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  • il y a 44 minutes
Ce mercredi 27 mai, Jean-Louis Martin, économiste et chercheur associée sur l'Amérique latine à l'Ifri,était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Ils sont revenus sur le Cuba qui est en proie à une crise sanitaire inédite causée par le blocus pétrolier américain. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et nous prenons la direction de Cuba ce matin qui subit une crise sanitaire inédite,
00:04exacerbée par l'embargo pétrolier américain.
00:06Bonjour Jean-Louis Martin.
00:07Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous.
00:09Vous êtes économiste, chercheur associé sur l'Amérique latine à l'IFRI.
00:12Annalisa Capellini nous a rejoint pour vous interroger avec moi.
00:16Cuba a touché donc par des pénuries de carburant,
00:19des hôpitaux, conséquence qui fonctionnent au ralenti,
00:22des épidémies qui se propagent.
00:24Les Américains, avec leur blocus pétrolier,
00:26ils sont en train d'asphyxier l'île en ce moment ?
00:29Oui.
00:30On peut parler d'une asphyxie, effectivement.
00:34L'économie cubaine allait déjà mal.
00:37Et là, elle est en train de sombrer.
00:42On ne sait pas à quel point, parce qu'un élément important,
00:45c'est qu'on a très très peu de données sur ce qui se passe réellement à Cuba.
00:50On a même une incertitude sur la population, pour vous dire.
00:56Officiellement, il y a encore 11 millions d'habitants.
00:58Les Cubains eux-mêmes reconnaissent qu'il y en a peut-être plutôt 9,5.
01:02Et puis, on voit circuler des chiffres qui disent qu'il n'y a plus que 8 millions d'habitants
01:07dans l'île.
01:07Alors, c'est dû à une natalité qui est très faible, mais c'est aussi dû à une immigration dont
01:12on pense qu'elle est de l'ordre de 100 000, 200 000 par an.
01:16Évidemment, comme c'est une immigration clandestine, par nature, on ne sait pas combien ils sont exactement.
01:20Même chose sur le PIB, on ne sait pas ce qui se passe.
01:23Oui, beaucoup d'inconnus sur ces données.
01:26Ce qu'on peut dire, quand même, c'est que cette ligne ferme tenue par Washington,
01:29elle est incarnée par Marco Rubio, en personne, secrétaire d'État américain, lui-même d'origine cubaine.
01:37Oui, il l'incarne, parce que c'est lui qui explique, en espagnol quelquefois, la politique américaine vis-à-vis
01:47de Cuba.
01:48Cela dit, on ne sait pas très très bien comment les États-Unis envisagent le changement.
01:54Ils en veulent un, très clairement.
01:57Est-ce que c'est une solution à la vénézuélienne ?
02:00Personnellement, je ne le pense pas.
02:03Je crois que bien que Marco Rubio, en public, s'inquiète d'un risque de troubles sociaux,
02:12d'éclate de ce qu'on appelle en espagnol « estallido social », une explosion sociale à Cuba,
02:19d'un autre côté, les États-Unis font tout pour que cette explosion sociale intervienne.
02:24Et il semble compter sur une révolte qui viendra de l'intérieur quand la crise deviendra insupportable pour les Cubains
02:35eux-mêmes.
02:35Beaucoup plus que sur une intervention extérieure.
02:38Donc, quand Marco Rubio parle de solutions diplomatiques, en réalité, il ne parle pas de négocier avec les Cubains,
02:44d'imaginer un avenir.
02:45Il parle plutôt d'essayer de provoquer à distance une révolution à Cuba même.
02:51Ça me semble être l'issue la plus probable.
02:54Je peux me tromper.
02:55Il y a aussi des négociations où peut-être on demandera aux Cubains de sacrifier quelques têtes pour un allègement
03:03des sanctions.
03:06Ça, ça serait un scénario plutôt à la vénézuélienne.
03:08Oui, mais la différence, c'est qu'il y a plusieurs différences avec Cuba, avec le Venezuela.
03:15C'est que, d'une part, le pouvoir cubain est sans doute plus homogène qu'il ne l'était au
03:23Venezuela,
03:24où on avait quand même, il apparaissait qu'il y avait des clans différents qui luttaient pour le pouvoir.
03:32À Cuba, ça semble, en tout cas, ça n'apparaît pas pour le moment.
03:36L'autre différence, c'est qu'une intervention armée, comme ça a été le cas en Venezuela,
03:43serait sans doute beaucoup plus risquée à Cuba,
03:47où on a quand même un pouvoir qui, y compris sur les aspects de sécurité,
03:53est, je crois, plus organisé que ne l'était le Venezuela.
03:56Donc, ces options, je ne dis pas qu'elles sont exclues,
04:00mais elles me semblent quand même moins probables.
04:04Et les pressions sur la société cubaine sont beaucoup plus fortes qu'elles ne l'étaient au Venezuela.
04:13On a quand même l'armée américaine qui a annoncé il y a quelques jours
04:15l'entrée d'un de ses porte-avions dans les Caraïbes.
04:19C'est un point de vigilance, non ?
04:20On regarde toujours un petit peu comment évolue l'armée dans cette région.
04:24Oui, certainement.
04:26Et je crois que les États-Unis gardent toutes les options en main.
04:31Cela dit, ce n'est pas en mettant un porte-avions devant le port de la Havana
04:34qu'on fera sauter le régime.
04:36Il faudra, si on choisit l'option militaire, il faudra descendre à terre.
04:40Et ça, je n'y crois pas beaucoup.
04:42Je pense que ça va se passer autrement à Cuba.
04:44La chute de Cuba a été imaginée des dizaines de fois au cours des dernières décennies.
04:49Qu'est-ce qui fait que cette fois-ci pourrait être différente ?
04:52Est-ce que cette fois-ci, c'est différent ?
04:56Cuba a quand même été pendant très très longtemps
05:00porté d'une certaine manière par l'Union soviétique.
05:04Ensuite, il y a eu l'appui vénézuélien du régime de Chaviste.
05:13Ça, c'est fini dans les deux cas.
05:16Les Mexicains ont exprimé une certaine volonté d'appuyer Cuba en livrant du pétrole.
05:22Je pense qu'ils ont compris que c'était inacceptable pour les États-Unis
05:27et les Mexicains ont aussi leur priorité.
05:30Donc, le salut ne viendra pas de ce côté-là.
05:32La pression est plus forte qu'elle ne l'a jamais été.
05:36Alors, si vous ajoutez à ça une certaine inefficacité
05:40quand même structurelle du régime cubain,
05:44on se retrouve dans cette situation extrêmement difficile aujourd'hui.
05:48Merci beaucoup pour cette analyse avec nous ce matin.
05:50Jean-Louis Martin, économie chercheur associé sur l'Amérique latine à l'IFRI.
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