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  • il y a 10 heures
Le 29 mars, après deux semaines d’audience, Salim Berrada, accusé par 17 femmes de viols et d’agressions sexuelles, est condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour criminelle de Paris. Ce Marocain de 38 ans approchait ses victimes sur les réseaux sociaux et les applications de rencontre, en mettant en avant son métier de photographe. Pour Code source, deux journalistes du service police-justice du Parisien, Pascale Egré et Clara Seren-Rosso, retracent le procès du « violeur de Tinder ».

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : BFMTV.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le vendredi 29 mars, Salim Berrada, un photographe de 39 ans, a été condamné à 18 ans de réclusion criminelle,
00:19reconnu coupable d'une série de 15 viols et agressions sexuelles.
00:23L'homme est surnommé par les médias le violeur de Tinder.
00:26Au départ, via d'autres réseaux, en prétextant des séances photos,
00:31puis sur l'application de rencontres, il entrait en contact avec des centaines de femmes
00:35et, dans un premier temps, 17 d'entre elles ont porté plainte pour viol ou agressions sexuelles.
00:41Cet épisode de Codesource est raconté par deux journalistes du Parisien,
00:44membres du service Police Justice, Clara Seren-Rosso et Pascal Aigret.
00:49Pascal Aigret qui a suivi le dossier depuis le début,
00:51elle avait publié le témoignage de l'une des premières victimes en 2017.
01:05Pascal Aigret, on a choisi de commencer ce podcast en 2017, un jour d'hiver au mois de janvier.
01:10Vous rencontrez une jeune femme de 25 ans, une américaine qui a été victime d'un homme.
01:15Nous l'appellerons Sandy pour préserver son anonymat.
01:18Est-ce que vous pouvez nous la présenter ?
01:20Sandy, quand je la rencontre dans le cabinet de son avocate, c'est une jeune femme très jolie,
01:25avec de grands yeux verts, elle est très émue parce qu'elle veut vraiment raconter son histoire
01:29et elle m'explique qu'elle était venue à Paris pour faire des études de management.
01:35Et à ce moment-là, dans le cadre de ses études, elle cherche aussi à gagner un peu de sous
01:39et comme elle est très jolie, elle se dit que poser comme modèle, ça peut être quelque chose d'agréable.
01:43L'effet qu'elle dénonce remonte à 2015, un photographe, Salim Berrada, la contacte par internet
01:49pour lui proposer de faire une séance photo.
01:51Elle se dit que c'est une opportunité et un jour de janvier 2015, le mercredi 7 janvier,
01:56elle se rend chez lui.
01:58Comment ça se passe au départ ?
01:59Au départ, ça se passe très bien.
02:00Elle se dit que c'est une opportunité pour parler aussi un peu technique photo.
02:03Elle s'attend donc évidemment à poser comme modèle puisque c'est comme ça qu'ils ont pris contact.
02:07Elle s'attend à des photos un peu dénudées mais pas vulgaires.
02:10Il vient la chercher au métro Gambetta.
02:13La séance photo doit se passer fin de journée, vers 19h, 19h et quelques.
02:17Et puis il l'emmène dans son studio.
02:19Il vit rue Pix-Récourt, un petit studio de 35 mètres carrés où Lévi travaille.
02:25Et puis il lui propose de boire un verre de vin blanc.
02:29Elle accepte et elle raconte qu'après deux, trois verres, elle est prise de vertige,
02:35que tout devient flou, qu'elle pense mais c'est étrange.
02:40D'habitude il tient un peu mieux l'alcool, un ou deux, deux, trois verres.
02:44Et puis elle l'entend aussi insister pour parler de sexe avec elle.
02:48Et puis elle ferme les yeux et tout devient noir.
02:52Elle se réveille chez lui et elle comprend tout de suite qu'il s'est passé quelque chose.
02:55Quand elle rouvre les yeux, Sandy comprend tout de suite effectivement que quelque chose ne va pas
02:59parce qu'elle est complètement nue sur le canapé.
03:01Salim Berrada est nue lui aussi.
03:03Elle sait qu'il lui a imposé des rapports sexuels alors qu'elle n'était pas d'accord,
03:07qu'elle a protesté, qu'elle avait du mal à bouger,
03:10qu'il l'a obligée aussi à prendre des photos en se caressant.
03:13Et elle se souvient du conseil de sa mère qui lui avait dit
03:17si un jour il t'arrive quelque chose comme ça, il vaut mieux ne rien faire, te laisser faire
03:21parce que sinon ça risque d'aggraver les choses quand tu te sens comme ça en danger.
03:25La jeune femme quitte l'appartement, elle est révoltée.
03:28Quelques jours plus tard, elle choisit de lancer une alerte, un message sur la page Facebook du photographe.
03:32D'abord elle raconte qu'en fait le lendemain, elle se réveille très tard, elle est nauséeuse.
03:37Elle se souvient vaguement qu'elle est rentrée chez elle en métro grâce à quelqu'un qui l'a aidée.
03:42Et elle se dit je vais au moins essayer de poster un message sur son site Facebook
03:46qu'il utilise beaucoup à l'époque lui, pour dire aux autres de ne pas y aller.
03:51Elle dit voilà, il ne faut pas y aller, n'allez pas chez ce photographe.
03:53Et il la menace, il lui dit en gros si tu n'enlèves pas ton message, je balance les photos
03:59pornographiques de toi.
04:01Donc elle efface ses messages.
04:06Quelques mois plus tard, Sandy décide de porter plainte.
04:09C'est trois mois plus tard, elle décide de porter plainte parce qu'en fait elle a parlé à ses
04:12parents de ce qui lui est arrivé.
04:14Et ils lui ont dit non mais ce n'est pas normal ce qui s'est passé.
04:16Ça a eu un impact tel qu'elle a arrêté ses études, elle a commencé à travailler dans un bar
04:20et donc elle se rend à la police.
04:23La police qui la prend très au sérieux l'emmène aux unités médico-judiciaires de l'hôpital de l'hôtel
04:28Dieu passer des examens.
04:31Et dans ses cheveux, il trouve des traces de ce qu'on appelle des antihistaminiques,
04:35qui sont des produits contre le rhume mais qui mélangés à l'alcool peuvent avoir des effets de somnolence ou
04:41des effets comme une drogue.
04:42Les policiers ont conduit Sandy à l'unité médico-judiciaire de l'hôpital parisien de l'hôtel Dieu
04:47où un médecin lui a délivré une ITT, une interruption temporaire de travail de 30 jours.
04:54Pascal Aigré, suite à sa plainte, la jeune américaine va se rendre compte qu'elle est loin d'être la
04:59seule victime.
05:00Elle ne s'en rend pas compte tout de suite parce qu'après sa plainte, Sandy rentre aux Etats-Unis.
05:04Elle pense même que sa démarche a été oubliée par les autorités françaises.
05:08Et ça n'est que fin octobre 2016 qu'elle est avertie qu'il y a d'autres femmes qui
05:14ont porté plainte.
05:16À cette période, Pascal Aigré, une alerte est lancée sur les réseaux sociaux par une victime
05:20qui a tenu à prévenir les autres femmes pour dire, en résumé, qu'il ne faut pas accepter d'aller
05:25chez lui pour un shooting photo.
05:27Oui, l'alerte qu'avait tentée Sandy, finalement, elle est également lancée par la jeune femme qui est la deuxième
05:33plaignante.
05:34Mais aussi par une maquilleuse professionnelle qui a entendu parler de cette affaire par une autre maquilleuse.
05:41Et également par un homme qui se présente comme le président d'un syndicat de mannequins
05:45qui lui fait carrément circuler une vidéo où il dit, attention, Salim Berrada est un violeur
05:50et surtout, faites-vous dépister même du VIH.
05:54Donc en fait, les alertes sur les réseaux sociaux viennent exactement au moment où la justice s'empare du dossier.
05:59L'enquête va durer des années et elle révèle l'organisation quasi-industrielle de Salim Berrada
06:04pour rentrer en contact avec de nombreuses femmes.
06:07Oui, ce qui permet à l'accusation de parler d'organisation quasi-industrielle du processus de rencontre,
06:12ce sont notamment des fichiers Excel que les enquêteurs ont retrouvés sur son ordinateur,
06:18des fichiers qui contenaient des phrases d'accroche, des compliments, des mots d'ordre aussi pour comment se comporter.
06:25Par exemple, être intrigante dès la première rencontre, être drôle, relancer par des anecdotes, s'intéresser à elle
06:31ou bien des « bonjour, je suis photographe, j'aimerais t'avoir devant mon objectif pour révéler ton identité ».
06:39En fait, il les flattait, il leur faisait croire à chacune qu'elle pouvait être sa future muse
06:45et c'est comme ça qu'il arrivait à obtenir que beaucoup de jeunes femmes viennent faire ses séances photos.
06:51Salim Berada est entendu par les enquêteurs et il reconnaît avoir multiplié les rencontres.
06:55Oui, il dit que de toute façon il est photographe, il travaille avec des modèles
06:59et qu'en plus, effectivement, il en profite pour avoir des relations sexuelles,
07:03beaucoup, que depuis qu'il est photographe, c'est-à-dire à peu près depuis 2014,
07:07donc on est sur deux ans, il en aurait eu entre 200 et 300 en relations sexuelles.
07:12À l'expert psychiatre, plus tard, il dira jusqu'à 600.
07:17Pascal Aigret, quand vous écrivez votre premier article sur cette affaire,
07:21sept femmes ont porté plainte, il y en aura au total 17 dans ce dossier.
07:25Des analyses sont effectuées sur les plaignantes et des traces de produits chimiques suspects
07:30sont détectées sur une partie des victimes.
07:33En effet, pour près de la moitié des plaignantes, les expertises toxicologiques ont décelé dans leurs cheveux
07:40majoritairement des traces d'antihistaminiques, donc ces produits dont je parlais,
07:44qui sont en vente libre dans toutes les pharmacies, et parfois, dans quelques cas, des traces de MDMA.
07:49La MDMA, c'est l'ecstasy, donc une drogue, pour le coup, qui n'est pas en vente libre.
07:54Ces analyses, elles ne sont pas forcément probantes en tant que telles,
07:56parce que parfois, elles ont été faites des mois après.
07:59En plus, ce ne sont que des expertises sur les cheveux,
08:02mais elles viennent coïncider et, du coup, renforcer le soupçon d'une soumission chimique
08:09que les plaignantes disent, pour la plupart, avoir ressenti.
08:12Salim Berada est placé en détention provisoire le 13 octobre 2016,
08:15mais en novembre 2019, il est remis en liberté sous contrôle judiciaire.
08:20Expliquez-nous ça.
08:21À l'époque, Salim Berada n'a pas de casier judiciaire, c'est un détenu modèle,
08:26l'instruction traîne, il a fait plusieurs demandes de remise en liberté
08:29et l'une d'elles est acceptée, donc en novembre 2019.
08:34Au début, d'ailleurs, il a un bracelet électronique, puis ensuite, il n'en a plus.
08:38En tout cas, son contrôle judiciaire lui interdit d'exercer son activité de photographe
08:43impliquant des contacts avec, je cite, les modèles féminins.
08:47Mais son contrôle judiciaire ne lui interdit absolument pas d'aller sur les réseaux sociaux.
08:52Après sa libération, Salim Berada se met sur l'application de rencontre Tinder
08:55et il fait de nouvelles victimes.
08:57Oui, alors ça va lui valoir le surnom de violeur de Tinder.
09:01Mais il fréquente pas seulement Tinder, il fréquente d'autres réseaux sociaux.
09:04Il va un peu partout avec des pseudos.
09:07Alors c'est Solal, Sol, Sacha, Darcy.
09:11Ce qu'il y a, c'est que les plaignantes du dossier en cours d'instruction le reconnaissent,
09:16des associations militantes aussi, et que du coup, voilà, on alerte en disant
09:20« Attention, cet homme-là, c'est un photographe qui a une enquête pour viol en cours, faites attention ».
09:26Lui explique ensuite qu'il part même vivre à Marseille pour essayer d'échapper à cette mauvaise réputation sur les
09:32réseaux sociaux.
09:33À l'été 2023, une deuxième information judiciaire est ouverte à Paris.
09:38Mise en examen pour quatre nouvelles plaintes pour viol et agressions sexuelles,
09:42Salim Berada retourne en détention provisoire.
09:45C'est donc détenu qu'il est jugé par la Cour criminelle de Paris à partir du lundi 18 mars.
09:51Salim Berada, 38 ans, comparé aujourd'hui devant une cour criminelle pour 13 viols et 4 agressions sexuelles
09:58commis sur 17 jeunes femmes entre 2014 et 2016.
10:01Deux circonstances aggravantes ont été retenues.
10:04L'abus d'autorité, autorité que lui donnait son métier de photographe professionnel,
10:08et le caractère sériel des viols.
10:10On est face à une série, il doit répondre de 17 viols et agressions sexuelles
10:14et il risque une peine de 20 ans de réclusion.
10:17Pascal Aigré, est-ce que vous pouvez nous le décrire au début de l'audience dans le box des accusés
10:21?
10:22Dans le box des accusés, on ne voit pas les photos que lui mettait en scène sur les réseaux sociaux,
10:27plutôt d'un beau gosse, prof sur lui, avec les cheveux plutôt courts.
10:31Là, on a un homme qui a 38 ans, il a une tignasse de cheveux plutôt type coupe afro.
10:38C'est un homme fin et quand il se lève pour décliner son identité,
10:42on voit qu'il est très grand, il mesure 1m93.
10:44Dans la salle, il y a une petite dizaine de femmes qui ont été victimes de lui ?
10:48Oui, ce sont des jeunes femmes qui, à l'époque des faits qu'elles dénoncent,
10:52avaient entre 18 et 26 ans et qui, là, ont nom entre 27 et 35,
10:57donc elles sont très jeunes.
10:59Elles étaient, à l'époque, apprenties comédiennes ou apprenties mannequins.
11:03Aujourd'hui, elles font des choses diverses, mais souvent dans des domaines voisins.
11:09Et, en fait, ces jeunes femmes ne se connaissaient pas avant l'audience.
11:12Elles savent pourquoi elles sont là, puisqu'on les a placées sur le banc des partis civils.
11:17Elles sont placées à gauche, face à la cour.
11:20Et il y a une très grande proximité avec le boxe, parce que la salle est toute petite.
11:24Ce qui fait qu'elles voient le boxe vers leur droite.
11:27Et c'est vraiment un face-à-face très tendu, silencieux,
11:31où on voit ces jeunes femmes qui fixent cet homme qu'elles accusent.
11:35Ça donne une atmosphère très particulière.
11:37Salim Berhada a 38 ans, il est marocain, il est né à Casablanca,
11:41il est arrivé en France à 18 ans.
11:43Qu'est-ce qu'on sait de son enfance et de son parcours ?
11:45Salim Berhada, c'est le deuxième fils, le second garçon d'une fratrie de trois.
11:50Après, sa maman va adopter une petite fille.
11:52Ce qu'il raconte, c'est que son père ne travaille pas,
11:55meurt quand il est, lui, à 10 ans,
11:57que son père était quelqu'un de plutôt violent et d'absent.
12:00Que c'est sa maman, ce qui est singulier dans un pays de tradition musulmane,
12:05qui est la seule à travailler, elle est couturière.
12:07Ça marche plutôt bien, mais plus à partir du décès du papa,
12:10ils vont traverser une phase très difficile.
12:13Et ce qu'on sent dans ce qu'il raconte, c'est que Salim,
12:14c'est le mal-aimé de la fratrie.
12:17Donc, il se plonge dans les études.
12:19Il décide qu'il va réussir comme ça dans la vie.
12:23Et il marche très bien, puisqu'il passe un bac scientifique.
12:26Ensuite, il passe des concours pour devenir ingénieur,
12:29mais des concours d'école en France.
12:31Il est admis à l'école d'ingénieur de Bordeaux.
12:34Il part avec 20 euros en poche.
12:36Donc, il va quand même se débrouiller pour financer ses études
12:39en donnant des cours de mathématiques.
12:40Il a plutôt un parcours très méritoire.
12:42Et à la sortie de ses études,
12:44il va devenir ingénieur informaticien dans des entreprises,
12:49notamment à Paris et en région parisienne.
12:51À quel moment il décide de se lancer dans la photo ?
12:54Il commence à se dire, finalement, j'ai toujours voulu,
12:56il le dit comme ça, l'audience créée, créée, créée.
12:58Il a toujours été attiré par l'art.
13:00Et il se dit, moi, je vais devenir photographe vers 2012, 2013.
13:05Donc, il démissionne.
13:06Il va vite du chômage et il se lance dans la photo.
13:09Et ça fonctionne plutôt assez vite, assez bien.
13:12Et il sait utiliser les réseaux sociaux,
13:14puisqu'il passe par Facebook.
13:15Il a un site internet.
13:17Il commence à avoir une bonne notoriété.
13:19Parmi les premières victimes à témoigner à la barre,
13:21il y a Solène, elle a 30 ans.
13:23Elle avait 21 ans au moment des faits, en 2015.
13:25Oui, Solène est un peu un cas à part en ce qui concerne le mode de rencontre avec Salim Berrada.
13:30Parce qu'à l'époque, elle, elle est déjà, à 21 ans, maquilleuse professionnelle.
13:34C'est sa passion.
13:35Et elle connaît Salim Berrada pour avoir déjà travaillé avec lui.
13:39Elle dit même qu'il s'entende bien.
13:41Elle croit qu'il est gay, elle est en confiance.
13:44Et voilà, ce jour-là, en fait, elle vient pour maquiller un modèle.
13:48Donc, c'est un rendez-vous de travail.
13:50Mais pas longtemps avant, Salim Berrada lui a proposé aussi de poser en tant que modèle
13:54dans une série de nuits artistiques qu'elle trouve très beau.
13:57Et elle s'est dit, ah, elle est un peu flattée, pourquoi pas moi aussi ?
14:00Ils se disent, ah bah tiens, on va faire la séance aujourd'hui.
14:03Que se passe-t-il ?
14:05Solène raconte qu'ils prennent un verre et que très vite,
14:08elle se sent vraiment très mal.
14:10Que Salim Berrada commence à lui parler de sexe,
14:14commence à l'embrasser,
14:16qu'elle lui crie d'arrêter, mais qu'il continue
14:18et il l'entraîne sur le canapé.
14:20Elle raconte des viols successifs extrêmement bretaux.
14:24Elle parle aussi de l'après.
14:26L'après, c'est son propre déni.
14:28Elle se dit, c'est de ma faute, j'aurais pas dû boire d'alcool.
14:31Elle ne comprend pas ce qui lui est arrivé, en fait.
14:33Elle a honte.
14:39Ce récit-là, comme beaucoup d'autres récits à la barre,
14:41sont des récits de viols tellement circonstanciés, détaillés et tellement violents,
14:45c'est-à-dire on a l'impression qu'elles revivent leur viol en le racontant,
14:49que ça paraît être d'une sincérité absolue.
14:52Comment réagit Salim Berhada ?
14:54La plupart du temps, il est immobile dans le box.
14:57Il écoute vraiment avec attention.
14:59Il les regarde.
15:00Il fait parfois non de la tête.
15:03Après chaque déposition, il est interrogé.
15:06Et pour Solène, il assure que le rapport sexuel était consenti,
15:10vigoureux, mais pas brutal.
15:12Qu'elle savait qu'il était hétérosexuel.
15:15Qu'elle a sans doute regretté après, en fait.
15:17Et que c'est pour ça qu'elle raconte ça.
15:19Il dit même qu'elle est l'exemple type d'une personne
15:22qui a des souvenirs qui ont changé
15:24après avoir vu ce qui a circulé sur les réseaux sociaux.
15:27Lui, en résumé, ce qu'il dit, c'est que les femmes,
15:30en découvrant sur Internet sa réputation et les alertes,
15:33ont ensuite revisité ce qu'elles avaient vécu dans son appartement, c'est ça ?
15:37Il pense que la plupart des plaignantes, de ces accusatrices,
15:42sont des jeunes femmes qui regrettent la manière dont ça s'est passé,
15:45la façon très goujate dont, après le rapport sexuel,
15:49il les a en gros congédiés une fois que c'était terminé.
15:52Il se reconnaît même abject.
15:55En fait, pour lui, c'est plutôt une faute morale,
15:59mais en tout cas, pas un viol, pas une agression sexuelle.
16:01Comment est-ce qu'il s'exprime ? Il fait quelle impression ?
16:03Il s'exprime très bien.
16:05Il ne dit pas « mais elle mente » ou « cette accusatrice-là ment ».
16:08Il dit « elle a revisité la façon dont ça s'était passé,
16:11parce qu'elle a sans doute été traumatisée à l'idée d'avoir couché avec un violeur,
16:15puisque c'est comme ça que je suis présentée maintenant.
16:17Et puis en plus, comme je ne lui ai pas envoyé les photos,
16:21elle veut se venger.
16:22Puis finalement, elles ont toutes copié le même récit,
16:24elles se sont donné le mot, il y a un effet d'entraînement.
16:27Voilà.
16:27Un autre exemple, il dit « non, non, je ne suis pas addict au sexe »,
16:31comme il avait pu le dire au début pendant ses guerres d'avus.
16:33Je suis addict à la séduction, à l'idée de plaire.
16:37Alors là, ça fait fortement réagir les jeunes femmes sur les bancs des parties civiles.
16:42Mais voilà, c'est sa façon d'être.
16:44Je suis là pour expliquer que c'est sa façon de se défendre.
16:48Et il faut dire que ça agace beaucoup la cour.
16:51Clara Seren-Rosso, comme souvent dans les procès qui durent plus d'une semaine,
16:55les journalistes du Parisien se relaient.
16:57Vous, vous êtes là le mercredi 27 mars, au huitième jour de son procès.
17:02Et à un moment, Salim Berrada semble préparer le terrain à un éventuel changement de version.
17:08Il dit qu'il a bien écouté tous ses témoignages.
17:11Oui, il a été très solennel.
17:13Il lève la tête pour commencer à s'exprimer.
17:16Il dit qu'il y a eu du cheminement dans son esprit depuis le début de l'audience.
17:19Il dit qu'il a écouté tout le monde, que tout le monde a été très sincère.
17:22Alors là, c'est le silence complet dans la salle.
17:24On est un peu tous suspendus à ses paroles.
17:27Comment réagissent les plaignantes quand ils commencent à dire ça ?
17:29En fait, elles ne le regardent même pas.
17:31Elles regardent le sol.
17:32Il y a même une des plaignantes qui quitte la salle au moment où ils commencent à parler.
17:36Et donc, que dit Salim Berrada ? Comment il poursuit ?
17:39En fait, finalement, Salim Berrada dit qu'il veut comprendre.
17:42Mais ce qu'il veut comprendre, c'est pourquoi les femmes mentent ou alors pourquoi les femmes tordent la vérité.
17:48Lui, il n'avoue rien du tout.
17:51En réalité, il pense qu'il n'a jamais forcé personne.
17:55Donc bon, on aurait pu s'attendre à des aveux.
17:57Et finalement, ce n'est pas du tout le cas.
17:58Comment réagissent les plaignantes ?
18:00Ça ne crée pas de remous particulier.
18:02On peut penser qu'elles savaient à quoi s'attendre.
18:05En fait, il a été entendu 17 fois pour 17 victimes.
18:08À chaque fois, il a été entendu après les témoignages.
18:11À chaque fois, c'était le même discours.
18:12Et là, c'est toujours le même discours, très narcissique.
18:15C'est-à-dire, elles ont couché avec moi parce qu'elles en avaient envie.
18:18Et aujourd'hui, je suis un espèce de monstre dans les médias.
18:20Et donc, elles n'acceptent pas d'avoir fait ça.
18:26Pascal Aigret, le jeudi 28 mars, c'est les réquisitions.
18:29Une peine de 19 ans de prison est demandée contre lui.
18:32Au dernier jour du procès, le vendredi 29 mars, la parole est à la défense.
18:37Franchement, la tâche était compliquée pour la défense.
18:42Ses avocats, maître Irina Kratz et Ambroise Viennet-Leguet, ont demandé à la cour de ne pas douter de la
18:47sincérité des explications que donnait Salim Berada.
18:50Ils ont demandé à la cour donc de faire du cas par cas.
18:52Sous-entendu, d'essayer de vraiment analyser la situation de chacune des accusatrices, à l'aune de ce qu'elles
18:59racontent et aussi à l'aune de ses propres explications.
19:02Voilà ce qu'ils ont essentiellement demandé à la cour.
19:04Ils n'ont donc pas plaidé l'acquittement, loin de là.
19:07Sans doute pour corriger l'idée, le portrait d'un monstre froid, prédateur, qu'avait donné l'avocat général et
19:13que donnait l'accusation.
19:15Ils ont plutôt parlé d'un triste cire, perdu dans une fuite pathétique.
19:19Donc un portrait plutôt triste et pathétique de leurs clients, mais en tout cas pas celui d'un prédateur.
19:27L'actualité ce soir, c'est aussi le verdict dans l'affaire du violeur de Tinder.
19:31Salim Berada, ancien photographe de mode, a été condamnée ce soir à 18 ans de réclusion.
19:35La cour criminelle de Paris condamne Salim Berada à 18 ans de réclusion avec une peine de sûreté des deux
19:40tiers
19:40et une interdiction définitive du territoire français, ce qui veut dire qu'il devra être reconduit à la frontière une
19:47fois sa peine purgée.
19:48Pascal Aigré, il est condamné pour 15 des 17 viols et agressions sexuelles dont il était accusé. Pourquoi ?
19:55Parce que pour l'un des viols, l'un des 13 viols et pour l'une des trois agressions sexuelles,
20:00la cour a considéré que le doute pouvait lui profiter et que les éléments n'étaient pas suffisamment probants pour
20:07le condamner.
20:08Donc ils ont fait effectivement du cas par cas.
20:12Pascal Aigré, on parlait au début de cet épisode de Code Source de Sandy, l'américaine, l'une des premières
20:18plaignantes dans ce dossier.
20:20Elle n'a pas suivi le procès, elle n'était pas là. Mais est-ce qu'on sait ce qu
20:23'elle est devenue ?
20:24Son avocate, maître Martine Moscovici, sait qu'elle vit à San Francisco.
20:28Elle a longtemps gardé contact avec elle, mais elle n'a pas du tout réussi à la joindre avant l
20:33'audience, avant le procès.
20:33Et elle m'a dit qu'il lui semblait que jamais Sandy ne s'était remise du traumatisme de cette
20:39affaire.
20:50Merci à Pascal Aigré et Clara Seren-Rosso.
20:53Cet épisode de Code Source a été produit par Thibaut Lambert et Raphaël Pueillot.
20:58Réalisation, Julien Moncouquiol.
21:00Code Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
21:03Chaque mercredi, il y a aussi maintenant Le Sacre, un nouveau podcast du Parisien consacré à Paris 2024.
21:10Confidence de médaillé d'or olympique et paralympique au micro d'Anne Lorbonnet.
21:15Et puis n'oubliez pas Crime Story, chaque samedi, une grande affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau avec Damien Delsenis,
21:21le chef du service police-justice du Parisien.
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