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  • il y a 29 minutes
Ce vendredi 29 mai, Christopher Dembik a parlé de l'impact du climat sur l'inflation dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00On va en discuter aujourd'hui justement de cette question climatique, son impact éventuellement sur l'inflation.
00:05On va en parler avec Paul Chollet, vous êtes chef économiste chez Crédit Mutuel Arkea. Bonjour.
00:13Bonjour Christophe.
00:14Le premier point avant qu'on entre un peu sur cette thématique, c'est évidemment de vous interroger sur vos
00:19prévisions chez Crédit Mutuel Arkea en termes d'inflation.
00:22Il y a un grand débat, vous avez certains qui disent on va avoir une vague d'inflation qui va
00:26être un peu plus durable.
00:28Donc la BCE aurait potentiellement raison d'intervenir dans ce sens-là.
00:32J'ai reçu il y a deux semaines de cela Philippe Wechter qui disait finalement la BCE a raison d
00:36'augmenter les taux parce qu'on peut avoir des effets de second tour.
00:39Moi je vous avoue être plutôt dans le camp opposé, me dire que peut-être qu'on est plus sur
00:43une erreur politique monétaire,
00:44ou en tout cas qu'il n'y a pas la nécessité d'y aller, juste sur l'aspect purement
00:47inflation et énergie liées à la guerre en Iran.
00:50Quelle est un peu votre vision du côté de Crédit Mutuel Arkea ?
00:54Oui, merci Christopheur, effectivement on a une vision sur l'inflation forcément.
00:59On pense que l'inflation va continuer quand même de progresser tout au long de l'année.
01:04On est plutôt du camp au quiche BCE, on pense que la BCE doit augmenter ses taux, pas trop, pas
01:10trop c'est vrai,
01:11mais on pense que la BCE va augmenter ses taux de manière certaine en juin et probablement une nouvelle fois
01:16durant l'été.
01:18Après on a eu ce matin, vous l'avez tous vu, la confirmation d'un PIB français malheureusement en territoire
01:23négatif à moins 0,1% au premier trimestre.
01:26Et c'est bien là le message, c'est que finalement la demande interne en Europe d'elle-même commence
01:30à s'atrophier,
01:31et ça va continuer au T2 et au T3.
01:33Et du coup la BCE n'a pas besoin d'en faire davantage que de hausses de taux,
01:36donc c'est notre scénario de hausses sushirées a priori pour juguler l'inflation,
01:41parce que la demande d'elle-même est lourdement affectée, on le sait, par l'envolée des prix de l
01:46'énergie.
01:47Après la BCE a aussi raison de surveiller les effets de second tour et sur les salaires,
01:51puisque la demande pourrait être restaurée d'elle-même si le budget des États était grevé pour aider ménages et
01:58entreprises.
01:59Mais à ce stade, ce n'est toujours pas notre scénario, on pense que de hausses s'ushiront.
02:03Vous évoquiez justement les prix de l'énergie, qui est le sujet qu'on a entendu ces dernières semaines.
02:08Il y a un autre sujet qui commence à monter sur les prix alimentaires.
02:10Alors les prix alimentaires, on a bien fait lien depuis la guerre en Iran,
02:14le fait qu'effectivement les fertilisants passaient par le détroit d'Hormuz,
02:18et effectivement ça tombe au mauvais moment puisque vous avez la saison des semis.
02:21Mais il y a un autre point qui commence à monter du côté des scientifiques, en tout cas,
02:24c'est qu'on aurait un risque de super aile nino.
02:26Donc le changement climatique, ce phénomène climatique aile nino qui revient régulièrement.
02:31Qu'est-ce qu'un super aile nino ?
02:33Un super aile nino, juste pour donner un peu la définition à nos téléspectateurs et auditeurs,
02:37ça veut dire que vous avez un élément plus dévastateur que d'habitude,
02:41concrètement, c'est que vous avez des températures à la surface du Pacifique
02:44qui sont supérieures de 2 degrés à la moyenne saisonnière.
02:48Alors bien sûr, ça peut paraître peu, mais par le passé,
02:50lorsqu'on a eu ces fameux super ailes nino,
02:52vous avez eu automatiquement des impacts très négatifs du point de vue agricole.
02:56En 1877 par exemple, vous aviez eu quasiment toutes les zones agricoles
03:00qui avaient été touchées, c'était le pire épisode.
03:01Bien sûr, on n'est pas en 1877, mais est-ce que justement cette thématique changement climatique
03:06et son impact sur les récoltes, donc les préagricoles qui interviennent au pire moment
03:10puisqu'elle a flambé des prix de défertilisants,
03:12est-ce que ça peut être une donnée, alors peut-être plus en fin d'année,
03:15voire plutôt 2027, qui va faire qu'il y a quand même un peu d'inflation résiduelle
03:19qui va survenir et qui va être un peu un problème,
03:21notamment vous évoquiez la demande faible en zone euro.
03:25– Alors là on est sur un sujet qui est évidemment très important pour la BCE,
03:30alors je rappelle peut-être à tout le monde,
03:31mais que le mandat de la BCE c'est bien que les anticipations d'inflation
03:35restent autour de 2% et la BCE pour ce faire du coup regarde
03:38les anticipations d'inflation et en général se focalise davantage sur l'inflation au corps,
03:43donc sans l'évolution des prix des denrées alimentaires et de l'énergie chaque mois.
03:48Et en ce qui concerne les denrées alimentaires,
03:51peut-être juste un chiffre à avoir en tête immédiatement,
03:53c'est que la BCE en 2023-2024, lors du précédent épisode El Nino,
03:57a conduit une étude assez importante sur l'évolution des prix des denrées alimentaires
04:03pendant ces phénomènes El Nino, mais plutôt forts.
04:06Donc on est tout à fait dans le thème et en général,
04:10quand on a un El Nino fort, un super El Nino,
04:13les prix alimentaires mondiaux progressent de 9%.
04:16Donc ils progressent de 9% et ils progressent de 9% 16 mois
04:20après le début du phénomène El Nino.
04:22Donc si on comprend que El Nino débute cet été, parce que jusque-là il n'a pas débuté,
04:27eh bien ça conduirait les prix alimentaires à progresser d'à peu près 10% en automne 2027.
04:34Et 10% sur un panier qui fait 15%, c'est à peu près 0,15 points d'inflation.
04:38Donc pour la BCE, normalement c'est assez gérable,
04:41c'est un phénomène qui est extérieur et qui ne va pas se diffuser.
04:45Mais par contre, quand on le met là aujourd'hui en relation avec ce qui se passe à Hormuz,
04:49eh bien c'est plutôt intéressant parce que vous l'avez dit,
04:51les prix des denrées agricoles ont plutôt tendance à progresser depuis le début de l'année.
04:55C'est 30% pour le riz, c'est 50% depuis 3 mois pour le cacao,
04:59c'est 10% pour l'huile de palme et c'est 15% pour le soja.
05:02Et en fait, ce qui se passe quand même au niveau de certains États ou de grandes zones,
05:06c'est qu'il y a des réallocations qui se font en fonction des opportunités.
05:10On peut penser aux États-Unis où ils peuvent semer plus de soja versus du maïs
05:14si les anticipations de prix sont plus hautes pour le soja.
05:18Et on peut penser aussi à l'huile de palme.
05:21Moi, il y a un point qui m'a interpellé ces derniers temps,
05:25c'est qu'en ce moment, l'huile de palme est davantage utilisée que d'habitude
05:28pour faire du biodiesel,
05:31puisque le diesel est lui-même impacté par ce qui se passe à Hormuz,
05:34il y a moins de distribution, vous le savez, de diesel, de kérosène,
05:37de jet à travers le monde.
05:38Et du coup, les investisseurs, les entreprises, les ménages
05:42cherchent des moyens de faire fi à ce manque de diesel
05:45et le biodiesel est une solution.
05:47Et donc, ça participe à la montée, par exemple, du prix de l'huile de palme.
05:51Et ça, c'est un point qui est important
05:53parce que c'est difficile, Christopher, aujourd'hui,
05:55de savoir ce qui vient d'un Aligno qu'on peut anticiper potentiellement comme fort,
06:00mais on n'en est pas sûr de ce qui vient du détroit d'Hormuz,
06:03évidemment, avec la progression des prix et des fertilisants.
06:06Dernière question, on sait que la pondération des prix alimentaires,
06:10notamment dans certains pays, par exemple dans certains pays asiatiques,
06:12est plus importante dans le calcul de l'inflation,
06:14notamment qu'aux États-Unis ou en zone euro.
06:16Est-ce que, justement, l'Asie, qui subit quand même déjà de plein fouet
06:20ces questions énergétiques, qui a déjà des sujets de prix alimentaires,
06:23on le voyait à l'écran lorsque vous parliez, vous avez évoqué aussi le riz,
06:26on a déjà le prix de riz thaïlandais, 5%,
06:29qui est celui considéré comme de la plus haute qualité,
06:32qui est renou avec ses points hauts de quelques années,
06:34qui a fortement augmenté.
06:35Est-ce que, finalement, ça peut être plus un sujet du côté
06:37de ces banques centrales asiatiques qui, elles, vont faire face
06:41à, finalement, tous les facteurs négatifs potentiels
06:44qui peuvent survenir si, effectivement, on a bien sûr
06:46un scénario de Super El Nino ?
06:48Oui, c'est évidemment plus critique pour la zone touchée.
06:53Alors, peut-être aussi des chiffres à avoir en tête,
06:56mais on parlait du Super El Nino de 1877,
07:00qui a fait à peu près 50 millions de morts
07:02avec un assèchement planétaire, du coup, à cette occasion-là.
07:05À l'époque, il y avait 1,5 milliard d'habitants.
07:07Aujourd'hui, c'est 8 milliards.
07:09Et pour la seule zone asdéane plus l'Inde,
07:12qui va être lourdement affectée par ce phénomène El Nino
07:15avec, là aussi, des sécheresses,
07:17actuellement, on a 2 milliards d'habitants.
07:19Donc, le mandat des autorités dans cette zone,
07:21d'un côté, la politique monétaire,
07:23si tant est qu'elle soit totalement indépendante,
07:25donc qui serait d'augmenter des taux directeurs
07:27pour faire face à cette inflation des prix alimentaires,
07:30et de l'autre, la politique budgétaire
07:32ou la politique réglementaire, j'ai envie de dire,
07:34de certains États.
07:36Et en ce qui concerne le riz,
07:37il s'agit d'assurer, du coup,
07:38l'alimentation de la population locale.
07:41Il y a un phénomène qui s'est passé en 2023-2024
07:43sur le marché du riz,
07:44qui était quand même assez extraordinaire
07:45et qui justifie, quelque part,
07:47cette progression des prix de 5% en Thaïlande.
07:49C'est que les trois premiers exportateurs planétaires de riz,
07:52c'est la Thaïlande, c'est le Vietnam et c'est l'Inde.
07:54Et quand ces pays font face à un risque alimentaire,
07:56qu'est-ce qu'ils mettent ?
07:57Eh bien, ils mettent en place des quotas sur les exportations de riz.
08:01On l'a vu en 2023-2024.
08:03Donc, on pourrait avoir ce policy mix, quelque part,
08:06à la fois des banques centrales qui augmentent leurs taux
08:08pour faire face à une inflation qui est liée à l'alimentaire,
08:11mais derrière, eh bien, d'autres agents et les autorités
08:14qui mettent en place des quotas de manière à assurer,
08:16au moins, à court terme, la survie de la population locale.
08:20Merci beaucoup, Paul Schley.
08:21Vous êtes chef économiste chez Crédit Mutuel Arkea.
08:24C'était passionnant sur ce sujet.
08:26On y reviendra, bien évidemment,
08:27puisque c'est une thématique importante.
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