la période actuelle.
06:12Après, vous avez plusieurs personnalités, un certain nombre de personnalités.
06:16Et donc, je ne doute pas que si, de manière sincère,
06:20des formations politiques décident de s'engager dans cette méthode,
06:23on parviendra à s'accorder sur une ou des personnalités
06:26qui pourront mettre tout le monde autour de la table.
06:27Encore une fois, on sortira de...
06:29Par exemple, l'ancien texte qui est utilisé, Valérie Rabault...
06:32Benjamin, je ne vais pas, moi, ici, vous dire.
06:34C'est une discussion qu'on doit avoir...
06:35Non, mais c'est pour essayer de comprendre.
06:36Quand vous parlez de préfigurateur, là encore, ça peut paraître assez évanescent pour les Français.
06:39Je vous ai dit un peu les traits de personnalité, d'expérience que ça pouvait être.
06:44Je pense que cette discussion, il faut qu'on l'ait.
06:46Et d'ailleurs, on a commencé à l'avoir avec différentes formations politiques.
06:49Deuxième question sur ce changement de méthode.
06:51Pour qu'il y ait changement, il faut aussi qu'il y ait des évolutions sur le fond.
06:55Est-ce que vous êtes prêt à dire, comme patron de Renaissance, patron des députés macronistes,
06:59que vous êtes prêt, par exemple, à dire
07:00« La suspension de la réforme des retraites, ce n'est plus un tabou ».
07:03Parce que c'est bien d'être sur la méthode, mais Olivier Faure, hier soir, vous dit
07:06« Il faut aussi aller sur le fond ».
07:07Est-ce que sur le fond, vous êtes prêt à bouger ?
07:09Benjamin Jamel, moi, ce que j'ai dit, c'est que pour aller sur le fond,
07:13il faut qu'on ait une méthode pour le faire.
07:15Je ne vais pas faire la négociation ici, avec moi-même, sur le plateau de France Inter.
07:18La négociation, pour qu'elle fonctionne...
07:20En transparence, Gabriel Attal, sur les idées que vous portez,
07:24est-ce que l'idée de dire « Aboutir pour avoir une stabilité politique »
07:27sur une suspension de la réforme des retraites,
07:29est-ce que c'est quelque chose que vous envisagez ?
07:31C'est comme ça que ça se passe partout autour de nous.
07:34L'Assemblée nationale telle qu'elle existe aujourd'hui en France,
07:37c'est-à-dire aucune majorité, elle est inédite dans l'histoire de France,
07:39mais elle ne l'est pas du tout chez nos voisins européens.
07:42Partout en Europe, autour de nous, vous avez des parlements
07:44qui ressemblent à celui qu'on a aujourd'hui en France.
07:45Donc je n'aurai pas de réponse sur la possibilité de la réforme des retraites.
07:49Pourtant, dans ces pays, ils arrivent quand même à faire des réformes,
07:52ils arrivent à faire des budgets, ils arrivent à avancer.
07:54Comment ? En ayant une méthode pour le faire,
07:56avec des partis qui se mettent autour de la table
07:58et qui, à ce moment-là, acceptent de faire des compromis.
08:01Je ne vais pas, moi, faire le compromis tout seul ici sur le plateau de France Inter.
08:04Donc cette discussion-là, on vous répond...
08:05Est-ce que c'est un tabou de suspendre la réforme des retraites ?
08:07Je suis prêt à avoir toutes les discussions
08:08avec les formations politiques autour d'une table.
08:12Les auditeurs, là, encore entendront que ce n'est peut-être pas un tabou.
08:15Juste, vous avez... J'ai lu ça.
08:17Il paraît qu'hier soir à TF1, vous avez passé 45 minutes
08:20dans une loge avec Marine Tondelier et Olivier Faure.
08:23C'est ça, c'est le début de la préfiguration d'un nouveau compromis ?
08:27Ce sont vos nouveaux amis, Olivier Faure et Marine Tondelier ?
08:29Ce n'est pas une question d'amis.
08:30Là, c'est une question de responsabilité.
08:31On est des responsables politiques.
08:33On a le destin du pays en partage, quand même.
08:37Je veux dire, on est début octobre.
08:39Il n'y a toujours pas de budget pour l'année 2026.
08:41Et ça, c'est très concret pour les gens.
08:43C'est-à-dire des entreprises qui ne sauront pas
08:44si elles peuvent investir ou si elles peuvent embaucher
08:46si on n'a pas de budget.
08:47Ça veut dire des Français qui ne sauront pas
08:48de quelles aides ils peuvent bénéficier
08:50pour rénover leur logement, par exemple,
08:52en matière d'isolation thermique.
08:53Ça veut dire des jeunes couples
08:54qui, potentiellement, en ce moment,
08:55ont envie d'acheter leur logement,
08:57qui voient les taux s'envoler
08:58et qui ne pourront pas emprunter
08:59pour acheter leur logement.
09:00Donc, il faut un budget pour le pays.
09:02Donc, oui, je vous confirme.
09:03J'étais hier chez TF1, invité du 20h.
09:06Il se trouve qu'il y avait Olivier Faure
09:07et Marine Tondelier
09:08qui, chacun, faisaient aussi une intervention
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