- il y a 10 heures
L'histoire racontée dans ce documentaire est celle des femmes qui ont eu le courage de dire non à l'idéologie nazie, qui ont résisté à la barbarie malgré les risques que comportait toute opposition au système. Ces femmes, qui étaient-elles ? Pourquoi ont-elles décidé de s'opposer au régime, prendre des risques pour elles-mêmes et pour leur famille ? Année de Production :
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00:04Le mémorial de Plötzensee, à Berlin.
00:07De cette immense prison allemande, il ne reste plus que l'ancienne chambre d'exécution.
00:13A l'époque du Troisième Reich, c'est dans des geôles comme celle-ci que 12 000 résistants allemands ont
00:18perdu leur vie, tendus ou guillotinés.
00:23Fait méconnu, parmi les opposants à Hitler, il y avait environ 10% de femmes.
00:31Les femmes éprouvaient les mêmes sentiments de haine contre ce système.
00:37La motivation d'agir contre le régime national socialiste était aussi très forte et très diversifiée chez les femmes.
00:47Seules, en couple ou en réseau, ces femmes ont résisté en utilisant tous les moyens à leur disposition.
00:54Elles ont transmis des informations confidentielles, diffusé des tracts anti-nazis et sauvé des Juifs de la déportation pendant que
01:01les hommes étaient envoyés au front.
01:04Grâce à leur courage, elles ont fait la différence.
01:08Rien qu'à Berlin, on estime qu'environ 5 000 Juifs ont pu être sauvés grâce aux femmes résistantes.
01:15Il faut admirer ces femmes.
01:18Elles ont été portées par leur conscience.
01:21Et c'était aussi le cas de ma mère.
01:27Pourtant, pour ces Allemandes, résister au sein même de la dictature était une décision particulièrement difficile à prendre.
01:35Entrer dans la résistance, c'était aussi, d'une certaine façon, il y avait toujours ce dilemme, lutter contre sa
01:41propre patrie.
01:43Vous êtes dans un environnement hostile où tout le monde épie le moindre de vos faits et gestes.
01:49Une femme qui vivait avec ses enfants devait toujours se demander ce qui adviendrait d'eux au cas où ils
01:58seraient arrêtés.
02:02Emprisonnement, déportation en camp de concentration ou peine de mort, la féroce répression du régime nazi n'a pas fait
02:08de différence entre les sexes.
02:11Pourtant, pendant longtemps, l'histoire a ignoré le courage et les actes de ces résistantes.
02:17Encore aujourd'hui, leur nombre exact reste inconnu.
02:23Pendant des années, personne ne s'est intéressé à ce sujet.
02:26C'est pourquoi aujourd'hui, nos connaissances restent encore déplorables.
02:32Certaines de ces femmes, qui se sont opposées à la barbarie par conviction et humanisme, sont sorties de l'ombre.
02:40Libertas Schulze-Boysen, du réseau Orchestre Rouge, a risqué sa vie pour exfiltrer des documents confidentiels du ministère de la
02:46Propagande.
02:48La journaliste berlinoise Ruth Andreas Friedrich a sauvé des Juifs de la déportation.
02:54Et puis, il y a aussi l'étudiante Sophie Scholl, du groupe de résistance La Rose Blanche.
03:01Âgée de 21 ans, elle a participé à la plus grande diffusion de tracts anti-nazis à travers l'Allemagne.
03:08Elles ont fait tout leur possible et elles en ont payé le prix.
03:13Qui étaient ces femmes ?
03:15Pourquoi et comment ont-elles résisté ?
03:18Quel était leur destin ?
03:20Voici l'histoire des héroïnes allemandes qui ont dit non à Hitler.
03:51L'histoire des résistantes allemandes qui ont dit non à Hitler.
03:53Les femmes allemandes commencent bien avant l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler.
03:56Elles n'auraient pas été possibles sans la République de Weimar.
04:02En 1919, dès le lendemain de la guerre, la première démocratie allemande donne le droit de vote aux femmes
04:09et les encourage ainsi à devenir des actrices de la vie publique et politique.
04:17Les femmes ont aussi eu la possibilité pour la première fois d'entrer à l'université
04:22et elles ont également pu postuler à des emplois jusqu'alors interdits.
04:27C'était un véritable bouleversement, d'autant plus que les femmes pouvaient aussi se faire élire au Parlement allemand.
04:35Il y avait une trentaine de femmes députées élues à la première assemblée de Weimar.
04:41C'était une époque pionnière qui garantissait aux femmes allemandes l'égalité pour la première fois dans l'histoire.
04:47Une belle époque pour les droits des femmes.
04:52Éduquées et émancipées, elles sont déjà quelques-unes à réaliser le danger que représentent les groupuscules politiques nationalistes
04:59qui commencent alors à se former.
05:05L'une de ces femmes perspicaces est la municoise Constanze Hallgarten.
05:10Présidente de la Ligue internationale pour la paix et la liberté,
05:14cette pacifiste observe dans sa ville l'essor du NSDAP et de son leader.
05:19Adolf Hitler.
05:22En 1921, elle assiste à l'un de ses meetings.
05:28Des années plus tard, elle consignera ses souvenirs dans son autobiographie, écrite en 1956.
05:35Je ne m'attendais pas à voir un démagogue aussi inculte et simplet.
05:40Pourtant, j'étais prête à me laisser emporter et convaincre.
05:43J'ai été surprise de constater à quel point il m'a facilité la tâche.
05:48Je n'ai eu aucun mal à le mépriser.
05:51Et je ne pense pas qu'il y a eu des victimes qui ont été mortes, aujourd'hui, ne sont
05:57pas là.
06:00Une chose m'a tout de même fait une grande impression, la mise en scène qui a déchaîné les foules.
06:06Mais en ce qui concerne Hitler lui-même, c'était un homme plus que médiocre.
06:14Constanze Hallgarten devient une opposante de la première heure aux nazis.
06:18Elle organise des conférences sur la paix, régulièrement perturbées par les troupes de l'ASA, le bras armé du mouvement
06:25hitlérien.
06:29Pour elle, comme pour beaucoup de femmes émancipées de l'époque, ce sont les idées rétrogrades du mouvement qui les
06:35font réagir.
06:38Les nazis voulaient supprimer tout ce qui était moderne, la démocratie, l'état de droit et l'émancipation.
06:47Ils considéraient aussi que le combat des femmes était incompatible avec leur idéologie.
06:56Les nazis ne prenaient pas les femmes au sérieux et les considéraient comme inférieures aux hommes.
07:04Leur image de la femme était à l'opposé de celle du féminisme européen et à l'opposé de la
07:11vision des femmes actives et socialement engagées.
07:15Tout cela aura un impact plus tard sur la résistance féminine.
07:23L'engagement de ces opposantes allemandes de la première heure n'inversera pas le cours de l'histoire.
07:29Le 30 janvier 1933, la presse annonce la nomination d'Adolf Hitler au poste de chancelier du Reich.
07:39Pendant que les SA défilent encore à la lueur de leur torche pour fêter leur chancelier, la répression se met
07:45déjà en place.
07:48L'objectif du régime, éliminer les opposants et instaurer la dictature.
07:54Dès lors, la répression va également s'abattre sur les femmes.
08:02Un événement inattendu donne l'occasion aux nazis de lancer la répression de masse.
08:10Dans la nuit du 27 février 1933, les Berlinois voient le Reichstag, le parlement allemand, partir en flamme.
08:19Les nazis voient alors le signal d'une insurrection communiste qu'il faut à tout prix empêcher.
08:26Encouragé par Hitler, le président Hindenburg signe alors un décret qui supprime toutes les libertés individuelles et ouvre la voie
08:33à des arrestations de masse.
08:39Les femmes députées membres du parti communiste sont immédiatement arrêtées.
08:43Puis les femmes social-démocrates sont emprisonnées à leur tour.
08:47Et là, je n'évoque que le cas des femmes élues au Reichstag.
08:51Les nazis veulent éliminer les femmes de l'habit politique.
08:59La pacifiste Constance Hallgarten est également visée par le régime.
09:04Lorsque les hommes de la SA se rendent à son domicile municois en novembre 1933 pour l'arrêter, elle est
09:10absente.
09:12Elle réussira à s'enfuir aux Etats-Unis en passant par la France.
09:16Depuis son exil, elle luttera inlassablement contre le régime et ne reviendra en Allemagne qu'en 1955.
09:26Le régime prenait les femmes très au sérieux quand elles étaient des opposantes.
09:32Ce n'est pas parce que c'était des femmes qu'elles avaient le droit de critiquer le régime.
09:37Elles étaient autant en danger que les hommes.
09:41La Gestapo crée alors des prisons spéciales pour ces femmes engagées contre le régime.
09:47À partir de 1937, elles sont déportées à la forteresse de Lichtenburg.
09:52C'est le premier camp de concentration pour femmes où on leur applique le même traitement cruel déjà expérimenté sur
09:58les hommes.
10:00Officiellement, ces camps servent à rééduquer les éléments récalcitrants de la société.
10:12Après deux années de prison, je pensais que plus rien ne pourrait m'impressionner.
10:17Mais je me suis trompée.
10:20J'ai une peur terrible de me faire fouetter.
10:23J'ai peur de la cellule d'isolement où beaucoup de femmes sont déjà mortes.
10:28J'ai peur des interrogatoires de la Gestapo.
10:31Ici, c'est un véritable enfer.
10:38L'appareil répressif du régime nazi fait preuve d'une terrible efficacité.
10:43Quand Hitler annexe l'Autriche en 1938, 45 000 personnes croupissent dans les geôles de la Gestapo ou dans les
10:50premiers camps de concentration.
10:5310% d'entre elles sont des femmes.
10:57Les nazis ont à la fois glorifié et opprimé les femmes.
11:01Le culte de la mère était très important.
11:04Les femmes étaient valorisées en tant que mère des futurs soldats.
11:07En même temps, les nazis opprimaient les femmes en les chassant de la vie professionnelle et en limitant leur accès
11:13à l'université.
11:16Avec les nazis au pouvoir, tous leurs droits ont été réduits à néant.
11:21Pour les femmes, ça a été un retour au Moyen-Âge.
11:27Après les années de liberté de la République de Weimar, une véritable chape de plomb s'est abattue sur les
11:32femmes allemandes.
11:36Il n'empêche, la majorité d'entre elles s'accommodent du rôle que le régime leur réserve et choisissent de
11:43suivre aveuglément le Führer.
11:47En voyant ces images, comment imaginer qu'il puisse y avoir des femmes allemandes qui agissent autrement ?
11:54Pourtant, certaines vont braver le danger et entrer en résistance.
12:05L'une de celles qui vont dire non à Hitler s'appelle Libertas Haasheier.
12:11Fille de bonne famille, elle est tout d'abord séduite, comme beaucoup de ses compatriotes, par le national-socialisme.
12:17A tel point qu'elle n'hésitera pas à adhérer au parti en 1934.
12:26Elle ne s'intéressait pas vraiment à la politique, mais elle était sensible à cette euphorie.
12:32C'est un enthousiasme collectif.
12:35Et c'est dans ce contexte qu'on lui a proposé de devenir membre du parti.
12:41Elle a accepté et signé.
12:46La même année, la jeune femme rencontre l'homme qui va changer sa vie et devenir son époux, Haro Schulze
12:52-Boysen.
12:54Il est alors lieutenant au ministère de l'Aviation civile, après une première carrière dans le journalisme.
13:00Lui a déjà été une victime du régime.
13:06C'était un opposant de la première heure.
13:09Il était journaliste, et un jour, les SA ont fait irruption dans sa rédaction.
13:20Il a alors vu de ses propres yeux un de ses collègues se faire torturer, jusqu'à la mort.
13:28Et c'est lui qui a fait découvrir la réalité du régime à Libertas.
13:34Elle a pu voir les traces des coups sur le dos de son mari.
13:38Les cicatrices étaient encore visibles.
13:45Libertas demande alors sa radiation du parti.
13:47Elle a définitivement tourné la page.
13:51L'appartement du couple, situé dans un quartier résidentiel à l'ouest de Berlin,
13:56devient dès lors un lieu de rassemblement d'opposants au régime.
14:00Ce réseau informel d'amis deviendra plus tard l'un des groupes de résistance les plus importants d'Allemagne.
14:07La Gestapo lui donnera le nom, Orchestre Rouge.
14:13C'est un groupe que les nazis ont estampillé comme communiste.
14:21En réalité, beaucoup de sensibilité politique y était représentée.
14:29Mais le plus remarquable, c'est le grand nombre de femmes qui y étaient engagées.
14:36Le réseau se construisait à l'aide de contacts privés et de cercles d'amis.
14:40C'est là où les femmes ont joué un rôle très important.
14:44Si, par exemple, vous preniez le thé avec Bartha,
14:47et que vous la croisiez aussi à l'église,
14:49et que vous saviez qu'elle n'aimait pas Hitler,
14:51vous lui demandiez
14:53« Tiens, tu ne veux pas nous rejoindre ? »
14:55C'est de cette manière que des individus ont rejoint petit à petit les réseaux de résistance.
15:01On connaît aujourd'hui 150 membres.
15:03Mais on suppose qu'il y en avait beaucoup plus.
15:08Les femmes de l'orchestre rouge sont issues de tous les milieux sociaux.
15:12Elles sont employées au ministère de la propagande,
15:15comme Libertas Schulze-Boysen.
15:16Elles sont secrétaires, comme Erika von Brockdorf.
15:20Ou travaillent à la sécurité sociale, comme Hilde Koppi.
15:24En apparence, ce sont des citoyennes modèles bien intégrées dans la société du Troisième Reich.
15:29Elles sont pourtant décidées à lutter contre leur propre patrie.
15:34Et pour chacune d'entre elles, il y a eu ce moment, cette bascule,
15:38la fameuse goutte d'eau qui fait déborder le vase.
15:41C'est le moment où on dit « Il ne suffit plus d'être contre, il faut agir. »
15:48La goutte qui fait déborder le vase, pour certaines, c'est le 8 novembre 1938.
15:55Ce jour-là, les synagogues dans les grandes villes allemandes sont incendiées.
15:59Les magasins juifs sont vandalisés.
16:02La nuit de cristal fait définitivement basculer l'Allemagne dans la barbarie.
16:07Pendant trois jours, les juifs sont livrés aux sbires du régime,
16:11sous l'œil indifférent de la population.
16:17« Il n'y a pas eu de soulèvement lors de la nuit de cristal.
16:21La majorité des Allemands considéraient que ça ne les regardait pas.
16:26C'était le problème des juifs. »
16:30Pourtant, une minorité d'individus ne reste pas indifférente.
16:34La journaliste berlinoise Ruth Andreas Friedrich ne fait partie d'aucun réseau.
16:39Mais elle observe depuis 1933 comment ses amis et collègues juifs
16:43sont progressivement exclus de la vie publique allemande.
16:46« Tous les mois, de nouveaux décrets restreignent encore plus leur liberté. »
16:53« Si elle déteste les nazis, Ruth Andreas Friedrich n'avait jamais imaginé entrer en résistance. »
17:07La nuit de cristal va la pousser à agir, par simple humanisme.
17:17« À sept heures du matin, on sonne chez nous. »
17:21« C'est Maître Weissmann, l'avocat. »
17:23« Cachez-moi, ils me poursuivent. »
17:26« Je lui demande ce qui se passe. »
17:27« On nous chasse comme des lapins. »
17:29« Ils m'ont poursuivi sur la moitié du cours Fürstendom. »
17:32« Ils m'ont traité de porc juif, de meurtrier. »
17:35« Ils ont crié, crève pourriture. »
17:38« Entrez, lui dis-je. »
17:40« Je vous fais un thé et puis on verra. »
17:44L'aide commence par le fait d'ouvrir la porte à ceux qui sont persécutés.
17:49Elle les a accueillis en leur disant,
17:51« Viens, tu peux dormir ici, on te donnera à manger, tu es entre amis. »
17:57« Ici, c'est la civilisation. »
18:00« Son appartement s'est transformé en refuge. »
18:03« C'est de cette manière qu'a commencé la résistance. »
18:08L'engagement de Ruth Andreas Friedrich ne s'arrêtera pas là.
18:12À partir de 1938, les nazis poussent les Juifs allemands à quitter le pays,
18:17mais ils doivent partir en abandonnant leurs biens.
18:23« Les Juifs ont été spoliés de tous leurs biens. »
18:27« Ils devaient partir sans moyens financiers afin d'être un fardeau dans les pays d'accueil. »
18:33« Par exemple, ce fut le cas pour la France. »
18:41La journaliste va mettre en place un système d'évasion
18:43pour permettre à ses amis Juifs exilés de reconstruire leur vie.
18:50Elle cachera leurs biens précieux chez elle avant de les restituer à leur propriétaire.
18:56Son compagnon, Léo Borchardt, est un chef d'orchestre célèbre.
19:01Elle profite de ses tournées à l'étranger pour passer les frontières sans difficulté.
19:11Dans nos bagages, 4 nouveaux costumes, 6 robes d'hiver, 5 robes d'été, 8 nuisettes en soie, 12 paires
19:18de collants.
19:20Au fond du poudrier, un billet de 20 dollars.
19:23Dans le paquet de pains noirs allemands, des billets de 1000 Reichsmark cachés entre chaque tranche.
19:28« Nous sommes soulagés à chaque fois que nous passons les contrôles douaniers. »
19:37Ces voyages vont se poursuivre jusqu'à la fin de l'été 1939.
19:41Ils seront interrompus le 1er septembre quand Hitler envahit la Pologne et déclenche la Seconde Guerre mondiale.
19:48Cette entrée en guerre va renforcer la détermination de la résistance allemande.
19:57En déclenchant la guerre, Hitler a prouvé à ses compatriotes qu'il était prêt à mettre en œuvre ses projets
20:02meurtriers de conquête.
20:06Isolés et impuissants face au régime, les membres de l'Orchestre Rouge décident de collaborer avec les pays qui s
20:12'opposent au Reich.
20:18Début 1940, à Berlin, Haro Schulze-Boysen, l'époux de Libertas, récupère deux radioémetteurs auprès d'un contact de l
20:26'ambassade soviétique.
20:29Ils doivent permettre d'envoyer des renseignements à Moscou sur l'effort de guerre nazi.
20:35Fonctionnaires dans différents ministères, les membres de l'Orchestre Rouge savent qu'Hitler s'apprête à envahir l'URSS.
20:42Les femmes du réseau sont mises à contribution.
20:45Les radioémetteurs seront installés dans le plus grand secret, chez Erika von Brogdorf.
20:53Nous habitions au cinquième et dernier étage d'un immeuble à Friedenau, dans un atelier de peinture.
21:00Mon père était étudiant à l'école des Beaux-Arts.
21:04Et les premiers tests de radio ont été faits dans notre appartement, parce que nous n'avions pas de voisins.
21:13Mais le projet échoue.
21:15Les radioémetteurs ne disposent pas de la portée suffisante pour atteindre l'URSS.
21:24Le groupe va alors choisir un autre mode d'action.
21:29Leur objectif, contrer la propagande nazie qui martèle le bien fondé de la guerre en glorifiant les victoires militaires de
21:36la Wehrmacht.
21:41Dans cette tentative de contre-propagande, les femmes de l'Orchestre Rouge vont jouer un rôle crucial, notamment Libertas Schulze
21:49-Boysen.
21:55Employée au ministère de la Propagande, la résistante travaille au sein même du service qui produit ses films sur les
22:01campagnes militaires.
22:05Ils sont réalisés à partir des films et des photographies rapportées du front par les soldats.
22:16Parmi ces photos, il y avait des clichés qui montraient des crimes de guerre.
22:19Des pendaisons de partisans, par exemple.
22:22Des crimes perpétrés par l'occupant allemand.
22:27C'est en usant de son charme que Libertas a réussi à convaincre les soldats de lui raconter leurs exploits
22:34héroïques sur le front de l'Est
22:35et surtout de lui donner des copies de leurs photos.
22:39Elle a regroupé méticuleusement toutes ces preuves dans un dossier.
22:43Elle a fait un travail comparable à celui que mènent aujourd'hui des associations comme Amnesty International
22:48et Human Rights Watch.
22:54Ces renseignements de grande valeur serviront de base au tract rédigé par Haro Schulze-Boysen, son mari.
23:01Ils doivent informer les Allemands des horreurs commises sur le front par les soldats du Reich.
23:16Les camarades m'ont appris des choses affreuses.
23:19En chuchotant, la peur dans les yeux,
23:22ils m'ont parlé des massacres de civils en Russie,
23:25d'actes de cruauté,
23:27de sang et de larmes qui coulaient à flot.
23:30Ils m'ont aussi dit les ordres bestiaux et impitoyables d'ESS.
23:36Dupliqués à une centaine d'exemplaires,
23:38ces tracts sont envoyés anonymement à des membres de l'élite allemande.
23:46Leur but était d'éviter que le régime ait le monopole de l'information.
23:51Il fallait partager le savoir qu'ils avaient acquis
23:54grâce aux renseignements recueillis par Libertas au ministère de la Propagande
23:58à l'aide de ces tracts.
24:01C'était le seul moyen qu'ils avaient pour dire la vérité.
24:08L'Orchestre Rouge ne s'arrêtera pas là.
24:12En mai 1942,
24:14le régime inaugure une exposition intitulée
24:16« Da Soviet Paradis »,
24:18le paradis soviétique.
24:21Organisée en grande pompe,
24:23elle doit justifier l'invasion et la colonisation brutale de l'URSS.
24:28En réaction,
24:29certains des membres de l'Orchestre Rouge
24:31lancent une nouvelle opération de contre-propagande.
24:35« Ils agissaient la nuit.
24:38Ils se promenaient toujours en couple pour passer inaperçus.
24:42Et lorsque personne ne les voyait,
24:44ils collaient des autocollants sur les affiches officielles de l'exposition. »
24:49Un message de 12 mots au contenu provocateur.
24:56Exposition permanente.
24:58Le paradis nazi.
25:01Guerre, faim, mensonge.
25:04Gestapo.
25:05Pour combien de temps encore ?
25:09À Berlin,
25:104000 de ces autocollants,
25:12pas plus grands que la paume d'une main,
25:13feront leur apparition.
25:15Suite à cet affront,
25:16la Gestapo se lancera à la recherche de ses opposants au régime.
25:21« Rien n'est plus dangereux pour une dictature totalitaire que le mot,
25:25le mot critique, le mot ouvert,
25:27qu'il soit dit ou écrit. »
25:33Ma mère avait participé à l'action de collage contre l'exposition « Le paradis soviétique ».
25:39Elle a aussi volé à son travail du papier pour les tracts.
25:44Avec son amie Greta Jäger,
25:46elles ont également écouté des émissions de Radio Moscou,
25:49où des prisonniers de guerre allemands témoignaient.
25:56Il disait par exemple « Bonjour, je m'appelle Werner Müller.
26:02Si vous m'entendez,
26:04faites savoir à ma famille que je suis en vie. »
26:11Hilde Kopy et son amie contactent les familles de ces soldats,
26:14surprises de savoir leurs proches en vie.
26:17La propagande nazie leur a fait croire
26:19que tous soldats allemands capturés
26:21étaient tués sur le champ par les soviétiques.
26:25Pour le régime,
26:27elles sont doublement coupables.
26:29Il est non seulement interdit d'écouter
26:30des radios étrangères,
26:32mais aussi de transmettre les informations qu'elles diffusent.
26:35Les deux femmes risquent l'arrestation,
26:38voire l'emprisonnement,
26:39dans un camp de concentration.
26:43La résistance en Allemagne
26:45n'était pas un phénomène de masse,
26:47mais le fait de petits groupes
26:49prenant des initiatives isolées,
26:51essayant à leur échelle
26:53de faire quelque chose contre le système.
26:57On estime que seulement 1%
27:00de la population allemande
27:01étaient engagés dans la résistance.
27:08Tracte,
27:09action de collage
27:10et écoute de radios étrangères,
27:12autant de petites victoires
27:13qui semblent bien anecdotiques
27:15comparées aux actes de sabotage spectaculaire
27:17dans les pays occupés.
27:21La résistance française
27:25a combattu un ennemi
27:26venu de l'extérieur,
27:27un occupant.
27:32Dans ce contexte,
27:34il est très facile
27:35de gagner le soutien de la population.
27:39Il est logique de se soulever
27:41contre l'envahisseur.
27:45En Allemagne,
27:47entrer dans la résistance
27:48c'était aussi,
27:50d'une certaine façon,
27:51il y a toujours ce dilemme,
27:53d'une certaine façon,
27:54lutter contre sa propre patrie.
27:56Vous êtes dans un environnement hostile
27:59où tout le monde
28:00épille le moindre
28:01de vos faits et gestes.
28:06Dans l'Allemagne
28:07du Troisième Reich,
28:09votre voisin
28:10est un danger potentiel.
28:12Dans chaque résidence,
28:14le bloc Wart,
28:15le concierge,
28:16surveille toutes les allées
28:17et venues.
28:22Il devait tenir un registre.
28:25Il y inscrivait chaque personne
28:27qui restait plus de 24 heures
28:28dans l'immeuble.
28:31En plus,
28:32il devait écouter aux portes
28:33pour s'assurer
28:34que personne n'était branché
28:35sur des radios étrangères.
28:38Et il était, évidemment,
28:41membre du parti nazi.
28:45Il ne faut jamais oublier
28:46le contexte de cette résistance.
28:48La violence,
28:49la violence
28:50et encore la violence.
28:52Mais aussi les menaces.
28:54La solitude,
28:56l'isolement
28:56et le stress,
28:57un stress permanent,
28:59parfois durant plusieurs années.
29:01C'est quelque chose
29:02qu'il faut pouvoir supporter.
29:04Ce n'est pas du tout évident.
29:10Et en cas d'arrestation,
29:12les femmes qui s'opposent
29:13à Hitler savent
29:14qu'elles ne mettent pas
29:15leur seule vie en danger.
29:21les femmes devaient réfléchir
29:22à deux fois
29:23avant d'agir.
29:25Avec les hommes partis au front,
29:28qui menaient leur vie
29:29loin du foyer,
29:30elles restaient seules
29:31avec les enfants.
29:34Elles devaient toujours
29:35se demander
29:36ce qui adviendrait d'eux
29:38au cas où elles seraient arrêtées.
29:39« Qu'est-ce qui se passe avec
29:40mes enfants ? »
29:49En août 1942,
29:51l'étau se resserre
29:52autour des membres
29:53de l'Orchestre Rouge.
29:55Les services secrets allemands
29:57ont réussi à déchiffrer
29:58un message codé
29:58indiquant l'adresse
29:59de Libertas
30:00et de son mari,
30:01Haro Schulze-Boisen.
30:04Le couple est arrêté
30:05en même temps
30:06que près de 150 membres
30:07de l'Orchestre Rouge.
30:09Un succès pour la Gestapo,
30:11mais un choc
30:12pour la chancellerie
30:13du Führer.
30:16« Les nazis ont eu
30:18très peur
30:18en voyant que des représentants
30:20de l'élite allemande
30:21conspiraient contre eux.
30:22Ils s'attendaient
30:23à un petit groupe
30:24de communistes
30:24issus d'une usine
30:25quelque part en Allemagne.
30:27Mais que des bourgeois,
30:29des fonctionnaires,
30:30soit des résistants,
30:31cela dépassait
30:32leur entendement. »
30:37Libertas Schulze-Boisen,
30:40Hilde Koppi
30:41et Erika von Brockdorf
30:44sont jugées
30:45par un tribunal militaire.
30:47Elles sont accusées
30:48de haute trahison,
30:49d'espionnage
30:50et de collaboration
30:51avec l'ennemi.
30:53« En lisant
30:55les procès-verbaux,
30:57on découvre
30:58que les juges nazis
30:58étaient convaincus
30:59que ces femmes
31:00étaient entrées
31:01en résistance
31:03parce qu'elles étaient
31:04sous l'emprise
31:05des hommes.
31:07Penser qu'une femme
31:08puisse agir
31:09de son propre chef
31:10était pour eux
31:11inconcevable. »
31:16Le verdict ?
31:17De lourdes peines
31:18de prison
31:19et 49 condamnations
31:20à mort,
31:21dont 19 femmes.
31:24Parmi elles,
31:25il y a
31:25Libertas Schulze-Boisen
31:27et Hilde Koppi,
31:28pourtant enceintes
31:29de cinq mois.
31:32Hilde Koppi
31:33a eu un destin
31:34particulièrement cruel.
31:38Elle a accouché
31:39en prison
31:40et ce n'est qu'ensuite
31:42qu'elle a été exécutée.
31:46Personne ne se souciait
31:47du fait
31:47qu'il s'agissait
31:48de femmes
31:48ou de futures mères.
31:51La haine
31:52des dirigeants nazis
31:53et en particulier
31:53d'Hitler
31:54contre elle
31:54était tellement grande
31:56qu'il fallait
31:56qu'elle soit exécutée.
32:00Et c'est Hitler
32:01en personne
32:02qui intervient.
32:03Il fait en sorte
32:04que Erika von Brockdorf
32:05soit condamnée à mort
32:06alors qu'un premier procès
32:08lui avait infligé
32:09une peine de prison
32:09de dix ans.
32:12Libertas Schulze-Boisen
32:14et son mari
32:14sont exécutés
32:15le 22 décembre 1942
32:17à la prison
32:18de Plötzenze.
32:21La potence
32:22qu'on peut encore
32:22voir aujourd'hui
32:23à Plötzenze
32:24a été fabriquée
32:25pour les membres
32:26de l'orchestre rouge.
32:28Ils ont été pendus
32:30parce que la pendaison
32:31était considérée
32:32comme une méthode
32:33d'exécution
32:33plus cruelle encore
32:34que la guillotine.
32:39Les corps
32:40des femmes résistantes
32:41sont remis
32:42à l'Institut d'anatomie
32:43de l'Université de Berlin.
32:45Ils serviront
32:46aux études gynécologiques
32:47menées par des scientifiques nazis.
32:50Il ne doit rien rester
32:51de celles
32:52qui ont osé dire non
32:53à Hitler.
33:00En 1942,
33:02l'Allemagne nazie
33:02devient de plus en plus dangereuse
33:04pour les citoyens juifs.
33:06Le Reich décide
33:07l'assassinat
33:08des juifs d'Europe.
33:10Les déportations en masse
33:12dans les camps
33:12de concentration
33:13et d'extermination
33:14à l'Est
33:14commencent.
33:16À Berlin,
33:16la journaliste
33:17Ruth Andreas Friedrich
33:19est témoin de ce drame.
33:23Depuis 6 heures du matin,
33:25des camions
33:26sillonnent les rues de Berlin.
33:27Ils embarquent des hommes,
33:29des femmes
33:30et des enfants.
33:31Nous courons partout.
33:33Nous passons des coups de fil.
33:34Notre couturière juive
33:36est partie.
33:37Notre médecin juif
33:38est partie.
33:40Des rumeurs terrifiantes
33:41circulent sur le destin
33:43des personnes
33:43qu'on évacue.
33:44On parle
33:45d'exécution de masse,
33:47de mort par la fin,
33:49de torture
33:50et de gazage.
33:54L'enjeu
33:54pour cette résistante
33:55n'est plus
33:56d'aider financièrement
33:57ses amis juifs
33:58mais de leur sauver la vie.
34:01En 1942,
34:02ils sont encore
34:0370 000 à Berlin.
34:05Pour échapper
34:06à la déportation,
34:07ils doivent se cacher.
34:11Ils vont avoir besoin
34:14d'un réseau de personnes
34:15prêtes à les aider.
34:17Il faut leur procurer
34:18des vivres,
34:19ce qui est très difficile
34:20en temps de guerre.
34:22à cause des pénuries.
34:24Seules les cartes
34:25de rationnement
34:25distribuées tous les mois
34:26permettent d'acheter
34:27de la nourriture.
34:29Mais pour les obtenir,
34:31il faut une pièce
34:31d'identité.
34:33Il faut alors
34:34fabriquer de faux papiers.
34:40Le petit appartement
34:41de route Andreas Friedrich,
34:43situé dans un quartier
34:44excentré,
34:45devient la plaque tournante
34:46d'un véritable réseau
34:47d'aide aux Juifs.
34:50Son nom,
34:50Uncle Emil.
34:53Jusqu'à 20 personnes
34:54sont mises dans la confidence.
34:56Parmi elles,
34:57la fille de route Andreas Friedrich,
34:59Karine,
35:00âgée de 16 ans.
35:03Des médecins soignent
35:04clandestinement
35:05les malades.
35:06Des imprimeurs
35:07font des faux papiers
35:08et des volontaires
35:09accueillent chez eux
35:10les malheureux,
35:11ne serait-ce que pour une nuit.
35:15Chaque logement
35:16est un cadeau du ciel,
35:18un moyen
35:18de sauver une vie.
35:20Le réseau jongle
35:21avec les places disponibles.
35:24Vous le prenez une nuit
35:25et nous,
35:26la suivante.
35:27les voisins
35:28commencent déjà
35:29à se poser des questions
35:29sur les allées
35:30et venues incessantes.
35:32Nos canapés
35:33sont tous occupés.
35:37Personne ne peut rester
35:38caché pendant un an
35:39au même endroit.
35:41Il fallait que les gens
35:42changent d'appartement
35:43régulièrement
35:44en se faisant passer
35:46pour des membres
35:46de la famille.
35:49Il fallait éviter
35:50qu'ils se fassent dénoncer
35:52par des concierges nazis
35:53fanatiques.
35:57En cas de dénonciation,
35:58la personne cachée
35:59est arrêtée
36:00et déportée.
36:01Quant à ceux
36:02qui l'ont aidée,
36:03leur sort
36:04est plus incertain.
36:06En effet,
36:07si aider les Juifs
36:08dans l'Allemagne nazie
36:09est bien sûr un crime,
36:10le code pénal
36:11ne prévoit pas
36:12de peine spécifique
36:13pour ces actes
36:13de résistance.
36:15Ça ne pouvait pas exister.
36:18L'idéologie nazie
36:19partait du principe
36:20que le peuple allemand
36:21refusait en bloc
36:22les Juifs.
36:24L'une des armes
36:25du pouvoir
36:26était l'arbitraire.
36:27Les Allemands
36:27étaient dans
36:28l'insécurité totale.
36:29Certains savaient
36:30qu'il existait
36:31une certaine marge
36:31de manœuvre
36:32et ils en profitaient
36:33pour résister.
36:36Quand elle le voulait,
36:38la justice allemande
36:39trouvait toujours
36:40un prétexte
36:41pour vous faire arrêter.
36:44C'était dangereux
36:45et ça devenait
36:45de plus en plus dangereux
36:46d'année en année.
36:52Ruth Andreas Friedrich
36:54et ses amis
36:54font partie
36:55de ce qu'on appelle
36:56aujourd'hui
36:56les héros silencieux.
36:59Leur nombre exact
37:00est inconnu à ce jour,
37:01mais on sait
37:02que sept personnes
37:03étaient nécessaires
37:04pour sauver une vie
37:05juive pendant la guerre.
37:07Sur la base
37:08de cette estimation,
37:09on estime
37:10que 30 000 personnes
37:11ont aidé
37:11à cacher
37:12les 5 000 juifs
37:13qui ont survécu
37:14à Berlin.
37:15En revanche,
37:16une chose est certaine,
37:17la majorité
37:19était des femmes
37:19puisque les hommes
37:20étaient sur le front.
37:24J'ai découvert
37:25le cas d'Edwig Porchitz,
37:27une prostituée
37:27qui vivait ici
37:28à Berlin.
37:29Elle travaillait
37:30dans un petit appartement
37:31près d'Alexander Platz
37:33où elle cachait
37:34deux, parfois
37:34trois femmes juives.
37:36Quand elle avait
37:37des clients,
37:37elle devait quitter
37:38l'appartement.
37:39Edwig Porchitz
37:40leur a procuré
37:41des médicaments
37:42achetés au marché noir.
37:43Et pour ça,
37:44elle a été condamnée
37:45à de la prison.
37:46Elle a eu de la chance.
37:48La prison lui a permis
37:49de survivre.
37:50Elle représente bien
37:51les héros silencieux.
37:53Il n'existe même pas
37:55une seule photo d'elle.
37:58Mais malgré la peur
37:59et la Gestapo,
38:00la résistance en Allemagne
38:01ne va pas s'éteindre.
38:03D'autres vont prendre
38:04le relais
38:04pour aller encore plus loin.
38:06Notamment un groupe
38:07d'étudiants municois
38:08dont le nom
38:09a traversé les décennies,
38:10la Rose Blanche.
38:12Parmi eux,
38:13une jeune femme
38:13de 21 ans,
38:14Sophie Scholl.
38:19Munich,
38:20la capitale
38:21du mouvement nazi
38:22à 800 km de Berlin.
38:25Dans cette ville
38:26qui a vu l'essor
38:27du Führer,
38:28on se montre
38:28particulièrement loyal
38:29avec le régime.
38:33Mais les apparences
38:34sont trompeuses.
38:37Durant l'été 1942,
38:39des courriers anonymes
38:40aux contenus explosifs
38:42sont distribués
38:43dans les boîtes aux lettres
38:44de certains habitants.
38:54Rien n'est plus indigne
38:55d'un peuple de culture
38:56que de se laisser gouverner
38:58par une clique
38:58de dirigeants
38:59irresponsables et criminels.
39:01Aujourd'hui,
39:01tous les Allemands
39:02devraient avoir honte
39:03de leur gouvernement
39:04et personne ne peut prévoir
39:05l'étendue du déshonneur
39:06qui s'abattra sur nous
39:08et nos enfants
39:09quand ces crimes
39:10indicibles et abominables
39:11seront révélés au grand jour.
39:16Derrière ces lignes,
39:17un petit groupe d'étudiants
39:18de l'université de Munich.
39:20Parmi eux,
39:21une jeune femme de 21 ans,
39:22Sophie Scholl.
39:24Elle deviendra l'icône
39:25du plus célèbre groupe
39:26de résistance allemand,
39:28la Rose Blanche.
39:30Quelques années auparavant,
39:31Sophie était pourtant
39:32encore membre
39:33des jeunesses hitlériennes
39:34comme la majorité
39:35des filles allemandes.
39:36C'était une jeune femme
39:40avec un caractère
39:40très individualiste.
39:42Mais je pense que
39:44le début de la guerre
39:45a provoqué chez elle
39:46le rejet total du régime.
39:50Pour résister,
39:51la Rose Blanche
39:52utilisera des tracts.
39:53Mais ce qui différencie
39:55leur démarche
39:55des autres groupes,
39:56c'est le volume
39:57et la rapidité
39:58à laquelle leurs écrits
39:59sont diffusés.
40:00Entre juin et juillet
40:02de l'année 1942,
40:03en seulement trois semaines,
40:04le groupe rédige
40:06quatre tracts.
40:07Dans un style agitateur,
40:09ils s'insurgent
40:10contre la dictature,
40:12condamnent les crimes
40:13commis contre les Juifs
40:14et les élites polonaises
40:15et appellent ouvertement
40:16au sabotage
40:17et à la résistance.
40:20Tapés péniblement
40:21à la machine à écrire
40:22et dupliqués
40:22en une centaine
40:23d'exemplaires,
40:24la Rose Blanche
40:25les envoie par la poste.
40:28Ils ont choisi
40:30des adresses
40:30dans les bottins téléphoniques
40:32en ciblant les personnes
40:33susceptibles
40:34de relayer
40:35leurs messages.
40:38D'ailleurs,
40:40dans les tracts,
40:41c'est ce qu'ils demandaient.
40:43Copiez-le
40:44et rediffusez-le.
40:50Pour Sophie
40:51et la Rose Blanche,
40:52cette première série
40:53de tracts
40:53s'interrompt
40:54fin juillet.
40:55Pendant les vacances
40:56universitaires,
40:57les étudiants
40:57doivent partir au front.
41:00En leur absence,
41:01Sophie va essayer
41:02de se procurer
41:03un appareil
41:03de reprographie
41:04avec l'aide
41:05de son ami Fritz,
41:06soldat dans la Wehrmacht.
41:14Elle a demandé
41:15mille reissmarks
41:16à son ami Fritz.
41:18Elle lui a dit
41:19que c'était
41:19pour la bonne cause,
41:20mais sans lui préciser
41:22exactement
41:22ce qu'elle voulait faire.
41:25Elle lui a aussi demandé
41:26un bon de commande
41:27nécessaire
41:27pour acheter
41:28un appareil
41:29de reprographie.
41:30Il fallait qu'il soit
41:31tamponné
41:32par la Wehrmacht.
41:34Dès le retour
41:35du front
41:35de ses camarades,
41:37l'activité
41:37de la Rose Blanche
41:38va prendre
41:38une nouvelle dimension.
41:40Avec Sophie
41:40et deux nouveaux
41:41membres du groupe,
41:43ils sont désormais
41:43cinq personnes
41:44à travailler
41:45au lancement
41:45d'un nouveau tract
41:46dont ils ne dupliquent
41:47pas moins de 12 000 exemplaires
41:49dans le plus grand secret
41:50pendant de longues nuits.
41:51Un travail
41:52non seulement laborieux
41:54mais aussi dangereux
41:55en temps de guerre.
41:56On ne pouvait pas
41:57aller tout simplement
41:58dans une papeterie
41:59et demander
41:592000 feuilles de papier.
42:00Le papier était limité.
42:02On avait le droit
42:03d'acheter 20,
42:0430,
42:05parfois 50 pièces,
42:06pas plus.
42:07Il fallait aussi éviter
42:09d'acheter toujours
42:09dans le même magasin
42:10pour ne pas se faire repérer.
42:12C'était la même chose
42:13pour les timbres.
42:15Quand on achetait
42:16beaucoup de timbres,
42:17on devenait suspect.
42:19Pourquoi envoyer
42:20des centaines de lettres ?
42:21Dans quel but ?
42:22En réalité,
42:23tout était compliqué
42:24et chaque étape
42:25comportait des risques.
42:28Pour la première fois,
42:30le groupe n'enverra pas
42:31les tracts
42:31depuis Munich.
42:33Il les postera
42:34depuis différentes
42:35villes allemandes
42:36afin de donner
42:36l'impression
42:37à la population
42:37qu'un véritable
42:38réseau national
42:39est à l'œuvre.
42:42Sophie Scholl
42:43elle-même
42:43prend le train
42:44en direction
42:44de la ville d'Augsburg
42:45avec dans son sac à dos
42:47près de 2400 enveloppes.
42:50« Si elle avait été contrôlée
42:52dans le train,
42:53elle se serait faite
42:54immédiatement arrêtée.
42:56C'était une action
42:57à la fois irresponsable
42:58et courageuse.
43:00On ne peut pas faire autrement
43:01quand on veut combattre
43:02une dictature.
43:03Elle a montré
43:04un véritable sang-froid
43:06et beaucoup de courage. »
43:11Le cinquième tract
43:12de la Rose Blanche
43:13fera son apparition
43:14dans 15 villes majeures
43:15du Reich,
43:17entre Hambourg
43:18dans le Nord
43:18et Vienne
43:20en Autriche annexée.
43:22« Cette action
43:23a semé la panique
43:24dans les rangs
43:24de la Gestapo.
43:25Ils étaient convaincus
43:26que le réseau
43:27prenait de plus en plus
43:28d'ampleur. »
43:31Galvanisés par le succès
43:32de leur action,
43:33les membres de la Rose Blanche
43:34sont persuadés
43:35qu'un soulèvement étudiant
43:36est proche.
43:39Dans un sixième tract
43:40écrit mi-février 1943,
43:42il s'appuie
43:43sur les nouvelles du front.
43:44La Wehrmacht
43:45vient de capituler
43:46à Stalingrad.
43:49Imprimé en 3000 exemplaires
43:51et envoyé par la Poste,
43:52l'appel à la Résistance
43:54s'adresse maintenant
43:55directement aux étudiants.
43:58« Notre peuple
43:59assiste impuissant
44:00à la chute
44:01de nos hommes
44:01à Stalingrad.
44:03La stratégie
44:04ô combien géniale
44:05de notre fureur
44:06a précipité
44:07300 000 hommes allemands
44:08dans la mort
44:09de manière
44:10complètement irresponsable.
44:12Étudiantes, étudiants,
44:14nous sommes l'espoir
44:15du peuple allemand. »
44:17Mais Sophie
44:18et son frère Hans
44:19attendront en vain
44:20le soulèvement
44:21tant espéré.
44:22« Un drittel
44:25un tiers des personnes
44:26qui ont reçu
44:27ces tracts
44:27dans leur boîte aux lettres
44:28les ont tout de suite
44:30amenées à la Gestapo
44:31en précisant bien
44:32qu'ils n'avaient
44:33rien à voir là-dedans
44:34et qu'ils n'en connaissaient
44:36pas l'origine. »
44:40Deux mille exemplaires
44:41de ce dernier tract
44:41n'ont pas été envoyés
44:42par courrier.
44:45Sophie et son frère
44:46décident de les déposer
44:47au sein de leur université
44:49lorsque tous les étudiants
44:50sont en cours.
44:56« Ils sont montés
44:57en haut des marches
44:58pour déposer les tracts
45:00sur les balcons.
45:05Et Sophie racontera
45:07lors de son interrogatoire
45:09avoir fait exprès
45:10de les lancer
45:11à la volée
45:12dans le hall
45:13de l'université. »
45:19« Erreur fatale.
45:21Le concierge
45:22de l'université
45:23les arrête
45:23et les livre
45:24à la Gestapo.
45:26Il sera récompensé
45:28par une prime
45:28de mille Reichsmark. »
45:32Seulement cinq jours
45:33plus tard,
45:34ils sont jugés
45:35par un procureur
45:35venu spécialement
45:36de Berlin.
45:43Sophie Scholl,
45:44son frère
45:45et les autres membres
45:46de la Rose Blanche
45:47sont condamnés à mort.
45:49Ils sont guillotinés
45:50le jour même.
45:53La jeune femme
45:54avait 21 ans.
46:00Peu de temps
46:00après l'exécution
46:01des trois premiers
46:02membres
46:02de la Rose Blanche,
46:05il y a eu
46:06un grand rassemblement
46:07à l'université
46:07de Munich.
46:09Les étudiants
46:10y ont fêté ensemble
46:11l'exécution
46:12des traîtres.
46:16La nouvelle
46:17de leur exécution
46:18et un exemplaire
46:18du sixième tract
46:19arrive à Berlin
46:20chez Ruth Andreas Friedrich.
46:24« Si nous ne rediffusons
46:25pas ce tract,
46:26nous ne sommes pas dignes
46:27de l'avoir lu.
46:28Alors, qui tape
46:29à la machine ?
46:30Qui va dicter ?
46:31Avant ce soir,
46:3350 exemplaires
46:34seront prêts
46:34à être distribués.
46:36Demain,
46:37nous continuerons. »
46:42La plus grande diffusion
46:43du dernier tract
46:44de la Rose Blanche
46:45est assurée
46:45par l'armée britannique.
46:48En effet,
46:49au printemps 1943,
46:50les avions
46:51de la Royal Air Force
46:52enlarguent des centaines
46:53de milliers d'exemplaires
46:54sur le nord de l'Allemagne.
46:58La violence
46:59avec laquelle
47:00on exécute
47:00les résistants
47:01pour avoir diffusé
47:02quelques milliers
47:03de tracts
47:03traduit le désespoir
47:04du régime.
47:07Après Stalingrad,
47:08les défaites
47:09de la Wehrmacht
47:10s'enchaînent
47:10en Afrique du Nord
47:11et à Kursk,
47:12sur le front de l'Est.
47:16« Parallèlement
47:18à ces grandes défaites
47:19militaires,
47:20vous avez un durcissement
47:22de la répression
47:23par la justice nationale
47:24socialiste.
47:27Tout à coup,
47:28des déclarations
47:29qui valaient
47:30six semaines
47:30ou six mois
47:31de prison
47:31en 1941
47:33sont passibles
47:34de la peine de mort
47:34en 1943.
47:37Il fallait
47:38que les nazis
47:38maintiennent
47:39le front intérieur
47:40dont les femmes
47:41étaient une composante
47:42très importante.
47:46Alors que les bombes
47:48alliées détruisent
47:48une à une
47:49les villes allemandes,
47:50la terreur nazie
47:51contre sa propre population
47:53monte encore d'un cran.
47:54Dans ce contexte,
47:56personne ne soupçonne
47:57que le plus spectaculaire
47:59des actes
47:59de la résistance allemande
48:00reste à venir.
48:02Il va aussi
48:03impliquer les femmes.
48:0920 juillet 1944.
48:12Une bombe explose
48:13dans un bunker
48:14de la Tanière du Loup,
48:15le quartier général
48:16d'Adolf Hitler.
48:18Elle tue quatre personnes,
48:19mais le Führer,
48:20la cible de cet attentat,
48:22s'en sort
48:23avec quelques égratignures.
48:27Plus de 600 personnes
48:29impliquées dans la conspiration
48:30sont arrêtées
48:31et jugées
48:31lors d'une cinquantaine
48:32de procès-spectacles.
48:34Parmi elles,
48:35les membres du cercle
48:37de Kreisau,
48:38un réseau de résistants
48:39des milieux conservateurs.
48:42Le Kreisauer Kreis
48:43a surtout élaboré
48:45des programmes
48:46pour l'après-Hitler.
48:48Ce qui était déjà
48:49un délit
48:51de démoralisation,
48:53de Zerzetson,
48:54que peut et que doit
48:56devenir l'Allemagne
48:57après la chute
48:58du dictateur.
49:00Quelle place
49:01l'Allemagne
49:01pourrait-elle avoir
49:02au sein d'une Europe libre
49:04et comment punir
49:05les criminels de guerre ?
49:08C'est en couple
49:09que ces hommes
49:10et ces femmes agissent.
49:14Freya von Moltke
49:15a tapé
49:16les comptes rendus
49:16de ces réunions.
49:18Elle les cachait
49:19aussi chez elle
49:20et parfois
49:21elle les déplaçait.
49:24Les femmes
49:25ont participé activement
49:26à ces réunions
49:28conspiratives.
49:29Et rien que ça,
49:30pour les nazis,
49:31c'était un crime grave,
49:33passible de la peine
49:33de mort.
49:36Après l'attentat
49:37contre Hitler,
49:38Freya von Moltke
49:39et les autres femmes
49:40du cercle de Krausau
49:42seront-elles aussi
49:43arrêtées.
49:44Et pire encore,
49:46leurs enfants
49:47seront placés
49:48dans un foyer spécial
49:49réservé aux enfants
49:50de traîtres.
49:51Il y a eu
49:52ce qu'on appelle
49:53en allemand
49:54la Sieppenhaft.
49:55C'est-à-dire
49:56que dans le cas
49:59d'une action
50:00anti-Rai,
50:03ce n'était pas
50:03l'acteur
50:05en tant qu'individu
50:06qui était considéré
50:07comme coupable,
50:08mais toute sa famille
50:09était considérée
50:09comme coupable.
50:11Imaginez seulement
50:11la situation
50:12de ces femmes.
50:13Leurs maris
50:14ont participé
50:14au complot
50:15contre Hitler,
50:15ils sont condamnés
50:16à mort et exécutés
50:17et en plus,
50:18on leur enlève
50:19leurs enfants.
50:21Seule la capitulation
50:23en mai 1945
50:24sauve ses enfants
50:25d'une déportation
50:26prévue au camp
50:27de concentration
50:28de Buchenwald.
50:31Leurs mères
50:32survivront à la guerre,
50:33mais la société
50:34mettra longtemps
50:35à reconnaître
50:35leurs actes héroïques.
50:39Fait incroyable,
50:40jusque dans les années
50:4150,
50:42les Allemands
50:43qui avaient participé
50:44au complot
50:44contre Hitler
50:45ont été qualifiés
50:46de traîtres
50:46à la patrie.
50:49Les femmes
50:50de l'orchestre rouge
50:50que l'on pensait
50:51alors toutes communistes
50:53sont célébrées
50:54par la propagande
50:54soviétique
50:55mais oubliées
50:56en Allemagne fédérale.
51:00En République fédérale
51:01allemande,
51:02le sujet
51:02de la résistance
51:03était de manière
51:04générale tabou.
51:05La simple existence
51:06de ces résistants
51:07mettait les Allemands
51:08mal à l'aise.
51:09Cela leur renvoyait
51:09l'image
51:10de ce qu'ils auraient
51:11pu faire
51:11et qu'ils n'ont
51:11jamais fait.
51:14Rout Andréas Friedrich
51:15devient en 2002
51:16à titre posthume
51:18une juste
51:18parmi les nations.
51:21Elle est l'une
51:22des rares
51:22à être sortie
51:23de l'anonymat
51:23parmi celles
51:24qui ont sauvé
51:25des Juifs.
51:28Je peux juste
51:28vous dire
51:29qu'après 1945,
51:31beaucoup de femmes
51:32qui ont sauvé
51:32des Juifs
51:33disaient qu'elles
51:34n'avaient rien
51:34fait d'exceptionnel.
51:35Pour elles,
51:36c'était tout à fait
51:37normal.
51:41Le travail de mémoire
51:43sur ces résistantes
51:44a commencé
51:45il y a seulement
51:45une vingtaine d'années.
51:48Il reste certainement
51:49encore de nombreuses
51:50héroïnes allemandes
51:51à découvrir.
52:05Sous-titrage Société Radio-Canada
52:22Sous-titrage Société Radio-Canada
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