00:00Moi, je n'ai jamais accompagné quelqu'un qui a refusé au dernier moment.
00:03Pas un seul n'a reculé au dernier moment.
00:05Ce papillon-là, c'est un papillon qui m'a été offert par une dame qui est venue de Nancy
00:13avec sa fille.
00:14Parce que c'est son...
00:17Donc le fils, c'est le frère que j'ai aidé à aller mourir à Bruxelles.
00:21Et avant de mourir, il avait voulu choisir lui-même le papillon.
00:25Il avait fait promettre à sa maman et à sa sœur de me l'apporter.
00:28Et ils me l'ont apporté un an et demi après.
00:30Et franchement, chaque fois que je le fais et les poussières sur mes bibelots,
00:34je pense à lui, j'ai une petite pensée pour lui.
00:37Chaque jour, Claudette reçoit des appels de personnes malades de toute la France.
00:41C'est eux qui me contactent en me demandant comment on fait,
00:44quelles sont les démarches à suivre pour pouvoir accéder aux médecins.
00:49Donc moi, je suis là un peu pour leur mâcher le travail et puis les orienter et leur expliquer.
00:54Moi, je suis l'intermédiaire entre les malades et les médecins, en fait.
01:00Après un premier appel, Claudette les oriente vers une équipe de médecins belges qui encadrent le parcours.
01:05Depuis 13 ans, elle a accompagné plus d'une centaine de malades.
01:08Il y a de tout.
01:09Mais les maladies de Charcot, il y en a pas mal.
01:11Il y a des cancers.
01:12Et puis les maladies neurodégénératives.
01:15Je crois que quand ils sont arrivés au stade où ils me contactent,
01:18ils ont dépassé ce moment de réflexion sur la mort.
01:21Je pense que la seule chose qu'ils veulent, c'est vraiment arriver à l'avoir.
01:26Moi, j'ai jamais accompagné quelqu'un qui a refusé au dernier moment.
01:29Pas un seul n'a reculé au dernier moment.
01:32Claudette garde des liens forts avec les proches des malades qu'elle accompagne.
01:36Aujourd'hui, elle reçoit Isabelle, dont elle a aidé le mari à mourir en Belgique il y a quelques années.
01:41Il souffrait d'un cancer de la gorge, incurable.
01:44Moi, je retardais toujours l'échéance.
01:46Je lui ai dit mais non, mais non, c'est quand même difficile quand on a vécu 48 ans ensemble
01:52et puis tout d'un coup, plus rien.
01:54Mais bon, j'ai compris son point de vue, qu'il faut être tolérant et empathique.
01:59Je voyais bien qu'il souffrait beaucoup.
02:01On ne peut pas laisser souffrir et puis il faut respecter sa volonté.
02:05Claudette et Isabelle espèrent qu'un jour la France prendra exemple sur sa voisine belge.
02:09Mais le chemin semble encore long.
02:10Pour la deuxième fois, le Sénat a supprimé le droit à l'aide à mourir de la proposition de loi
02:15sur la fin de vie.
02:15Il faudrait une loi à l'identique de celle de la loi belge, bien sûr.
02:21Mais bon, en France, on est quand même très conservateurs.
02:23On a des sénateurs qui mettent en avant leurs croyances religieuses.
02:28Donc moi, je me dis, ils croient à ce qu'ils veulent.
02:31Ils laissent les autres penser ce qu'ils veulent, croire ce qu'ils veulent.
02:34Mais ils volent la liberté des malades en voulant absolument imposer leurs croyances.
02:40Et ça, ça me met en colère, c'est une colère noire.
02:42Parce que je me mets à la place de tous les malades qui vont continuer à nous solliciter,
02:46à solliciter les médecins belges pour aller en Belgique et pour aller en Suisse.
02:49Ça, j'en suis certaine.
02:51En attendant une loi à la belge, le téléphone de Claudette continuera de sonner plusieurs fois par jour.
02:56Merci.
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