- il y a 15 minutes
Les réalisateurs Olivier Nakache et Éric Toledano expliquent comment ils ont créé "Juste une illusion", qui sort au cinéma le 15 avril. Un film touchant qui raconte la vie d'une famille en banlieue parisienne dans les années 1980.
Retrouvez "L'invité de 8h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00C'est le film événement de ce printemps, une plongée réjouissante dans les années 80.
00:05À travers les yeux d'un ado de 13 ans, on peut dire que ce film va nous faire du
00:09bien
00:10parce qu'il est tendre, il est drôle, il nous parle d'une époque où l'on croyait encore à
00:14l'avenir.
00:15Ce film, c'est juste une illusion.
00:16Avec Louis Garel et Camille Cotin en salle la semaine prochaine,
00:20on le doit au tandem de réalisateurs le plus connu du cinéma français, Benjamin.
00:24Olivier Nakache et Eric Toledano, bonjour.
00:26Bonjour.
00:26Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:29Et avec les auditeurs qui peuvent dialoguer avec nous.
00:33N'hésitez pas, chers auditeurs, appelez-nous au 0145 24 7000
00:36et sur l'appli Radio France pour échanger avec nos deux invités.
00:38Alors, chacun de vos films est un événement.
00:40On a pleuré de rire devant le sens de la fête.
00:43On a adoré le duo Marcy-François Cluzet dans Intouchable.
00:46On a tous revécu nos colos avec nos jours heureux.
00:50Cette fois, vous nous invitez à retourner dans votre enfance à tous les deux.
00:55C'est un voyage dans le temps, dans les années 80, avec des VHS, des cassettes audio,
00:58les premiers ordinateurs.
01:00On est dans la famille de Vincent, qui a 13 ans, qui est joué par l'incroyable Simon Boublil.
01:05On le salue parce qu'il est vraiment très fort.
01:07Vous dites que c'est votre film le plus personnel.
01:09Pourquoi est-ce que vous aviez envie de replonger dans votre passé ?
01:13Peut-être parce que quand on passe 50 ans, il y a quelque chose, une espèce de retour de l
01:18'enfance qui vient vous chatouiller.
01:20Comme ça, vous dire qu'il y avait une lumière, une innocence, une pureté dans certaines sensations et qu'on
01:26a eu envie de les redécrire.
01:28Et puis alors, ce qui est marrant, c'est qu'avec Olivier, les films que vous citez, c'est des
01:31films où on a vécu quelque chose ensemble.
01:33C'est des galères qu'on faisait quand on faisait des courts-métrages, on travaillait dans les mariages, les colonies,
01:37c'est là où on s'est rencontrés.
01:38Et là, c'est la partie de notre vie où on n'était pas ensemble.
01:41Et on s'est dit, tiens, si on continuait ce travail de duo et qu'on mettait un peu de
01:45nous deux dans le personnage, comment on a vécu l'adolescence ?
01:48De toute façon, c'est un choc pour tout le monde, l'adolescence.
01:50C'est un moment de turbulence.
01:52C'est un moment intérieur intense.
01:54Et donc, on a voulu décrire tout ce qu'on découvre à ce moment-là.
01:57Alors précisément, quels sont vos souvenirs de ces moments-là autour de 13 ans, Olivier Nakache ?
02:02C'est un souvenir qu'on est percuté par mille émotions, puisque ce sont toutes les premières fois.
02:09Avant, on est un enfant, donc on ne s'occupe pas trop de la vie.
02:12Mais à un moment donné, on se rend compte qu'il va falloir être confronté au regard des autres.
02:19Et puis, il y a les hormones qui s'agissent.
02:20Donc, c'est la première fois qu'on va avoir le cœur qui bat pour une jeune fille ou pour
02:24un jeune garçon.
02:25Donc, tout ça, évidemment, ce sont des périodes dont on se rappelle beaucoup plus que d'autres périodes de la
02:29vie.
02:29Elles sont profondément ancrées en nous.
02:31Toutes les perceptions sont dans nos cerveaux pour toute la vie.
02:34Mais ça veut dire, Éric Toledano et Olivier Nakache, que pour travailler sur le scénario,
02:37vous vous êtes mis dans une salle et vous vous racontiez mutuellement vos souvenirs d'ado,
02:42les premiers émois amoureux, le rapport aux parents.
02:45C'est comme ça que ça s'est passé ?
02:47Exactement.
02:48Exactement comme vous le décrivez.
02:49C'est-à-dire qu'on connaît un peu la vie de l'autre pour être souvent l'un à
02:53côté de l'autre dans la vie.
02:54Mais pas dans les détails, justement, de cette perception.
02:57Et on est rentré dans ces perceptions et on s'est dit,
02:59mais comment toi tu l'as vécu l'adolescence ?
03:01Comment moi je l'ai vécu ?
03:02Évidemment, comme souvent pas de la même manière,
03:04parce qu'on est très différents, c'est ça qui fait que ça marche.
03:06C'est quoi les différences principales ?
03:08La couleur de cheveux, on est un des deux qui est blond déjà.
03:10Non, mais déjà, je pense...
03:11Mais qui était blond ?
03:12On en parle dans le film.
03:14Mais c'est vrai que la polémique de l'époque, c'était culturel.
03:17C'était la musique.
03:18Il y avait des gens qui étaient plus Robert Smith avec The Cure.
03:23Donc c'est plutôt Olivier.
03:24Tu peux en parler ?
03:24Oui, j'ai d'ailleurs des photos témoins.
03:26J'ai eu une grande période de New Wave.
03:28Donc c'est vrai que j'ai été happé par ce mouvement musical.
03:31Alors qu'Éric, lui, était plutôt dans le côté sunshine, moonlight du funk.
03:36Qu'adore le jeune Vincent.
03:39Exactement.
03:40Alors, justement, le titre de votre film, c'est ça.
03:51Just an illusion d'imagination.
03:54Donc ça plante tout de suite le décor.
03:57On rentre tout de suite dans la couleur de ces années 80.
04:01Si vous aviez un titre, vous, à nous donner, justement, un de chaque musical.
04:06Moi, c'est In Between Days, The Cure.
04:09Moi, c'est Pointer Sister.
04:11I'm so excited pour Camille Cotin.
04:13I'm so excited pour cette scène fantastique.
04:15Pour cette scène, j'espère que ça va se passer comme dans les avant-premières.
04:18C'est que ça fait parler cette scène.
04:20Elle danse sur tout le morceau, seule, en faisant son ménage.
04:23Comme une adolescente, finalement.
04:25Florence, vous l'avez fait, vous.
04:26Évidemment.
04:27Mais je vous confirme.
04:28Elle me l'a raconté.
04:29Sur ce titre, Just an illusion, à quelles illusions est-ce que vous faites référence ?
04:34Est-ce que c'est les illusions qu'on se fait du futur dans les années 80, quand on est
04:38un ado de 13 ans ?
04:41C'est quoi ces illusions ?
04:42Et peut-être aussi ces désillusions quand on compare les époques, Éric Toledano ?
04:47Il y a plusieurs choses.
04:48C'est déjà, je pense qu'à 13 ans, quand on a eu des ados, et c'est ce qui
04:50nous a aussi motivés à faire ce film,
04:52les gens sont pleins de certitudes.
04:54Les adolescents ont l'illusion d'avoir compris à peu près où ils étaient arrivés quand on arrive sur cette
04:59planète.
04:59Et puis, effectivement, c'est ce qui va nous faire avancer.
05:02C'est le moteur, l'illusion.
05:03C'est ce qui va nous faire croire qu'on peut changer le monde.
05:06Et effectivement, dans les années 80 en plus, dans cet entre-deux, dans ce monde en ébullition,
05:11aux prémices de la modernité comme ça, je pense qu'on est porté par quelque chose.
05:15Et puis, on va effectivement avoir quelques déconvenus.
05:18Mais c'est le chemin de l'existence.
05:19C'est normal.
05:20Mais on est porté par ça.
05:22En tout cas, à 13 ans, on a cette impression qu'on va pouvoir agir sur le monde.
05:27Olivier Nakache ?
05:27Oui, oui.
05:28Sur ces désillusions de...
05:30Oui, oui, tout à fait.
05:31Alors, nous, c'est vrai qu'on est des optimistes, même si on va dire qu'en ce moment, c
05:34'est compliqué.
05:35Mais est-ce qu'il y a un moment donné dans l'existence, ça n'a pas été compliqué ?
05:38Donc, nous, on essaye toujours de garder ces illusions et d'offrir cette parenthèse aux spectateurs.
05:43Mais est-ce que l'ado des années 80, il avait davantage d'illusions que l'ado d'aujourd'hui
05:47?
05:49Ça, c'est une bonne question.
05:51Il n'a pas le même monde qu'il en trouve, en tout cas.
05:53Oui, c'est ça. Ce n'est pas le même monde. Il n'est pas... Je veux dire, il est
05:56dans un monde percuté d'informations.
05:59Et c'est vrai qu'on n'a pas l'impression... Enfin, on ne sait pas si c'est moins
06:03bien ou mieux.
06:05Mais on voit les ados dans les salles et c'est vrai qu'ils nous disent que vous nous avez
06:09rendu nostalgiques d'une époque qu'on n'a pas vécu.
06:11Vous dites, Eric Toledano, que vous êtes nostalgique du futur, je me trompe ?
06:15Oui, parce que... Qu'est-ce que ça veut dire ?
06:16Ça veut dire qu'à l'époque, on regardait beaucoup devant et on avait cette perspective, encore une fois, de
06:21changer les choses.
06:22Je ne pense pas qu'on ait une nostalgie des années 80, parce que dans le film, on le montre,
06:26le contexte, c'est le chômage, c'est le virus du sida, c'est du racisme avec SOS Racisme qui
06:31émerge.
06:32Donc, on ne pense pas que la période était mieux. Après, on est tous nostalgiques de notre adolescence, de nos
06:36premières fois.
06:36Ça, c'est autre chose. Mais c'est vrai que cette perspective de regarder l'avenir et d'essayer de
06:41penser qu'on va pouvoir agir dessus, c'est peut-être ça qu'on perd un petit peu.
06:45On est nostalgique d'un espoir qui a un peu disparu aujourd'hui.
06:49Exactement. Et on le voit d'ailleurs, je suis à France Inter, mais les partis politiques, ils ne nous promettent
06:53pas d'espoir. Ils nous disent juste qu'il faut éviter la catastrophe.
06:55C'est vrai que c'est un changement de discours. Il y a un mot qui revient sans cesse dans
07:00la bouche du père de famille qui est joué par Louis Garel, qui est formidablement drôle.
07:03C'est ce mot de cadre. Il n'arrête pas de répéter à ses enfants, à sa femme. Je suis
07:08cadre, je suis cadre. Il est cadre, mais il est au chômage.
07:11Il a perdu ce statut. Il cache à ses enfants qu'il est au chômage et qu'il passe le
07:15plus clair de sa journée au café.
07:17Et en même temps, vous le filmez de façon très pudique, alors même qu'il vit un bouleversement très profond.
07:22Comment est-ce que vous avez travaillé ce personnage qui, là encore, dit beaucoup de l'époque, Olivier Nakache ?
07:28Oui, c'est-à-dire que, comme on l'a dit tout à l'heure, on a fusionné nos histoires,
07:33nos familles.
07:34Le père d'Éric était cadre avec cette gabardine-là.
07:38Et évidemment, nos papas ont vécu des turbulences économiques et professionnelles.
07:43Mais dans nos familles, il y avait quelque chose d'ordre de la préservation.
07:47On ne disait pas tout aux enfants pour les protéger.
07:50Et donc, c'était à nous de décrypter ce qui passait à hauteur de nos 13 ans.
07:55C'est-à-dire qu'on sentait bien que c'était tendu.
07:56On sentait bien qu'il y avait quelque chose.
07:58Et en même temps, on ne nous disait pas tout.
08:01Donc voilà, on a voulu garder.
08:02On a voulu essayer de conserver cette atmosphère pudique.
08:07Et on sait très bien que tous les non-dits, parce qu'on le montre aussi dans cette famille,
08:10tout le monde se ment un petit peu.
08:12Et après tout, ce qui passe au-dessus de tout ça, c'est la bienveillance dans cette famille.
08:16Et à l'inverse, la mère qui est incarnée par Camille Cotin, elle est en pleine ascension professionnelle.
08:21C'est un peu le pilier de la famille.
08:22Et vous dites, on a souvent raconté des histoires d'hommes.
08:26Mais de film en film, on essaye d'aller vers notre part féminine.
08:29C'est-à-dire du point de vue féminin, Camille Cotin nous a aidés.
08:32Expliquez-nous.
08:33C'est vrai que les histoires qu'on a racontées, intouchables, hors normes, c'est des amitiés masculines.
08:39Après, on ne parle toujours mieux que de ce que l'on vit.
08:43Et c'est vrai qu'on le vit aussi, Olivier et moi, depuis un certain nombre d'années, cette amitié.
08:47Mais c'est vrai qu'il y a eu Charlotte Gainsbourg dans Samba.
08:50Il y a eu des personnages féminins.
08:52Mais celui de Camille, d'abord, elle vous percute.
08:54Elle vous envoie quand on fait des lectures.
08:56Elle rajoute.
08:57Elle impulse comme ça.
08:59Parce qu'on connaît ses combats.
09:01Et puis, oui, c'est vrai qu'on s'est approchés, j'en ai parlé de la danse tout à
09:06l'heure,
09:06mais de plein de caractères, de comment ces mamans-là, en tout cas, ont tenu le foyer.
09:12Comment elles ont évolué professionnellement dans les années 80.
09:15Elles venaient aussi peut-être d'un monde plus machiste, plus masculin.
09:19C'est la secrétaire qui apprend l'informatique pour pouvoir évoluer professionnellement.
09:23Exactement.
09:24Et puis, encore une fois, à travers la famille, on voulait raconter les années 80 à travers la famille.
09:28Donc, la famille, elle raconte le père au chômage, la mère qui monte, le fils amoureux, le grand frère, tout.
09:34Et c'est une famille juive d'Afrique du Nord, comme le sont vos deux familles.
09:41D'ailleurs, le jeune Vincent se sert de l'histoire bouleversée de ses parents pour tenter de séduire une camarade
09:47de classe.
09:48Avec ce film, vous avez voulu perpétuer un certain héritage, raconter quelque chose de cette transmission ?
09:55Rendre hommage, rendre hommage aussi aux vicissitudes de l'histoire qu'ont fait que nos parents ont changé de pays,
10:00mais qu'ils ont quand même, malgré encore une fois les difficultés, ils nous ont donné de l'espoir, donné
10:06de l'envie de se battre.
10:07Et puis, un amour de la France aussi, de tout ce qu'on vit, bien sûr, bien sûr, qu'on
10:12avait envie de remettre ça au centre.
10:14Oui, Olivier Nakache, il y a trois ans, je crois, vous étiez retourné en Algérie avec votre soeur Géraldine, avec
10:20vos parents.
10:21Et juste avant cette interview, j'ai revu les photos et on voit l'émotion de vos parents folles,
10:27de votre père qui retrouve les endroits où il a grandi.
10:30C'est aussi cette odeur-là, cette couleur qu'on retrouve dans le film.
10:33Bien sûr, c'est ça, c'est que nos parents, à 15 ans, on leur a dit, il faut partir.
10:38Et comme le dit Eric, il parle de vicissitude de l'histoire.
10:41Ils se sont retrouvés à Créteil, à Shell et il a fallu avancer comme ça.
10:46Et c'est vrai que, heureusement, maintenant que je le dis, maintenant que nos papas sont partis,
10:51heureusement que j'ai pu faire ça parce qu'on a baigné tous les deux,
10:54on a grandi dans un univers nostalgique où on nous parlait de là-bas.
10:57Et par chance, mon père a pu retrouver l'appartement où il est né.
11:01Tout s'était le Waze de Constantine.
11:03C'était incroyable comme tout était.
11:05Il se souvenait de tout.
11:06Oui, il se souvenait de tout, ce que j'ai dit tout à l'heure.
11:08À cet âge-là, on se souvient de tout.
11:10Tout s'imprègne profondément dans notre cerveau.
11:12Et donc, je remercierai jamais assez le ciel de m'avoir permis de faire ce voyage-là.
11:18Un mot aussi sur le rapport à la religion juive,
11:21puisque le personnage principal, Vincent, 13 ans, il prépare sa bar mitzvah.
11:25En même temps, la religion est assez absente du quotidien de la famille.
11:29Il y a des scènes absolument irrésistibles avec le rabbin.
11:32On ne va pas tout raconter, mais ça fera évidemment beaucoup rire les auditeurs.
11:36Là encore, sur ce rapport à la religion, comment est-ce que vous l'avez travaillé dans le film ?
11:41On l'a travaillé d'une manière très simple.
11:42C'est-à-dire que nous, on fait de l'image.
11:43Et il y a une image qui est très forte.
11:45C'est quand quelqu'un a 13 ans et qu'on lui met un costume et qu'on lui dit
11:47« t'es un homme ».
11:48C'est un rituel de passage, comme il y en a sûrement dans d'autres religions, dans d'autres cultures.
11:53Mais celle-ci, elle a beaucoup d'importance.
11:55Et en fait, on a décidé de la doubler, de la réalité de comment on sort de l'adolescence.
11:59Puisqu'en fait, il va transgresser, faire quelque chose qu'il n'a pas le droit de faire à l
12:02'insu de ses parents.
12:03Et c'est marrant de faire un parallèle avec le cadre religieux qui vous emmène quelque part et le cadre
12:08intime.
12:09Parce qu'en vérité, l'adolescence, il n'y a rien de plus intime.
12:11C'est vraiment un rapport à soi, un chemin à soi qu'on est en train de tracer.
12:14Et c'était marrant de faire le parallèle et de montrer qu'en fait, ça se passe des deux côtés.
12:18Oui, tout le monde cache quelque chose.
12:19Le père cache qu'il est au chômage.
12:21Mais évidemment, quand on est ado, on cache des choses à ses parents.
12:23C'est comme ça qu'on se décolle d'eux.
12:24Et c'est ce moment-là qu'on avait envie de revivre et de ressouligner.
12:28Et pour autant, on sent que la religion, elle n'occupe pas le quotidien de cette famille.
12:32Ce n'est pas une famille pratiquante.
12:33Non, mais il y a un héritage de tradition, de superstition.
12:37En se disant, si je ne fais pas ça, je vais subir ça, je vais être puni.
12:42Il y a tout ça.
12:42On s'en est moqué.
12:45La culpabilité.
12:45Est-ce que j'ai le droit d'aller louer cette cassette ?
12:47J'ai le droit de regarder ce film-là quand j'ai 13 ans.
12:49Qui est un film pas exactement fait pour les cinéphiles et pour les jeunes de cette âge.
12:53Ça dépend, Benjamin, de votre cinéphilie.
12:56Je sais qu'il y a des gens qui ont cette cinéphilie.
12:58La rue est vers l'or.
12:59L-A-U-R-E.
13:00Je ne suis pas sûr que ça fasse partie du cinéma français.
13:03Vous n'avez pas grandi avec plus bien.
13:04Ça se voit que vous n'avez pas grandi avec le rayon du fond avec un petit rideau rouge.
13:09Ce qui ancre le film dans son époque, c'est aussi le contexte politique.
13:13C'est l'émergence de SOS Racisme, Marlème Désir, La Marche des Beurres.
13:18Cette idée que la coexistence, c'est l'avenir.
13:22Et on en parlait un peu tout à l'heure.
13:23Mais c'est vrai qu'on est frappé en voyant ces images d'archives par le fossé qu'il y
13:27a entre cette époque, ces années 80 et aujourd'hui.
13:31Oui, c'est sûr que la grille de lecture sur l'identité, elle a changé.
13:35Mais ça reste quand même aussi un questionnement de l'adolescence.
13:38Qui on est, nous ?
13:39C'est une question, à un moment, qu'on se pose.
13:42Et effectivement, ce dont on se rend compte aussi à 50 ans, c'est qu'on est passé par plusieurs
13:46périodes.
13:46Et qu'on est plusieurs, on est multiples.
13:48On a été ça, puis on devient quelqu'un d'autre et quelqu'un d'autre.
13:51Et donc peut-être que c'était intéressant de le rappeler.
13:54Parce qu'il y a des moments où on se sent un peu enfermé, assigné justement à une seule dimension.
13:59Et en vérité, nous ce qu'on ressent, Olivier et moi, en tout cas à l'écriture, c'est d
14:04'avoir envie de redévelopper toutes les identités multiples.
14:06Effectivement, vous avez parlé de l'Algérie, ça ne détermine pas Olivier.
14:10Moi j'ai été aussi au Maroc avec mes parents.
14:11Ça ne me détermine pas à 100%.
14:13Je pense qu'on a le droit d'être plusieurs choses.
14:16Mais c'est un peu ce que vous montrez dans tous vos films.
14:18En fait, vos personnages ne sont jamais des stéréotypes.
14:22Et ils changent.
14:23Et ils changent.
14:24Ils changent d'avis.
14:25Mais il y a quand même quelque chose de frappant.
14:27C'est que ce film, il montre le commun.
14:29Ce qu'on a ensemble, qu'on soit juif, musulman, catholique, baptisé ou pas.
14:35Et quand on voit aujourd'hui, il suffit de se référer à l'actualité quotidienne, la progression du racisme, l
14:41'explosion de l'antisémitisme en particulier depuis le 7 octobre.
14:44Est-ce que vous pensiez à ça quand vous écriviez ce film ?
14:48On a le sentiment, on s'est fait la réflexion avec Florence, parfois d'avoir l'impression que ce n
14:50'est pas le même pays, celui que vous tournez dans votre film dans les années 80 et celui qu'on
14:55vit aujourd'hui.
14:55C'est le pays de notre enfance.
14:57C'est comme ça que nous, en tout cas, on était à l'école.
14:59Et c'est vrai que là-dessus, il y a une déperdition.
15:01Et que remettre du commun, c'est recimenter un tout petit peu les choses.
15:06Parce qu'aujourd'hui, on exalte beaucoup les différences.
15:09Mais pourquoi on ne mettrait pas aussi...
15:11Alors c'était peut-être une illusion, toute cette envie-là.
15:13Mais est-ce que ça veut dire qu'il faut tout jeter et plus du tout s'y intéresser ?
15:17En tout cas, c'est ce qu'on essaye de questionner.
15:19De toute façon, les films ne sont que des questions.
15:21Il n'y a aucun message, aucune réponse à apporter.
15:24On essaye de questionner la société.
15:26Et puis, on est toujours en réaction avec Olivier.
15:28On a été en réaction avec le sens de la fête aux attentats de 2015.
15:32C'est la phrase de B. Wilder.
15:34On la cite souvent, mais elle est forte.
15:35Quand vous êtes vraiment déprimé, faites une comédie.
15:37On tente de temps en temps, dans notre fonction, d'apporter autre chose.
15:41Et c'est aussi une réaction à la progression de l'antisémitisme.
15:45Bien sûr, bien sûr.
15:46Et on a pris un plaisir incroyable, justement.
15:49C'est notre premier film, on va dire, historique, film d'époque.
15:53Et on a pris un plaisir fou à se replonger dans cette époque-là.
15:58Et là, en ce moment, on a fait un grand tour de France.
16:02Et on voit que les spectateurs, à la fin, nous disent
16:04« Écoutez, ça nous a fait du bien. »
16:07« Ça nous a fait du bien. »
16:09On confirme.
16:09On s'avait dit à la recherche du temps perdu.
16:11Mais nous, c'est à la recherche du pays de notre enfance perdue.
16:13Est-ce qu'on peut parler un instant du rôle du cinéma dans ce film ?
16:17Parce qu'il y a beaucoup de clins d'œil.
16:18Il faut que vous nous expliquez pourquoi un homme et une femme de Lelouches,
16:22pourquoi on voit des extraits de ce film,
16:24pourquoi on entend sa musique.
16:27Ce n'est pas les années 80.
16:28Non, mais parce que je pense que le cinéma,
16:30quand on décide de se livrer dans un film,
16:32on va un peu plus loin dans l'intime,
16:34je pense que le cinéma fait partie de notre construction.
16:36Et que c'est un moment où on comprend que la fiction va nous aider à affronter la réalité.
16:40Par exemple, les parents qui se prennent la tête,
16:43tout le monde a ça, les parents conflictuels.
16:45Et puis, à un moment, il y a ce film qui, par accident, va être vu.
16:48Et il va confondre.
16:49Et on va confondre.
16:50Et je pense que c'est dans l'adolescence qu'on a compris
16:52qu'avec la fiction, on allait pouvoir mieux affronter la réalité.
16:56Donc, il y a effectivement du cinéma italien.
16:58On parle de Victor Gassman et on parle de Charlie Chaplin
17:01avec l'arrivée vers l'or, Benjamin, que vous n'avez pas vu.
17:03Dans sa vraie version.
17:04Voilà, de L'Apostrophe R.
17:06Et il y a aussi ce morceau.
17:13Sublime bande originale de François de Roubaix
17:16dans Dernier Domicile Connu.
17:18Pourquoi vous l'utilisez, ce morceau ?
17:20D'abord parce qu'il est magnifique.
17:21Dans sa version originale, il a été beaucoup samplé.
17:24Parce qu'il comporte...
17:25Il y a une fois un documentaire sur de Roubaix,
17:27je crois que c'est Vincent Delamme qui a dit
17:28« Dans la musique de De Roubaix sont repliés nos souvenirs d'enfance ».
17:31Il y a quelque chose du cinéma du dimanche soir.
17:34Il y a quelque chose d'émotionnellement pur.
17:37Et c'est vrai qu'on finit le film
17:39en reprenant le point de vue du petit.
17:41Parce que c'est vrai que c'est un moment
17:42en le point de vue de deux cinquantenaires
17:44qui regardent leur adolescence.
17:45Et c'est la musique qui résumait le mieux
17:47avec les images.
17:48Mais là, je laisse découvrir les spectateurs.
17:49Ce qu'on avait envie de laisser comme impression
17:52à la fin du film.
17:52On a une question perso au standard
17:55que veut vous poser Philippe.
17:57Bonjour Philippe, bienvenue.
17:58Bonjour.
18:00Je vous aime beaucoup.
18:03Est-ce qu'aujourd'hui encore,
18:07vous partez en vacances ensemble ?
18:08Ça arrive.
18:10Ça arrive.
18:11Mais comme on est 24 heures sur 24 quasiment ensemble,
18:14on se laisse des poches de respiration
18:16pour pouvoir se raconter ce qu'on a vécu
18:18pendant les vacances.
18:20Et souvent, ça génère des idées de personnages
18:22ou des nouvelles idées de scènes.
18:24Et juste sur le binôme,
18:25je crois que vous racontiez que Jean-Pierre Bacry
18:27sur le tournage du Sens de la Fête,
18:28il s'agacait du fait que vous ne vous engueuliez jamais.
18:31C'est vrai ça.
18:31Si vous réussissez à avoir tourné autant de films,
18:33vous êtes toujours parfaitement alignés.
18:35Oui, c'est vrai.
18:36Il y a quelque chose d'un peu magique.
18:38C'est-à-dire qu'on a eu la chance
18:39de se trouver vers 16-17 ans.
18:41Et voilà, c'est notre neuvième film.
18:43Et alors oui, ça ne veut pas dire
18:43qu'on ne s'engueule pas.
18:45Mais c'est comme deux frères.
18:46Vous savez, deux frères, ça s'engueule.
18:47Et puis le lendemain, ça repart sur autre chose.
18:49Ce qui est marrant,
18:50c'est que vous adorez filmer les engueulades.
18:52Oui, c'est bien.
18:53Dans toute votre filmographie,
18:54vous adorez mêler des personnages
18:56qui ne sont pas faits pour s'entendre
18:57et qui vont y arriver.
18:59Oui, c'est vrai.
18:59Et là, il y a quelque chose d'un peu magique dans ce film.
19:01C'est que quand Louis s'engueule avec Camille,
19:04on entend tous les deux.
19:05Ils ont réussi à trouver ça,
19:06à se laisser des espaces.
19:07Donc c'était très jouilatoire à filmer.
19:09Fréquence d'engueulades
19:10où on entend les deux dialogues.
19:11Vous vous invite à découvrir aussi.
19:13Il y a quelque chose qui est frappant
19:14aussi dans votre filmographie.
19:16Quand on revoit Nos Jours Heureux,
19:18c'est que le film ne vieillit pas.
19:20Comment est-ce que vous réussissez
19:21ce tour de force
19:23de faire des films
19:24qui sont nécessairement,
19:25à un moment donné,
19:26datés dans une époque
19:27mais qu'on prend toujours autant de plaisir
19:28à revoir 10 ans, 15 ans plus tard ?
19:31Sur Nos Jours Heureux, c'est un mystère.
19:33Le film a été fait en 2006
19:34et l'angoisse de l'écriture,
19:36d'ailleurs si un jour vous revoyez le film,
19:37vous allez voir,
19:38on a marqué une petite date au début
19:39parce qu'on s'est dit en fait,
19:40ce film est tellement de cette époque-là
19:42que les jeunes ne vont pas adhérer.
19:44Et là, on fait comme disait Olivier
19:46le tour de France
19:46et c'est peut-être avec le sens de la fête
19:48celui dont on vous parle le plus
19:50alors qu'Intouchable est passé.
19:52Finalement, on avait peur
19:53à un moment d'être emprisonné
19:54dans ce film-là.
19:55Pas du tout.
19:56Ce n'est pas assez un mystère
19:57que les jeunes adhèrent à ce film.
20:00C'est parce que peut-être,
20:01en tout cas,
20:02il a été exporté de nos cerveaux
20:04avec la plus grande sincérité.
20:05Un tout dernier mot,
20:06Éric Toledano et Olivier Nakache.
20:07Vous parliez tout à l'heure
20:08de vos pères,
20:10Raphaël Toledano et Marco Nakache.
20:11C'est à eux que vous dédiez ce film.
20:13Ils sont morts
20:15pendant le tournage.
20:17Le pape Adéric est parti
20:19le premier jour du tournage
20:20et le mien presque le dernier jour.
20:23Donc, c'est quelque chose
20:23d'assez incroyable,
20:25d'assez surréaliste.
20:27Mais oui, ils ont entouré,
20:29enfin, encapsulé le tournage.
20:31C'est presque comme si on avait senti
20:34qu'un monde allait partir
20:35et qu'il fallait le retenir un peu.
20:36C'est peut-être ce que le cinéma
20:38peut permettre parfois.
20:39C'est un plonger comme ça
20:40et retenir le temps
20:41et le faire exister à nouveau.
20:43Donc, merci de le rendre hommage ce matin.
20:45Merci à tous les deux.
20:46Juste avant de terminer,
20:48deux auditrices qui nous ont écrit,
20:49Marie et Laurence.
20:50J'ai eu la chance de voir le film
20:51en avant-première
20:52et c'est un vrai bonheur
20:53pour une raison étonnante.
20:54Il ne se passe pas grand-chose
20:55et ça fait du bien
20:56de voir un film dans le centre.
20:58Et la tendresse,
20:59la famille,
20:59les impressions.
21:00Merci.
21:01Laurence,
21:01j'étais allée en première,
21:02j'ai adoré le film.
21:03Tout m'a plu.
21:04Cette tranche de vie
21:05a fait rire la salle entière.
21:06Un film feel good
21:07dont on a bien besoin
21:08en ce moment.
21:09Voilà, merci messieurs
21:10Nakash et Toledano.
21:12Merci d'avoir été avec nous.
21:13Justine Illusion,
21:14ça sort en salle
21:14la semaine prochaine.
21:15Merci.