- il y a 1 semaine
- #sudradio
Avec Michel Maffesoli auteur de Mes Tribus aux éditions du Cerf
Retrouvez La France dans tous ses états avec Périco Légasse du lundi au jeudi de 12h à 14h sur #SudRadio.
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry
———————————————————————
▶️ Suivez le direct : https://dai.ly/x8jqxru
🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/
———————————————————————
🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴
▪️ Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100063607629498
▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————
##LE_FACE_A_FACE-2026-05-18##
Retrouvez La France dans tous ses états avec Périco Légasse du lundi au jeudi de 12h à 14h sur #SudRadio.
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry
———————————————————————
▶️ Suivez le direct : https://dai.ly/x8jqxru
🎧 Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/
———————————————————————
🔴 Nous suivre sur les réseaux sociaux 🔴
▪️ Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100063607629498
▪️ Instagram : https://www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————
##LE_FACE_A_FACE-2026-05-18##
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00La France dans tous ses états, le face à face.
00:04Vous êtes bien sur Sud Radio en ce lundi 18 mai 2026, il est 13h04 et je suis très honoré,
00:11très ému de recevoir une personnalité dont je considère qu'elle est un, je ne vais pas dire le phare
00:17de la pensée,
00:17mais quelqu'un qui a beaucoup réfléchi sur notre époque, sur notre société, qui a apporté des solutions, qui a
00:24construit des analyses
00:25et dont l'enseignement et le témoignage est aujourd'hui très important pour comprendre ce qui nous arrive.
00:31Alors ce ne sont pas des sujets qui sont à la une de l'actualité mouvementée, mais ce sont des
00:35sujets de fond.
00:36On va rester quand même pour autant tout à fait, j'allais dire, clair et accessible, parce que Michel Maffezoli
00:42peut vous tenir des discours où il faut bac plus 14 pour suivre,
00:45mais là je sais que c'est un démocrate au sens pédagogique du terme et que nous aurons avec lui
00:50un échange qui sera très clair.
00:52Merci Michel Maffezoli d'être aujourd'hui sur Sud Radio, je vous invite entre autres pour votre livre « Mes
00:58tribus diantes »,
00:59pourquoi êtes-vous allé écrire les « Mes tribus » ?
01:01Mais je voudrais d'abord qu'on parle de vous, vous êtes professeur honoraire à la Sorbonne, vous avez des
01:06titres universitaires, bien entendu, divers et variés.
01:10Vous êtes né à Grézesac, dans l'Hérault, qui est un bassin minier, le bassin des Cévennes,
01:16et vous, fils de mineur, et vous me racontiez à l'instant que votre papa était mineur, vous entendiez la
01:21sirène,
01:21vous êtes arrivé jusqu'à la Sorbonne.
01:23A l'époque, ce n'était pas évident qu'un fils de mineur arrive à la Sorbonne.
01:27A l'époque, j'étais en 1955, à un certain âge.
01:32Oui, il fallait passer d'abord l'examen d'entrée en sixième, on ne rentrait pas comme cela en sixième,
01:36et puis, pour ma part, mon papa étant mineur, oui, il fallait passer, pour pouvoir accéder au lycée, l'examen
01:43des bourses d'Émile.
01:44En général, on s'arrêtait au certificat d'études ?
01:46Oui, en gros, de mon école, tous mes amis se sont arrêtés là, et pour tout vous avouer, moi, je
01:54n'ai pas eu le certificat d'études.
01:56Voilà, comme quoi, qui vous a repéré ?
01:59On partait avant, c'est-à-dire le certificat d'études se passait en première, ce qu'il s'appelait
02:02en première, je ne sais plus ce que c'est maintenant,
02:05et on partait en seconde, si on réussissait...
02:07C'est le premier des collèges, en quelque sorte, sauf que le certificat d'études était une conclusion définitive, et
02:12on allait, du coup, dans la vie active.
02:14C'était un papa, mon papa, dont vous avez parlé, a eu le certificat d'études, bien sûr.
02:20Qui vous a repéré ? Un enseignant ? Un instituteur ? Dites-le-petit, celui-là, il a des capacités.
02:25C'est un entragé de ce qu'était l'école primaire, ou encore à l'époque, j'ai souvenir de
02:30ces instituteurs, qui étaient en cravate et en blouse grise.
02:34Il y avait un espèce de sérieux...
02:36C'était plus les usards noirs, mais ils étaient quand même là pour s'assurer, n'est-ce pas, de
02:41la progression sociale ?
02:42Et ils suivaient avec une très grande attention, éventuellement, moi, je me souviens avoir été, après la classe, j'ai
02:49été invité à rester pour discuter avec l'instituteur,
02:52parce que sur tel ou tel sujet, ils trouvaient que j'étais bon.
02:56Votre papa a vu ça d'un très bon oeil ? Souvent, il y a des parents qui disent, non,
02:59non, non, il faut qu'il aille travailler tout de suite, votre papa...
03:01Non, pour tout vous avouer, mon père et ma mère m'avaient interdit, c'est pas très honorable ce que
03:06je vais dire, de lire des bancs décidés.
03:08Je ne lisais pas, c'était la Marseillaise, le journal communiste qui était là, qui avait la bancs décidés,
03:14et pour ma part, chaque mois, j'avais un livre qui m'était offert, l'idéal bibliothèque, ou Rougé Noir,
03:19je ne m'en souviens plus,
03:20qui sont encore dans ma cave, et chaque mois, je devais lire ces livres-là, voilà.
03:23Si nous avions plus de parents de cette trempe aujourd'hui, Jean-Michel Maffezoli,
03:27le niveau scolaire que nous donne notre pizza ne serait pas aussi catastrophique.
03:30Maffezoli, je suppose qu'il y a eu une origine italienne ?
03:33Mon grand-père s'appelait Maffezoli, avec deux Z, ça a été francisé par après.
03:39Donc, immigré italien ?
03:40Immigré italien.
03:41De quelle région d'Italie ?
03:43Breccia.
03:44Breccia, magnifique, magnifique, je connais bien Breccia.
03:46Il a travaillé dans les mines de marbre, pas mines, le carard, en fait, c'est-à-dire la vente.
03:53Et pour des raisons qui étaient peut-être politiques, un peu libertaires qu'il était, il a été obligé de
03:59venir en France.
04:00Il a fui l'Italie fasciste de Mussolini.
04:03C'était avant, non, avant puisque...
04:04Ça, c'était vraiment du fascisme, parce qu'aujourd'hui, il y a un fascisme un peu partout.
04:08Si ces gens avaient vécu ce qu'était le fascisme, qu'ils traitent aujourd'hui d'un peu de fascisme.
04:11Moi, je le trouve effrayant.
04:12Et donc, les mafaits Zoli arrivent en France, et votre papa devient mineur.
04:16Oui, mon père naît en 14, et puis il devient mineur, oui, 10 ans après.
04:20Enfin, non, pardon, non, quand même, 15, et il devient mineur dans les années...
04:23Donc, intégration parfaite.
04:25Pas reçue forcément comme des rois.
04:28Je sais que des témoignages me disent que les Français n'étaient pas toujours très hospitaliers quand on arrivait.
04:32Oui, oui, mais dans ce village, vous comprenez...
04:36C'est l'héros, hein ?
04:37C'est l'héros, c'est un village de protestants, essentiellement.
04:40Alors, déjà, bien sûr.
04:42Le socle était protestant.
04:43Et puis, quand il y a eu les mines, il y a eu beaucoup d'Espagnols.
04:46Bien sûr.
04:47Dans mon village, les deux tiers des habitants étaient Espagnols.
04:49Donc, des communautés étrangères.
04:50Polonais.
04:50Et des Polonais.
04:51600 Polonais.
04:52Et quelques Italiens, dont mon grand-père.
04:54Les grandes immigrations des années 20-30.
04:56Et de fait, quelque chose s'est fait.
04:58Moi, j'ai beaucoup appris, d'ailleurs, de ce village, mais il y a eu une osmose,
05:03alors qu'il y avait des différences, ce que je viens de vous dire ici, en la matière.
05:06Et de fait, il y avait une culture commune qui s'est créée tout de même.
05:11Alors, on va aborder le thème de votre livre.
05:13Je vais faire la transition avec...
05:14C'est pour ça que vous me disiez d'où vous veniez, vos origines.
05:18Est-ce qu'il y avait des tribus à Crézessac, déjà ?
05:20Alors, est-ce que c'était des tribus par rapport aux origines ?
05:23Les Italiens, les Espagnols, les Lins ?
05:25Ou est-ce que la tribu à laquelle vous faites allusion, c'est d'abord une communauté culturelle,
05:29et ensuite, c'est une tribu sociale, ou, j'allais dire, sociologique ?
05:33Il y avait ces tribus que je viens de vous dire.
05:35Donc, ce sont les vôtres, on est d'accord.
05:37Voilà, moi, je me souviens, les parents de ma marraine, par exemple, ne parlaient pas français.
05:41Ils étaient espagnols, et ils parlaient espagnol.
05:43Alors, ce qui est intéressant, tout de même, c'est que, justement, quoi qu'il y ait,
05:47je viens de dire, polonais, espagnols, chèques...
05:50Tout à fait. On restait en tribu, quand même.
05:52Oui.
05:53Mais on cohabitait très bien.
05:55Et puis, il y avait une...
05:56Alors, voilà, moi, c'est ce qui me paraît être en jeu, actuellement.
06:01Une mosaïque qui s'est créée, vous voyez ?
06:03C'est-à-dire, une cohésion, la mosaïque, c'est...
06:05Chaque pièce, grâce à sa structure...
06:06Jean-Luc Mélenchon parle de créolisation.
06:08C'en était une petite, quelque part.
06:10Non, je ne suis pas tout à fait...
06:13Même, je suis assez en désaccord avec ça.
06:15Oui, oui, je n'en doute.
06:16Moi, fils du peuple...
06:17Mais je veux dire, est-ce que ce concept pourrait s'admettre dans l'optique que vous donnez, vous ?
06:21Non, parce que, écoutez-moi, voyez-vous, tous ces gens, je viens de dire, qui viennent d'ici, d'ici,
06:26de là,
06:27c'était le français qui était l'homogénéisation.
06:31Et l'école primaire, en la matière, servait, justement, dans le sens fort du terme, de ciment.
06:36Alors, non, il n'y avait pas de créolisation.
06:39Le français était important.
06:40On venait pour être français et parler français.
06:41Et la culture française et la langue française étaient ce qui était le point commun.
06:46Et à l'extérieur, moi, je n'ai jamais entendu parler espagnol, polonais, tchèque...
06:53À la maison, peut-être, mais pas à l'extérieur.
06:54Voilà, à l'espace public, je dirais, dans ce qui est la vie, le marché, l'église, c'était le
07:02français.
07:02Donc, il y avait une laïcité culturelle.
07:04On vivait sa vie avec ses origines, avec la famille, à la maison.
07:07Oui, oui.
07:07Mais dans la vie publique et dans la rue, on était français, on s'intégrait, on était fiers de la
07:11culture.
07:11C'était la vraie culture.
07:12Moi, je suis un produit de cette culture.
07:15Bien sûr.
07:15Bien sûr, du côté de ma mère, c'est Rivemal, c'était des cévenoles, le pur sucre.
07:20Mais il n'en reste pas moins que, voilà, le français était pour nous cette liaison, cette liaison, ce lien.
07:26Voilà, je force ma langue, ce lien.
07:29C'est-à-dire, ce qui faisait, j'aime le grec, ce qui faisait une éthique.
07:33Éthos, c'est le ciment.
07:34Oui, éthos, c'est le ciment.
07:35Donc, il faisait une vraie éthique, voilà, qui a mené à ce que ce village était un village très uni.
07:41Donc, l'intégration dans le respect de la diversité, mais une diversité qui, malgré tout, fait comprendre qu'on est
07:48venu pour être français.
07:49Voilà, voilà.
07:50Et devenir des citoyens français à part entière.
07:51Moi, je vois, par exemple, il y avait ce petit village, il y avait 3000 habitants à l'époque, quand
07:55il y avait des mines.
07:56Mais non, ce n'est plus le cas.
07:57Bien sûr.
07:58Mais il y avait, par exemple, 600 polonais.
07:59Ce n'est pas rien, vous comprenez, voilà.
08:01Alors, à la fois très fort dans des lieux, chaque tribu, si je puis dire ainsi, avait ses lieux spécifiques.
08:09Mais quand on était dans l'espace commun, oui, non, c'était le français qui était la culture essentielle.
08:14Et s'ils venaient là, c'était pour...
08:15D'ailleurs, ils sont restés, enfin, en la matière, voilà.
08:17Michel Maffezoli, 100% des descendants de cette génération, alors soit enfants ou petits-enfants, vous parlez de votre grand
08:23-père, votre papa était mineur,
08:25100% sont devenus des citoyens français totalement convaincus, persuadés, des citoyens exemplaires avec une très belle carrière pour certains.
08:34Même du temps de ma jeunesse.
08:35C'est ça, je ne parle pas de...
08:37Ça fait bien allusion à ça.
08:38Bien évidemment, dans cette décennie qui fut entre ma naissance, disons, et les années 50, je suis né en 44.
08:45Oui, non, à cette époque-là, il y avait cette espèce de cohésion très forte, je dis bien, une éthique,
08:49un simon.
08:50Alors, docteur, qu'est-ce qui s'est passé pour que les tribus d'aujourd'hui soient des tribus...
08:54Alors, je ne vais pas résumer votre livre en un instant, mais enfin, c'est ce que vous dites.
09:00Les tribus désignent des ensembles mouvants d'individus rassemblés par des affinités électives, des goûts musicaux, valeurs spirituelles, style de
09:07vie, pratiques numériques.
09:09Elles ne reposent pas sur la logique institutionnelle ni sur la filiation, mais sur le partage d'expériences et d
09:14'émotions communes.
09:15Pourquoi aujourd'hui on est dans le clivage et on est dans le conflit ?
09:18Bon, il faut prendre un peu du recul, je ne vais pas monter, comme vous dites, très haut, mais rappelez
09:24que, pour moi, il y a des époques.
09:26En grec, le mot époque, ça signifie parenthèse.
09:28Une parenthèse, ça s'ouvre, une parenthèse, ça se ferme.
09:30L'époque, ce qu'on appelle moderne, justement, c'est ce qui a constitué les institutions.
09:35Un grand philosophe comme Michel Foucault l'a bien montré, comment au XIXe siècle se constitue cela,
09:40et à partir de l'individualisme, rationalisme, progressisme, le trépied.
09:46Bon, pour moi, cette époque fut une belle époque.
09:49C'est fini.
09:50Et ça s'achève dans les années 50-60.
09:53Ah oui, c'est tout ça, d'accord, oui, d'accord.
09:55Oui, oui, ça prend du temps.
09:57Une époque dure trois siècles.
09:58Et puis, entre les époques, sémantiquement c'est différent, il y a des périodes.
10:03Périodes, quelques décennies, là où nous sommes.
10:06Périodes où on pressent ce qui est en train de s'achever,
10:10et si je puis dire ainsi, on balbutie sur ce qui est en train de naître.
10:13C'est-à-dire qu'on n'est pas à l'aise.
10:14Voilà, et on est dans cette période entre la modernité
10:17et ce que certains, je suis de ceux-là, appellent la post-modernité naissante.
10:21Tout à fait.
10:22Et alors, dans ce moment-là...
10:23Que vous faites partir quand, la post-modernité ?
10:25L'année 70, l'année 80 ?
10:27C'est difficile à dire.
10:28Disons que pour moi, c'est à partir des années 50.
10:30Ah oui, vraiment.
10:31Si vous voulez que je sois précis, en 1950, un architecte italo-américain, Roberto Venturi,
10:39pour la communauté italo-américaine, construit à New Orleans la Piazza d'Italia.
10:45Et il appelle cela le post-modernisme architectural.
10:48architectural, c'est contre le Bauhaus, c'est-à-dire le Corbusier, Nieméyer, Angle-Loire.
10:53Et cet architecte prend une porte romaine, romane, une fenêtre gothique, un lento baroque,
11:01des citations, ce qu'on appelle en architecture des citations.
11:04Ils ont pêche-work.
11:07Deuxièmement, souviens-toi d'où tu viens.
11:08Il appelle cela anamnèse.
11:10Ces citations, il les prend à Padouf, Florence, Venise, etc.
11:13Et il appelle cela post-modernisme architectural.
11:18Et quand certains d'entre nous, Jean-François Lyotard, un philosophe connu,
11:22Jean Baudrillard, mon ami, moi-même, avons réfléchi sur ce qui était en train de se passer,
11:26c'est le même processus, c'est-à-dire quelque chose qui faisait qu'on n'était plus dans la
11:30République une et indivisible,
11:3219e siècle.
11:33Mais la République a une chose publique, où il fallait que...
11:37Alors c'est tribus, communautés, peu importe.
11:40J'ai écrit mon livre, Le Temps des Tribus, en 88.
11:43Pour provoquer un peu.
11:45Pour rendre attentif au fait qu'on n'était plus dans cette République une et indivisible,
11:50mais que ce que j'appelle, moi, une mosaïque.
11:52C'est-à-dire une cohésion qui est en train de s'élaborer,
11:55alors que chacune de ces petites tribus garde sa spécificité, sa couleur, sa structure.
12:00Voilà.
12:00On est dans ce moment d'apprentissage.
12:03Et qui dit apprentissage, dit épreuve.
12:05Ce n'est pas quelque chose de facile, c'est ce que nous vivons actuellement.
12:08Je reçois Michel Maffesoli, auteur de mes tribus aux éditions du CERF.
12:15Un traité, j'allais dire, sociologique, politique inévitablement,
12:21pédagogique aussi, et philosophique,
12:24parce qu'on voit bien qu'aujourd'hui, le monde est en train de se repositionner,
12:28se refonder, se recomposer.
12:30Sur cette base, on va parler du paradigme de la reliance.
12:33Alors là, c'est un terme compliqué.
12:35Vous restez avec nous, bien entendu.
12:37Vous aussi, vous avez à un moment donné appartenu à une tribu,
12:40qu'elle soit culturelle, confessionnelle, linguistique,
12:43peut-être par rapport à vos origines,
12:44peut-être que vous avez vécu cette intégration
12:46par rapport à ce qu'étaient vos parents, vos grands-parents.
12:48Et aujourd'hui, est-ce que vous pensez qu'il y a des tribus en France
12:51qui sont censées vivre ensemble et s'aimer,
12:53ou des tribus qui sont aujourd'hui dans la diversité,
12:57mais dans une diversité conflictuelle,
12:58et qui s'opposent au lieu de se rassembler ?
13:00Vous nous appelez au 0826-300-300,
13:03Emmanuel Niemghalasso prend vos appels,
13:05et Michel Maffesoli aura le plaisir d'échanger avec vous,
13:09de vous éclairer, de vous confirmer vos craintes,
13:11ou au contraire, de vous dire que vous vous trompez.
13:13A tout de suite sur Sud Radio.
13:15Midi 14h, Sud Radio, la France dans tous ses états,
13:19Perico-Legas.
13:21Je reçois Michel Maffesoli, auteur de mes tribus,
13:24édition du Cerf.
13:25Vous nous appelez au 0826-300-300,
13:28parce que la thématique, les thématiques que nous abordons,
13:31justement, vous avez compris qu'avec le mot tribu,
13:32il y a justement le terme de communauté,
13:34d'ensemble, voilà, de comparaison.
13:37Michel Maffesoli refutait la créolisation
13:41évoquée par Jean-Luc Mélenchon,
13:42par contre, il veut bien parler de mosaïque.
13:44Justement, Michel Maffesoli,
13:46vous décrivez une mutation vers ce qui s'appelle
13:47un paradigme de reliance.
13:49On passe d'une société de production
13:50à une société de communication.
13:52Le lien social se tisse moins par des contrats rationnels
13:55que par des liens affectifs et symboliques.
13:59Les médias, les réseaux sociaux et les technologies numériques
14:01deviennent de nouveaux villages
14:03où se forment ces communautés.
14:05Vous voulez dire qu'il y a des tribus, aujourd'hui,
14:07qui ne sont plus des tribus italiennes ou espagnoles,
14:09ce sont des tribus qui le sont par ce comportement social, juste ?
14:13Partage d'émotions, des affects.
14:14Partage d'émotions et d'affects.
14:15Il ne faut pas oublier que dans la vieille tradition française,
14:17je l'allais dire à François Yard,
14:19l'imagination, les affects, malbranche.
14:22En tout cas, c'est la folle du logis.
14:23Et encore Sartre, en 1936,
14:25quand il écrit son premier livre,
14:27reprend cette idée de la folle du logis.
14:29Alors que moi, de mon point de vue, c'est ainsi,
14:31je n'ai pas envie de dire que c'est bien ou mal.
14:32Ce n'est pas mon travail.
14:33Vous faites plus d'émotions.
14:34Moi, je ne suis pas un curé.
14:35Non, non, non.
14:36Excusez-moi.
14:37J'essaie de faire un constat.
14:41J'ai été formé par la pensée heideguérienne.
14:44Phénoménologie.
14:45Vous observez.
14:45Le constat, j'observe.
14:47Et dans cette perspective-là,
14:49on voit bien comment dans ces jungles de pierre,
14:51il y a ces petits groupes émotionnels.
14:53Moi, il se trouve que je rencontre
14:54beaucoup de ces jeunes qui viennent me voir.
14:56Ils ont lu tel ou tel de mes livres,
14:57Internet aidant.
14:59Ma porte est ouverte.
15:01Chaque vendredi, on descend beaucoup de bouteilles de vin
15:04et on discute.
15:06Apérologie, j'appelle ça.
15:07Loire de l'activité, très loin.
15:09Avec modération, bien sûr.
15:11C'était le symposium grec.
15:12Symposium, c'est boire du vin ensemble.
15:14Symposium.
15:15Le banquier platonicien.
15:16Peu importe.
15:17Moi, je vois avec ces jeunes-là,
15:19oublions mon exemple,
15:20qu'ils partagent des émotions,
15:24des affects, des sentiments.
15:26C'est à partir de là que je dis,
15:28plutôt que de critiquer
15:31ou de ne pas voir tout simplement
15:33l'élaboration de ces petites tribus,
15:37repérons-les.
15:40et accompagnons-les pour que ça ne devienne pas le pire.
15:42Parce que vous savez que
15:45la sagesse que j'ai puisée dans mon village,
15:47c'est que quand quelque chose n'aura,
15:48c'est pour le meilleur et pour le pire.
15:50Oui, il y a toujours l'option du pire, évidemment.
15:52Il y a du pire dans ce que je décris.
15:54Soyons clairs.
15:55Moi, je ne vais pas être naïf
15:56en la matière sur Internet,
15:58les réseaux sociaux,
15:58les blogs,
15:59les forums de discussion, etc.
16:00Ce n'est pas parce qu'il y a ce pire
16:02qu'on ne peut pas voir.
16:04Regardez des mots qui apparaissent
16:06sur ces réseaux.
16:07Des mots archaïques.
16:10Solidarité, partage, échange.
16:12Des mots qui ne sont pas économiques,
16:15qui ne rentrent pas dans la logique économique,
16:17mais qui rentrent dans ce retour, pour moi,
16:19du spirituel.
16:20Qui rentrent en effet dans ce fait
16:22que d'une certaine manière,
16:23c'est ça la reliance.
16:25C'est le partage.
16:26Alors, ça peut prendre des formes diverses.
16:28J'ai bien dit, vous l'avez évoqué.
16:31Culturelle, musicale, sportive, sexuelle.
16:34Et on voit bien comment les réseaux jouent là-dessus.
16:38Mais ça peut être riche.
16:39Pour moi, c'est à partir de là
16:41qu'est en train de s'élaborer
16:42une autre manière d'être ensemble.
16:44Alors, je commence à...
16:46Après avoir lu l'ouvrage,
16:47je commence à décrypter un peu plus précisément
16:49face à la domination de cette raison utilitariste.
16:52On va parler de matérialisme un petit peu.
16:55Vous valorisez le retour du sensible,
16:57du mythe, du rituel,
16:58du corps et du présent.
17:00Est-ce qu'on peut faire un lien
17:01avec la phrase d'André Malraux
17:03« Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas ? »
17:06Est-ce que vous pensez que la tâche,
17:08j'allais dire, du productivisme matérialiste,
17:11un peu la théorie marxiste,
17:13qui nous a focalisés sur l'individu
17:15qui doit subvenir à ses besoins
17:17et avoir la garantie,
17:18est-ce que la vie n'est pas que cela ?
17:20Est-ce qu'on peut aussi avoir d'autres paramètres
17:22à la sensibilité, à l'émotion,
17:24au plaisir,
17:26qui nous permettent de voir la vie différemment ?
17:28C'est mon sentiment.
17:29Qu'un bulletin de salaire est fait.
17:31C'est-à-dire qu'autant la modernité
17:35s'est employée à séculariser le monde,
17:38ça a été dit par des bons esprits,
17:40des philosophes comme Levit,
17:44des juristes comme Karl Schmitt,
17:46autant, de mon point de vue,
17:48il y a un retour de cette spiritualité.
17:50Je même écrite un livre qui s'appelle
17:51« Le retour du sacré », vous voyez,
17:53pour montrer que d'une certaine manière,
17:55en particulier chez ces jeunes générations,
17:57on va le voir dans quelques jours,
17:59le périnage de Chartres va être là-dessus
18:01un élément intéressant sociologiquement,
18:04vous voyez, quelque chose qui fait que
18:06quand on ne passe simplement à une conception
18:09que fut le matérialisme,
18:11matérialisme historique,
18:13qui est quand même encore dominant,
18:14cette conception économiciste,
18:16je répète,
18:17chez les élites,
18:18on parle toujours de pouvoir d'achat,
18:21d'inflation, machin chose.
18:22Moi je ne dis pas que ça n'existe pas, ça.
18:24Je dis, quoi qu'il y ait,
18:26il faut bien garnir le ventre,
18:28mais il faut aussi garnir l'esprit.
18:29Et de mon point de vue,
18:32cette dimension, oui,
18:34spirituelle, culturelle,
18:35est en train de renaître
18:36avec une force indéniable.
18:37Pour autant, Michel Maffesoli,
18:39vous ne pouvez pas nier qu'aujourd'hui,
18:40alors le thème « Fracture sociale »
18:42qui fait, j'allais dire,
18:43le sujet de la campagne présidentielle
18:45de Chirac en 1995,
18:46qui reste au cœur du pays,
18:48la fracture sociale,
18:49la France d'en bas,
18:50les oubliés,
18:51Fourquet et Gulli expliquent bien
18:52qu'il y a une France fracturée.
18:54Il y a du tribalisme,
18:55il y a des communautarismes,
18:56il y a des oppositions.
18:58On voit bien qu'il y a une déviance,
18:59il y a des gens qui se sentent malheureux,
19:02frustrés, oubliés.
19:03Qu'est-ce que vous en faites ?
19:04Est-ce que ces gens-là
19:04doivent se reconstruire
19:06dans la spiritualité,
19:08dans les moi, dans l'émotion ?
19:10Il y a une réalité économique et sociale
19:11qui fait qu'aujourd'hui,
19:12vous avez des gens qui sont exclus.
19:13Qu'est-ce que vous en faites ?
19:16Il ne faut plus être humilé
19:17par cette conception,
19:18encore une fois,
19:19purement économiciste.
19:21Puisque vous parlez de cas concrets.
19:22Écoutez-moi,
19:23je vais vous donner un cas concret.
19:24Puisque vous avez parlé
19:25de mon petit village,
19:26quand il y a eu,
19:27il y a un ou deux ans,
19:29ces trucs-là,
19:29d'isolement,
19:30je ne sais plus comment ça s'appelait.
19:31Le confinement.
19:32Au final,
19:32on voit des trucs dans ce genre.
19:34J'entendais dans mon quartier
19:37telle personne qui disait
19:38je n'ai rien ce soir à manger
19:40et la voisine vient ce soir
19:42dîner avec nous, vous voyez.
19:43Non, il y a des formes de solidarité,
19:45c'est ça ce que j'appelle
19:47la reliance tribale, vous voyez.
19:50Maintenant, je dis
19:50pour être un peu plus
19:52un peu plus universitaire,
19:54idéal communautaire en gestation.
19:56Un idéal communautaire.
19:57Comme il y a eu l'idéal démocratique.
19:59Cette grande dame de la pensée,
20:00Anna Arendt,
20:01a bien montré
20:01comment s'est élaboré
20:02cet idéal démocratique.
20:03Pour moi, c'est fini.
20:04Par contre,
20:05il y a un idéal communautaire
20:06en gestation.
20:07Donc, bien sûr
20:08qu'il y a des entraides
20:09et des partages
20:10et il se trouve
20:11qu'encore une fois,
20:12Internet favorise cela.
20:14Moi, ma définition
20:15de la ponte modernisée,
20:16je vais la dire,
20:17je l'explique,
20:18synergie de l'archaïque
20:20et du développement technologique.
20:22Démultiplication des effets,
20:24archaïque,
20:24pas ce qui est dépassé,
20:25arché, c'est ce qui est premier,
20:27ce qui est fondamental,
20:28les tribus et Internet.
20:30En gros, c'est ça, vous voyez.
20:31C'est-à-dire comment,
20:32d'une certaine manière,
20:33grâce à ces réseaux,
20:34eh bien,
20:34une nouvelle manière
20:35d'être ensemble
20:36est en train de s'élaborer.
20:38C'est ça, la reliance.
20:39Donc, du coup,
20:41rester obnubilé
20:41par la fracture,
20:44rester obnubilé
20:44par les grandes idées
20:46modernes,
20:47marxisantes,
20:48disons,
20:49le domaine,
20:50le matérialisme historique,
20:52bon,
20:53c'est le vrai problème, ça.
20:54Je considère
20:55qu'encore une fois,
20:56les élites continuent
20:56à être obsédées par ça.
20:57Oui, mais vous êtes en train
20:58de me dire que l'inégalité
20:59n'est pas forcément
21:00une source de malheur,
21:01qu'il faut savoir la vivre différemment
21:02et qu'il faut se reconstruire
21:03dans un autre paramètre.
21:05Voilà.
21:05Moi,
21:05même pour tout vous avouer,
21:07je sais que c'est un peu audacieux
21:08ce que je dis,
21:08je pense que le mot même
21:09d'égalité est fini,
21:11a fait son temps,
21:12car autour d'une hiérarchie...
21:14La caissière de grande surface,
21:16Michel Lafézoli,
21:17elle n'a pas le même statut
21:19que l'animateur de grande...
21:21elle le peut vivre,
21:22bien sûr,
21:23mais elle peut aussi bien vivre,
21:25vous voyez.
21:26C'est important de voir ça,
21:27c'est-à-dire qu'on voit toujours
21:28le verre à moitié vide,
21:30moi j'essaie de le voir
21:30à moitié plein,
21:31c'est-à-dire que
21:32cette attitude critique
21:34qui ne s'est pas appréciée,
21:35appréciée,
21:36donnée son prix
21:36à ceux qui sont en train de naître,
21:38du coup,
21:39ne peut pas voir
21:40ce que,
21:40dans la sagesse populaire,
21:41on dit ce qui crève les yeux.
21:43Ce qui crève les yeux,
21:44c'est des formes d'entraide,
21:45actuellement.
21:46Des formes de partage.
21:48Vous voyez,
21:49de ces vieux mots...
21:49De solidarité.
21:50De solidarité.
21:51Et elles existent,
21:52on les a vues,
21:52on les a vérifiées,
21:53mais pas partout.
21:55Est-ce qu'il n'y a pas,
21:56parallèlement à ce tribalisme,
21:59je veux dire,
22:00d'épanouissement
22:00et de solidarité,
22:02est-ce qu'il n'y a pas
22:03un tribalisme de rupture,
22:05d'opposition
22:06et de rejet ?
22:08Dans les ghettos,
22:08dans les banlieues,
22:09voilà,
22:09tu n'es pas de ma tribu,
22:10donc tu dégages tes pas.
22:11Tu n'es pas des nôtres.
22:12Ce n'est pas tout à fait ça.
22:13Moi, je dirais
22:14qu'on voit bien un peu partout,
22:15pas qu'en France,
22:16de par le monde,
22:17si vous voulez,
22:17quelque chose qui fait
22:18que le peuple
22:19est en train de se révolter.
22:21Le milieu s'appelle
22:22l'ère des effervescence.
22:24C'est-à-dire effervescence.
22:25C'est un mot durcainien,
22:27j'ai occupé la chaire
22:28de Durkheim,
22:28donc je suis un peu fidèle
22:29à cette sociologie.
22:31Effervescence,
22:31il montre que quand
22:32quelque chose d'autre
22:33est en train de s'élaborer,
22:34il y a de l'effervescence.
22:36Et on voit bien
22:36comment actuellement
22:37il y a ces effervescences
22:38multiples,
22:39des gilets jaunes,
22:40au convoi de la liberté,
22:41aux diverses multiples
22:42petites manifestations
22:44ici ou là.
22:45Pour moi,
22:45cela traduit le fait
22:46qu'on ne se reconnaît plus
22:47dans ces élites.
22:48Voilà, c'est tout.
22:49Ça, c'est un constat
22:50que nous partageons tous.
22:51Je reçois Michel M.
22:53Fesoli,
22:53auteur de mes tribus
22:54aux éditions du CERF.
22:57C'est un manifeste
22:58qui c'est le bilan
22:59d'une vie de sociologue
23:00observant la post-modernité.
23:02On va le réjouir comme ça.
23:02Vous nous appelez
23:03au 0826 300 300
23:05parce que vous avez la parole.
23:06Il est donc 13h30 maintenant
23:10et Michel M. Fesoli
23:11va répondre.
23:12Vous pouvez soit échanger
23:13avec lui,
23:14poser une question,
23:15éventuellement le contester.
23:16C'est un homme extrêmement tolérant,
23:18bien entendu.
23:18Mais vous êtes certainement
23:20témoin vous-même.
23:21Vous avez été confronté
23:22à une situation
23:22de cette diversité,
23:24de ces anciennes tribus,
23:25de l'individualisme
23:25face à la collectivité.
23:27Est-ce que vous sentez
23:28que la solidarité
23:28l'emporte sur la fracture ?
23:30Voilà,
23:31on attend votre témoignage
23:31au 0826 300 300.
23:33Emmanuel Galasso
23:34est à l'affût
23:35pour attendre,
23:36pour recevoir votre appel.
23:38Midi 14h,
23:40Sud Radio,
23:41la France dans tous ses états,
23:43Péricault-Légas.
23:45Nous sommes le lundi 10 mai 2026,
23:47vous êtes sur Sud Radio,
23:48la France dans tous ses états.
23:50Je reçois Michel M. Fesoli,
23:52auteur de M. Tribu,
23:53édition du Cerf.
23:54Il est 13h33,
23:55le débat est passionnant
23:56parce qu'on parle de tribus,
23:58de communautés,
23:59voilà.
24:00Non,
24:01Michel M. Fesoli dit
24:02la fracture sociale
24:03n'est pas un terme
24:04qui correspond à la réalité.
24:05au contraire,
24:06il y a plutôt des actes
24:07de solidarité,
24:07on le voit lorsqu'il y a une épreuve.
24:09Nous avons en ligne Ben,
24:11bonjour Ben,
24:12qui nous appelle de Pesnas,
24:13Pesnas qui n'est pas très loin
24:14de Crézossac,
24:15vous voyez,
24:15c'est presque un pays.
24:17Et vous, Ben,
24:18vous êtes né en Algérie,
24:19vous êtes arrivé à un âge de 6 ans.
24:24Michel M. Fesoli dit
24:26nous,
24:26les communautés italiennes,
24:28espagnoles,
24:29portugaises,
24:30on vivait ensemble.
24:31Ça a été plus difficile pour vous
24:32quand on grandit
24:33dans la culture musulmane.
24:36Tout d'abord,
24:37bonjour à vous.
24:38Bonjour.
24:39Bonjour à M. Fesoli,
24:40bonjour aux auditeurs.
24:42Oui, effectivement,
24:43ça a été plus difficile.
24:44Plus difficile
24:45parce que
24:46moi,
24:47je vis d'un pays
24:47qui a connu
24:48la guerre d'Algérie,
24:50d'un pays
24:51où on avait
24:52une culture différente,
24:54une religion différente.
24:57Et ça,
24:59en 1963,
25:00c'était très compliqué.
25:02Au niveau de l'école,
25:03en plus,
25:03j'étais le seul
25:04Algérien à l'école.
25:06On a été,
25:07notre famille
25:08était la première famille,
25:09on a été la première famille
25:11algérienne à Pézenas.
25:13Alors,
25:14c'est une très belle ville,
25:15les gens sont très accueillants,
25:17mais la difficulté,
25:18c'est de s'adapter,
25:19de s'intégrer.
25:21Alors,
25:21le fait qu'on soit différent,
25:23c'est beaucoup plus difficile
25:25pour un Algérien
25:26que pour un Polonais,
25:28que pour un Italien,
25:29que pour un Espagnol.
25:29Ça s'est passé comment,
25:31Ben ?
25:31Ça s'est passé comment ?
25:32Il y a eu des moments de tension ?
25:34Il y a eu des rejets ?
25:35Non,
25:35du rejet,
25:35du rejet.
25:37Du rejet.
25:38Moi,
25:38je vais vous citer un exemple.
25:39À l'école,
25:40je me suis fait un ami.
25:42Bon,
25:43c'est une garçon de mon âge
25:44qui a 7-8 ans.
25:47Ce garçon me dit,
25:49viens faire un goûter
25:50chez moi,
25:50à ma maison.
25:52Donc,
25:53il ouvre la porte,
25:54sa mère ressort,
25:55elle me voit,
25:57elle devine
25:57que je ne suis pas français,
26:00pas forcément
26:01qu'elle ne devine pas
26:02que je ne suis pas,
26:03mais un garçon d'Afrique.
26:05Elle m'a dit,
26:06vous ne rentrez pas,
26:06vous restez devant la porte.
26:09Voilà.
26:09On est en quelle année,
26:10là ?
26:11Ben,
26:11on est en quelle année ?
26:1273-74.
26:13Oui,
26:13je vois.
26:15Comme quoi...
26:15Vous savez,
26:16pour l'enfant que j'étais,
26:18c'est douloureux.
26:19Évidemment.
26:19Voilà.
26:20Ce n'est pas la question
26:21d'Italien,
26:23c'est la question du rejet.
26:24Moi,
26:25vous savez,
26:25j'aime la France,
26:26c'est mon pays.
26:26De toute façon,
26:26moi,
26:27je suis arrivé à un sujet.
26:28On n'en doute pas.
26:29On n'en doute pas,
26:29Ben.
26:30J'aime mon pays
26:31par rapport à sa culture,
26:32etc.
26:32Mais bien sûr.
26:33Le problème,
26:34c'est que la France,
26:34elle ne nous aime pas toujours.
26:36Certains Français,
26:37elle ne nous aime pas.
26:39On nous juge par rapport
26:40à la religion
26:41et sans compter,
26:42sans compter les médias,
26:45certains médias,
26:47qui ne sont pas là
26:48pour nous rassembler,
26:48pour nous unir,
26:50pour la fraternité,
26:51pour partager.
26:53Non,
26:53qui sont là
26:53pour nous diviser.
26:55C'est-à-dire
26:56qu'il y a des bons musulmans,
26:57il y a des mauvais musulmans,
26:58il y a des bons algériens,
27:00il y a des mauvais algériens.
27:01Et,
27:02vous savez,
27:03c'est très compliqué.
27:03Moi,
27:04je veux dire,
27:05moi qui suis de culture musulmane,
27:07j'ai de la difficulté
27:09quand je vois des gens
27:10qui rejettent d'autres gens.
27:11Je ne peux pas accepter ça.
27:13Ben,
27:13Ben,
27:13Ben,
27:14Ben,
27:14vous reconnaissez que
27:15tous les gens
27:16qui sont nés en Algérie,
27:17qui sont nés en France,
27:18n'ont pas votre discours.
27:19L'immense majorité
27:20pense,
27:21vit comme vous.
27:23Il n'y a aucun problème.
27:24Vous savez qu'il y en a
27:24de plus en plus
27:25qui,
27:25pour des raisons diverses
27:26et variées,
27:26dont on peut parler
27:28indéfiniment,
27:29n'ont pas cette approche
27:30de la France
27:31que vous.
27:31C'est peut-être que là
27:32le problème se pose.
27:34On laisserait prendre
27:34Michel Maffesoli
27:35parce que je veux
27:36qu'il nous dise
27:36quelle différence il fait
27:37entre les communautés,
27:38les tribus qu'il a connues,
27:39pourquoi c'est plus difficile
27:41aujourd'hui
27:41quand on est peut-être
27:42d'un autre continent
27:43ou d'une autre religion.
27:44Non, mais écoutez,
27:45la vie n'est jamais
27:46tout à fait aisée.
27:47Ce que vient de dire monsieur,
27:49on a tout un exemple
27:50qui le montre.
27:51C'est évident.
27:52En même temps,
27:53moi,
27:53ce n'est pas mon sentiment
27:54puisque je parle de...
27:56Écoutez,
27:56je ne vous l'ai pas dit,
27:57cher ami,
27:58mon grand-père était italien,
28:00il va d'abord travailler
28:02en Algérie
28:02et ma grand-mère est arabe.
28:03Elle est algérienne.
28:05Voilà.
28:05Que j'ai connue
28:06jusqu'à sa mort
28:08et qu'en même temps,
28:10s'est intégrée...
28:11Donc la mère de votre père.
28:12Pardon ?
28:12La mère de votre père.
28:13La mère de mon père.
28:14C'est bien connu.
28:15Il m'a fou de le s'appeler.
28:16Donc il est bien connu,
28:17etc.
28:17Voilà.
28:18Mais ce pour dire
28:19que la réponse
28:20à ce monsieur
28:22qui vient de m'écouter
28:24le 9 octobre,
28:24je suis à Pézenas.
28:26Eh bien,
28:269 octobre.
28:28Voilà.
28:30Non,
28:30le problème,
28:31c'est celui-ci,
28:32c'est pour qu'il y ait
28:33de l'intégration,
28:34il faut qu'il y ait
28:34de l'assimilation.
28:36C'est tout.
28:36Et de fait,
28:38pour ceux que j'ai connus,
28:39moi,
28:39pour ceux que je vois
28:40encore actuellement
28:41des jeunes
28:41qui viennent me rencontrer
28:44il y a une forme
28:45d'assimilation,
28:46j'insiste là-dessus.
28:47On a parlé
28:48à la culture française.
28:49Voilà, c'est tout.
28:50Et c'est quand il y a
28:51cette assimilation
28:52qu'il y a possible intégration.
28:54Un des philosophes
28:55qui m'a beaucoup marqué,
28:56qui est un philosophe allemand
28:57qui s'appelle Zimmel.
28:58Bon.
28:59Sa pensée serait,
29:00il disait à deux mots.
29:02Le pont et la porte.
29:03Vous voyez ?
29:04Le pont et la porte.
29:05Le pont et la porte.
29:06Il y a cette espèce
29:07de le pont
29:08et en même temps,
29:08quelque chose qui fait
29:09qu'il faut que la porte
29:10aussi se referme
29:11et qu'il y ait intégration.
29:12Pour qu'il y ait intégration,
29:13il faut qu'il y ait assimilation.
29:14Je ne sais pas
29:14si je comprends.
29:15Si, si.
29:16Ben, vous connaissez pourtant
29:17des Algériens
29:18ou des musulmans
29:19qui ont été intégrés
29:20ou assimilés
29:21et qui vivent
29:22leurs citoyens des Françaises
29:23sans souffrance.
29:25Il y en a.
29:25Il y en a.
29:26Non, non.
29:26Non, mais écoutez,
29:27moi, je ne veux pas
29:28absolument pas généraliser.
29:29Oui.
29:30Quand on parle de ça,
29:31il ne faut surtout pas généraliser.
29:32Mais on ne généralise pas.
29:33J'ai bien compris.
29:34Non, mais je ne vous soupçonne pas
29:35de généraliser.
29:36Monsieur,
29:37ce qui est important
29:38et ça,
29:38je voudrais quand même
29:38le souligner,
29:40c'est que chaque pays
29:41a une histoire.
29:42Et nous, l'Algérie,
29:43on a une histoire
29:44avec la France.
29:45C'est un pays
29:46qui a été conduit
29:47à la guerre d'Algérie.
29:48Et ça,
29:48cette affaire
29:49n'a jamais été réglée.
29:51Et aujourd'hui,
29:52aujourd'hui,
29:52encore aujourd'hui,
29:53il y a des gens...
29:54Vous regardez la France
29:55avec l'Algérie
29:56actuellement sur l'actualité.
29:58C'est une histoire
29:58qui n'a jamais été réglée.
30:01Même pour les pieds noirs.
30:03Et le problème,
30:03il est là.
30:04C'est que tant qu'on n'aura pas
30:05réglé cette problématique
30:07au niveau de la guerre
30:08d'Algérie,
30:09au niveau de ça,
30:10on aura toujours des gens
30:11qui refuseront,
30:13qui n'accepteront pas
30:14qu'il y a des gens
30:15qui aiment la France
30:16et qui veulent devenir français.
30:18Parce que moi,
30:19je sais qu'il y a des gens
30:20qui aiment ce pays,
30:23qui se considèrent
30:24comme français,
30:25mais certains français
30:27ne les aiment pas
30:28et une certaine France
30:29ne les veut pas.
30:29On a reçu votre témoignage.
30:32Ça sera l'objet
30:33évidemment de thèmes
30:35d'émission très importants
30:36parce qu'on est au cœur
30:36de l'actualité.
30:37Merci Ben
30:37pour votre témoignage.
30:39Là, on a Luc
30:40qui nous appelle
30:41du Péreux-sur-Marne.
30:42Alors Luc,
30:43vous divergez légèrement
30:44de ce que suggère
30:45Michel Maffesoli.
30:46Vous pensez
30:47que l'intégration,
30:48et vous étiez
30:49âgé d'un papa italien,
30:51je précise,
30:51et vous dites
30:52pour moi,
30:53il faut plus parler
30:54d'intégration
30:54que d'assimilation.
30:56Bonjour Luc,
30:56c'est bien ça ?
30:57Bonjour Périco,
30:58bonjour M. Maffesoli.
31:00Bonjour.
31:00Bonjour.
31:02Je suis avec,
31:03je dirais,
31:05comment dire,
31:07émotion
31:07que je m'intègre
31:09dans votre discours
31:09de haute volée.
31:11Et j'espère
31:11pouvoir
31:13faire part
31:14de mon sentiment.
31:16Alors,
31:16déjà une chose,
31:17Périco,
31:18je voudrais,
31:18je m'entends,
31:19je voulais faire,
31:19vous remercier
31:20pour un restaurant
31:22que je fais connaître
31:23en vallée de Dordogne,
31:24le pont de Louis.
31:25Ah oui,
31:25à la Cable,
31:26évidemment,
31:27dans le Lot,
31:28en plein Cercie.
31:29Merci,
31:30merci.
31:31Je veux réagir
31:33à ce que dit,
31:34ce que vient de dire Ben
31:36quand il s'est vu
31:37refuser la porte
31:38d'une femme française
31:40en arrivant d'Algérie.
31:41Nous,
31:42les Pieds Noirs,
31:42avons connu cela aussi.
31:44Et je pense,
31:45pour la bonne raison,
31:46la simple et bonne raison,
31:47que les Français,
31:48à l'époque,
31:49considéraient
31:50que la perte
31:51de leurs enfants,
31:52c'est mon avis,
31:53la perte de leurs enfants
31:54lors de la guerre d'Algérie,
31:56nous était imputable à tous.
31:57Et oui.
31:58Aussi bien les musulmans
31:59que les Pieds Noirs.
32:00Et oui.
32:00Quand nous sommes arrivés,
32:02ma mère était française,
32:03comme on dit,
32:04de souche,
32:05mon père est Alger,
32:07d'un père italien,
32:08d'une mère suisse,
32:09d'une mère suisse protestante.
32:13Quand nous sommes arrivés,
32:14nous avons eu
32:15toutes les peines du monde
32:16à trouver des logements.
32:17Nous nous faisions
32:18cahacer
32:21revu de l'unitratisation
32:22de nos voitures,
32:23la tripulation à Marseille,
32:25puisqu'on est arrivés à Marseille.
32:26Et nous avons eu
32:27la même réception
32:28que les musulmans.
32:31Donc,
32:32après,
32:33ça s'est tâché
32:34parce que,
32:36oui,
32:37comme vous le disiez,
32:37moi je pense
32:38que tout cela
32:39est un problème
32:39de civilisation.
32:41Comme nous vétions
32:41en Algérie,
32:45mon grand-père,
32:46une fratrie
32:47de quatre Italiens
32:48céréales bâtisseurs,
32:50c'est-à-dire
32:50constructeurs,
32:51ma grand-mère
32:52sergent de l'armée du Seine,
32:54ils faisaient tout
32:55pour que
32:58les musulmans,
32:59les arabes
33:00soient intégrés,
33:02mais en gardant
33:04leurs spécificités.
33:06pour vous donner
33:07un exemple
33:08des trucs,
33:09des choses bêtes,
33:10mais quand mon grand-père
33:11avait un ouvrier
33:12parce qu'il y avait
33:13une très grosse miroir
33:13là-bas,
33:14partait à la retraite,
33:15il lui offrait
33:16ce qu'on appelait
33:17une petite épicerie
33:18moisalite.
33:19Nous ne fêtions pas Noël
33:21tant que nous n'avions pas
33:22distribué
33:23la soupe
33:24dans la rue.
33:26Et donc,
33:27c'est cette générosité
33:28dont parlait
33:28ma chérie
33:29Maffesoli
33:30qui,
33:30je crois,
33:32est l'apanage
33:33de notre civilisation.
33:36Merci Luc
33:36pour votre témoignage.
33:37Michel Maffesoli,
33:39on est en phase
33:41avec la théorie
33:42de Michel Maffesoli.
33:44Est-ce qu'une
33:45tribu
33:46peut intégrer
33:47ou peut aussi
33:48rejeter ?
33:49Non,
33:50mais soyons clairs,
33:50il peut y avoir
33:51des quantités d'exemples
33:52telles qu'ils ont été donnés
33:53où il y a du rejet.
33:55Mais voilà,
33:55moi,
33:55mon sentiment,
33:56je vous ai donné
33:57mon sentiment,
33:58globalement,
33:59on est en train
34:00de changer,
34:00on est en train
34:01de vivre,
34:02comment dire cela,
34:02un autre esprit
34:03du temps,
34:03un autre imaginaire.
34:04Ah,
34:04il y a une autre époque,
34:05vous êtes formel là-dessus,
34:06post-modernité,
34:07il y a un peu vers ce rang.
34:08Deux mots très simples,
34:09enfin,
34:10mots très simples.
34:11Quand Auguste Comte,
34:13mon compatriote,
34:13il est de Montpellier,
34:15décrivait la société,
34:16il disait en latin
34:17« Reduxio ad unum »
34:18ont réduit à l'un,
34:20l'un de l'individu,
34:21l'un de l'état-nation,
34:22etc.
34:23Et ce fut l'esprit du temps,
34:25l'imaginaire moderne.
34:26Voilà.
34:27Globalement,
34:27c'était ça qui était dominant.
34:28Pour moi,
34:29l'imaginaire en cours,
34:30mais soyons clairs,
34:31ça se fait avec difficulté,
34:33ce n'est pas réussi
34:35du jour au lendemain.
34:36Mais ce qui va être en jeu,
34:38ce ne sera plus
34:38cette réduction,
34:40mais,
34:40alors,
34:41je le redis en latin,
34:42cette coincidencia oppositorum,
34:43cette coïncidence
34:44des choses opposées.
34:45Voilà mon hypothèse,
34:47voilà ce qu'est cet imaginaire
34:49en gestation.
34:50Qui dit en gestation,
34:51veut dire,
34:52ben voilà,
34:53il y a des reculs,
34:54des avancées,
34:56il y a des oppositions,
34:57il y a toute une série
34:58d'attitudes quotidiennes
35:00qui vont à l'encontre
35:01de ce que je dis.
35:02Mais voilà mon hypothèse
35:03sur ce qui est
35:03sur la longue durée.
35:04Voilà.
35:05Michel Maffesoli,
35:06merci pour votre témoignage.
35:09Je rappelle votre livre
35:10« Mes tribus »
35:11édition du CERF.
35:12Si je peux résumer,
35:13vous y défendez l'idée
35:14que l'avenir du lien social
35:15se jouera moins
35:16dans la rationalité économique
35:17que dans la communion
35:19des sensibilités.
35:20Michel Maffesoli,
35:21vous restez avec nous,
35:22on a encore un quart d'heure
35:23d'échange avec ceux
35:24qui nous écoutent,
35:26ouvert à toute l'actualité,
35:27mais si la thématique
35:28vous sensibilise,
35:29vous serez le bienvenu
35:30pour participer
35:31à cet échange
35:32avec les auditeurs
35:34de Sud Radio.
35:35Midi 14h,
35:37Sud Radio,
35:38la France dans tous ses états,
35:40Péricault-Légas.
35:41Vous êtes bien sur Sud Radio
35:42en ce lundi 18 mai 2026,
35:44il est 13h48.
35:46La parole est à ceux
35:47qui nous appellent,
35:48bien entendu,
35:48en permanence
35:49sur Sud Radio
35:49qui est la radio
35:50du Parlons Vrai,
35:5113h30 sur le thème
35:52de notre invité
35:53et de 13h45
35:55à 14h
35:56sur toute actualité
35:57et pourtant,
35:58vous êtes de Jean-Michel
36:00et Fabrice
36:00qui nous appelaient
36:01pour continuer
36:02à dialoguer
36:02avec Michel Maffesoli
36:04sur les tribus,
36:05comme quoi,
36:05Michel Maffesoli,
36:06c'est une thématique
36:07qui interpelle
36:08et qui évidemment
36:09touche beaucoup plus de gens
36:10que l'on pense.
36:11Je commence par Fabrice
36:13qui nous appelle
36:13de Gérons.
36:15Bonjour Fabrice.
36:16Bonjour Péricault,
36:17bonjour M. Maffesoli
36:18et bonjour à tous les auditeurs.
36:19Alors,
36:20on a beaucoup parlé de Pologne
36:21là dans les échanges,
36:22dans les exemples.
36:22Votre papa était aussi polonais,
36:25il est né en Pologne.
36:26Absolument,
36:26tout à fait,
36:27tout à fait,
36:28il était polonais
36:29et pour revenir un petit peu,
36:32pour rebondir
36:33sur ce qui a été dit,
36:35je pense que,
36:36moi je vais aller un petit peu,
36:38je pense,
36:38dans le sens
36:40de Georges Zimel
36:42dont a parlé
36:42M. Maffesoli,
36:43c'est-à-dire que,
36:45moi de mon côté,
36:46moi je considère que,
36:47vu l'expérience
36:48par rapport à mon papa,
36:50l'intégration
36:51ça va dans les deux sens.
36:52C'est-à-dire que,
36:54pour être intégré,
36:55il faut faire
36:56cette démarche d'intégration.
36:57Moi c'est cette démarche
36:58qu'il a fait.
37:00Il faut avoir envie,
37:00vous voulez dire ?
37:01Il faut avoir envie.
37:02Pardon ?
37:03Il faut avoir envie.
37:04Il faut avoir envie.
37:04Oui, oui, oui,
37:05tout à fait.
37:05Envie et une vraie volonté.
37:07Moi,
37:07vous voyez,
37:08moi je m'appelle Fabrice,
37:09mon frère s'appelle Pierre,
37:10mon père,
37:11Dandré,
37:12a dit,
37:14il avait fui
37:16des régimes autoritaires,
37:19communistes,
37:20par rapport aux Russes,
37:21puis après,
37:21il a été rire en Allemagne,
37:22où il y a un certain
37:23moustachu qui est arrivé.
37:25Quel était son prénom ?
37:26Quel était son prénom,
37:27votre papa ?
37:27Mon père,
37:28Joseph.
37:28Joseph.
37:29Comment on dit en polonais ?
37:30Comment on dit en polonais ?
37:31Josip ?
37:32Oui, oui, oui.
37:35Et votre nom,
37:36votre patronyme que je vois,
37:37je ne le donne pas,
37:38il a une consonance totalement polonaise,
37:40il n'y a aucun problème.
37:41C'est le lieu de récolte des myrtilles.
37:42Avec des W,
37:43des C,
37:44des Z,
37:45des K,
37:45c'est le premier.
37:47Le W,
37:47C,
37:48Z,
37:48des K,
37:49veut dire le lieu en polonais.
37:51D'accord.
37:52Ok,
37:52je comprends beaucoup de choses.
37:53Voilà.
37:54Et si vous voulez,
37:56lui,
37:56sa volonté,
37:56ça a été de dire,
37:57bon ben voilà,
37:58la France m'a accueilli,
38:00la France m'a donné,
38:01m'a permis,
38:02m'a permis de m'en sortir,
38:04et il avait une réflexion
38:07qui va se terminer très abrupte,
38:08qui va choquer,
38:09mais c'était sa pensée.
38:12Vu tout ce que la France m'a offert,
38:13je n'ai qu'un droit,
38:14c'est de me taire.
38:15Et de dire merci.
38:16Et de dire merci.
38:18Et donc lui,
38:19il voulait,
38:20ben lui,
38:21il avait son histoire,
38:23mais pour lui,
38:24il voulait faire
38:25deux petits français.
38:26Il a fait deux français,
38:27et on a été élevés
38:28dans cette culture française
38:29à 100%.
38:30Ça ne veut pas dire
38:31oublier les racontes.
38:32Non, non,
38:32au contraire.
38:32Ça ne veut pas dire
38:32les racontes oublier.
38:34Mais,
38:35mais,
38:35mais,
38:36mais,
38:37voilà,
38:37lui,
38:37une page était tournée,
38:39quoi.
38:39Et la France l'avait accueilli,
38:40il en était reconnaissant,
38:42il avait cette reconnaissance,
38:43et la meilleure façon
38:44de renvoyer la reconnaissance
38:45à la France,
38:46c'était de nous élever
38:48comme des français.
38:49Bien sûr.
38:51Fabrice,
38:51voilà,
38:52le témoignage n'est pas courant,
38:53Michel Maffesoli,
38:54voilà,
38:55quelqu'un qui dit,
38:56vu ce que la France m'a donné,
38:57je dois évidemment...
38:58Bien sûr.
38:59Moi,
38:59ce que vient de dire notre ami,
39:01moi,
39:01je l'ai connu encore une fois,
39:03enfin,
39:03dans ce petit village
39:04de 3000 habitants,
39:05il y avait 600 Polonais
39:06et qui ont fait
39:08cette assimilation
39:09qui était très forte.
39:10Alors,
39:10cela dit,
39:11amusant ça,
39:12enfin,
39:13amusant,
39:14il y avait certains Polonais
39:15qui ne voulaient pas
39:16s'assimiler.
39:17Et à l'époque,
39:18on ne prenait pas des gants
39:19et moi,
39:20je me souviens encore une fois
39:21du bus
39:21où on a rempli
39:22de Polonais,
39:23des jeunes,
39:24des parents,
39:24etc.,
39:25renvoyés en Pologne
39:26parce que justement,
39:27c'était,
39:28j'ai eu le mot qu'en la matière,
39:30les grèves de 49.
39:31Voilà,
39:32qui considéraient
39:33qu'ils ne voulaient pas
39:35s'assimiler,
39:36donc ils partaient.
39:37Mais par contre,
39:38je maintiens,
39:39je ne vais pas répéter ça,
39:40disons que,
39:41de fait,
39:41il y avait cette nécessité
39:43du pont et de la porte.
39:44Du pont et de la forme.
39:44Donc,
39:45il peut y avoir
39:45de la rémigration aussi
39:46à l'époque.
39:48Nous avons Jean-Michel
39:49qui nous appelle de Bordeaux.
39:51Alors,
39:51Jean-Michel,
39:51bonjour Jean-Michel,
39:53votre papa est aussi polonais
39:55et vous vous dites
39:56que la civilisation
39:57pour les Polonais,
39:58les Italiens
39:58et les Portugais
39:59est plus simple
40:00pour des raisons
40:00de civilisation judéo-chrétienne.
40:03Exactement.
40:04Bonjour,
40:05Torigo,
40:05bonjour Michel,
40:06c'est solide
40:07que je lis
40:09de temps en temps.
40:11Je m'inscris
40:11dans la droite lignée
40:12de mon copain Fabrice
40:15qui est passé avant moi.
40:16Oui.
40:17Alors,
40:18moi aussi,
40:18si vous voulez,
40:19je suis polonais
40:20d'origine
40:20de papa et maman polonais,
40:22mon parents polonais,
40:25qui ont transité
40:26par l'Allemagne,
40:27bien sûr,
40:28dans les mines
40:28de charbon.
40:30Mon père
40:31a travaillé
40:32dans la sidérurgie
40:32Lorraine
40:33et parfois,
40:34il faisait 16 heures
40:36d'affilée.
40:37J'allais lui emmener
40:37son petit cas de croûte
40:39entre les deux
40:41huit heures.
40:43Ensuite,
40:45mon père m'a descendu
40:46dans les mines
40:47de fer,
40:47etc.
40:49Je vivais
40:50dans un village
40:51qui s'appelait
40:51Oumécourt,
40:528000 habitants.
40:55Il y avait
40:56près de 3000
40:57employés
40:58à l'usine
40:59Sidélor,
40:59Sidélogique Lorraine.
41:01C'était
41:02de Vindel,
41:02etc.
41:03Et donc,
41:04mon papa,
41:05si vous voulez,
41:06je vais vous lire une chose.
41:07On n'a jamais eu
41:08de voiture,
41:08on avait juste
41:09un vélo.
41:10On a eu un surlex
41:11un jour,
41:11c'était royal.
41:12Et mes parents
41:13n'avaient qu'une ambition,
41:14c'était que mon frère
41:15et moi,
41:15nous faisions de grandes
41:16études.
41:18Voilà.
41:19Et on n'avait pas
41:20tout le confort
41:21d'aujourd'hui,
41:22etc.
41:23Je signalerais
41:24à M.
41:25Maffesoli
41:25que la moitié
41:26de ma famille
41:26polonaise
41:27s'est mariée
41:28avec une moitié
41:29complètement italienne.
41:31Donc,
41:32vous voyez un peu,
41:33on s'entendait très bien.
41:34Mais c'est l'Europe.
41:36C'était l'Europe,
41:37la vraie.
41:38C'était une forme
41:40d'Europe,
41:40je dirais,
41:44sympathique.
41:45Voilà.
41:46Et donc,
41:46mon frère a fait
41:47des grandes études,
41:48il a fini patron
41:49des ascédiques.
41:50Moi,
41:51j'ai été journaliste
41:51à Paris,
41:53puis après,
41:54j'ai monté
41:54des agences de pub.
41:56Malheureusement,
41:56mon père n'a pas pu
41:57voir tout ça.
41:58Mais vous voyez,
41:59on revient de loin
42:00et nous étions
42:01assez quand même,
42:03nous avions une culture
42:04catholique quand même.
42:06Mes parents m'obligeaient
42:07à aller à la messe
42:08tous les dimanches matins.
42:09Donc,
42:10je pense que
42:12l'immigration
42:13dont on parle
42:14et dont Michel Maffesoli
42:15parle
42:16n'est pas celle d'aujourd'hui.
42:19Mais,
42:19Michel Maffesoli,
42:20vous avez raison,
42:22il y avait ce fonds commun
42:23de catholique
42:26et catholons,
42:26ce qui rassemble
42:27les morceaux.
42:28Les musulmans
42:29qui sont parfaitement
42:30intégrés
42:30et assimilés aussi.
42:32Mais c'est vrai
42:33que moi,
42:33je n'ai pas trop envie
42:34de parler de ça.
42:35Il y a actuellement
42:35dans le monde musulman
42:36des gens
42:38qui ne veulent pas
42:38s'intégrer.
42:39C'est l'endroit.
42:41Mais par contre,
42:42ce qui était
42:42le background commun
42:44de toutes ces immigrations
42:46de l'époque,
42:47polonais,
42:47italiens,
42:49espagnols,
42:49etc.,
42:50c'était,
42:50il est vrai,
42:51ce catholicisme.
42:53Catholicisme traditionnel
42:54et qui se perdure,
42:55qui perdure actuellement.
42:57Moi,
42:57je vois comment
42:58la messe en latin,
43:00la messe traditionnelle
43:01et ceux qui rassemblent
43:01justement
43:02ces gens-là.
43:03Bien sûr.
43:04Mais Michel Maffesoli,
43:05vous ne pensez pas
43:06que l'école
43:06qui fut un instrument
43:07formidable d'intégration
43:08et d'assimilation,
43:10c'est parce qu'elle est en panne.
43:11Les musulmans
43:12sont toujours les mêmes.
43:12Il y en a qui se sont intégrés
43:13et assimilés merveilleusement.
43:15Et même s'ils ne s'intègrent pas,
43:17ils sont heureux d'être en France
43:18et sont en paix
43:18avec la société française
43:20parce que l'école
43:21a fait la pédagogie.
43:22Justement,
43:23votre pédagogie
43:24de la sensibilité,
43:25du partage
43:26et de l'émotion.
43:27Excusez-moi,
43:28là,
43:28ça sera un autre débat,
43:29je ne peux pas développer,
43:30mais pour moi,
43:30la pédagogie,
43:31l'éducation,
43:32c'est fini.
43:33Ah bon ?
43:33Chaque espèce animale,
43:35écoutez-moi,
43:36chaque espèce animale
43:37doit transmettre,
43:38la transmission.
43:39J'entends bien.
43:39L'éducation,
43:40ou pédagogie,
43:41si je prends le mot grec,
43:42a été éducation tirée.
43:44Oui.
43:44On tire.
43:45Le petit enfant qui est nul,
43:46on va en faire un humain,
43:48etc.
43:49Ça a marché,
43:50ce n'est plus le cas.
43:50Moi,
43:50j'en suis le résultat,
43:52si je puis dire.
43:53Là,
43:54il y a une autre forme
43:55de transmission
43:56qui est en train de se faire,
43:57c'est l'initiation.
43:58L'initiation ne postule pas
44:00qu'il n'y ait rien
44:00et que je tire,
44:01mais faire ressortir
44:03le trésor qui est là.
44:05Institutionnellement,
44:05c'est l'éducation
44:06qui prédomine.
44:08Alors que chez ces jeunes générations,
44:10ils ont envie
44:10d'initiation.
44:12Alors,
44:12si on a peur du mot initiation,
44:14on va dire coaching,
44:15accompagnement,
44:15enfin,
44:15peu importe en la matière.
44:17Le changement,
44:18il est là.
44:19La modernité,
44:19c'est l'éducation,
44:20vous avez compris,
44:21éducat,
44:21je te tire,
44:22toi,
44:22je ne sais pas,
44:23moi je sais,
44:23je te tire.
44:25Là-dessus,
44:25que fonctionne l'école,
44:27l'université,
44:27etc.,
44:27ça ne marche plus,
44:28ça.
44:28La transmission existe quand même.
44:30Alors,
44:30la transmission prend la forme
44:31de l'initiation.
44:32D'accord.
44:33Internet aidant,
44:34c'est ça qui est important.
44:35Moi,
44:35j'écris dans l'Encyclopédie Universalis,
44:37maintenant,
44:37c'est Wikipédia.
44:39Wikipédia,
44:40qu'on le veuille ou non,
44:41pour le meilleur et pour le pire,
44:42pour moi,
44:42c'est méchant,
44:42mais il n'en reste pas moins
44:44que c'est de l'initiation
44:45et ce n'est pas,
44:46vous comprenez ce que je veux dire,
44:47simplement,
44:48de l'éducation.
44:48On en revient toujours à peu près
44:50à la phrase de Rabelais,
44:50science sans conscience
44:51n'est que ruine de l'âme.
44:52Voilà,
44:53il faut savoir utiliser ces outils.
44:54C'est un débat énorme.
44:55Mais ça sera l'occasion
44:56de revenir à Michel-Michel Matézoli.
44:58On a évidemment abordé 2%
45:00de ce qu'on pouvait évoquer avec vous.
45:02Vous reviendrez sur Sud Radio
45:04pour continuer à parler
45:05de cette évolution,
45:06de ce changement d'époque,
45:07de cette post-modernité
45:09auquel on a du mal à s'habituer.
45:11Voilà,
45:11c'est terminé pour aujourd'hui.
45:13Je vous donne rendez-vous
45:13à demain.
45:14Albin sera là,
45:15bien entendu,
45:15toute l'équipe.
45:16Bien sûr.
45:16L'actualité sera riche et fournie
45:18et vous pourrez intervenir
45:20au 0826 303 ans,
45:22ce que vous pouvez faire en permanence.
45:23Cette radio est à vous
45:24pour donner vos avis
45:25sur ce qui se passe
45:27dans ce monde
45:27qui est devenu tout fou,
45:29tout fou, tout fou,
45:29mais dans lequel on est quand même
45:30très heureux
45:31de vivre encore
45:32et de partager des émotions
45:33et notamment
45:33ces bons vins de France
45:35que nous dégustons
45:36avec modération
45:36avec les plats
45:37que nos terroirs nous offrent
45:38avec immodération.
45:40A demain.
45:42Midi 14h,
45:43la France dans tous ses états.
45:45Sud Radio.
Commentaires