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L’invité du Grand Entretien de Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos est Salman Rushdie, écrivain, pour son grand retour à la fiction avec "La Onzième Heure" (Gallimard). Il annonce déjà une piste pour un prochain livre, une réécriture de "Candide" de Voltaire. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-02-juin-2026-9863558
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00:008h23
00:02France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale
00:08Un grand entretien exceptionnel ce matin avec l'auteur des enfants de minuit, des versets sataniques et plus récemment du
00:15couteau,
00:16monument des lettres mondiales et figure de la défense de la liberté d'expression visée en 1989 par une fatwa
00:22du régime iranien
00:23et victime d'une attaque au couteau il y a 4 ans. Bonjour Salman Rushdie.
00:28Bonjour.
00:30Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, vos prises de parole sont rares, on a envie de
00:35vous entendre sur l'état du monde
00:37mais commençons par votre nouveau livre, La onzième heure, un recueil de 5 nouvelles poétiques et percutantes.
00:44Le précédent c'était le couteau, il était autobiographique, vous racontiez cette tentative d'assassinat dont vous avez été victime
00:51en août 2022.
00:53La fiction vous manquait Salman Rushdie ?
00:58Écoutez, je suis content de retourner dans le monde de la fiction parce que je ne voulais pas écrire d
01:05'autobiographie,
01:07je suis devenu écrivain pour raconter des histoires et ça fait plaisir de retourner dans ce monde.
01:12Donc ce livre, c'était agréable à écrire.
01:15Vous disiez au moment du couteau que vous n'arriviez plus à écrire de fiction.
01:23Tant que je n'aurais pas réglé cette histoire, celle qui m'est arrivée, je ne pourrais pas écrire autre
01:27chose.
01:28Voilà ce que vous disiez à l'époque, maintenant ça y est, vous êtes redevenu le conteur que vous étiez.
01:34Oui, je suis de retour, je suis de nouveau le conteur que j'étais.
01:39En tout cas, c'est ce que j'ai ressentu, c'était un retour au véritable moi-même.
01:43Et c'est un bonheur, Salman Rushdie, de lire ce recueil de nouvelles à 11ème heure,
01:49notamment dans une époque où la littérature contemporaine est obsédée, centrée par l'écriture de soi,
01:56par la mise en récit de sa propre vie, par l'autofiction.
01:59Vous, ce qui dénote particulièrement, c'est que vous restez un conteur.
02:04Il y a un amour des histoires, un amour de la fiction.
02:07Et c'est aussi pour ça qu'on prend autant de plaisir à vous lire de nouveau.
02:12Mais, savez-vous, justement, je ne m'intéresse pas tellement à moi-même, je m'intéresse plutôt aux autres.
02:18Et donc, j'essaye toujours de trouver des personnages intéressants dont je pourrais raconter l'histoire.
02:25Et j'ai la bonne chance d'avoir pu vivre dans différentes parties du monde.
02:30Et cela me permet de raconter des histoires qui ont lieu dans différents endroits, avec différentes réalités.
02:36Et dans ce recueil de nouvelles, vous avez des histoires indiennes, anglaises, américaines.
02:43Et c'est un petit peu une miniature de ma propre vie d'écrivain.
02:46Est-ce que ça veut dire que ces trois continents, ces trois pays, l'Inde, le Royaume-Uni, les Etats
02:52-Unis,
02:53ont construit votre identité d'écrivain mondiale ?
02:59On peut dire ça, en effet.
03:02Vous savez, l'Inde, pour moi, a toujours été à la racine de tout, en ce qui me concerne.
03:09Je trouve qu'il est assez difficile de raconter des histoires qui n'aient pas un aspect, disons, indien.
03:16Toutes mes histoires, on soit un personnage indien ou dans la diaspora indienne.
03:22Généralement, il y a un personnage indien, au moins.
03:25Ça veut dire que la culture en Inde, c'est la culture du récit, du conte, des histoires ?
03:34C'est en Inde que j'ai découvert l'art du récit, parce qu'il y a tout un patrimoine
03:42de contes, d'histoires.
03:43Et lorsqu'on hérite de ce don quand on est gamin, ça reste avec vous pendant l'âge adulte.
03:48Parmi les thématiques qui traversent ces nouvelles, Salman Rushdie, il y a l'expérience de la vieillesse, l'expérience de
03:55la mort.
03:56Notamment dans cette première nouvelle où l'on suit deux vieillards en Inde.
04:00Dans la troisième, où un écrivain se réveille mort et son fantôme continue à hanter l'université où il travaillait.
04:07Vous disiez tout à l'heure, mon histoire ne m'intéresse pas, mais elle intéresse évidemment nos auditeurs.
04:12Est-ce que vous avez changé ? Est-ce que votre rapport à la mort a changé alors que vous
04:17l'avez rencontré, Salman Rushdie ?
04:22Je crois que je peux répondre par l'affirmative en effet, et ce pour deux raisons.
04:26D'abord, effectivement, il y a eu, on voit la fin, que j'ai effleuré la mort dans ma propre
04:36vie.
04:36Et puis, j'ai vieilli, disons que je ne suis plus le jeune écrivain que j'étais autrefois, donc on
04:41pense davantage à ces questions.
04:43Mais je voulais quand même une certaine légèreté dans ce livre, je ne voulais pas raconter un livre en disant
04:47« Ah voilà, on va tous mourir ».
04:49Enfin, je ne voulais pas être tous trop sombres, parce que bien sûr qu'on sait qu'on va mourir,
04:52mais je voulais plutôt en faire une espèce de jeu, en tout cas quelque chose qui soit plus léger dans
04:57son temps.
04:57Il y a beaucoup d'humour d'ailleurs entre ces deux vieillards de la première nouvelle de ce recueil.
05:03Vous les décrivez comme ça, vous dites « Ils avaient 81 ans, si le grand âge est un crépuscule qui
05:09s'achève à minuit, ils l'avaient déjà bien entamé, ils avaient déjà bien entamé leur onzième heure ».
05:15Est-ce que ça veut dire que vous-même, Salman Rushdie, vous avez 78 ans, vous vous sentez dans cette
05:21onzième heure où on a encore envie de beaucoup vivre, de beaucoup écrire ?
05:28Ah non, moi j'ai l'intention de fêter mon centième anniversaire, ça devrait être une source de joie.
05:36Non, alors disons que je suis peut-être à 9h30, pas 11h.
05:42À 9h30, ça laisse encore pas mal de temps.
05:45Ce qui est aussi magnifique, Salman Rushdie, c'est le rapport que vous entretenez à la liberté littéraire.
05:52Et on sent effectivement beaucoup de liberté que vous prenez pour écrire ces fictions, pour inventer ces personnages.
05:59Est-ce que c'est aussi une façon peut-être d'embrasser cette valeur-là dans un monde où précisément
06:06la liberté est questionnée ?
06:07Et quel rapport est-ce que vous entretenez à la liberté littéraire ?
06:13Je suis toujours en faveur de la liberté d'expression, ça c'est la moindre des choses.
06:17Mais il me semble que la façon de présenter cela, c'est justement en écrivant les histoires les plus intéressantes
06:25que l'on puisse imaginer.
06:26Et de nos jours, les jeunes auteurs souvent sont sous pression pour ne décrire que leur petit monde dans lequel
06:35ils sont enfermés.
06:36Or, moi, il me semble que la littérature, justement, parle du monde entier.
06:41Il s'agit d'aller au-delà de sa propre expérience, découvrir de nouvelles choses.
06:45Et les écrivains, que j'admire le plus, justement, ont une approche extrêmement large dans leur spectre de découvert.
06:52Pensez à Dickens, par exemple, il était capable de parler de n'importe quoi dans la société d'archevêques ou
06:57de pickpockets.
06:58Il pouvait parler des petits bourgeois comme de l'aristocratie, ceux qui vivaient dans les taudis.
07:06En tout cas, je crois que c'est cela qu'il faut pouvoir embrasser l'ensemble du monde.
07:10Je voudrais qu'on revienne à cette notion de temps qui passe, qui est centrale dans vos nouvelles.
07:15Vous faites dire à l'un de vos personnages, d'un autre personnage, à son âge avancé, il avait atteint
07:21une forme de sérénité inattendue.
07:23L'esprit de contradiction de sa jeunesse avait laissé la place à une forme de tolérance,
07:29doublée du plaisir amusé de voir que ses concitoyens ne disposaient pas du même calme.
07:34Est-ce que c'est vous, cet homme serein, Salman Rushdie ?
07:40Alors, serein, oui, certains jours de la semaine peut-être.
07:45Mais disons que ce qui m'intéressait dans cette histoire, la façon dont les artistes approchent, disons, le crépuscule de
07:54la vie,
07:56quelques fois avec sérénité, effectivement, une certaine acceptation,
07:59mais d'autres fois, comme disait Dylan Thomas, la rage contre le passage du temps, entre cette rage et l
08:07'acceptation.
08:08Je crois que nous allons un petit peu entre les deux, chacun d'entre nous, nous fluctuons.
08:13Et c'est ce que je voulais explorer, justement, la façon dont les gens font face à la dernière étape
08:17de leur vie.
08:18Vous parlez de ce crépuscule.
08:20Et il y a une autre très belle phrase dans une de vos nouvelles sur la mort.
08:24La mort et la vie ne sont que des terrasses mitoyennes.
08:28Et dans une autre nouvelle, on le disait, vous faites parler à un fantôme, le fantôme d'un écrivain.
08:31Est-ce que ça veut dire que vous latez avec les combats qui sont les vôtres et qu'on connaît
08:36?
08:36Est-ce que ça veut dire que l'âge qui avance fait que vous croyez peut-être à une vie
08:42après la mort ?
08:43Est-ce qu'il se passe quelque chose dans l'au-delà ?
08:45Non, absolument pas.
08:50En tout cas, moi, ce que j'ai toujours ressenti, c'est que la mort, c'est une fin.
08:54Ça n'est pas la transition vers un autre monde.
08:56Et en tout cas, ma propre expérience, où j'ai donc effleuré la mort, l'a bien confirmé.
09:02Il n'y a rien de surnaturel qui se produit après la vie.
09:05C'était pour moi la fin qui s'approchait.
09:07Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas raconter des histoires de fantômes, bien entendu.
09:12D'ailleurs, c'est la première histoire de fantômes que j'ai écrite et c'était un vrai plaisir de
09:16l'écrire.
09:17On va parler, bien sûr, de votre regard sur le monde.
09:19Je voudrais juste d'un mot, puisqu'il s'avère qu'on m'a raconté ce que vous aviez dit
09:23hier soir.
09:23Vous avez donné une masterclass et dont les Parisiens ont pu profiter.
09:27Et vous avez parlé du rapport que vous aviez à l'ennui.
09:29En disant, l'ennui, quand on veut être un bon écrivain, c'est bien de s'ennuyer.
09:33Sauf que vous, on ne peut pas dire, Salman Rushdie, que vous soyez tout à fait ennuyé.
09:36Pourquoi ce rapport à l'ennui, il est aussi important quand on veut écrire de la fiction ?
09:41Je vais vous dire, parce qu'il est beaucoup plus facile d'écrire lorsqu'il ne se passe rien d
09:46'autre.
09:49Malheureusement, ma propre vie, il s'est toujours passé beaucoup de choses dans ma vie.
09:54En tout cas, j'aimerais bien voir une période où, justement, il y a un petit peu plus de silence
09:59autour de moi.
10:00En tout cas, c'est ce qui permet de bien travailler.
10:03Votre vie émaillée de violences, cette fatwa du régime iranien lancée contre vous,
10:08cette tentative d'assassinat.
10:09Est-ce qu'avec tout ça, on peut être calme et serein, comme on le disait tout à l'heure
10:15?
10:15Ou est-ce que vous avez encore peur pour votre vie ?
10:21Écoutez, je fais de mon mieux pour vivre avec tout ça.
10:26Et il faut dire que, ça fait déjà un certain temps que je suis là-dedans,
10:30mon tout premier roman, il y a plus de 50 ans.
10:34Et donc, en tant qu'écrivain, je suis discipliné.
10:38C'est-à-dire que le matin, je peux m'asseoir devant la table,
10:41me concentrer sur l'écriture et écrire.
10:43Et là, c'est le résultat d'une longue pratique, d'une longue expérience.
10:47Et c'est ce qui me fait tenir.
10:48C'est une forme d'hygiène de vie.
10:50Vous savez que le grand entretien vous accueille, chers auditeurs.
10:55Et on a donc le plaisir d'avoir Jean-Louis ce matin de Marseille.
10:58Jean-Louis a une question à poser à Salman Rushdie.
11:01Bonjour.
11:02Oui, bonjour Florence.
11:04Bonjour.
11:04Bonjour Benjamin.
11:06Monsieur Régi, bonjour.
11:07Effectivement, j'ai une question peut-être un peu personnelle
11:11sur votre façon de travailler.
11:13Et je voulais savoir, votre recueil traite de la vieillesse et de la fin de vie,
11:17mais déborde d'humour cynique et de malice.
11:21Alors, est-ce que la satire serait-elle pour vous,
11:23votre arme secrète par hasard,
11:25pour refuser d'émouvoir exagérément vos lecteurs ?
11:29Merci.
11:29Merci Jean-Louis.
11:30Merci pour cette question.
11:32C'est plus une arme secrète en tout cas.
11:36L'arme n'est pas secrète, mais effectivement, c'est une arme très utile.
11:41Un mot encore, Salman Rushdie.
11:43On évoquait votre rapport à la mort, le fait de savoir si vous aviez peur.
11:46Est-ce que vous éprouvez de la haine ?
11:49Est-ce que vous éprouvez de la haine pour celui qui vous a attaqué en 2022 ?
11:54Pour ceux qui, tout au long de votre vie, de votre carrière,
11:57ont utilisé votre œuvre pour s'en prendre à vous ?
11:59Est-ce que c'est un sentiment qui vous est familier ?
12:05Écoutez, la haine, à mon sens, c'est quand même une émotion très réductrice, très limitative.
12:13Si on se laisse posséder par la haine, elle vous empêche de poursuivre sa propre vie et son propre travail.
12:22À mon sens, c'est quelque chose qu'il faut éviter.
12:24Il faut laisser de côté la haine.
12:27Alors, évidemment, disons que ce qui m'est arrivé,
12:34les attaques contre ma propre personne ou contre mon œuvre, ça ne me fait pas plaisir.
12:38Mais je vais toujours aller de l'avant, passer à l'étape suivante
12:41et ne pas rester sur ce qui s'est passé il y a longtemps.
12:45Votre dernière intervention ici à France Inter, c'était en avril 2024,
12:50avant la réélection de Donald Trump, on va en reparler,
12:53avant la guerre en Iran et la mort de l'ayatollah Khamenei.
12:57Tu es dans une frappe, comment est-ce que vous avez vécu, Salman Rushdie,
13:01ces événements et la mort du successeur de Roménie
13:04qui avait lancé la fameuse fatwa contre vous en 1989 ?
13:12Sa mort ne me pose pas problème, disons.
13:15Cela étant, moi ce qui me pose problème, c'est ce que fait l'Amérique depuis un certain temps,
13:22parce que maintenant on est dans une situation chaotique
13:25qui n'a manifestement pas été pensée.
13:28Je me demande ce à quoi pensait le président américain
13:33quand il s'est lancé dans cette guerre, comment il pensait s'en sortir.
13:36Nous vivons dans les Etats-Unis, ils sont gouvernés par un gamin,
13:42un gamin en surpoids, mais un gamin.
13:47Vous aviez une autre expression en 2017, au moment où vous aviez fait de Trump le personnage d'un livre,
13:52ça s'appelait La Maison Golden, où Trump était dépeint sous les traits du Joker, l'ennemi de Batman,
13:56et vous disiez que c'est un personnage grotesque.
14:00Au fond, dans le grotesque, il y a presque quelque chose dont on peut rire.
14:04Là, maintenant, ça ne vous fait plus rire ?
14:06C'est ça, le problème avec ce qui se passe, c'est qu'effectivement, ça n'est plus drôle.
14:14Alors bien sûr, quand j'ai écrit La Maison d'Orestia, il y a un certain nombre d'années déjà,
14:21à cette époque, on pouvait en rire, on pouvait plaisanter sur la montée de ce personnage grotesque ou ridicule,
14:29mais dix ans plus tard, ça n'est plus drôle en effet.
14:31Et c'est une des choses les plus déprimantes de Trump, c'est qu'il n'est pas drôle, justement.
14:35Vous qui vivez aux Etats-Unis, on le rappelle, est-ce que vous redoutez les élections de mi-mandat au
14:41mois de novembre prochain ?
14:42Est-ce que vous pensez qu'elles vont pouvoir se dérouler normalement ?
14:45Est-ce que Donald Trump va pouvoir, le cas échéant, encaisser une défaite ?
14:54Encaisser une défaite, il ne sait pas très bien faire, ça non.
14:56Cela étant, ce que je pense, c'est que novembre, c'est loin.
15:00Ce n'est pas tout de suite, et beaucoup de choses vont se produire d'ici là.
15:04Et c'est ça qui m'inquiète.
15:07En fait, j'ai le sentiment que le vent tourne en ce moment,
15:12et que l'électorat actuellement, enfin si on voit les sondages,
15:19est tourné contre Trump.
15:21Mais nous ne sommes qu'en juin, et beaucoup de choses peuvent se passer d'ici novembre.
15:26Votre combat, Salman Rushdie, c'est un combat pour la liberté d'expression,
15:29et vous aviez cette phrase en.
15:30En 2023, nous vivons une époque que je n'aurais jamais imaginé connaître au cours de ma vie,
15:33une époque dans laquelle la liberté d'expression se trouve attaquée de toutes parts.
15:39Et ce mot « liberté » pourtant, et cette expression « liberté d'expression »,
15:42elle est précisément utilisée, Salman Rushdie,
15:44par cela que vous dénoncez, Donald Trump, son vice-président, J.D. Vance.
15:50Il dévoie ce combat pour la défense de la liberté d'expression ?
15:57Ben oui, et le problème c'est qu'on se sert de cette expression « liberté »
16:04de manière souvent contradictoire.
16:07Par exemple, lorsque le vice-président Vance parle de liberté d'expression,
16:11il parle de liberté pour ceux qui sont d'accord avec lui.
16:15Et ce que l'on constate dans l'administration Trump,
16:17c'est qu'une attaque très virulente contre ceux qui ne sont pas d'accord,
16:23les journalistes, la presse, ou même les humoristes à la télé,
16:27ou les universités, que sais-je.
16:30Et c'est l'inverse même de la liberté d'expression,
16:34mais l'expression même a été instrumentalisée par la droite
16:38pour lui faire dire le contraire de ce qu'elle veut dire.
16:40Vous dites aujourd'hui que ce grand pays de liberté d'expression
16:45que sont les Etats-Unis, c'est terminé ?
16:48Il y a une parenthèse en ce moment, dans l'exercice de ce droit-là ?
16:54Alors, nous n'exagérons rien.
16:57On peut quand même, aux Etats-Unis, pour des gens comme moi par exemple,
17:01de s'exprimer, dire ce qu'ils veulent, pour l'instant.
17:05Non, mais effectivement, je crois qu'on croit toujours au premier amendement,
17:12la liberté d'expression aux Etats-Unis,
17:14mais effectivement, celle-ci est attaquée par l'administration.
17:17Et effectivement, je ne m'attendais pas à voir cela aux Etats-Unis.
17:21Il y a quelques mois, en février, vous avez alerté sur le niveau de violence politique aux Etats-Unis.
17:27Expliquez-nous ce qui vous fait peur.
17:34Effectivement, l'Amérique est en train de devenir un pays extrêmement violent.
17:40Au début, on voit que des gens qui peuvent posséder des armes extrêmement dangereuses,
17:47des armes qui circulent comme ça entre des mains privées,
17:51et bien évidemment, ça augmente le risque de violence, de criminalité violente,
17:55et même de violence politique, effectivement.
17:59Alors oui, effectivement, la violence est là.
18:02Et moi, chez moi, je raconte des histoires.
18:05Pourquoi vous vivez aux Etats-Unis, Salman Rushdie ?
18:12Je crois que c'est en fait le meilleur endroit pour moi, pour y vivre.
18:16Salman Rushdie, je rappelle évidemment l'ouvrage qui vous a fait connaître aux yeux du grand public,
18:21les versets sataniques en 1989, la fatwa que cela vous a valu de la part de l'ayatollah en Iran.
18:28Est-ce que, près de 30 ans plus tard, vous avez le sentiment que ce combat que vous avez mené
18:34contre l'obscurantisme, contre l'islamisme, contre toute forme de discours radical religieux,
18:41est-ce que vous avez l'impression que ce combat que vous menez, il a avancé, ou qu'on a
18:45plutôt régressé ?
18:51Écoutez, la liberté d'expression se trouve toujours menacée d'un côté ou de l'autre,
18:59mais les écrivains, les artistes sont toujours très attachés à ce principe de liberté d'expression.
19:05Et nous sommes déjà acharnés, c'est difficile de nous arrêter.
19:09Et la communauté, disons, des artistes, et quand je parle d'artistes, c'est au sens large,
19:14ce n'est pas simplement les écrivains, les cinéastes, les musiciens, même les artistes visuels,
19:19sont très unis autour de cette idée, dans cette défense de la liberté d'expression.
19:24Et donc, il y a quand même un certain optimisme.
19:27Qu'est-ce que vous faites, Salman Rushdie, de l'intelligence artificielle ?
19:32Vous savez qu'il y a de grands débats qui agitent le milieu artistique en ce moment,
19:36et notamment littéraire, depuis qu'une prix Nobel de littérature, la polonaise Olga Tokarzyk,
19:41a expliqué qu'elle s'en servait, oui, et que ça pouvait être un atout, une aide pour un écrivain.
19:47Qu'est-ce que vous en dites, vous ?
19:53Écoutez, l'IA peut être utile dans certains cas, si on veut vérifier quelque chose.
20:01Je crois que Google, maintenant, a cours à l'IA, mais je ne sais pas si on peut lui faire
20:06trop confiance.
20:07Les informations qui viennent d'une recherche sur Google, il faut ensuite la vérifier quelque part ailleurs.
20:14Moi, je fais comme si l'IA n'existait pas, en fait.
20:17Je n'ai pas les applis sur mon téléphone, je n'ai pas de chat de GPT, je n'ai
20:22rien de tout cela.
20:24Et je me dis également que, pour un écrivain sérieux, en fait, ça ne pose pas vraiment problème,
20:30parce que d'abord, l'IA n'a pas de sens de l'humour.
20:33C'est déjà ça.
20:34Et deuxièmement, l'IA n'est pas originale.
20:38Ce que l'IA fait, c'est absorber un volume énorme d'informations et en régurgiter une version.
20:44Mais si vous regardez l'art en tant qu'hôtel, les artistes créent des choses qui n'ont pas été
20:49faites avant.
20:51C'est quelque chose de nouveau.
20:53Et pour autant que je sache, l'IA n'en est pas capable.
20:57Il ne peut rien inventer.
20:58On peut faire des versions de choses qui existaient déjà.
21:00Un tout dernier mot, Salman Rushdie, sur votre rapport à la France.
21:03Quand vous venez, vous avez une communauté de lecteurs, vous avez tous les Français qui ont plaisir à vous voir.
21:09C'est un événement de vous recevoir ce matin à la radio.
21:11Quel rapport vous entretenez à la France et aux Français qui ont peut-être des débats communs, des combats communs
21:16avec vous ?
21:16La lutte contre la radicalité, ce combat pour la liberté d'expression ?
21:24Vous savez, je suis toujours ravi de retrouver un peu de temps à passer en France,
21:29parce que j'ai beaucoup d'affection, beaucoup d'admiration pour la culture littéraire de ce pays.
21:37Et puis, tout récemment, j'ai écrit une pièce assez longue sur Candide de Voltaire.
21:42Et j'espère que cet essai sera bientôt publié.
21:47Je me rappelle, j'ai lu Candide à l'école, j'avais 15 ans.
21:51Et aujourd'hui encore, j'ai encore l'exemplaire du livre que j'avais déjà à l'époque, à l
21:58'âge de 15 ans.
21:58Et je vois que ce livre a encore tellement de choses à nous dire aujourd'hui.
22:04Et donc, cela montre, ça témoigne de l'importance de cet ouvrage.
22:08Donc, je me suis beaucoup intéressé à ce qui se passe dans la culture française.
22:12Et le fait que les lecteurs français éprouvent une véritable passion pour le monde du livre.
22:19Et donc, je me sens chez moi, ici.
22:20Et vous êtes chez vous.
22:21Formidable. Donc, un prochain Candide par Salman Rushdie.
22:24En attendant, c'est la 11e heure qui sort chez Gallimard ce mois-ci.
22:29Merci beaucoup, Salman Rushdie, d'avoir été avec nous au micro de France Inter ce matin.
22:33Et je remercie Robert Wolfenstein.
22:35Et je remercie Robert Wolfenstein.
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