- il y a 23 heures
Regardez L'esprit de l'info avec Alain Duhamel avec Thomas Sotto du 18 mai 2026.
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00:017h, 9h30, RTL Matin, Thomas Soto.
00:04A 9h12, c'est notre époque, une époque brutale, donc violente, inquiétante.
00:08D'où notre question centrale ce matin, l'État a-t-il perdu la main ?
00:12On en parle avec notre éditorialiste Alain Duhamel. Bonjour Alain.
00:14Bonjour.
00:14Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nouniez, on en parlait, va présenter aujourd'hui au Sénat son projet de loi
00:19RIPOST.
00:19RIPOST, c'est un acronyme pour réponse immédiate au phénomène troublant l'ordre public, la sécurité et la tranquillité de
00:26nos citoyens.
00:27Enfin, une loi, une loi de plus, une loi pourquoi, ça sert encore à quelque chose, c'est de la
00:32com, c'est quoi ?
00:33En tout cas, ce n'est pas quelque chose d'original, parce que le nombre de ministres de l'Intérieur
00:37qui ont présenté une loi à un moment
00:39pour expliquer qu'avec eux tout allait brusquement changer et qu'ils avaient enfin trouvé les solutions, etc.
00:48Si ça n'est pas la cinquantième, ça n'est pas la première.
00:51C'est un texte qui a été repris de ce qu'avait commencé à préparer Bruno Retailleau.
00:54Absolument, oui.
00:55Le prédécesseur de l'Europe, c'est sûr qu'en ce moment, il y a une demande de sécurité.
01:02Et il y a une demande de sécurité parce qu'il y a eu des montées des violences.
01:08On le voit bien dans beaucoup de domaines.
01:10On le voit même encore ce week-end dans un stade après un match.
01:16Oui, c'est ça, mais on le voit évidemment avec le narcotrafic dans de plus en plus de communes, y
01:23compris des petites communes.
01:25Des communes rurales.
01:26Oui, oui, c'est ce qui est spectaculaire et inquiétant.
01:31Bon, et puis il y a une violence aussi chez les jeunes adolescents, de plus en plus tôt.
01:37Mais vous trouvez vraiment que c'est plus grave, plus marqué, plus fort qu'avant ?
01:42On parle d'insécurité ou de ce fameux sentiment d'insécurité qu'avait valu d'ailleurs des tombeaux de je
01:49sais pas quoi Eric Dupond-Moretti quand il a parlé du sentiment d'insécurité ?
01:52Et à Lionel Jospin sur le même thème auparavant.
01:55C'est vraiment dégradé ?
01:56Ou on en parle plus ?
01:59D'abord, un sentiment d'insécurité, ça n'est pas un fantasme, c'est quelque chose qui est réellement ressenti.
02:05Un sentiment, c'est concret et ça agite sur la psychologie et ça trouble beaucoup les gens.
02:11Bon, ensuite qu'il y ait une montée de la violence, pour ne prendre qu'un exemple, la montée de
02:15la violence chez les jeunes adolescents, c'est un fait.
02:20Et on voit très bien d'ailleurs que l'ensemble des délits chez des moins de 14 ans, je dis
02:29bien chez des, pas chez les, mais bon, c'est quelque chose qui prend de l'ampleur et qui est
02:35inquiétant.
02:36qui est peut-être lié en partie à ce qu'ils regardent sur leur portable ou leurs écrans en général,
02:45mais en tout cas, oui, ce climat-là, il existe.
02:49Alors, il y a ce climat et puis il y a peut-être une tolérance un peu plus grande à
02:53la violence.
02:54Peut-être qu'on s'est habitué à la violence tout à l'heure, ce matin, c'est Emmanuel Grégoire,
02:57le maire de Paris, qui était assis à votre place.
02:59Et on a évoqué les incidents qui ont suivi la qualification du Paris Saint-Germain pour la finale de la
03:04Ligue des Champions.
03:05D'après le match contre le Bayern de Munich, il y avait des incidents à Paris.
03:08Bilan, 127 interpellations, 23 policiers blessés et 95 gardes à vue.
03:13Et voici ce qu'en a dit le nouveau maire de Paris.
03:16Désolé de le dire, mais c'est la vie, la vie est ainsi faite qu'il y a des incidents.
03:19Il faut se résoudre quand on vit en société, à savoir gérer les problèmes tels qu'ils se présentent et
03:24pas les nier ou les minimiser ou au contraire les maximiser.
03:27Désolé de le dire, mais la vie est ainsi faite. Est-ce que ça, c'est audible dans la bouche
03:31d'un responsable politique ?
03:33Non, c'est pas très habile.
03:34Alors, c'est vrai qu'après des matchs de football, il y a souvent eu des problèmes.
03:40Bon, il y a un moment où, par exemple, au Royaume-Uni, ça prenait de telles proportions qu'il a
03:46fallu des mesures vraiment drastiques.
03:48Bon, en France, on a connu ça, évidemment, il ne faut pas faire semblant de le découvrir.
03:53Mais, déjà, le fait qu'il y ait un climat de violence, c'est perturbant pour beaucoup de gens, en
04:00particulier pour tous les gens qui se sentent vulnérables.
04:04Bon, les femmes, les personnes âgées, etc., le climat de violence, ils le vivent.
04:09Bon, et puis, c'est vrai qu'avec le narcotrafic, on a, quotidiennement, pour le coup, et là aussi, ce
04:17qui est frappant, c'est, bien sûr, le narcotrafic lui-même,
04:22mais le fait qu'ils utilisent des adolescents de 12 ans, 13 ans, 14 ans...
04:28Depuis la cellule, ils leur filent ce qu'on appelle un contrat, donc 5 000, 10 000, 20 000 euros,
04:33ils leur disent, voilà, tu as rendez-vous à tel endroit et tu dois tuer telle personne.
04:35Bon, on ne peut quand même pas dire que ce soit anodin, ça.
04:38Non, ça, c'est évidemment pas anodin. Est-ce que l'État, au sens noble, est en train de perdre
04:44la bataille contre...
04:45Est-ce qu'on a, on ne va pas dire un narco-État, comme le Mexique, mais parce que c
04:49'est un peu l'expression tarte à la crème qui revient tout le temps, on n'en est pas là
04:52?
04:52Non, on n'en est pas là, heureusement. Cela dit, la France a un problème de drogue à une très
04:59grande échelle, on parle d'un million de consommateurs.
05:03Bon, c'est en même temps, on le sait bien, et ça, ça n'est pas nouveau, mais ça n
05:06'est pas plus rassurant pour autant, c'est un lieu de passage pour la drogue, la France.
05:12C'est-à-dire qu'il y a un trafic qui est bon, et on ne peut pas dire qu
05:18'on ait remporté des succès faramineux dans la lutte contre ça.
05:22Alors, il y a quelqu'un qu'on évoquait tout à l'heure, Éric Dupond-Moretti, quand il était garde
05:26des Sceaux, qui s'en était pris aux fumeurs de juin, la responsabilité du consommateur.
05:30Écoutez, on est en mars 2024.
05:33Celui qui fume son petit pétard le samedi. Ce pétard-là, vous voyez, il a le goût du sang séché
05:38sur le trottoir.
05:39Je veux dire que le trafic de stupes, c'est l'affaire de tout le monde.
05:42Il a raison ou pas ?
05:44Il le dit à sa manière, qui est faite pour être remarqué.
05:50Bon, mais sur le fond, il n'a pas tort, c'est vrai que les consommateurs sont les bénéficiaires d
05:58'un système non seulement pervers, mais extraordinairement dangereux.
06:02Oui, ça c'est la réalité.
06:04Mais est-ce qu'on est assez sévère avec les consommateurs ?
06:08C'est la question éternelle.
06:13Tout a été tenté, partout.
06:15Il y a des pays qui ont joué le laxisme à fond.
06:18Il y a des pays qui ont joué la répression à fond.
06:20Et personne n'a trouvé la bonne solution, probablement, parce qu'il y a malheureusement une proportion croissante de gens
06:27qui,
06:28pour vivre dans des conditions psychologiques compliquées, ou parce qu'ils ont des malheurs, parce que la vie n'est
06:35pas ce qu'ils voudraient qu'elle soit, etc.
06:38se multiplient.
06:40Il y a une demande de drogue.
06:42Il n'y a pas simplement la question de l'offre de drogue.
06:45Il y a une demande de drogue qui est liée à un malaise social ?
06:47Oui, oui, oui.
06:49Sociétal et psychologique individuel aussi.
06:52Vous pensez que la présidentielle va se jouer sur la sécurité ?
06:54C'est vrai que c'est un thème qu'on oublie un peu parfois, puis qui revient souvent au moment
06:57des campagnes électorales.
06:59Et on se souvient de Papy Voise au moment de l'adoption.
07:00Oui, oui.
07:00C'est divers qu'il y avait...
07:02Qui avait influencé de façon très sensible le résultat de l'élection présidentielle.
07:09C'était un papy qui s'était fait agresser chez lui.
07:10Oui, et puis ensuite on s'était aperçu qu'en réalité il y avait aussi eu un montage dans la
07:14présentation, etc.
07:15Ça avait joué un...
07:17Ça a été le dernier choc psychologique sensible aux Français, surtout quand on voit des histoires
07:23un vieil homme tabassé, etc.
07:26Même si ça se passe à l'autre extrémité de la France, tout le monde se sent concerné.
07:30Bon, et ça avait pesé sur le résultat incontestablement.
07:33Et donc vous pensez que la sécurité va être le thème central ?
07:35Parce qu'il y a quand même des économiques...
07:37Alors, centrale, je ne dis pas que ça va être le thème central.
07:39Que ce soit d'abord, un, un thème obligé.
07:43Légitime ?
07:43Oui, bien sûr.
07:44Légitime ?
07:45Bien sûr.
07:46Deux, un thème que, par exemple, à droite et surtout à l'extrême droite,
07:52on utilise beaucoup.
07:54Donc, bien sûr qu'il va être dans la campagne.
07:56Est-ce que ça sera le principal ?
07:59Ça, ça n'est pas évident.
08:00Parce qu'il y aura la question de la situation économique, de l'emploi, etc.
08:05Mais ça va jouer un rôle incontestable, oui.
08:08Il y a un sujet, un autre sujet dans l'actualité.
08:09On disait tout à l'heure, Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, est en Algérie ce matin.
08:13On sait que la semaine dernière, c'est la ministre déléguée aux armées,
08:17Alice Rufo, qui s'est rendue sur place.
08:19Visiblement, on joue l'apaisement avec l'Algérie.
08:22Notre ambassadeur de France, en Algérie, est retourné là-bas également, il y a une dizaine de jours.
08:28Écoutez ce que disait Laurent Jacobelli, député Rassemblement National,
08:32à propos de cette nouvelle relation franco-algène qui est en train peut-être de se dessiner.
08:37C'était chez nos confrères de France Info TV.
08:39Ça fait des années que le président de la République fait l'appelaventrisme,
08:44met un genou à terre, que nos ministres vont battre leurs coulpes à Alger.
08:49Qu'est-ce qui se passe ?
08:50Eh bien, à chaque fois, le président Tebboum a des propos encore plus durs pour la France.
08:55Arrêtons la diplomatie de la courbette, essayons la diplomatie de la fermeté.
09:01La courbette, la souplesse, la fermeté.
09:04Décidément, avec l'Algérie, les rapports sont toujours très compliqués.
09:06On va préciser que pendant que Gérald Darmanin est à Alger,
09:10dans quelques jours, c'est le ministre algérien de l'Intérieur, Saïd Saoud, qui va venir à Paris.
09:15Bon, de toute façon, les relations entre la France et l'Algérie sont à la fois intimes et difficiles.
09:22C'est l'histoire qu'il veut, c'est comme ça.
09:24On sait très bien qu'on ne se passera pas de relations intimes avec eux,
09:28ne serait-ce qu'à cause du nombre d'Algériens qui vivent en France.
09:31Et on sait que depuis 1830, c'est comme ça, c'est compliqué, c'est violent.
09:39Il y a deux positions, évidemment.
09:41Il y a la position dont parle Jacobelli, qui est...
09:46La plaventrisme, le genou à terre.
09:48On va battre notre culpe à Alger.
09:50Alors, on peut préférer les rhodomontades, simplement ça ne marche pas.
09:56Alors, il faut non pas s'implatir, mais négocier.
09:59D'autant plus qu'il y a des intérêts des deux côtés, et il y a donc des demandes des
10:03deux côtés.
10:04Et en réalité, on l'a vu encore récemment, ce qui marche, c'est le dialogue.
10:11Est-ce que ce dialogue est facile ? Non.
10:13Est-ce qu'il est nécessaire ? Oui.
10:15Est-ce qu'il faut continuer, non pas à s'agenouiller, mais à négocier ?
10:22Ben oui, il faut continuer, parce que c'est comme ça que ça fonctionne.
10:25Qu'est-ce qui vous inspire, Abdelmajid Tebboune, le président algérien ?
10:29Bon, disons que...
10:31C'est un homme de dialogue ou pas, lui ?
10:33Bon, alors...
10:34Parce qu'il y a toujours le côté urbi et torbi, quoi.
10:36Bien sûr, bien sûr.
10:38Il passe pour plus ouvert au dialogue, notamment, que son appareil militaire et de sécurité.
10:44Je dis bien, il passe pour...
10:46Maintenant, un président algérien, c'est un président que l'armée et les services de sécurité algériens ont adoubé.
10:54C'est comme ça que ça se passe.
10:56Ce n'est pas une question d'élection, c'est une question de choix des cadres de l'armée et
11:01de la police.
11:01Bon, donc, ça n'est pas, évidemment, un paisible éleveur de moutons.
11:08C'est un politique dur.
11:11D'accord.
11:11Alors, physiquement, il est plutôt arrondi et plus souriant que d'autres.
11:17Tant mieux, tant mieux.
11:19À titre personnel, il n'est pas forcément...
11:22Ce n'est pas forcément quelqu'un de fermé, mais ça n'est pas quelqu'un de libre.
11:26Il dépend de l'appareil de sécurité.
11:29Absolument. Et on a évidemment une pensée ce matin pour Christophe Glez, un bon frère, toujours détenu injustement en Algérie.
11:35Et on sait que derrière toutes ces discussions et ces relations diplomatiques qui sont en train de se renouer,
11:39il y a la volonté d'essayer de le faire rentrer ici.
11:41C'est le premier des symboles.
11:45Absolument. Merci beaucoup à vous, Alain Duhamel.
11:47Merci.
11:48Dans un instant, ce sera la pépite.
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