00:00Alexandre Ezen nous rejoint, stratégiste indépendant. Bonjour Alexandre.
00:03Bonjour.
00:0415h45, vous allez rendre votre verdict. Ce verdict que vous allez rendre, ce moment qu'on va vivre ensemble, est
00:08-ce que vous l'assumez ?
00:09Je l'assume, Guillaume.
00:10On vous écoute.
00:12Écoutez, effectivement, on a l'impression potentiellement d'enfoncer des portes ouvertes,
00:16mais je pense qu'il faut encore insister sur le fait que quand on analyse les marchés,
00:22de manière globale, macroéconomique, ou quand on analyse les marchés au terme d'entreprise,
00:28l'IA est le facteur discriminant au-delà des enjeux géopolitiques actuels.
00:33Oui, oui. Parce qu'on se disait ces derniers jours, les taux, finalement, on revient à l'essentiel,
00:38les taux obligataires qui montent, ça va remettre un peu d'ordre dans les marchés
00:40et remettre l'église ou la mairie au milieu du village.
00:43Non, ça reste l'IA, l'ultime frontière, le vrai baromètre des marchés aujourd'hui,
00:46ça reste l'IA, finalement, plus que les taux, Alexandre ?
00:50On voit que les taux n'ont pas beaucoup d'importance, en tout cas dans le secteur qui est celui
00:55au global
00:56de l'intelligence artificielle, sous toutes ses formes et sur l'ensemble de la chaîne de production,
01:01parce que les investissements ne ralentissent pas, c'est-à-dire que, normalement,
01:05une hausse des taux devrait faire ralentir ces investissements ou porter des doutes.
01:09On a eu certains doutes en début d'année sur les dettes massives
01:12qui allaient être émises par les hyperscalers, notamment.
01:16Mais, en fait, on voit que ce mouvement est clairement irrépressible.
01:21Et l'IA continue d'avancer, quoi ?
01:23L'IA continue d'avancer, mais ce qui est aussi intéressant,
01:26c'est que c'est en train, évidemment, de capter une masse d'investissement global très importante,
01:31donc au détriment, peut-être, d'autres entreprises.
01:34Et puis, même quand on regarde, et là, c'est pour ça que je voulais revenir sur ce sujet-là,
01:39c'est-à-dire, même à l'intérieur, même des secteurs,
01:41parce qu'on parle beaucoup de secteurs qui sont disruptifs,
01:45on a les résultats d'intuit, par exemple,
01:47qui, effectivement, est dans une position où l'IA est un véritable concurrent pour son business.
01:52Mais à l'intérieur même des secteurs,
01:55prenons le secteur de la distribution,
01:57vous avez Walmart qui publie aujourd'hui,
01:59Walmart, évidemment, qui est un peu déçu,
02:01mais les résultats sont très bons.
02:03Et Walmart a rapidement été dans le digital,
02:05puis dans l'intelligence artificielle,
02:07et crée de la valeur sur l'ensemble de la chaîne.
02:08Et pourtant, c'était un secteur où les marges restaient assez faibles.
02:13Eh bien là, l'intelligence artificielle va lui permettre, effectivement,
02:16d'optimiser à la fois la logistique et à la fois l'attrait pour ses clients.
02:22C'est l'IA qui a transfiguré Walmart en bourse depuis début de l'année, c'est un carton ?
02:26Bien sûr.
02:26Et à côté, vous avez des concurrents du même secteur,
02:29pendant Calls, Macy's, qui, eux, sont en retard
02:32et ont des performances opérationnelles qui sont extrêmement décevantes,
02:36et le retard va être extrêmement difficile pour ces entreprises,
02:40encore une fois, d'un même secteur, à rattraper.
02:43– Oui, oui.
02:43Donc, ça reste la matrice, effectivement.
02:46Et dans quelques jours, SpaceX qui va arriver.
02:49Est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les investisseurs ?
02:51Je vous pose la question parce que SpaceX,
02:5315 jours à peine après son introduction, fera partie d'une NAS d'accent.
02:56– Oui.
02:56– Voilà.
02:57SpaceX sera dans le NAS d'accent très, très rapidement.
02:59Ça veut dire que beaucoup d'ETF auront du SpaceX.
03:03C'est-à-dire que des gens qui auront choisi de ne pas investir dans SpaceX
03:05en disant Elon Musk, j'y crois pas trop, Mars, c'est pas mon truc et tout,
03:08auront quand même du SpaceX dans leurs ETF.
03:10Est-ce que, de ce point de vue, c'est une bonne ou une mauvaise nouvelle
03:12pour les investisseurs globaux ?
03:13– Alors, tout est fait pour que l'IPO fonctionne bien
03:16et soit une IPO historique.
03:18Parce que finalement, SpaceX, on l'a rappelé tout à l'heure,
03:21ça va être entre 1700-1800 milliards de capitalisation.
03:25Mais en fait, sur les marchés, on aura 75 milliards de flottants.
03:30Donc, c'est assez peu.
03:31Mais dans les indices, et notamment Nasdaq,
03:34cela va représenter, avec le calcul que fait la société,
03:37à peu près 5 à 6 % de l'indice.
03:41Donc, les ETF, pendant quelques semaines, quelques mois,
03:44vont se ruer effectivement sur SpaceX de manière passive.
03:49On voit bien l'avantage ou le désavantage de la gestion passive
03:52par rapport à la gestion active.
03:54C'est-à-dire que là, nous n'aurons pas le choix.
03:56Et on peut avoir des déconvenus sur à la fois d'autres valeurs,
03:59et même un peu plus tard, à quelques mois,
04:02puisqu'il y a certains scénarios qui se mettent en place
04:05où, effectivement, vous allez avoir un espèce de schéma
04:07où vous allez avoir une masse qui va se concentrer sur SpaceX
04:10et faire monter potentiellement Nasdaq et SpaceX.
04:13Et puis, au bout de quelques mois, vous aurez ceux qui sont loqués
04:16et puis les insiders qui revendront et qui mettront potentiellement
04:19de la liquidité sur le système.
04:20Et on pourra avoir un retour assez déplorable de l'indice.
04:25Donc, ça, c'est un scénario un peu catastrophe.
04:26Mais on voit bien que cet équilibre va être complexe, en tout cas.
04:31Et on a d'autres IPOs assez fortes qui vont se mettre en place.
04:35Je rappelle qu'une société comme SpaceX,
04:38de 1 700, 1 800 milliards de capitalisation boursière,
04:40on a déjà eu ça, on a eu Aramco.
04:42Mais Aramco, le flottant, c'était 25 milliards seulement.
04:44Là, c'est 75 milliards.
04:46Donc, ça va, effectivement, créer pas mal de dissensions.
04:50Ça sera peut-être, SpaceX sera, au Nasdaq 100,
04:53plus important qu'Amazon ou Meta, par exemple,
04:57en termes de pourcentage.
04:59Et là, on voit qu'on va avoir une déformation complète des ETF,
05:04des coûts, certainement, de transformation des ETF,
05:07parce que vous ne changez pas 6%, 5-6% d'un coût dans l'ETF.
05:12Donc, on risque d'avoir de la volatilité, du bruit très important.
05:17– Oui.
05:17Et du coup, alors, pour ceux qui sont quand même convaincus
05:19par la thématique spatiale, et pourquoi pas SpaceX,
05:21quand même, ça reste un génie, Elon Musk.
05:23Voilà.
05:23Quitte à y investir, il y aura SpaceX, mais en attendant, il y a quoi ?
05:26Il y a d'autres valeurs, enfin, il y a d'autres idées pour investir dans l'espace,
05:28parce que la thématique, elle a un énorme potentiel devant elle.
05:32Il y aura, malheureusement, la militarisation de l'espace,
05:34la miniaturisation de l'espace, etc., etc.
05:37Tout ça, ce n'est pas que lié à SpaceX.
05:38Du coup, comment on fait pour investir la thématique au-delà de SpaceX ?
05:41– Non, mais c'est vrai que, bon, alors, de manière classique,
05:43il y a aussi les semi-conducteurs.
05:44Dans une précédente émission, j'avais parlé, notamment,
05:47de les data centers dans l'espace, qui sera le niveau 3,
05:50où on aura beaucoup d'avantages en termes de refroidissement
05:54ou de calcul de l'énergie.
05:56Il y a une société aux États-Unis qui est bien plus petite, Rocket Lab,
05:59qui est un peu un mini SpaceX et qui en a beaucoup profité.
06:02Les lanceurs de satellites aussi, Eutelsat, même si on est en restructuration.
06:06Mais SpaceX, c'est pas que du spatial, on l'a rappelé tout à l'heure,
06:09c'est une entreprise télécom globale, à la fois, effectivement,
06:13sur la défense, l'intelligence artificielle, et puis Starlink,
06:16effectivement, qui va prendre le pas.
06:19Ce qui est aussi intéressant, c'est que c'est les données
06:22qui sont mises en avant, c'est-à-dire qu'on a à peu près
06:252500 satellites par an dans les projections,
06:28ça va être 10 000 cette année.
06:30Donc, il y a une accélération extrêmement...
06:3210 000 satellites lancés chaque année.
06:34Oui, lancés chaque année.
06:36Donc, c'est clairement l'objectif de SpaceX,
06:38et ça va, effectivement, on change complètement,
06:41et c'est à peu près le seul acteur qui sera à cette...
06:45Alors, en attendant l'exponentiel des lancements de satellites,
06:50on va faire une petite addition.
06:51SpaceX, plus une autre introduction attendue,
06:53Anthropik, plus OpenAI, aussi attendu cette année.
06:55Ça fait trois grosses intros.
06:56Ces trois intros ajouteront à la capitalisation mondiale,
06:59l'équivalent de la Bourse de Paris.
07:01Voilà.
07:01Juste ça.
07:03En capitalisation, pas en flottant, mais en valorisation.
07:09Et c'est vrai qu'encore une fois, le risque,
07:11mais on le voit aussi sur le crédit,
07:12que ce soit sur les actions et le crédit,
07:14c'est que les grandes actions américaines,
07:17et notamment ces IPOs sur les marchés,
07:21phagocytent la liquidité mondiale au détriment,
07:24effectivement, de l'Europe.
07:25Il y a plein de véhicules pour investir dans l'espace,
07:27et puis il y a les véhicules tout courts.
07:29On peut y investir, d'ailleurs, dedans.
07:30On va revenir dans cette thématique transport,
07:32mais beaucoup plus terrestre, Antoine,
07:33parce qu'il y a un groupe aujourd'hui
07:34qui joue une partie de son avenir.
07:36C'est Stellantis, qui recule de 5,4%.
07:39On est à 6,08€.
07:40On a signé un nouveau plus bas historique tout à l'heure,
07:42sous les 6€.
07:43On était à 5,99€.
07:46La dernière fois qu'on était plus bas,
07:47ça s'appelait encore Peugeot-Citroën.
07:51Réduction de 20% des capacités en Europe.
07:5320%.
07:55On espère que ça va délivrer cet Investor's Day,
07:57parce qu'au bout, on ne voit pas grand-chose,
08:01à part peut-être un joli rêve de Deux électrique.
08:05C'est exactement ça.
08:07Il fallait quand même arrêter la dégradation.
08:09Il fallait faire quelque chose, de toute manière.
08:10Sinon, la tendance, elle était claire.
08:14Je crois qu'il y a un plan à 60 milliards.
08:17On voit bien que l'Europe n'est plus le sujet.
08:19On a quand même l'impression que l'automobile européenne
08:21a perdu la guerre contre l'électrique chinois.
08:24Je veux dire, et ça, c'est difficilement remédiable.
08:29Il faut quand même souligner que l'Investor's Day se fait à Détroit.
08:32Donc Stellantis organise ces éléments de langage
08:38pour les États-Unis,
08:40où potentiellement les marches sont plus importantes.
08:42Le nouveau patron était CIO de Jeep,
08:45donc il connaît bien ce marché.
08:46Et il fallait faire quelque chose.
08:48Au-delà de Stellantis,
08:50ce qui est assez, à mon avis, intéressant,
08:52c'est savoir comment toutes ces entreprises automobiles européennes
08:56vont essayer de se transformer.
08:59Et c'est vrai que,
09:00Mercedes a commencé à en parler,
09:02l'industrie de la défense peut être potentiellement
09:06une activité qui peut redonner un peu des lettres d'or,
09:11alors ça prendra du temps,
09:12à l'industrie automobile.
09:14Et je pense que la souveraineté, la défense,
09:17peut être un véritable enjeu pour ce secteur dans les années à venir.
09:22On y reviendra à Stellantis,
09:23qui dévoile aujourd'hui son plan d'action, son plan stratégique,
09:26et qui s'abre dans ses capacités de production en Europe
09:29de plus de 800 000 unités, 800 000 unités supprimées.
09:33C'est énorme, et encore une fois,
09:34je crois que sur 35 milliards dédiés aux marques,
09:37il y a plus de 60% qui va aux Etats-Unis,
09:39donc on voit bien là où veut se focaliser Stellantis.
09:43Mais ce n'est pas comme ça qu'on va relancer la croissance européenne.
09:45D'ailleurs, on a les indices PMI en Europe qui sont publiés aujourd'hui.
09:48Ils sont à un plus bas de...
09:50Alors pour la France, de 2020,
09:51le PMI des services de la France retombe au niveau quasi-Covid.
09:54On est en contraction très nette.
09:56Disons que ce qui se passe, c'est que l'industrie s'en sort
10:01grâce au plan de relance, à la souveraineté, etc.
10:04Mais on voit bien que le consommateur est en train de plier
10:09face aux hausses de coûts,
10:11et le tourisme est en berne.
10:13On a l'indicateur PMI service
10:17et démontre encore une fois l'impact très important
10:22des événements en Iran.
10:23Le PMI service français, sous les 43,
10:26au mois de mai, sous les 43, 42,9.
10:28C'est un niveau qu'on n'avait plus vu depuis 2020, l'année du Covid.
10:30Oui, on a vu les nouveaux calculs,
10:34effectivement, de la Commission européenne
10:35pour la croissance économique.
10:37La baisse, mais ça n'est peut-être qu'un début
10:40si le conflit perdurait.
10:41Merci beaucoup, Alexandre Ezey,
10:43de nous avoir accompagné aujourd'hui, stratégiste indépendant.
Commentaires