00:00RTL Matin, c'est notre époque.
00:03C'est notre époque, on est ensemble jusqu'à 9h30, la violence est décidément très présente dans l'actualité.
00:07On va en parler avec vous Alain Duhamel, éditorialiste politique. Bonjour et bienvenue Alain.
00:11Bonjour.
00:11Violence politique au sens large, ça va de l'attentat qu'a visé la Bank of America ce week-end
00:16à Paris,
00:16à l'irruption d'un groupe de casseurs dans la nuit de vendredi à samedi à la mairie de Frennes
00:20dans le Val-de-Marne.
00:21Sans oublier tous les maires battus qui ont été conspués, c'était il y a à peine une semaine après
00:25leurs défaites électorales.
00:27Alain, est-ce qu'il y a quelque chose de commun à toutes ces violences ou pas ? Est-ce
00:30que vous voyez un trait commun ?
00:32Alors je crois qu'il ne faut pas confondre les violences politiques internes et puis la tentative d'attentat d
00:40'inspiration iranienne.
00:41Ce n'est pas du tout sur le même plan.
00:43En ce qui concerne les violences, d'abord évidemment elles sont toutes non seulement déplacées mais choquantes.
00:50En même temps il ne faut pas être hypocrite, ce n'est pas la première fois que ça se produit
00:53après une élection municipale.
00:55Le fait d'avoir des maires sortants pris à partie, quelquefois bousculés...
01:03C'est déjà arrivé.
01:05J'ai toujours connu ça.
01:07Simplement, ce n'est pas une raison.
01:10Et c'est vrai que quelqu'un soit battu très bien, qu'on manifeste sa joie, etc.
01:19C'est vrai, si on a gagné, c'est dans l'intérieur des choses.
01:23Disons que s'en prendre au battu, au moment où il s'en va physiquement de là où il a
01:29travaillé, en tout cas, bien ou mal, mais où il a travaillé, disons que c'est en tout cas pas
01:34très élégant.
01:35C'est la République qui est visée vraiment, ou ce sont des petits règlements de comptes personnels, locaux ?
01:41Est-ce que vous voyez, je lisais Gérald Darmanin ce week-end dans Le Parisien, qui disait que les municipales
01:45ont exprimé un malaise et une colère du peuple.
01:48On n'est pas loin d'un climat pré-révolutionnaire électoral.
01:51Oui, alors ça je trouve que ce n'est pas ce que j'ai entendu le plus intelligent dans la
01:55dernière semaine.
01:58D'abord, j'ai entendu, écoutez, quand Alain Madelin était ministre des Finances, ça nous ramène à un autre siècle.
02:06Il disait déjà, on est en 1788, alors cette espèce de façon d'enfler historiquement, etc., ça n'a strictement
02:14rien à voir.
02:15Ce n'est pas un mouvement révolutionnaire qui est en train de s'esquisser ou qui est à nos portes.
02:19Il a même cité les 100 culottes, hein.
02:21Oui, oui, non mais, bon, il faut qu'il prenne des leçons de l'histoire.
02:26Oui, enfin, je veux dire, ce n'est pas du tout de même nature.
02:29Il y a du mécontentement, il y a de la grogne, il y a ici ou là de la colère,
02:35il y a des protestations.
02:36D'ailleurs, le jour où les Français ne seront plus protestataires, ils ne seront plus Français.
02:40Ah, on est d'accord.
02:41Bon, donc, je ne suis pas en train de vous dire, on est dans un pays apaisé, bucolique, où tout
02:46le monde s'aime, évidemment.
02:48Ça n'est pas ça.
02:49Bon, mais de là à dire pré-révolutionnaire, franchement, petite parenthèse quand même.
02:54Quand Gérald Darmanin dit ça, on a l'impression qu'il a oublié qu'il est au pouvoir depuis 9
02:58ans, non ?
02:58C'est un peu facile de se mettre en observateur comme ça.
03:00C'est quoi, ça ?
03:01Ben, c'est la campagne présidentielle.
03:05C'est-à-dire qu'il veut jouer un rôle, il jouera un rôle, parce qu'il a du talent,
03:10il a de la présence.
03:11Donc, il jouera un rôle, je suppose, aux côtés et aux bénéfices d'Édouard Philippe, ce qui est extrêmement honorable,
03:18puisqu'ils sont amis et qu'ils sont politiquement proches.
03:21Pour le reste, on peut avoir de bonnes intentions, comme de participer à une campagne présidentielle sans être forcément inspiré
03:29tous les jours.
03:30Bon, refermons la parenthèse d'Armanin.
03:33Revenons à la violence en politique.
03:34Est-ce que la dureté des campagnes donne le mauvais exemple ?
03:37On peut penser à certaines interventions de Jean-Luc Mélenchon, la campagne de Rachida Dati et tant d'autres.
03:41Il y a Trump aussi aux États-Unis qui semble montrer qu'on peut marcher sur tout.
03:46Est-ce que vous pensez que c'est quelque chose qui est en train d'infuser dans l'esprit de
03:49la société ?
03:50Alors, Dieu merci, s'il existe, on n'est pas du tout dans une situation comparable au chaos que crée
03:59Trump aux États-Unis.
04:01Nous, ce n'est pas ça.
04:02Cela dit, c'est vrai qu'on sent bien, d'une part, qu'on est dans une période économique et
04:08politique difficile et instable,
04:11donc qu'il y a du mécontentement, qu'il y a de l'angoisse, qu'il y a de la
04:14protestation.
04:15Et puis, comme on est dans cette incertitude politique absolue, sans majorité,
04:20et maintenant, à un an de l'élection présidentielle, ben oui, il y a de la fébrilité, c'est inévitable.
04:26Ça veut dire que ça va partir dans tous les sens, là, pendant un an ? On est condamné à
04:29ça ?
04:29Je pense que l'année qui commence, là, je pense que ça ne sera pas l'année la plus apaisée,
04:35ni la plus rationnelle qu'on ait connue.
04:38Je pense que ça va être très tumultueux.
04:40Bon, déjà, l'hypothèse qu'il y ait un président ou une présidente du Rassemblement national,
04:46ça crée un petit peu d'excitation supplémentaire.
04:48Le fait que les Assoumis soient aussi offensifs et même belliqueux également.
04:56Donc, on va avoir une campagne présidentielle, je dirais, plus radicalisée que d'autrefois, sûrement.
05:03On oublie souvent, mais c'est quand même presque toujours musclé, une campagne présidentielle.
05:07C'est toujours animé, c'est toujours polémique.
05:11Est-ce qu'une campagne, c'est polémique ?
05:12Bon, disons que cette fois-ci, on aborde cette campagne qui sera polémique
05:17avec, à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite, des partis puissants, plus puissants que d'ordinaire.
05:24L'originalité de cette campagne, c'est que dès le départ,
05:27il y a très à gauche et très à droite des forces plus importantes que les fois précédentes.
05:33Vous citez l'extrême-gauche.
05:34Il y a un nouveau personnage important à l'extrême-gauche chez LFI,
05:36c'est le maire de Saint-Denis, Bali Bagayoko,
05:39qui a donc été élu triomphalement dès le premier tour à Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis,
05:43qui prend des positions très tranchées, qu'il assume.
05:47Il veut notamment retirer une partie des armes de sa police municipale,
05:50les fameuses LBD, les lanceurs de balles en plastique,
05:53mais qui est aussi l'objet d'attaques racistes.
05:57Écoutez ce qu'en disait Laurent Nouniaz, le ministre de l'Intérieur,
05:59il était ce matin ici sur RTL.
06:01On trouvait ces attaques ignobles, ignobles.
06:03Voilà, nous sommes ici, nous sommes en France, c'est la République française
06:06qui reconnaît tous ses enfants, quelle que soit leur origine.
06:08Et on ne juge les gens que par rapport à ce qu'ils disent,
06:10à ce qu'ils font, au respect ou pas des principes de la République.
06:13Mais voilà, on reconnaît tous nos enfants.
06:14C'est compliqué de vivre ensemble en ce moment, c'est très compliqué.
06:17C'est très compliqué de vivre ensemble.
06:19Le degré d'attaque visant Bali Bagayoko,
06:22quoi qu'on pense de ses opinions politiques, est quand même intolérable, non ?
06:25Oui, évidemment.
06:27Et intolérable...
06:28Évidemment, on est obligé de le souligner aujourd'hui quand même,
06:30parce qu'on entend tellement de choses qu'on a comparé un singe quand même.
06:34Non, non, mais bien sûr.
06:35C'est indéfendable à tout point de vue.
06:38C'est indéfendable politiquement,
06:39mais c'est indéfendable si j'ose dire éthiquement.
06:43Il y a des expressions, ou pire,
06:45des pensées qu'on ne doit pas avoir.
06:48Ça va de soi.
06:49Bon, c'est rare d'avoir entendu des propos aussi provocateurs,
06:55et pour tout dire, aussi bêtes.
06:58Il y a tout le temps des manifestations de racisme.
07:01Bon, enfin, l'originité de la France depuis sa construction,
07:05c'est une capacité d'intégration.
07:07Oui.
07:08Bah oui, depuis toujours.
07:10Depuis tout le monde.
07:11Je veux dire, on a oublié par exemple l'histoire de la Bretagne,
07:14par rapport à la France, etc.
07:15À un moment, c'était des combats à n'en plus finir.
07:19Bon, puis maintenant,
07:21les Bretons, c'est des très très bons Français,
07:23et très contents de l'être.
07:24Ce qui ne les empêche pas d'être toujours Bretons.
07:26Bon, bah voilà.
07:27Fiers de l'être.
07:27Bien sûr.
07:28On se dit quelques mots quand même de l'homme du week-end,
07:30niveau sondage, c'est Edouard Philippe,
07:31que vous évoquiez tout à l'heure avec Gérald Darmanin.
07:33Le seul à d'être, si on en croit,
07:35le sondage publié par La Tribune,
07:37pour nos confrères de BFMTV,
07:39à pouvoir battre Jordan Bardella,
07:42si on votait dimanche prochain à la présidentielle.
07:44Ce sondage a dû lui faire plaisir,
07:46parce qu'il était quasi mort politiquement
07:47il y a 2-3 semaines,
07:48quand on disait qu'il risquait de perdre sa mairie du Havre.
07:50Non, ça va vite.
07:52Disons qu'il y a 2 ou 3 semaines,
07:53on savait d'ailleurs,
07:55sauf erreur de ma part,
07:56je crois que c'est ce qu'on s'est dit ici,
07:57que pour lui, c'était pile ou face.
08:00Que s'il perdait,
08:01c'était la fin de ses ambitions présidentielles,
08:04mais que s'il gagnait,
08:06et il a gagné largement,
08:07il était non seulement relancé,
08:10mais le favori au sein de son camp.
08:12Je ne dis pas le favori tout court,
08:13mais le favori au sein de son camp.
08:15Le sondage ne m'a pas tellement étonné,
08:16je pense qu'en face de Bardella,
08:21aujourd'hui,
08:22je dis bien aujourd'hui,
08:23il serait le mieux placé.
08:25Il peut y en avoir d'autres,
08:26vous savez,
08:26on est au début d'une campagne présidentielle.
08:28Et les campagnes présidentielles,
08:30il y a toujours le candidat qui surgit,
08:32qu'on n'attendait pas,
08:32il y a toujours le favori qui brusquement trébuche, etc.
08:36L'élu d'un an avant est rarement l'élu qui reste le plan de l'Elysée.
08:40Vous y croyez en l'hypothèse Philippe ou pas, voilà ?
08:43Que ce soit l'hypothèse,
08:45aujourd'hui,
08:46il est parmi ceux qui ne sont ni insoumis d'un côté,
08:50ni Rassemblement National de l'autre.
08:52Pour l'instant,
08:53c'est lui qui est le mieux placé.
08:54Bon,
08:55c'est un fait.
08:56Est-ce que ça va durer ?
08:57Je n'en sais rien.
08:59Et d'ailleurs,
08:59lui non plus,
09:00je n'en sais rien.
09:01Petite question,
09:02peut-être un peu provocatrice,
09:03mais qu'est-ce qui serait le plus désagréable pour Emmanuel Macron ?
09:05Remettre les clés de l'Elysée à Jordan Bardella
09:07ou Édouard Philippe ?
09:08Je crois qu'il n'y a quand même pas de différence.
09:11Il préférerait de beaucoup les remettre à Édouard Philippe,
09:14même s'il ne serait plus trop quoi.
09:17Un rayonnant de joie.
09:19Mais enfin,
09:20non,
09:22de toute façon,
09:23il remettra.
09:24Et je pense que,
09:25comme ça s'est toujours fait,
09:27même si le vainqueur est quelqu'un qu'on n'aime pas du tout,
09:29les choses se passent courtoisement.
09:31Heureusement.
09:32On n'a pas douté de ça aussi, quand même.
09:34Non, mais regardez Bush aux Etats-Unis
09:37la façon dont il traite ses prédécesseurs.
09:39Trump.
09:40Oui, Trump.
09:41Oui, Trump.
09:42Il explique,
09:44en gros,
09:45que son prédécesseur était
09:48quasiment débile,
09:49que ses adversaires sont des abrutis,
09:51il insulte tout le monde.
09:52Bon, jusqu'à présent,
09:53on ne fait pas ça.
09:55Juste petite question,
09:56il nous reste vraiment 20 secondes,
09:57sur Donald Trump.
09:58Il a tenu une conférence de presse
10:00hallucinante ce week-end,
10:01dans laquelle il commence par dire,
10:02oui, posez-moi toutes vos questions
10:04sur l'actualité,
10:05même sur le sexe,
10:06si vous voulez.
10:07Un peu plus loin,
10:07il parle du prince d'Arabie Saoudite,
10:09et il dit,
10:10voyez,
10:10il ne s'attendait pas à devoir,
10:11et je le cite,
10:12me lécher le cul.
10:14Où est-ce qu'on est
10:14quand un président des Etats-Unis
10:16parle comme ça ?
10:16On est dans la provoque,
10:18ou on est dans le...
10:18Je ne sais pas.
10:19Comment vous recevez ça ?
10:20Vous qui avez toujours été un homme courtois.
10:21Je pense qu'il fait de sa grossièreté,
10:25il essaye de faire de sa grossièreté
10:27une arme électorale.
10:28Et il croit que plus il est grossier,
10:30plus il est près du peuple.
10:31Ce qui est complètement idiot.
10:33Parce que je suis persuadé
10:34qu'il y a beaucoup d'Américains,
10:35y compris parmi les moins favorisés,
10:39qui sont très choqués par ce langage-là.
10:42Et en tout cas,
10:43pour l'image des Etats-Unis,
10:46c'est le président le plus catastrophique
10:49depuis très très longtemps.
10:50Et bien merci beaucoup Alain Duhamel
10:52pour cet éclairage précieux du lundi.
10:54On ne vous retrouvera pas lundi prochain,
10:56parce que vous mangerez des chocolats.
10:57Oui, enfin ce sera un moment très agréable,
11:01bien que ça ne soit pas ici.
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