00:00France Inter
00:02La grande matinale
00:04Il est 7h49 et Benjamin Duhamel vous recevez la procureure générale de Paris
00:10Bonjour Marie-Suzanne Lequéo, merci d'être avec nous ce matin sur France Inter
00:14alors que c'est sous votre autorité que les deux avocats généraux ont délivré hier leur réquisitoire contre Marine Le Pen
00:19dans le procès en appel des assistants parlementaires du Front National
00:22On va donc essayer ce matin de comprendre vos motivations et ce que cela implique pour la vie démocratique du pays
00:26Je voudrais qu'on commence par l'évidence
00:29Le parquet a requis une peine de 4 ans de prison dont 3 avec sursis contre Marine Le Pen
00:33et 5 ans d'inéligibilité sans exécution proviseur
00:37On y reviendra dans un instant
00:38Mais d'abord 5 ans d'inéligibilité, ça veut dire que si les juges vous suivent
00:42Marine Le Pen ne sera pas candidate à l'élection présidentielle en 2027
00:45Elle l'a encore réaffirmée hier soir, vous l'assumez ?
00:49La réponse est peut-être plus complexe que votre question
00:52dans la mesure où le parquet général ne fait qu'une proposition
00:57C'est pour ça que je précise bien qu'il faudrait que les juges d'appel suivent ?
01:00D'une part et d'autre part il faudrait qu'il n'y ait pas de pourvoi en cassation
01:03Et ça je ne peux pas y répondre ce matin évidemment
01:08puisque ça dépend des prévenus
01:10mais ça dépend surtout de ce que décidera à l'été la cour d'appel
01:16Sauf que Marine Le Pen a d'ores et déjà dit qu'elle prendrait sa décision
01:19d'être candidate au moment du jugement en appel
01:23Vous plaidez pour une peine d'inéligibilité de 5 ans
01:26Nous sommes en 2026
01:28Si d'aventure cette peine est suivie
01:30Marine Le Pen ne pourra pas être candidate
01:32Qu'est-ce que vous répondez peut-être à ceux qui nous écoutent ce matin
01:35et qui considèrent qu'il y aurait un problème démocratique
01:37Est-ce que Marine Le Pen ne puisse pas concourir ?
01:40Les juges ne s'intéressent pas au sort des hommes et des femmes politiques
01:46Ils jugent d'abord de fait
01:48pour savoir si ces faits sont susceptibles de recevoir une qualification pénale
01:51et si tel est le cas
01:53et bien de prononcer une peine
01:57De quoi parle-t-on finalement dans l'affaire
02:01dite du procès des assistants parlementaires du Rassemblement National ?
02:06On parle de la mise en place d'un système organisé
02:09de détournement de fonds publics européens
02:13par un parti
02:14et ce sur une dizaine d'années
02:16et à hauteur de, pour le Parlement européen
02:20d'un préjudice de 3,3 millions d'euros
02:23Ce qui signifie que dans une affaire quand même
02:25qui est particulièrement grave
02:27si le parquet au général n'avait pas requis
02:30de peine d'inéligibilité
02:32et je rappelle d'ailleurs que cette peine aurait pu être de 10 ans
02:35puisque c'était le maximum encouru
02:37et bien je ne vois pas du tout dans quelle affaire politico-financière
02:40on aurait pu la requérir à l'avenir
02:43et je rappelle aussi que les représentants finalement
02:46nationaux, c'est-à-dire les députés et les sénateurs
02:49ont voulu que nous ayons en France
02:52des élus absolument exemplaires
02:56en termes de probité
02:58puisque désormais la peine d'inéligibilité
03:01pour ce type de fait est une peine obligatoire
03:06Sauf motivation express pour ne pas la mettre en oeuvre
03:10mais donc pour bien comprendre Marie-Suzanne Le Keau
03:12ça veut dire que, et vous venez de parler de la gravité des faits
03:14on va revenir au fond du dossier dans un instant
03:16que cela justifie d'empêcher Marine Le Pen
03:19personne centrale dans la vie politique
03:21d'être candidate à la principale élection
03:23l'élection présidentielle
03:24Je rappelle que la magistrature n'empêche personne
03:28ce n'est pas nous qui avons placé les prévenus dans cette situation
03:31c'est eux qui se sont placés dans cette situation
03:34et qui a justifié effectivement
03:37qu'on en arrive à un procès
03:39qui d'ailleurs aurait peut-être pu avoir lieu
03:42il y a déjà plusieurs mois
03:45voire plusieurs années
03:47puisque les faits datent il y a plus de 10 ans
03:50s'il n'y avait pas eu
03:51pendant l'instruction
03:5345 recours d'engagés
03:55Si l'on en revient au fond du dossier
03:57on a vu pendant l'audience que Marine Le Pen avait fait évoluer sa défense
03:59disant vouloir bien entendre qu'un délit avait été commis
04:02mais de façon non intentionnelle
04:03plaidant en creux l'amateurisme davantage
04:05que l'existence d'un système de détournement de fonds
04:08et pourtant, et là encore je vais citer les avocats généraux
04:10ils disent n'y avoir vu qu'une remise en cause de façade
04:12ça veut dire que vous n'avez pas été convaincu
04:14par ces inflexions de Marine Le Pen
04:18pendant le procès en appel ?
04:19Je ne suis pas du tout convaincue
04:21qu'il y ait un changement de position
04:24des prévenus dans ce dossier
04:27l'infraction donc
04:29elle est toujours contestée
04:33ils n'ont pas du tout
04:35changé leur position de défense
04:39en tout cas ce n'est pas ce que j'ai compris
04:41des débats qui se sont déroulés devant la Cour
04:44et nous verrons bien à partir de ce matin
04:48quel va être le sens des plaidoiries
04:50des avocats, des douze prévenus
04:54Donc vous n'avez pas de doute ce matin
04:56sur le fait que Marine Le Pen
04:58est l'instigatrice, le cerveau
05:01d'un système de détournement de fonds publics ?
05:04C'est ce que le parquet général a soutenu
05:07dans ses réquisitions hier
05:09et à cet égard
05:10donc la vision de ce dossier
05:13est celle qui a été effectivement
05:15celle des magistrats en première instance
05:18Vous dites ne pas avoir été convaincu
05:20qu'il y a eu une inflexion
05:22il n'empêche par rapport
05:23aux réquisitions de première instance
05:25vous avez fait un choix
05:26les avocats généraux ont fait un choix
05:27qui est de ne pas demander
05:28une peine d'inéligibilité
05:30avec ce qu'on appelle une exécution provisoire
05:32c'est-à-dire qui s'appliquerait immédiatement
05:34alors qu'en première instance
05:35cette exécution provisoire
05:36avait été demandée au nom de ce qu'on appelle
05:38un risque de trouble à l'ordre public démocratique
05:41Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce matin
05:42ce changement de pied
05:44est-ce que cela veut dire
05:45que vous n'avez pas été convaincu
05:47par cette notion de trouble
05:49à l'ordre public démocratique
05:50pourquoi ne pas avoir demandé
05:51une peine d'inéligibilité
05:53avec une application immédiate ?
05:54Alors nous n'avons pas demandé
05:56effectivement l'exécution provisoire
05:57de la peine d'inéligibilité
05:58je rappelle que c'est le tribunal
06:01donc sur les magistrats du siège
06:03qui avait prononcé cette exécution provisoire
06:05et nous n'avons pas été pleinement
06:07je le dis convaincus
06:08par la motivation du jugement
06:10Pourquoi ?
06:12D'abord
06:13pas de risque de point de vue de réitération
06:16de ces faits qui datent d'il y a quand même
06:18plus de dix ans
06:20et d'autre part nous avons considéré
06:22que l'ordre public n'était pas altéré
06:24si madame Le Pen pouvait se présenter
06:27à l'élection présidentielle
06:28et surtout nous avons souhaité
06:30que le processus judiciaire se déroule
06:32donc normalement
06:33et qu'éventuellement
06:34au regard si condamnations il y a
06:37les prévenus puissent faire
06:39un pourvoi en cassation
06:40C'est un désaveu
06:41de ce qui avait été
06:43non seulement je le répète
06:44requis en première instance
06:45mais aussi décidé
06:47par les juges de première instance
06:49Si c'était un désaveu
06:50je ne vois pas du tout l'intérêt
06:51qu'il y aurait à avoir
06:52une procédure en appel
06:54Nous ne sommes jamais tenus
06:56nous
06:57ni de requérir
06:59et encore moins les juges
07:00de prononcer la même chose
07:01qu'en appel
07:01Sinon ce n'est pas la peine
07:03de recommencer à zéro
07:04un procès
07:05en appel
07:06et c'est la force d'ailleurs
07:07de l'appel
07:08que de réexaminer
07:09l'ensemble des faits
07:10Marie-Suzanne Lecao
07:11je voudrais qu'on revienne
07:11sur un point précis
07:12du réquisitoire d'hier
07:13il concerne les mises en cause
07:14de la justice
07:15que l'on a pu entendre
07:16au Rassemblement National
07:17le lendemain des condamnations
07:18en premier instant
07:18je vais là encore citer
07:19le réquisitoire
07:20parler de tyrannie des juges
07:21de tentatives d'assassinat politique
07:23ne relève ni du débat juridique
07:25ni du débat d'idées
07:26et s'apparente au discrédit
07:28de l'action judiciaire
07:29dans son ensemble
07:29Est-ce que ces phrases
07:31ce meeting
07:32placent vos bons
07:33tout près des invalides
07:34au lendemain
07:34de la décision
07:35en premier instant
07:36est-ce que cela a joué
07:37dans la sévérité
07:39des réquisitions ?
07:41Cela n'a absolument
07:42pas joué
07:43Nous on constate
07:46simplement cette fois-ci
07:47que les débats
07:48se sont déroulés
07:49dans un climat
07:50tout à fait apaisé
07:51beaucoup plus serein
07:52où chacun a pu faire valoir
07:53ses arguments
07:55Simplement
07:57ce que je dis
07:57de manière
07:58beaucoup plus générale
07:59c'est qu'on peut toujours
08:00critiquer effectivement
08:01une décision de justice
08:03par les voies de recours
08:04mais en revanche
08:06il ne s'agit pas
08:07de mettre en cause
08:08les magistrats
08:09de leur faire
08:11un procès
08:11et ce qui est souvent
08:12d'ailleurs un procès
08:13sur le terrain politique
08:14pour tenter
08:15de discréditer
08:16leur action
08:17et les décisions
08:18à intervenir
08:19Donc vous n'avez pas
08:19fait payer
08:20si j'ose dire
08:21à Marine Le Pen
08:22comme une circonstance
08:23aggravante
08:23le fait d'avoir fait
08:24le choix là
08:25pour le coup politique
08:25de s'en prendre
08:27directement au juge
08:28en le lendemain
08:28du jugement
08:29en première instance
08:30Je vous affirme
08:32que cela
08:32est complètement
08:33étranger
08:34à la manière
08:35des magistrats
08:36de travailler
08:36Ce n'est pas du tout
08:38pour eux
08:39une manière
08:39de réfléchir
08:41de raisonner
08:42ils sont avant tout
08:43polarisés
08:44attachés
08:45aux faits
08:46Un tout dernier mot
08:46Marie-Suzanne Le Keo
08:47sur votre présence
08:48au micro ce matin
08:49alors même que le procès
08:50n'est pas terminé
08:50Qu'est-ce que vous répondez
08:51aux auditeurs
08:52qui peut-être se demandent
08:53si c'est le rôle
08:54de la procureure générale
08:55de Paris
08:55de venir comme ça
08:56expliquer
08:57ses réquisitions
08:59dans un procès
08:59aussi important
09:00que celui
09:01qui pourrait empêcher
09:02la favori
09:03de l'élection présidentielle
09:04de ne pas pouvoir
09:05être candidate ?
09:05Alors il est souvent
09:06reproché à l'institution
09:07judiciaire
09:08de ne pas communiquer
09:09donc vous m'avez
09:12demandé de venir
09:13ce matin
09:13sur votre plateau
09:15parler
09:15de ce procès
09:17et donc j'ai répondu
09:19à votre invitation
09:21tout simplement aussi
09:22pour incarner
09:23la magistrature
09:26ce sont aussi
09:26des hommes et des femmes
09:27qui prennent des décisions
09:28et j'en fais partie
09:29Merci beaucoup
09:30Marie-Suzanne Le Keo
09:31procureure générale de Paris
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