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  • il y a 23 heures
L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal publie son premier livre, "La Légende", depuis qu'il a été libéré et qu'il a quitté Gallimard pour rejoindre Grasset. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-26-mai-2026-7674689

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00:00Nous l'avions reçu il y a six mois, quelques jours après sa libération.
00:04Il nous avait raconté sa longue détention en Algérie, sa liberté retrouvée
00:08et ce surnom donné en prison par ses co-détenus, la légende.
00:12Aujourd'hui, c'est le titre de son livre qui sort mardi prochain chez Grasset, son nouvel éditeur.
00:17Bonjour Boilem Sansal.
00:19Bonjour.
00:20Merci d'avoir choisi France Inter pour votre première interview.
00:23Ce livre, vous l'avez écrit très vite, en à peine quelques mois.
00:27Est-ce que vous l'aviez déjà en tête dans la prison de Coléa, près d'Alger ?
00:31Je ne sais plus. Franchement, je ne sais plus.
00:35Oui, j'avais commencé à prendre des notes, mais orales.
00:41Je n'avais pas le droit d'avoir du papier, des stylos, des trucs comme ça pour écrire.
00:46Oui, j'y pensais, mais pas vraiment.
00:49C'était une idée.
00:50Parce que je ne savais pas combien de temps j'allais rester en prison.
00:54Au début, j'étais persuadé que je serais libéré dans les jours qui viennent.
00:57Je me suis dit, ce n'est pas possible.
00:58Il y avait une méprise.
01:01Mais au fur et à mesure que le temps passait, il fallait commencer à réfléchir.
01:06Boilem Sansal, la légende, c'est vous.
01:08C'est comme ça que vous appellent les prisonniers qui partagent votre quotidien.
01:13Qu'est-ce qu'il y a derrière ce surnom ?
01:15C'est mystérieux, une légende.
01:17Qu'est-ce que vous incarniez pour qu'on vous appelle la légende ?
01:21Les prisonniers eux-mêmes, je ne sais pas pourquoi ils m'ont surnommé la légende.
01:27Il faut revoir un peu l'histoire.
01:29J'ai été arrêté le 12 ou 16 novembre, je me souviens un peu très bien.
01:34Et pendant une semaine entière, j'ai été enfermé je ne sais où.
01:37J'étais entre les mains des services secrets, probablement, dans une sorte de casemate, des bureaux secrets.
01:44Et puis, j'étais vraiment dans une obscurité totale.
01:49Pas seulement physique, mais mentale aussi.
01:54Mais j'étais un sujet de conversation dans le monde entier en ce moment.
01:57Moi, je ne savais pas ce qui se passait dans le monde.
02:00Mais tout le monde parlait de moi, en Algérie, en France, etc.
02:02Et donc, les prisonniers qui ont une télévision dans leurs cellules,
02:07ils voient tous les jours, on parle d'un certain Sansal, Miquelès,
02:10derrière lequel il y a toute la France, il y a toute l'Europe, il y a les Etats-Unis,
02:13il y a les Martiens peut-être derrière.
02:16Et cette pression va faire tomber le régime et on va sortir.
02:20Boilem Sansal va nous libérer.
02:21Oui, parce que c'est ce que vous racontez, Boilem Sansal,
02:24même des conversations avec des co-détenus qui misent sur vous
02:28pour carrément faire tomber le régime algérien et le régime du président Tebboune.
02:32On a cette impression aussi, en vous lisant, que ce statut, il vous dépassait un peu.
02:37Vous étiez un peu dépassé par ce que vous incarniez.
02:40Mais forcément, moi, j'étais quoi ?
02:42J'étais un écrivain, disons en fin de carrière.
02:45Il y a quand même l'âge qui est là.
02:47Et d'ailleurs, vraiment, j'y pensais très heureusement d'arrêter d'écrire.
02:51Parce que, bon, je n'avais plus rien à dire.
02:53J'avais écrit 15 livres, je ne sais pas combien d'essais.
02:56C'était fini.
02:57J'étais fatigué de cette vie.
02:58Faites de voyage, parce que je vis toujours en Algérie.
03:01Donc, je voyage beaucoup.
03:03Ça devenait fatigant.
03:04Et pour ma vie de famille, c'était vraiment épuisant.
03:08Et voilà, il arrive cette aventure.
03:11J'aurais jamais cru, j'aurais jamais pensé qu'on pouvait changer du tout au tout en quelques semaines.
03:18La prison a un pouvoir de transformation sur les individus.
03:21Comment est-ce que ça vous a changé ?
03:23Parce que quand on vous lit sur le récit de votre détention, on voit déjà à quel point ça a
03:26été dur.
03:27Et quand on compare par ailleurs à ce que vous nous aviez dit à ce même micro il y a
03:30six mois,
03:30vous étiez très pudique sur votre détention.
03:32Là, vous racontez.
03:33Comment est-ce que ça vous a changé ?
03:35Au début, on est ce qu'on est.
03:37J'étais Boilem Sansal, écrivain, connu plus ou moins, qui en bute à un pouvoir qu'il connaît très bien.
03:43C'est une dictature.
03:45Je m'attendais un jour ou l'autre à être arrêté, bien entendu.
03:49Mais au bout de quelques jours, je n'étais plus Boilem Sansal.
03:53J'étais un prisonnier.
03:5446 611.
03:56C'est mon numéro d'écrou.
03:57On fonctionne comme ça.
03:58On ne s'appelle pas par son nom en prison.
04:00Non, j'étais de 46 611.
04:04Et puis derrière moi, il y a des choses qui se construisaient.
04:09Il y a un prisonnier qui était en train de naître avec son message politique.
04:14Mais tout ça, à mon insu, c'est une lente évolution.
04:18Aujourd'hui, on le résume, on le dit en deux phrases.
04:20Mais ça a pris des mois, cette évolution où les gens, je voyais qu'ils ne me parlaient plus en
04:25tant qu'homme,
04:26un prisonnier quelconque, mais quelqu'un sur lequel ils ont projeté un transfert de quelque chose.
04:32C'est leur désir de liberté, de justice et tout ça.
04:35Ils se devenaient l'homme de la justice, l'homme de la liberté.
04:38Ce que vous racontez bien derrière cette image, c'est à quel point on est vulnérable en prison,
04:44à quel point on attend, par exemple, les parloirs deux fois par mois.
04:48Vous attendiez votre femme, Nazia.
04:50Il y a un moment où elle ne peut pas venir pendant un mois et c'est absolument terrible.
04:54– Oui, c'est terrible parce que j'étais dans une situation particulière.
04:59Je n'étais pas qu'un prisonnier, qu'un homme qu'on a arrêté, ou un intellectuel, un dissident.
05:04Je crois que j'étais l'otage au personnel du président.
05:07C'est lui qui, je pense, à mon analyse, j'ai fait beaucoup de vérifications, je crois.
05:13Et là, c'est tellement injuste.
05:16Être arrêté par un État, à la limite, on peut comprendre ça.
05:19On dit qu'il y a une justice, peut-être elle est aveugle.
05:22Mais d'un homme, le caprice d'un homme.
05:25C'est quelqu'un qui a dit, un jour, dans une conférence,
05:28Boilem Sansal est un usurpateur, c'est un traître, c'est un bâtard.
05:33– Mais Boilem Sansal, on va parler bien sûr de votre rapport au régime algérien,
05:36mais ce moment où, quand vous êtes en prison, on vous dit,
05:39votre femme, elle ne vient pas au parloir du mardi.
05:41– Ah non, mais c'était terrible, ça.
05:42Ça, c'était terrible.
05:44D'abord, les premiers mois.
05:45Moi, j'étais arrêté en novembre.
05:46Ma femme est venue me voir pour la première fois en janvier.
05:50Donc, pendant deux mois, pas d'avocat, pas de femme.
05:52J'étais dans une solitude absolue.
05:54En plus, j'étais dans un quartier de très haute sécurité,
05:57parmi des islamistes.
05:59Aucune possibilité de dialogue.
06:01Pour eux, j'étais le diable.
06:03Et inversement, pour moi aussi, le diable.
06:05– Boilem Sansal, on va parler de politique, de diplomatie,
06:09de votre rupture avec votre éditeur historique.
06:11Mais ce qui est saillant dans ce livre,
06:15c'est qu'on s'aperçoit à quel point vous faites entrer la littérature en prison,
06:21y compris la poésie.
06:22Vous avez écrit un poème avec vos co-détenus.
06:26Et on aimerait ce matin que vous nous en lisiez un passage sur la solitude.
06:29– Tout de suite, là ?
06:30– Oui.
06:31– Bon, il faudrait quand même que j'explique d'où vient ce truc-là, non ?
06:34– Oui, oui.
06:34– Alors, allez-y, expliquez-nous.
06:36– Non, non, voilà, parce qu'on s'ennuie tellement en prison.
06:39Mais c'est un ton ennui très lourd, destructeur.
06:43Et donc, un jour, j'ai écrit au directeur de la prison.
06:45Je lui ai dit, écoutez, monsieur le directeur, je sais faire beaucoup de choses.
06:48Je peux enseigner les mathématiques, l'économie, la physique nucléaire, etc.
06:53Utilisez-moi.
06:54Donnez-moi vos prisonniers et donnez-moi une salle.
06:57Bon, évidemment, c'est un refus.
06:59Et j'ai organisé ça dans ma petite cour.
07:03On a tendance à penser que des prisonniers vivent dans une cellule.
07:07Pas du tout.
07:08La cellule, c'est juste pour dormir.
07:09Toute la journée, on est dans la cour.
07:11Donc, on est en bande, etc.
07:14Et voilà.
07:15Et donc, les directeurs y ont refusé.
07:16Je me suis quand même proposé, je dis aux prisonniers,
07:19si vous voulez savoir quelque chose, venez me voir.
07:21Alors, je passais mes journées à expliquer aux uns ceci et cela,
07:25et pourquoi la lune elle tourne, etc.
07:28Et puis, certains aussi, notamment les islamistes,
07:31me demandaient d'expliquer mon impiété.
07:33Ils n'arrivaient pas à comprendre ça.
07:35Ils n'arrivent pas à comprendre l'athéisme.
07:37Et donc, ce poème que vous écrivez avec vos collègues.
07:41Pour les occuper, je leur ai dit, écoutez, on va faire les choses ensemble.
07:44Je ne suis pas le prof et vous, les élèves, faisons ensemble.
07:47Écrivons un poème.
07:48Et ben voilà.
07:49On a écrit un poème qui fait, je crois, 3 kilomètres.
07:52Et donc, vous allez nous en lire un extrait.
07:54Un très court extrait.
07:56L'ennui est là.
07:58Non pas l'ennui des vendredi saints ou des heures oisives.
08:02Un ennui profond.
08:03Un ennui minérable.
08:05Il entre dans les eaux.
08:07Il use la pensée.
08:09Il rend les hommes étrangers à eux-mêmes.
08:11Dans la cour, on apprend cela.
08:13Voilà, le temps ne passe pas.
08:15C'est nous qui passons en lui, à petits pas, sans bruit, comme de l'eau perdue dans le sable.
08:22Et voilà, c'était...
08:24Et dans le même temps, vous vous récitez aussi les poèmes du 19e siècle, Baudelaire, Verlaine...
08:30Et ben ça, ça m'a sauvé.
08:31Heureusement, ça c'était un petit vice que j'avais quand j'étais jeune.
08:34C'est d'apprendre des poèmes par cœur.
08:36Ils ont collé des milliers comme ça.
08:37Il faut qu'on ouvre le chapitre politique, Baudelaire Sansal, puisque ce livre, c'est un pamphlet contre le régime
08:44algérien.
08:45Et que vous le dites tout au long de cet écrit, vous regrettez que la France ait fait usage de
08:51diplomatie avec le régime pour vous libérer.
08:54Votre libération, vous la voyez comme une sortie, je vous cite, une sortie négociée à la demande du président allemand,
09:00sous condition du retrait silencieux, volontaire et honteux de la France.
09:05Pourquoi est-ce que vous êtes si dur avec la France qui a tout fait pour vous libérer ?
09:09Mais pas du tout. La France a tout fait pour me libérer une année entière, mais elle n'a pas
09:12réussi.
09:14Les efforts sont là.
09:16J'en ai parlé avec le président Macron quand je suis revenu de Berlin.
09:20J'en ai parlé avec Jean-Noël Barraud.
09:23La France a vraiment tout fait.
09:26Vous parlez quand même, Baudelaire Sansal, le retrait silencieux, volontaire et honteux de la France.
09:31Ce n'est pas des mots neutres.
09:34C'est qu'à un moment donné, le régime algérien a profité de cela.
09:40Il y avait une montée en charge contre la France du gouvernement algérien.
09:44C'était de manière permanente.
09:45Vous écrivez...
09:46Le silence était inacceptable.
09:49On vous insulte, répondez quand même.
09:51Vous écrivez, j'ai été gracié, donc diminué.
09:54Vous dites que vous vouliez mener le combat jusqu'au bout, quitte à rester et à mourir en prison.
09:59Vous vouliez devenir quoi ? Un martyr ?
10:02Non, pas vraiment.
10:04C'est que quand j'ai...
10:05C'était une rumeur.
10:06Je ne savais pas si les tractations...
10:08Là, on parle maintenant, on sait tout.
10:10Mais moi, quand j'étais en prison, je ne savais pas du tout ce qui se passait.
10:12Je n'avais pas d'avocat.
10:13Ma femme ne venait pas me voir.
10:14Ou ma femme ne s'intéressait pas à ces choses-là.
10:16Elle vient voir son mari et ne pas faire de la politique.
10:19Et je ne savais rien.
10:21Mais petit à petit, les rumeurs comme ça, il se serait créé un comité de soutien formidable.
10:28Mais c'est quoi ? C'est qui ? Etc.
10:30Oui, mais attendez, on ne comprend pas très bien Boilem Sansal.
10:35On lit une critique quand même assez virulente de ce qu'a fait la France.
10:39Vous faites l'éloge, par ailleurs, de Bruno Retailleau.
10:41Vous dites qu'il a déplacé les lignes.
10:43Il a posé les bonnes questions.
10:45Il a arrêté de trembler devant toutes les ombres.
10:47Sauf que sa méthode n'a pas marché.
10:50En fait, la méthode de la rupture, elle n'a pas fonctionné.
10:53Donc vous en voulez ?
10:55Pas du tout.
10:56Moi, je pense qu'elle a marché.
10:57Je pense que l'action de la France, quelque part, a marché.
11:02L'Allemagne n'est entrée dans la danse qu'avec l'accord de la France.
11:06Parce que la France n'arrivait pas à me libérer comme elle n'arrive pas à libérer Christophe Gleiz.
11:11Eh bien, on trouve des scénarios où l'idée tient de passer par l'Allemagne.
11:15Mais j'aurais pu passer par les Etats-Unis ou l'Espagne.
11:18Bon, il se trouve que l'Allemagne, j'ai une relation particulière avec l'Allemagne.
11:21Je suis très connu là-bas.
11:22Mais Boilem Sansal, comprenez qu'en vous lisant, se pose la question,
11:26peut-être d'une forme, certains diront, d'ingratitude vis-à-vis de ceux qui ont fait
11:30tous les efforts diplomatiques de la Terre pour tenter de vous faire libérer.
11:34Même si à la fin, c'est bien l'option allemande qui a permis votre libération.
11:39Est-ce que vous comprenez cette critique-là ?
11:41Je le comprends.
11:43Peut-être que j'ai tendance, quelquefois, à être un peu brutale dans mon expression.
11:48Mais je le comprends parfaitement, bien entendu.
11:51Non, mais ce que je comprends surtout, c'est que c'est réinterprété.
11:55Ce n'était pas dans mon esprit.
11:58Dans mon esprit, c'est bon...
12:02Il s'est créé un comité.
12:04À un moment donné, c'est au sein même du comité.
12:06Ce comité s'est divisé en deux.
12:08Il y a celui qui était, une partie qui était sur la ligne de la diplomatie, etc.
12:14qui manifestement n'arrivait pas à remplir la mission.
12:19Et puis, il y avait un comité qui tapait sur les drames.
12:21Moi, ça me plaisait.
12:21Oui, juste, Boulême Sansal, puisque là encore, ce que vous dites résonne avec l'actualité.
12:25On a vu ces derniers jours et ces dernières semaines des ministres français succéder à Alger,
12:30vantant la reprise de la coopération, le réchauffement des relations.
12:34Est-ce que ça, c'est une bonne chose ?
12:36Ou est-ce que vous considérez que ce n'est pas la bonne façon d'envisager les rapports avec Alger
12:41?
12:44Alors, conjoncturellement, c'est très bien.
12:46Je veux dire que là, ponctuellement, c'est très bien.
12:48Si ça peut faire libérer Glaise, c'est formidable.
12:50Si ça peut régler un certain nombre de problèmes, il y a des tensions énormes qui pèsent sur les gens,
12:57ceux qui sont en prison en particulier, les opposants, les cabiles, etc.
13:01Non, ce serait très bien.
13:04Mais les politiques d'État, ce n'est pas la conjoncture.
13:08Est-ce qu'il est possible, moi je me dis, est-ce qu'il est possible, avec ce régime algérien,
13:12de construire quelque chose de durable ?
13:13Franchement, s'il y a des gens qui y croient, qui viennent me le dire.
13:17Moi, je n'y crois pas.
13:19Ce régime, il dérive complètement, il s'est isolé du monde entier.
13:24Il fait la guerre à tout le monde, au Maroc, à l'Espagne, au Mali, à la France.
13:30Vous avez entendu Emmanuel Macron qui dit, il y a ces maboules qui disent qu'il faut se fâcher avec
13:33l'Algérie ?
13:34Non, il ne faut pas se fâcher.
13:35Vous n'êtes pas un maboule alors ?
13:36Oui, il faut être ferme, voilà.
13:39Ce que je veux dire, c'est qu'il faut être ferme.
13:42À un moment donné, franchement, on ne comprenait pas, les gens ne comprenaient pas.
13:49Le régime algérien a lancé une charge contre la France, mais qui est incroyable.
13:55C'est la rupture des sanctions financières, mémorielles, etc.
14:02Tout une armada a été mise en place.
14:07Et puis, bon, là, en face, on sentait qu'il y avait ceux qui voulaient se battre.
14:12Mon comité de soutien et Bruno Rotaillot et compagnie.
14:17Et puis, ceux qui étaient sur la ligne de la diplomatie.
14:20Elle a fini par fonctionner.
14:22Souvent, quelquefois, il faut en sortir.
14:23Oui, mais ça va être diplomatique qui a fonctionné.
14:25On parle de l'Iran et de le machin.
14:28À un moment donné, il faut sortir de cela.
14:31Boalem Sansal, on vous a posé la question, évidemment, il y a six mois, quand on vous a reçu.
14:35Mais on a envie de vous la reposer ce matin.
14:37Oui.
14:37Comment allez-vous ?
14:39Vous écrivez « Après la prison, il n'y a pas de retour ».
14:42Est-ce que vous êtes revenu ?
14:44Ben, pas encore.
14:46Moi, j'aimerais bien.
14:47Mais on me ramène tout le temps à ça.
14:49Oui, pas le temps.
14:50Voilà.
14:50Donc, je suis...
14:52Il y a Boalem Sansal.
14:54Et puis, il y a ce Boalem Sansal qu'on est en train de construire,
14:56que des gens construisent pour chacun, pour ses motifs.
15:01Et voilà.
15:02Il faudrait pouvoir les rassembler à un moment donné.
15:05C'est très difficile.
15:06Pour tenter de les rassembler, il y a un certain nombre de questions auxquelles il faut répondre.
15:10Boalem Sansal, et notamment, ce qui s'est passé avec votre maison d'édition historique, Gallimard,
15:14que vous avez quittée pour rejoindre Grasset, propriété du groupe H7 et de Vincent Bolloré.
15:17À l'époque, quand vous prenez cette décision, vous dites que c'est pour une question de stratégie diplomatique d
15:22'Antoine Gallimard,
15:24qui voulait vous faire libérer, qui s'est battue pour votre libération,
15:26alors que vous vous étiez, ce que vous dites, je reprends votre expression, sur une ligne de résistance.
15:30Dans votre livre, ce n'est pas du tout l'explication que vous nous donnez.
15:32Au contraire, dans votre livre, vous expliquez que la rupture est venue
15:35au moment où Antoine Gallimard vous a demandé de quitter, sous huitaines,
15:39c'est l'expression que vous utilisez, l'appartement qu'il vous prêtait.
15:41Donc juste là, pour comprendre Boalem Sansal,
15:43est-ce que c'est une question politique ou est-ce que c'est une question matérielle ?
15:47Les deux.
15:48D'accord.
15:48Les deux, c'est tout simplement les deux.
15:50C'est que...
15:52Alors, en prison, j'entends parler d'un comité,
15:55c'est formidable, ça m'a redonné de l'espoir.
15:58Et puis, j'apprends que ce comité s'est cassé à la gueule,
16:01ils se sont divisés.
16:03Les pourrais...
16:04Voilà, les pourrais de la diplomatie,
16:06et puis les durs, illustrés par Bruno Rotailleau,
16:11quand il était ministre de l'Intérieur.
16:14Bon, ok.
16:15Je suis libéré, j'arrive, je suis là, chez Gallimard.
16:18Très bien, c'est mon éditeur, c'est mes amis.
16:20Vous avez oublié de placer ce mot avant.
16:22Ce n'est pas mon éditeur historique.
16:25J'ai publié partout.
16:27J'ai publié les...
16:28J'ai choisi les éditeurs de mes romans chez Gallimard,
16:32mais j'ai publié chez les éditions de l'Aub,
16:35c'est Odile Jacob, un peu partout.
16:38Je continue, d'ailleurs.
16:39Mais donc, vous décidez de le quitter,
16:41vous décidez de le quitter parce qu'il vous met dehors
16:44de cet appartement qu'il vous avait prêté,
16:45et aussi parce que Grasset vous propose beaucoup plus d'argent ?
16:49Non, non, non.
16:49Alors, attends, il faut par étape.
16:51Par étape, la première étape, j'étais dans...
16:54Évidemment, sur la demande de Gallimard,
16:56j'ai commencé à écrire La Légende.
16:59C'était dans l'ambiguïté.
17:01Moi, je suis sur la ligne dure.
17:04On se bat.
17:06On le sait de sur rien.
17:09Et là, j'ai appris tout ce qui s'était passé.
17:13Ça me gênait.
17:14Donc, j'ai cessé d'écrire.
17:15Je ne peux pas écrire ce livre.
17:17Si je l'écris, je le publie chez Gallimard ?
17:19Non, c'est pas...
17:20Et Grasset vous a proposé un million d'euros pour écrire ce livre.
17:24Il y a cela.
17:25Très bien, je suis chez moi, chez Gallimard.
17:27J'ai abandonné l'idée de publier ce livre,
17:30de continuer à l'écrire.
17:31Parce que quand il est allé écrire, c'est le publier chez Gallimard.
17:34Et finalement, arrive l'histoire de l'appartement.
17:42Il y a des mappes, des raisons qui sont les siennes.
17:44Il me demande de libérer l'appartement sous huitaines.
17:48Mais Antoine, tu me mets à la rue, là.
17:51SDF, je suis malade, je sors de prison.
17:53Je n'ai rien.
17:54Je vais aller où ?
17:56Bon, allez, sous quinzaine.
17:59Alors, huitaines, quinzaines ?
18:01Non, tout de suite.
18:02Donc, vous lui en avez...
18:03Je vais partir tout de suite.
18:04Vous lui en avez voulu beaucoup.
18:05Vous arrivez...
18:06Voilà.
18:07Et là, j'en appelle à qui, là ?
18:10Je suis dehors, je n'ai rien.
18:11Je n'ai même pas une valise de linge, je n'ai rien.
18:14J'appelle mes copains du comité.
18:17Et là, ils ont commencé à me chercher.
18:18Qui me cherchait à l'appartement ?
18:20Qui m'a acheté un portable ?
18:22Je n'avais pas de téléphone, je n'avais rien.
18:23Et voilà.
18:24Et puis, mais qu'est-ce que tu vas faire ?
18:26Je ne sais pas.
18:27J'étais sur l'idée,
18:28et j'en ai d'ailleurs parlé à Jean-Noël Barraud,
18:31d'être nommé ambassadeur de la francophonie.
18:35J'ai fait ça toute ma vie.
18:37Voilà, j'étais sur cette ligne.
18:38Mais juste, pardon, Boilem Sassel,
18:40vous arrivez chez Grasset,
18:42dans une maison qui est dirigée par Olivier Nora,
18:45qui va se faire limoger au bout de quelques semaines.
18:48Il y a ce mouvement de plusieurs dizaines d'écrivains
18:52qui y voient la mainmise de Vincent Bolloré
18:54et qui veulent quitter Grasset.
18:56Vous, ça ne vous pose pas de problème ?
18:59Ah si, moi, ça me pose beaucoup de problèmes.
19:02Donc moi, sur les relations de mon comité,
19:07un contact a été établi.
19:08Je vois Nora, accueil formidable.
19:11C'est un monsieur extraordinaire,
19:13que je connais évidemment en tant qu'éditeur depuis longtemps.
19:16Mais là, j'ai vu l'homme.
19:17Il est extraordinaire.
19:18Pendant toute une semaine, on a travaillé.
19:20Et là, l'idée de ressortir mon livre sur la légende,
19:25je lui ai donné à lire.
19:28Et le jour même, il m'appelle,
19:30il me dit, écoute, c'est formidable,
19:31tu peux le terminer dans combien de temps ?
19:32Je vais y travailler, on verra, etc.
19:36Et c'est comme ça que ça s'est passé.
19:38Mais Valème Sansal, la question que vous posez, Florence,
19:40c'est que vous avez cet éditeur que vous rencontrez,
19:41dont vous dites du bien,
19:42qui ensuite se fait limoger par Vincent Bolloré,
19:44qui considère qu'il n'est plus en phase avec sa ligne éditoriale,
19:47qui fait que tout un tas d'auteurs décident de quitter Grasset.
19:49Est-ce que ça vous pose un problème ?
19:50Ça s'est venu après.
19:52Oui, mais aujourd'hui.
19:54Bon, on travaillait sur mon manuscrit,
19:56ça s'est passé bien, etc.
19:58Donc vous, vous n'avez pas de problème avec ça ?
19:59Il m'a présenté Jean-Christophe Thierry,
20:03qui est le patron de Hachette Livres,
20:05c'était formidable.
20:07Tout se présentait bien, vraiment impeccable.
20:11Et puis, là, j'apprends que...
20:14Qui s'en va ?
20:15C'est Nora qui m'écrit.
20:17Il me dit qu'il y a dû apprendre...
20:19Juste, Valème Sansal, deux questions encore très précises,
20:21je vous la pose juste une troisième fois,
20:23pour que les choses soient claires.
20:24Il y a bien un aspect matériel dans votre décision de rejoindre Grasset.
20:26Parce que vous signez avec un avaloir d'un million d'euros,
20:29donc c'est beaucoup d'argent.
20:30Oui, bien sûr, mais j'arrive dans une maison,
20:32c'est chez mon éditeur.
20:35N'importe quel bonhomme qui arrive avec un manuscrit chez un éditeur,
20:38on discute les conditions, bien sûr.
20:41Et elles sont meilleures que chez Gallimard ?
20:42Moi, j'étais étonné que je valais un million d'euros.
20:45Voilà.
20:46Et juste, et une deuxième question, Valème Sansal ?
20:49Gallimard m'avait proposé un contrat que...
20:53Enfin, il ne me l'a pas proposé, j'ai appris.
20:57Un contrat de 100 000 euros.
20:59Et là, j'ai dit, il faut plus.
21:01Ah, formidable !
21:02Et une deuxième question, Valème Sansal,
21:03vous avez là encore troublé en disant,
21:05je vais quitter la France,
21:06ensuite vous dites en fait non, je ne vais pas la quitter.
21:08Oui, je suis très souvent en emporté.
21:13Mais vous restez ou pas alors ?
21:14Hein ?
21:14Vous restez en France.
21:15Mais je quitterais la France que si on me chasse.
21:19Ce que certains peut-être souhaitent.
21:21Mais voilà.
21:23Non, mais revenons à cela.
21:25Trois jours, enfin la semaine après,
21:29Olivier Lora m'écrit,
21:31il me dit, t'as appris que...
21:33Ben oui !
21:34Voilà, je suis parti le voir.
21:37Bon, il fait fonction.
21:40C'est normal, j'arrive chez un éditeur.
21:43Une semaine, on est devenus les meilleurs amis du monde.
21:46Une semaine, après, il s'en va.
21:47En fait, il n'est pas parti, il est toujours chez Grasset.
21:50Un tout dernier mot, Valème Sansal.
21:51Attendez, il est toujours chez...
21:53Bon, ça arrive.
21:55C'est dommage.
21:57Limonger, on ne m'a pas expliqué pourquoi.
22:00Limonger, très bien.
22:02Et puis, une semaine après,
22:05des auteurs quittent,
22:08annoncent qu'ils vont quitter.
22:10Alors là, moi, je me dis,
22:11il n'y a pas quelque chose, il ne va pas.
22:12Ils savent que Bolloré est patron de Grasset depuis quatre ans.
22:15Pourquoi ils ne sont pas partis il y a quatre ans ?
22:17Pourquoi ils partent maintenant ?
22:19Ils partent parce que Olivier Norah est viré.
22:24Est-ce que je vais remettre ma vie en tant qu'écrivain
22:27à la présence de Norah, je suis Grasset ?
22:32Non.
22:33C'est normal, l'entreprise change de patron, pourquoi pas ?
22:36Ils auraient pu, ça aurait pu être quelqu'un d'autre.
22:39J'ai trouvé ça un peu...
22:41En tous les cas, ça m'a interpellé.
22:45Parce que l'idée, ce n'est pas que nous rappartions pas,
22:48c'est Bolloré.
22:49Comment on découvre quatre ans plus tard
22:51que Grasset appartient à Bolloré ?
22:53Aujourd'hui, en tout cas,
22:54vous êtes bien chez Grasset, c'est ça ?
22:57Je suis super bien.
22:58Merci, merci,
22:59d'avoir été l'invité de France Inter ce matin.
23:03La légende sort mardi prochain.
23:05Éditez donc chez Grasset.
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