- il y a 4 mois
À l'instar des mannequins dont elle a longtemps brossé le portrait, Sophie Fontanel défile librement d'une vie à l'autre : journaliste un jour, écrivaine le lendemain, elle est tous les jours sur Instagram où un demi-million de personnes la suit. Ancienne reporter à « Elle », celle qui a ausculté les tendances du monde de la mode fait désormais de son décalage avec l'époque sa marque de fabrique. Pourquoi à rebours des usages, revendique-t-elle ses cheveux blancs et les signes de vieillissement comme un signe d'émancipation et de séduction ? Comment dans un monde outrancier elle fait de l'élégance des sentiments une force ? Cette semaine, Sophie Fontanel est l'invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :
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00:02Générique
00:05...
00:22Je ne sais pas s'il existe un mot, un seul, pour qualifier notre invité.
00:27D'ailleurs, aucun qualificatif ne suffira à résumer ses compétences ni à décrire sa complexité.
00:33Elle est romancière, journaliste, instagrammeuse et donc influenceuse.
00:38Elle est une femme engagée qui parle mode, littérature, poésie, sexualité, cheveux blancs, rides, violences sexuelles.
00:48De même que je ne finis jamais les plats, je ne finis pas mes identités, dit-elle.
00:52Ce n'est pas incomplet, c'est ouvert, maîtresse du pas de côté et de l'autodérision comme l'écrit
00:58Libération.
00:59Si on prend l'ensemble de son œuvre, on arrivera peut-être à la cerner.
01:03Ses livres disent beaucoup d'elle et notamment ses romans, nombreux.
01:07Une vingtaine d'ouvrages pour au moins une vingtaine de facettes de son histoire et de son parcours.
01:13Que dit alors le tout dernier ?
01:15Chez Razade et la 602e nuit, parue aux éditions Séguère.
01:19Que dit-il sur elle, sur l'époque, sur les femmes ?
01:23Puisqu'elle écrit toujours en pensant aux autres, quel message leur est-il envoyé cette fois ?
01:28Posons-lui toutes ces questions.
01:29Bienvenue dans Un monde, un regard.
01:31Bienvenue Sophie Fontanel, merci d'avoir accepté notre invitation au Sénat.
01:35Chez Razade et la 602e nuit, parue chez Séguère.
01:39Un roman hybride entre la légende et l'autobiographie.
01:42Tout part de l'initiative de votre tante, si originale, Anaïde,
01:46qui propose à sa jeunesse, vous donc, de raconter l'histoire de Chez Razade,
01:51mais du point de vue de Chez Razade.
01:53Car, dit-elle, le souci, voit-tu, ce n'est pas la voix de Chez Razade qu'on entend dans
01:57les mille et une nuits.
01:58Bien sûr, c'est elle qui ensorcelle le roi avec des récits,
02:00mais son histoire, à elle, personne ne la connaît.
02:03J'ai trouvé que c'était une démarche très XXIe siècle.
02:06C'était tout, ma tante, qui était fantasque, de se mettre dans une brèche,
02:11mais une brèche très célèbre.
02:13Et elle avait un peu la folie des grandeurs.
02:16Et c'est romancé, donc j'ai raconté ça à ma manière.
02:20Mais c'est vrai que j'ai une tante qui m'emmenait à Venise quand j'étais adolescente
02:23et qui me berçait d'idées grandioses.
02:28On en a besoin de gens qui nous bercent d'idées grandioses.
02:31Et donc, dans l'une de ces idées, il y avait
02:33« Tu pourrais un jour écrire l'histoire de Chez Razade ».
02:36Moi, j'avais juste eu, j'avais gagné un concours de rédaction,
02:39une sorte de truc du concours général, mais mini-concours général à l'époque.
02:44Ça avait suffi à la convaincre que vous écrivez bien.
02:45Elle avait déduit qu'il y avait un potentiel par rapport au reste de la famille.
02:49Et moi, évidemment, je ne voulais pas.
02:51Je me suis rebellée, je ne voulais pas.
02:52Je voulais embrasser des garçons, quoi.
02:53Qu'est-ce qu'elle a à nous dire, Chez Razade, alors ?
02:56Elle a à nous dire, elle a à nous parler du pouvoir de l'imagination.
02:59Et je trouve qu'au moment de... et de la conversation.
03:02Et au moment de l'IA, au moment où, en fait, on est en train de...
03:06Maintenant, on est dans un monde où on se dit
03:08« Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ? »
03:10Eh bien, il y a dans le faux de la littérature
03:13la vérité, parfois ultime.
03:14Et c'est en passant par des contes,
03:17en passant par des histoires qu'elle raconte, justement,
03:21qu'elle arrive à emmener sa relation avec un homme dans le vrai, en fait.
03:26Oui, tout à fait.
03:27Et un peu de vérité chez lui.
03:28Alors, je rappelle en quelques secondes l'histoire de Chez Razade
03:30dans « Les mille et une nuits ».
03:31Chez Razade est une jeune femme qui épouse le sultan Shariar,
03:34lequel tue chaque jour une nouvelle épouse après l'avoir dépucelée,
03:37pour se venger de sa première épouse qu'il avait trompée avec un esclave.
03:41Et pour survivre, Chez Razade lui raconte chaque nuit
03:43une histoire tellement captivante qu'il l'épargne
03:45pour entendre la suite ou une autre histoire le lendemain.
03:49Avec ce livre, vous transmettez aussi aux nouvelles générations
03:52un conte ancestral, millénaire.
03:56Pourquoi est-ce si important de raconter encore cette histoire ?
04:01Déjà, que ce soit important, ce n'est même pas moi qui le dis, c'est les faits.
04:05Si ça compte encore les faits, ça fait plus de 15 siècles que cette histoire ne s'éteint pas.
04:10Et quand Walt Disney s'empare des choses, Walt Disney s'empare aussi de ça.
04:16Si les grands mouvements féministes ont été passionnés par elle,
04:20ils se sont divisés avec ceux qui disaient « c'est une femme puissante »
04:22et ceux qui disaient « c'est une pauvre victime qui échappe à la mort ».
04:25Ce qui est très important dans Chez Razade, c'est que c'est une héroïne.
04:28C'est-à-dire que 15 siècles avant nous, quelqu'un a imaginé,
04:32enfin quelqu'un, il y a plusieurs personnes qui s'y sont mises,
04:34parce que c'était de la tradition orale au début,
04:36mais des gens se sont dit « on va imaginer une femme
04:39qui va devant un homme qui fait des féminicides, comme on dirait aujourd'hui,
04:44elle va devant cet homme et qu'est-ce qu'elle va faire ? »
04:47Elle y va volontairement.
04:48C'est pour ça que c'est intéressant de raconter pourquoi.
04:51Et elle a une idée, elle a un plan, comme on dit,
04:54un meilleur plan que le plan de Trump en Iran, par exemple,
04:57et elle arrive et elle va mettre son plan à exécution.
05:00Et justement, elle ne va pas exécuter cet homme,
05:03elle va le transformer.
05:05Car l'idée de Chez Razade et la révolution de Chez Razade,
05:08c'est que si on change la mentalité de quelqu'un,
05:11et pas comme dans un camp de rééducation chinois,
05:12vous voyez, si on la change d'une manière extrêmement belle,
05:15poétique et positive,
05:17eh bien on arrête une part de violence dans le monde.
05:19Il dit beaucoup de l'intelligence des femmes aussi.
05:22Qu'est-ce que ça dit sur l'homme ?
05:25Ça dit que l'homme a besoin de la conversation des femmes
05:29et qu'il n'a pas besoin que du corps des femmes.
05:32Parce que quand on voit tous ces mouvements masculinistes qui arrivent,
05:35et c'est peut-être aussi ça qui fait le succès,
05:37c'est pas non plus un best-seller,
05:39mais quand même c'est un livre qui marche bien.
05:41Et ce qui fait succès du livre, c'est qu'il apporte une autre façon de regarder
05:44qu'est-ce que c'est que ce rapport entre les hommes et les femmes.
05:47C'est un masculiniste, en fait, on dirait aujourd'hui.
05:50Un masculiniste qui fait des féminicides.
05:51Vraiment, il a tout bon, quoi.
05:54Et elle, elle arrive et elle va...
05:57En fait, elle part du principe que c'est une protection de cet homme
06:00d'être ce qu'il est,
06:02et elle va aller lui raconter qu'il existe d'autres sortes d'hommes.
06:06Elle va...
06:06En fait, elle va...
06:07Elle le rééduque.
06:08Elle va le rééduquer.
06:09Et surtout, moi, j'en suis persuadée, et c'est ce que fait Sherazade,
06:12un homme n'abandonnera jamais ses pouvoirs
06:15s'il a l'impression qu'il les abandonne, justement,
06:18et si c'est pour quelque chose de moins bien.
06:20Donc, il faut, à ses pouvoirs qu'il abandonne,
06:23substituer quelque chose d'encore mieux.
06:24Et c'est ce qu'elle fait,
06:26au travers de mille et une nuits et de mille et un récits.
06:28Et c'est vraiment passionnant à lire.
06:30La force de votre tante, Anaïde, dans ce livre,
06:32c'est aussi de vous pousser à voir ce que les autres ne remarquent pas,
06:35aller voir un peu au-delà, aller voir plus loin.
06:37Lorsque vous visitez la basilique Saint-Marc à Venise, par exemple,
06:41elle attire votre attention sur ce que les autres ne voient pas,
06:44le retable plutôt que l'autel.
06:45Et en lisant ça, je me suis dit que c'était un peu votre démarche à vous,
06:49même ce que vous êtes,
06:50c'est-à-dire de dire ce que les autres ne disent pas,
06:52de voir ce que les autres ne voient pas.
06:54Le pas de côté, comme vous avez fondé votre carrière
06:58sur des pas de côté, sur des non-dits aussi.
07:00Mais quelle chance j'ai eue d'avoir des gens dans ma famille,
07:03on peut l'avoir sans avoir vu ça dans sa famille,
07:05mais moi, quelle chance j'ai eue d'avoir quelqu'un
07:07qui ne pouvait pas dire une banalité, quoi.
07:10Si c'était pour dire que le ciel était bleu,
07:13il valait mieux la fermer, quoi.
07:16Et ce qu'il y a dans ce livre,
07:18et c'est pour ça aussi que je voulais tant en parler
07:20de cette tente, c'est sa drôlerie.
07:23C'est-à-dire qu'en fait, le pas de côté,
07:25c'est un peu l'absurde, c'est un peu de voir les choses,
07:31de voir la chose à côté, ça fait toujours un petit peu rire.
07:33Ça émerveille, mais ça fait aussi un petit peu rire.
07:36Parce que, qu'est-ce qu'elle voulait, cette tente ?
07:39Elle voulait qu'elle était arménienne, d'origine arménienne,
07:42et elle voulait m'expliquer qu'il y avait énormément d'Arméniens dans le monde.
07:45Elle a l'obsession...
07:46Voilà, et donc, elle disait tout le temps,
07:47mais tu sais, dans le rétable, tu vois, c'est Byzantin.
07:51Et elle m'avait dit, Venise a été construite par des Byzantins,
07:54des Byzantins, c'est presque des Arméniens,
07:56donc c'est nous, c'est nous qui avons construit Venise.
07:58Moi, je pensais que c'était aberrant.
08:00Mais après, un jour, j'étais avec un historien,
08:03et il me dit, ah, c'est très intéressant que tu travailles là-dessus,
08:05parce que tu sais, Venise a été construite par des Byzantins.
08:08C'était réellement des ouvriers venant de Byzance.
08:11Et là-dedans, d'ailleurs, il y a eu quand même certains Arméniens.
08:14Donc, avec son imagination et ses rêves,
08:17elle allait dans le vrai.
08:17C'est pour ça que je vous parle de littérature.
08:19Mais vous, Sophie Fontanel, l'illustration de ce que je disais,
08:21vous êtes une littéraire intégrée dans le milieu de la mode,
08:24considérée a priori comme superficielle.
08:26Oui, parce que je suis critique de mode.
08:27Vous êtes une femme de plus de 60 ans,
08:28mais avec 500 000 followers sur Instagram.
08:30Vous revendiquez les cheveux blancs
08:32quand le vieillissement fait peur à tout le monde.
08:33Vous arrêtez le sexe à l'heure de YouPorn.
08:36Vous prenez quand même l'époque à rebours.
08:38Je crois qu'en fait,
08:40toujours on me dit ça,
08:41et c'est vrai que c'est la vérité,
08:42je prends l'époque, vous avez raison.
08:44Mais en fait, je crois qu'à chaque fois
08:45que j'ai fait quelque chose comme ça,
08:47à chaque fois,
08:48en fait, il y a plein de gens qui ont dit
08:49moi aussi, moi aussi, moi aussi.
08:51Et c'est ça, ma force.
08:52C'est quand j'ai écrit l'envie,
08:54il y a maintenant un bout de temps,
08:55pour dire, moi, la sexualité,
08:57je ne sais pas, je ne dois être pas très douée,
08:59je ne sais pas quoi.
08:59Bon, je recommencerai quand ça en vaudra la peine.
09:02Je me souviens, je suis passée à une émission de RMC,
09:06je me souviens,
09:06et on me parlait comme à une bête curieuse.
09:09Et tout d'un coup, au standard,
09:10pendant la pause publicitaire,
09:11tout le monde a appelé en dedans,
09:12c'est mon cas, c'est mon cas.
09:13Et mon livre est devenu
09:14troisième meilleure vente de livres en France,
09:16à ce moment-là,
09:17parce que, en fait, cette chose
09:19qui, soi-disant, était un pas de côté,
09:21eh bien, c'est le pas de côté de plein de gens.
09:23Les cheveux blancs,
09:24il y a tellement de gens avec des cheveux blancs,
09:25et je n'ai pas inventé les cheveux blancs.
09:26Ce que j'ai inventé, c'est de dire,
09:28c'est de dire, mais dites donc,
09:30les gars, c'est beau, en fait.
09:32Celle qui vous a peut-être le mieux défini,
09:34c'est votre amie de lycée
09:35qui est décédée en 2013,
09:36Isabelle Nataf, elle disait de vous,
09:38elle est à la fois frivole et discrète,
09:40son côté extravagant
09:42masque un fond introverti,
09:44nourri de littérature et de cinéma.
09:47Oui, Isabelle me connaissait très bien,
09:50c'est les amis d'enfance,
09:51vraiment très, très bien.
09:54Et cette fille avait compris que,
09:57et d'ailleurs, à des moments,
09:57elle en souffrait,
09:59parce qu'elle voyait bien que parfois,
10:00j'étais vraiment introvertie.
10:01Moi, je suis quelqu'un de très solitaire.
10:03Les gens autour de moi me disent,
10:04mais toi, tu vois, j'imagine,
10:05tu dois être débordée,
10:06peut-être un peu débordée à des moments,
10:08mais tu imagines.
10:09Et en fait, je passe énormément de temps,
10:10tout simplement, à lire.
10:11Et surtout, j'ai la capacité,
10:13mais que je rêverais tellement
10:15de passer cette passion à des jeunes,
10:16il faudrait presque un jour
10:17que j'écrive là-dessus,
10:17c'est que, par exemple,
10:19de lire des livres difficiles.
10:21J'ai la capacité de me mettre dans le...
10:24Enfin, le journal de Delacroix,
10:25c'est pas que c'est difficile,
10:25mais à des moments, on en a marre.
10:27Mais je me dis,
10:30il faut aller chercher,
10:32il faut forer, en fait,
10:33pour aller chercher la connaissance.
10:34Elle va pas te venir sur Instagram.
10:37Elle va venir un peu,
10:38si ton algorithme est bon.
10:41Et vous parliez des cheveux blancs,
10:43vous critiquez le jeunisme ambiant,
10:45vous dites qu'il fait du mal, au fond,
10:48et que c'est pas chaque personne individuellement,
10:50parce qu'elle va faire de la chirurgie esthétique,
10:52ou qu'elle va cacher ses cheveux blancs,
10:53qu'elle fait du mal à la société.
10:54Non, vous dites,
10:55ce qui fait du mal,
10:56c'est un monde où l'on refuse les rides,
10:57où l'on refuse l'âge.
10:58Une société n'y arrive pas sans mémoire,
11:01elle a besoin de parchemin
11:02et d'une mémoire qui se voit.
11:04C'est-à-dire qu'on a une société,
11:05tout simplement, qui a peur.
11:07Et on peut pas avoir à ce point peur,
11:09si vous voulez.
11:10On a tous,
11:10on a pas le même âge toutes les deux,
11:12mais évidemment,
11:13qu'il y a des moments où on se dit,
11:14merde, à un moment donné,
11:15ça va faire ça, ça va faire ça,
11:16ça va être fini, ça fait peur.
11:17Mais qu'est-ce qui fait peur ?
11:18L'âge ou au fond, la mort ?
11:20Ce qui fait peur, c'est la mort.
11:21C'est la mort.
11:21Mais moi, je pense que la vraie peur,
11:25c'est la mort.
11:26Mais il y a des gens
11:27qui substituent à cette peur de la mort,
11:29la peur de vieillir,
11:31la peur de pas être désiré,
11:32qui est quand même une énorme connerie, quoi.
11:34Je comprends pas pourquoi les gens
11:35veulent absolument vivre
11:35en étant désiré.
11:37Je pense qu'on a bien de la chance
11:39quand dans la vie,
11:41on rencontre le désir,
11:42qu'il est réciproque.
11:43On a bien de la chance
11:44quand on désire,
11:44même si c'est pas réciproque.
11:46Et après,
11:46d'être désiré par les autres,
11:48c'est pas forcément génial.
11:49Non, mais vraiment.
11:51Votre âge, en tout cas,
11:52ne vous empêche pas
11:52d'être une accro d'Instagram.
11:54Vous dites,
11:54je fabrique du lien,
11:56c'est très émouvant.
11:57Alors, j'ai trouvé que le mot émouvant
11:58était pas forcément le premier mot
11:59qu'il venait quand on parlait
12:00des réseaux sociaux.
12:01C'est ce que j'essaie de faire.
12:02C'est que je...
12:04Bon, cette popularité sur Instagram,
12:06je pense que je l'ai
12:06parce que je l'ai grâce
12:08ou à cause...
12:09Enfin, grâce au magazine féminin,
12:11mais à cause d'eux.
12:12C'est que j'ai travaillé
12:13pendant des années à elle
12:17et puis j'avais un miroir
12:19que mon frère avait installé,
12:20un truc qui était parti
12:21et qui n'est jamais parti.
12:22Et puis j'ai dit,
12:23bah tiens, bah voilà,
12:24désormais, pour me voir,
12:25ce sera ici.
12:26Et j'ai fait ces photos
12:27dans mon miroir
12:28où je cachais mon visage
12:29avec le téléphone
12:30et les gens ont commencé à dire
12:31ah, il vient d'où le pantalon,
12:32ça vient d'où ça.
12:33Et puis, ça a évolué.
12:34C'est-à-dire que si c'était juste ça,
12:35ce serait déjà pas mal,
12:36mais ça a évolué,
12:37j'ai lu ça, tiens ça,
12:39qu'est-ce que j'en pense.
12:40Et puis, petit à petit,
12:41je suis devenue
12:42une espèce d'élément
12:43de la famille des gens, quoi.
12:44C'est quelque chose
12:45que je donne aux autres.
12:46Pour dire qu'on est là,
12:47on se soutient, en fait.
12:48On se soutient.
12:50L'âge, c'est quelque chose,
12:52c'est une réalité,
12:53on ne peut pas dire juste
12:55youpla, on ne peut pas dire
12:56par rapport à Nicole Kidman,
12:58mettons, qui ne veut pas de ride,
12:59on ne peut pas dire nous,
13:00ah ben non, moi j'en veux
13:01et youpla.
13:01Ce n'est pas youpla.
13:02Il y a des jours, c'est youpla,
13:03il y a des jours,
13:04ce n'est pas youpla.
13:04Bien sûr.
13:05Et c'est intéressant d'aller,
13:07j'ai un média positif,
13:09comme on dit.
13:10Et vous prenez la gentillesse,
13:11c'est un vrai mode
13:12de fonctionnement chez vous.
13:13Je pense qu'on ne s'en sortira
13:14jamais autrement, quoi.
13:16Et puis, de toute manière,
13:17on en aboutit toujours
13:17à la gentillesse.
13:18C'est-à-dire que toutes les guerres
13:19qu'on a actuellement là
13:20vont aboutir,
13:21à ce qu'à un moment donné,
13:23on ne se mette autour de la table.
13:24Des gens vont dire
13:25mais on va s'y prendre autrement.
13:28Comment vous croyez
13:29que la configuration suisse
13:30a été faite ?
13:32La Confédération,
13:32la configuration,
13:33c'est un lapsus,
13:34c'est exactement ça.
13:35Ce n'était pas du tout
13:37configuré, quoi.
13:38Ils se détestaient,
13:39ils se faisaient à la guerre.
13:39À un moment donné,
13:40on est beaucoup de temps après,
13:42à un moment donné,
13:43ces gens cohabitent.
13:45Vous disiez,
13:46vous êtes un membre de la famille.
13:47Vous êtes qui dans cette famille ?
13:49Vous êtes la sœur,
13:50la mère, la cousine ?
13:52Vous êtes qui ?
13:52Alors, ça dépend des âges.
13:54Il y a des gens très jeunes
13:55qui me suivent,
13:56de 17 ans, 18 ans, 20 ans.
13:58Il y a les enfants
13:58de vos copines aussi
13:59qui viennent vous consulter.
14:01Et ça dépend.
14:02Je peux faire tous les membres
14:03de la famille.
14:04Vraiment, je suis toute option.
14:08Ce qui est très intéressant,
14:09c'est que les jeunes,
14:11moi, je ne viens pas
14:12en disant aux jeunes
14:13forcément qu'ils ont raison.
14:15C'est-à-dire que,
14:16par exemple,
14:17sur le fait de canceller,
14:19etc.
14:19Alors, il y a des gens,
14:20on a vraiment envie
14:21de les canceller.
14:22Alors, canceller,
14:23ça veut dire supprimer, annuler.
14:24Supprimer, oui.
14:24Faire disparaître.
14:25Il y a vraiment des gens
14:25qui se disent,
14:26celui-là, je ne veux plus le voir.
14:27Ou celle-là,
14:28c'est beaucoup plus souvent
14:29celui-là.
14:31Hors de ma vue.
14:34Mais, moi,
14:34je viens d'une génération
14:35où on a enlevé
14:36la peine de mort.
14:37Et donc, ce n'est pas
14:38pour la rétablir
14:39d'une autre manière.
14:41Donc, ça existe
14:43que les gens s'amendent.
14:44On parlait de mode.
14:45Dans la mode,
14:46il y a quelqu'un
14:46qui s'est conduit
14:47vraiment comme un énorme
14:49enfoiré,
14:50qui est John Galliano,
14:52qui a tenu des propos atroces
14:53un soir où il était ivre mort.
14:54Il ne se rendait même pas compte
14:55qu'il les tenait,
14:56mais il les a tenus.
14:57Et cet homme
14:58a fait tout un chemin
15:01pour comprendre
15:02pourquoi il avait dit ça,
15:03pour s'être propos
15:04sur les Juifs.
15:07Il a fait un tour
15:08de tous les rabbins du monde
15:09avec des conférences.
15:11Enfin,
15:11et un jour,
15:12il a dit,
15:13et ça,
15:14ce n'est pas tous les cancellés
15:14qui le disent,
15:15il a dit,
15:16il faut que les gens
15:17qui m'en veuillent
15:18sachent que c'est rien
15:19à quel point ils m'en veuillent
15:21comparé à quel point
15:22je m'en veux à moi-même.
15:24Ça,
15:25si on n'est pas capable
15:26d'admettre
15:26qu'il y a des gens
15:27qui bougent,
15:28qu'il y a des gens
15:29qui évoluent,
15:30on va dans une société
15:31qui va crever.
15:31C'est pour ça que je pense
15:32à la bonté,
15:33parce que ce Galliano,
15:34c'est la bonté
15:35qui l'a amenée
15:36à bouger.
15:37Intéressant.
15:37J'ai un document
15:38à vous proposer,
15:39Sophie Fontanel,
15:40je vais le mettre
15:40entre vos mains
15:40et je vais le décrire
15:41pour les gens
15:42qui nous écoutent.
15:43Il s'agit d'une archive,
15:44c'est une d'un magazine,
15:46une des couvertures de Vogue.
15:48Celle-ci date précisément
15:49d'avril 1923
15:51et je crois
15:51qu'on est à peu près
15:52à l'époque
15:53où votre grand-mère,
15:54Mélinée Dresian,
15:55fuit le génocide
15:56qui frappe les Arméniens
15:58depuis 1915
15:59et elle le fuit
16:00avec dans ses manches
16:01des pages
16:02du magazine Vogue,
16:04peut-être des pages
16:05de celui-là,
16:05qui sait.
16:06Elle aurait pu prendre
16:07tellement autre chose
16:09et finalement,
16:09c'est ça qu'elle a pris.
16:10Pourquoi ?
16:11Parce que les Vogue
16:12en Turquie à cette époque,
16:14ce n'était pas cette page,
16:15c'est une autre,
16:15mais c'est très belle celle-là.
16:17C'était un produit luxe
16:21et c'était des gens
16:22qui n'étaient pas pauvres.
16:23Ils n'étaient pas très riches
16:24mais dans cette famille,
16:26avoir accès à un Vogue,
16:28c'était quelque chose
16:29de précieux.
16:29Et pour elle,
16:30elle allait en France,
16:31elle pensait qu'elle allait
16:32en France,
16:33parce qu'ils ont mis
16:333 ans ou 4 ans
16:34à arriver en France,
16:35mais elle se disait
16:36je vais prendre un Vogue
16:37parce que je vais au pays
16:38des Français.
16:40Et pour elle,
16:41Vogue,
16:41c'était français,
16:42ce n'était pas américain.
16:43Et donc,
16:44elle a...
16:47En fait,
16:47c'est-à-dire que pour elle,
16:48la mode,
16:49c'était français
16:50et elle faisait un amalgame
16:51comme ça.
16:52Et donc,
16:53elle a...
16:55Ce rêve
16:56est très important.
16:58C'est pour ça que c'est chouette
17:00que vous me donniez ça
17:01parce que ça veut dire
17:02que sur un bateau de l'Exode
17:03qui va les amener
17:04dans différents camps,
17:05qui va les amener
17:05à repartir ensuite
17:06vers le Liban
17:07pour repartir ensuite,
17:08ça c'est dans des bateaux
17:08de la Croix-Rouge.
17:10Pendant cet exode
17:11où on perd tout,
17:13où il y a des épidémies
17:14sur les bateaux,
17:15enfin voilà,
17:17elle se dit
17:18c'est ma chance,
17:19peut-être,
17:20d'aller en France.
17:22Donc,
17:23c'est...
17:24C'est toute l'histoire
17:25de l'immigration
17:26et c'est...
17:27Il y a un rêve
17:28des migrants.
17:30La chance des Arméniens,
17:32parce qu'elle était arménienne,
17:33c'est que dans...
17:33Et de l'époque,
17:35c'est que dans cette migration,
17:36alors qu'ils ont été mis...
17:37Bon, ils n'étaient pas du tout
17:38acceptés au début en France,
17:39mais ils ont embrassé
17:41la culture française
17:42et ce qu'on n'arrive plus
17:43à faire,
17:44c'est à ce que des gens
17:45embrassent la culture française
17:46en fait.
17:46C'est ça.
17:48Et elle est devenue...
17:49Pas elle.
17:50Pas elle,
17:51parce qu'elle,
17:51elle a toujours parlé
17:51avec un accent
17:52et très mal français,
17:53mais ses enfants
17:54sont devenus,
17:55voilà,
17:56encore plus français
17:57que les Français.
17:58cette grand-mère
17:59dont la famille
18:00avait été décimée
18:01dans le génocide
18:02avait aussi besoin
18:02de tourner la page
18:03des drames
18:04qu'elle vivait
18:05et elle rêvait de Paris,
18:07elle rêvait de Dior,
18:08elle rêvait de Chanel
18:09et vous avez été élevée
18:09dans l'idée
18:10que la France
18:10était le pays
18:11du chic
18:12et de la culture.
18:13Est-ce que votre famille
18:14avait raison ?
18:15Est-ce que maintenant
18:16que vous avez le recul
18:17et que vous connaissez
18:17par cœur la France ?
18:19Moi, je pense
18:20qu'ils avaient raison
18:21mais que ça a marché
18:21pour eux.
18:22C'est toujours
18:23très intéressant
18:23de se dire
18:24mais physiquement,
18:26ils n'étaient pas
18:28arabes,
18:28ils n'étaient pas noirs,
18:30ils n'étaient pas asiatiques.
18:31Physiquement,
18:31ils avaient plus
18:32de facilité
18:34à s'intégrer,
18:35il n'y avait pas
18:35de racisme
18:36dans la rue.
18:38Qui visait particulièrement
18:39les armés.
18:39Il n'y a pas eu la Shoah
18:40non plus
18:41qui est venue les frapper
18:42avec l'étoile jaune,
18:43etc.
18:44C'était pas...
18:44Donc, c'était peut-être
18:45un peu plus facile
18:46pour eux
18:47mais moi,
18:48ce que je trouve
18:48qui était fabuleux,
18:49c'est que dans ce rêve
18:51de bonne éducation,
18:52parce que tout ça,
18:53ça passait par être
18:53très bien éduqué,
18:54dans ce rêve
18:54de bonne éducation,
18:56il y avait la bonne éducation,
18:58ça allait être bien parlé,
18:59bien s'habiller,
19:00bien lire,
19:01bien travailler à l'école.
19:03Une fois,
19:04ma grand-mère
19:04m'a emmenée
19:05dans la boutique Dior
19:06et la vendeuse,
19:07voyant qu'elle avait affaire
19:08à quelqu'un
19:08qui n'avait pas d'argent,
19:10la suivait,
19:11la marquait un peu
19:11à la culotte,
19:12comme on dit
19:12et ma grand-mère
19:13lui a dit devant moi
19:14n'est pas inquiète,
19:16nous avons adoration
19:18de beaux habits
19:19et c'est,
19:21moi ça vaut
19:22toutes les éducations,
19:23je veux dire,
19:23parce que j'ai vu
19:24la vendeuse
19:25qui la méprisait,
19:26mais celle qui était noble
19:28là-dedans,
19:28c'était ma grand-mère.
19:30Ce génocide
19:31qui a décimé
19:32une partie de votre famille,
19:34il a été présent
19:35dans votre enfance,
19:35on en parlait,
19:36ou c'était tabou,
19:38ou c'était un sujet
19:39qu'on n'abordait pas,
19:39qu'est-ce qu'il a structuré
19:40en vous ?
19:41C'était quelque chose
19:42dont on ne parle pas,
19:43comme il y a eu
19:44pour les juifs,
19:45avec les rescapés des camps,
19:46j'en ai beaucoup parlé
19:47avec des amis à moi
19:49dont les parents
19:50avaient été
19:51en camp de concentration.
19:53Vous avez découvert
19:53des similitudes
19:54dans la culture.
19:54Oui, bien sûr,
19:55et en fait,
19:56par exemple,
19:57j'avais perdu un jour
19:58une gourmette,
19:59je ne sais pas quoi,
19:59et je pleurais
20:00et ma grand-mère
20:00m'avait dit,
20:02on dit néné
20:03pour la grand-mère
20:04en Arménien,
20:04elle m'a dit
20:04néné a beaucoup pleuré déjà,
20:07bon, ça voulait dire
20:08tu vas te calmer
20:09tout de suite
20:09sans ta gourmette.
20:11Voilà,
20:12il y avait cette,
20:14on n'en parlait pas,
20:16j'ai pu grappiller
20:17des informations,
20:19mais quand j'étais
20:20beaucoup plus âgée
20:20et quand je venais un peu,
20:22j'étais jeune journaliste
20:23et que j'interviewais
20:24des gens de la famille
20:24et là,
20:25j'ai pu avoir des photos,
20:26j'ai pu,
20:26mais à l'époque,
20:27ils ne voulaient pas en parler,
20:28ils ne voulaient pas
20:29nous traumatiser.
20:31et je,
20:32par exemple,
20:33moi c'est maintenant seulement
20:34que je me mets
20:35à apprendre l'arménien.
20:36Pourquoi ?
20:37Parce que ma mère
20:39s'appelait Khenar
20:40mais à l'école,
20:41comme ils ne comprenaient pas
20:42à l'école primaire,
20:43ils avaient dit
20:43on va l'appeler Jacqueline
20:44et elle,
20:45elle adorait être appelée Jacqueline,
20:46elle trouvait qu'elle avait
20:47quand même un bonus quoi
20:49et donc voilà,
20:50elle voulait que je sois française.
20:51Je lui ai dit
20:51pourquoi tu ne m'as pas donné
20:52un prénom arménien ?
20:53C'est très important.
20:55Moi je ne suis pas du tout
20:55comme notre amie,
20:57si je puis dire,
20:58Zemmour qui dit
20:59il ne faut pas donner
20:59des prénoms étrangers,
21:01je trouve ça vraiment
21:03débile de dire ça
21:05mais moi j'ai eu
21:06le truc inverse,
21:06c'est qu'on m'a dépouillée
21:08de mon identité arménienne.
21:10Mais vous savez,
21:11ça revient.
21:12À la lueur de celle
21:13que vous êtes aujourd'hui,
21:14quel conseil donneriez-vous
21:15à la petite fille
21:16que vous étiez ?
21:16Qu'est-ce que vous lui diriez
21:17avant qu'elle ne se lance
21:18dans la vie ?
21:25Je lui dirais que
21:28je lui dirais qu'elle est belle.
21:30Je lui dirais qu'elle est belle
21:31parce qu'en fait chez nous
21:32la beauté,
21:33sauf si on était devant
21:34Ava Gardner,
21:35ça ne comptait pas.
21:38Et la seule chose
21:39qui comptait
21:40c'était l'intelligence
21:42et de bien se conduire.
21:43Et donc,
21:46et après on vous disait
21:47attention,
21:47parce que tu te conduis bien
21:48et que tu es intelligente
21:49que tu crois que c'est arrivé.
21:50Donc,
21:51on n'était jamais arrivé.
21:53Et la beauté,
21:53je n'en entendais pas parler.
21:54Je me souviens une fois
21:55d'avoir dit à ma mère
21:56est-ce que je suis belle ?
21:56Et elle m'a dit
21:58est-ce que je suis la plus belle ?
21:59Est-ce que je suis belle ?
22:00Est-ce que je suis la plus belle ?
22:00Elle m'a dit non.
22:02Donc,
22:02j'ai évidemment été furaxe.
22:04Et elle m'a dit
22:06mais à mes yeux,
22:06tu es la plus belle
22:07mais je ne peux pas te mentir.
22:10Elle va regarder des films
22:11de Franck Capra.
22:13Donc,
22:13vous vous diriez
22:13que vous étiez belle.
22:15Voilà,
22:15je me rassurerais.
22:19J'ai des photos à vous proposer.
22:21Ça fait aussi partie
22:21des rituels
22:22de cette émission.
22:23Sophie Fontanel,
22:23c'est la photo
22:24d'un rayon chine
22:25au BHV d'Angers,
22:27la marque chinoise
22:27qui s'implante
22:28en France.
22:31En 20 ans,
22:32Paris a perdu 63%
22:34de ses magasins de vêtements
22:35et un rapport
22:35est en train
22:36de tirer la sonnette d'alarme.
22:37Je sais que dans votre dressing,
22:38on peut à la fois trouver
22:39du Céline et du Zara.
22:41Est-ce qu'on trouve du chine ?
22:42Non, absolument pas.
22:43Non ?
22:43Quel est votre regard
22:44sur ce phénomène ?
22:48Je pense qu'il est très idiot
22:50l'homme qui a voulu
22:51transformer le BHV
22:52en un magasin chine.
22:54Enfin,
22:55ça arrivera peut-être
22:55parce que si Chine
22:56est propriétaire,
22:57peut-être qu'ils vont nous mettre
22:58ici un magasin chine.
23:00Pour moi,
23:00ce qui ne va pas là-dedans,
23:01c'est que nous sommes maintenant
23:04complètement conscients
23:05de la surconsommation.
23:06Et on n'a même pas
23:07l'excuse de se dire
23:08que si on va s'acheter
23:09des vêtements,
23:10c'est pour en avoir
23:11des à la mode.
23:12Parce que les vêtements
23:13à la mode,
23:13ils sont dans les friperies.
23:14Donc,
23:15je n'ai pas dit
23:16qu'il fallait s'habiller
23:16qu'en friperie,
23:17mais je pense que là aussi,
23:18il y a toute une éducation
23:19à faire aux gens.
23:20Ce n'est pas déchoir
23:21que d'aller s'habiller
23:22en seconde main.
23:23Ce n'est pas déchoir
23:24que d'aller s'habiller
23:25chez Emmaüs.
23:26Ça peut être snob,
23:28peut-être,
23:28mais ce n'est pas déchoir.
23:30En revanche,
23:31s'acheter un truc
23:32où les gens travaillent
23:35dans de très mauvaises conditions,
23:36ça ne va pas.
23:37Mais en même temps,
23:37je ne suis pas non plus pour,
23:38et c'est pour ça
23:39que vous me parliez de Zara,
23:39que je vis quand même
23:41chez Zara.
23:41Je ne vis pas beaucoup,
23:42en fait,
23:43à dire vrai,
23:44parce que tout simplement,
23:44je m'achète
23:45beaucoup moins de vêtements.
23:46Mais ce qu'on veut,
23:48ce n'est pas la mort
23:49de marques comme Zara
23:51ou H&M,
23:51ce qu'on veut,
23:52c'est les obliger,
23:53et on a quand même pu le faire,
23:55à travailler différemment.
23:57Parce qu'avant,
23:57ces gens,
23:58ils avaient des intermédiaires
23:58et des intermédiaires
23:59et des intermédiaires,
24:00ils ne surveillaient pas
24:01et puis finalement,
24:02les choses étaient faites
24:03dans des conditions horribles.
24:04Mais c'est quand même plus,
24:05c'est plus ou beaucoup moins le cas.
24:07Ça bouge en tout cas,
24:08ça bouge.
24:08On a quand même fait bouger
24:10les choses en hurlant.
24:12Une deuxième photo,
24:13c'est l'affiche du deuxième volet
24:15du Diable s'habille en Prada,
24:1720 ans après le premier,
24:18toujours avec Meryl Streep
24:19et Anna Taouet.
24:20Vous l'avez vu d'ailleurs ou pas ?
24:21Non, je ne l'ai pas.
24:21Vous la spécialiste de la mode ?
24:23Je boite en ce moment,
24:24mais sinon je vais aller le voir.
24:25Parce que le 1 avait surtout
24:26marqué un tournant
24:27en nous faisant réaliser
24:28à quel point le monde
24:30de la haute couture
24:31et la mode n'étaient pas
24:31si superficiels que ça.
24:34Je ne sais pas si vous aviez
24:35cette conscience-là
24:36à l'époque du 1.
24:38Les gens ont toujours l'impression
24:39que les vêtements,
24:40c'est superficiel.
24:42Au fond,
24:42ça n'allait pas tant que ça ?
24:43Alors, les vêtements,
24:44ce n'est pas superficiel
24:45parce que, par exemple,
24:46quelqu'un qui va dire
24:47que moi je ne m'habille pas,
24:48si vous l'obligez
24:49à mettre des chaussures blanches
24:50vernis,
24:51il va dire,
24:52comme on dit en anglais,
24:53enfin comme on dit
24:54dans mon milieu,
24:55over my dead body,
24:56c'est-à-dire,
24:56mais alors, moi vivant,
24:57même pas en rêve
24:58que je mettrais des chaussures blanches.
24:59Ça veut dire que c'est important
25:00puisqu'on a des résistances
25:01très fortes.
25:02Donc, le débat,
25:03il est clos,
25:03c'est très important.
25:04Le diable s'habille en Prada,
25:06ça a montré
25:08un aspect de la mode.
25:09D'abord,
25:10je trouve que c'est très,
25:11très bien de passer
25:11par cette jeune fille
25:12qui découvre ça
25:13et voilà.
25:14Mais ça a montré
25:15un aspect de la mode
25:16qui est celui
25:17que je combats le plus,
25:18moi,
25:19qui est que ce soit
25:22un monde méchant,
25:23en fait.
25:24Parce que c'est un monde
25:25qui peut être très méchant,
25:26très cruel,
25:27qui peut juger.
25:28Par exemple,
25:29quand vous voyez passer
25:29une mannequin
25:30qui fait une taille 34
25:32avec des talons hauts,
25:33vous voyez bien
25:34que ses pieds sont en sang.
25:35Vous le voyez même
25:35quand elle passe.
25:36Et qu'elle titube, presque.
25:37Voilà, qu'elle titube.
25:38Parfois même,
25:38elle se casse la gueule.
25:39Vous vous dites,
25:39c'est pas possible
25:40de lui faire ça.
25:41Vous avez des gens
25:41qui font,
25:42attends,
25:42c'est une athlète,
25:43elle n'a qu'à pas
25:43faire ce métier
25:43si elle n'a pas envie.
25:44Donc, il y a une cruauté
25:45de ce métier.
25:46Il est très, très dur.
25:47On ne dirait pas,
25:47mais il est très, très dur.
25:49Et là,
25:49on voyait qu'il était dur.
25:50Et puis ensuite,
25:51il y a Anna Wintour
25:52qui est à peu près
25:55tout ce que je déteste,
25:56même si elle,
25:57je ne dis pas,
25:58elle est intelligente,
25:58cette femme.
25:59C'est-à-dire de lier
26:00la mode à l'argent.
26:02Alors, c'est son métier,
26:03on ne va pas non plus...
26:04Voilà, c'est comme ça.
26:05Mais elle le lie à l'argent,
26:06elle le lie au pouvoir.
26:09Elle a des avis lapidaires.
26:11C'est quelqu'un
26:11qui ne vous dira jamais bonjour.
26:13Je me souviens,
26:13j'ai donné une...
26:15J'ai fait un discours
26:16pour la Légion d'honneur,
26:18la médaille des arts et lettres
26:20de Simon Porte-Jacquemus.
26:22Et elle faisait, elle,
26:23un discours.
26:23Il avait voulu
26:24que j'en fasse un aussi.
26:25Elle était complètement sidérée
26:26que j'en fasse un
26:26parce que ce n'est pas
26:27quelqu'un de commode.
26:28Et elle ne m'a pas jeté un regard.
26:30Et je ne dis pas ça,
26:30ce n'est pas personnel
26:32ce que je suis en train
26:33de vous dire.
26:33Vous ne méprenez pas.
26:34C'est pour vous dire
26:35que ce n'est pas possible
26:37de se comporter comme ça,
26:38en fait.
26:39Et ça, je pense que c'est fini.
26:40Deux ans,
26:41elle n'est plus rédactrice
26:41en chef de Vogue.
26:42Si, si.
26:42Enfin, elle ne l'est plus
26:43officiellement,
26:49un président français
26:49lors d'une visite
26:50début mai
26:50dans la capitale arménienne
26:52en tenant la bohème
26:53de Charles Aznavour
26:54avec le Premier ministre
26:54arménien à la batterie.
26:56Qu'est-ce que vous voyez,
26:56vous, un président
26:57qui essaye maladroitement
26:58de créer du lien
27:00avec un pays
27:01ou est-ce que vous y voyez
27:02une amitié profonde
27:03entre nos deux pays ?
27:04Je pense qu'il y a
27:05une amitié profonde
27:05entre nos deux pays.
27:06Je pense que Macron
27:07ne peut pas être soupçonné
27:08de ne pas vouloir de lien
27:09avec les Arméniens.
27:11Je pense que tout ça
27:12ne repose pas du tout
27:13sur quelque chose de faux.
27:14Et vous avez trouvé
27:15qu'il chantait bien
27:15Emmanuel Macron ou pas ?
27:16Très bien.
27:17J'ai une dernière question
27:18qui est en lien
27:19avec le décor qui nous entoure.
27:20Nous sommes entourés
27:21de quatre statues
27:22qui représentent
27:23chacune une vertu.
27:24Il y a la sagesse,
27:25la prudence,
27:26la justice
27:27et l'éloquence.
27:28Est-ce qu'il y a
27:29une de ces vertus
27:29qui vous parle
27:30tout particulièrement
27:31ou qui vous caractérise
27:33peut-être ?
27:35Dès qu'on en choisit,
27:36on se dit
27:37c'est horrible
27:37comme sur les réseaux sociaux.
27:39Alors la justice,
27:39alors tu t'en fiches.
27:42Celle qui vous vient ?
27:43Moi je prendrais l'éloquence
27:44parce que
27:46c'est le plus grand
27:48des pouvoirs.
27:48Merci Sophie Fontanel
27:49d'avoir été notre invitée
27:51dans Un monde à un regard.
27:51Merci à vous
27:52de nous avoir suivis
27:53comme chaque semaine.
27:54Émission à retrouver
27:55en replay
27:55sur notre plateforme
27:56publicsénat.fr.
27:57Merci beaucoup.
27:58A très vite.
27:59Sous-titrage Société Radio-Canada
28:11Sous-titrage Société Radio-Canada
28:13Sous-titrage Société Radio-Canada
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