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Éducation
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00:00Générique
00:04Générique
00:29Bonjour Jacques-Sapir.
00:30Bonjour Irina.
00:32Vous êtes économiste et spécialiste de la Russie, des questions monétaires.
00:35Vous avez sorti récemment à l'ouvrage « La fin de l'ordre occidental ».
00:39Tout récemment, vous avez donné plusieurs interviews au sujet de la crise économique mondiale
00:43qui nous attend et cette crise, selon vous, serait l'une des crises les plus dangereuses
00:48et peut-être importantes de notre histoire contemporaine.
00:51Pourriez-vous brièvement revenir au sujet de différentes pénuries qui nous attendent,
00:56sans peut-être alarmer la population, mais vraiment mettre l'accent sur ce qu'on doit vraiment savoir.
01:03Alors, pourquoi c'est une crise qui est très dangereuse ?
01:05Et d'ailleurs, je ne suis pas le seul à le dire.
01:08Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie a dit que cette crise combinerait les dangers de la crise
01:17des années 70,
01:17ce qu'on appelle la crise du pétrole, mais aussi des crises des années 2000.
01:24Bon, il y a maintenant beaucoup de gens qui commencent à tirer le signal d'alarme.
01:29Alors, c'est pour plusieurs raisons.
01:31Il est clair que nous avons aujourd'hui un choc d'offres.
01:36Il vaut mieux parler de choc plutôt que de pénurie.
01:39Nous avons un choc d'offres qui touche à peu près 14% de la production,
01:45entre 12 et 14% de la production.
01:48C'est évidemment quelque chose d'extrêmement important.
01:50Mais, la raison pour laquelle cette crise devient évidemment une crise extrêmement dangereuse,
02:00c'est qu'on a trop tendance à considérer le pétrole et le gaz, d'ailleurs,
02:07uniquement du point de vue de l'énergie.
02:09Alors oui, bien sûr, c'est une source d'énergie importante.
02:12Ce n'est d'ailleurs pas la seule.
02:13On a l'énergie nucléaire, on a le charbon.
02:17Bon, mais là où le pétrole est désormais irremplaçable,
02:22et c'est un petit peu la même chose pour le gaz,
02:24c'est pour la pétrochimie, et on peut dire la gazochimie,
02:28mais on parle en général de pétrochimie et l'archie.
02:31On oublie que le pétrole est en réalité une matière première.
02:38C'est une matière à partir de laquelle on fabrique d'autres choses.
02:42On ne fabrique pas simplement du mouvement, on ne fabrique pas simplement de l'énergie.
02:45On fabrique aussi d'autres choses.
02:47Prenez toutes les matières plastiques que nous utilisons,
02:52prenez les engrais, chose excessivement importante.
02:56Prenez par exemple l'hélium qui est nécessaire pour faire des microconducteurs, etc.
03:02Tout ceci est fabriqué à partir du pétrole et du gaz.
03:06Et ça m'amène à la deuxième raison de l'importance de cette crise.
03:11On a aussi tendance à considérer le pétrole comme un bien homogène.
03:17Il y a le pétrole.
03:19Mais ce n'est pas vrai du tout.
03:20En réalité, il y a entre, suivant les manières dont on calcule,
03:26entre 72 et 78 catégories de pétrole.
03:30Pourquoi ?
03:30Parce qu'on a des pétroles qui sont très légers,
03:34des pétroles qu'il faut assez peu raffiner, par exemple,
03:37pour les utiliser dans des moteurs diesel.
03:40C'est le cas du pétrole irakien.
03:42Le pétrole qui est dans le nord de l'Irak est un pétrole extrêmement léger.
03:46Et puis on a des pétroles dits lourds.
03:49Alors, plus ou moins lourds en fonction de leur contenance en bitume, en soufre, etc.
03:58Ce sont ces pétroles lourds qui sont essentiellement produits dans le Golfe.
04:04Et vous allez voir tout de suite où est l'importance de la crise actuelle.
04:08Ce sont ces pétroles lourds qui sont utilisés majoritairement par l'industrie chimique.
04:16Or, quand on dit, bon, oui, c'est une crise importante, mais ce n'est pas une crise quand même
04:21dramatique,
04:22il n'y a que 12 à 14% de la production qui semble bloquée.
04:28Si vous prenez les pétroles lourds, donc ces pétroles qui sont essentiels à la pétrochimie, vous arrivez à 40%.
04:35Parce que le Golfe était l'un des principaux au monde producteurs de pétrole lourd.
04:45Vous en avez un autre, c'est le Venezuela, et encore pas toute la production du Venezuela.
04:49C'est là, uniquement la production qui se fait dans le Delta de l'Orenoc, mais donc c'est essentiellement
04:58le pétrole.
04:59Et cette pénurie, qui est là importante, plus de 40%, et qui va toucher les industries chimiques et les industries
05:10d'engrais, etc.,
05:11ça va être quelque chose de tout à fait nouveau, parce que notre économie est aujourd'hui beaucoup plus dépendante
05:22des hydrocarbures qu'elle ne l'était il y a 40 ans.
05:25Si vous voulez, quand on reprend la crise de 1973, la fameuse crise du pétrole, bon, ou de 79, parce
05:31qu'on oublie trop souvent maintenant,
05:32non, mais il y a eu un deuxième pic des prix du pétrole, donc quelques années après, en 79.
05:41C'était sur des économies qui étaient bien moins dépendantes de la pétrochimie,
05:47qui d'ailleurs à l'époque utilisaient une chimie qui était largement à base de charbon.
05:54Et donc on était dans un système économique tout à fait différent.
05:57Donc c'est ça qui fait de la crise actuelle une crise absolument essentielle, si vous voulez.
06:07Et d'ailleurs, la première manière dont s'est manifestée cette crise, c'est la pénurie d'engrais dans les
06:15pays asiatiques,
06:16les pays de l'Asie qui est baignée par l'océan Indien, c'est-à-dire le Sri Lanka, le
06:22Bangladesh, le sud de l'Inde, les États du sud de l'Inde,
06:27mais aussi après des pays comme la Thaïlande, comme le Vietnam, etc., ont été touchés à la fois par une
06:35crise de carburant,
06:36bon, c'est déjà sérieux, si vous voulez, c'est déjà un problème tout à fait sérieux,
06:42mais surtout par l'impossibilité de disposer d'engrais au moment où ils faisaient leur semaille.
06:50Si vous voulez, car on est en pleine saison où on planche le riz.
06:55Et donc c'est là où on a besoin le plus d'engrais azotés, ces engrais qu'on fabrique à
07:01partir du pétrole,
07:02à travers la filière qui est connue.
07:05Avec le pétrole ou le gaz, on fait de l'ammoniaque.
07:0943% de l'ammoniaque sortait du Golfe.
07:12Aujourd'hui, il n'en sort plus rien.
07:14Avec cet ammoniaque, on faisait de l'urée.
07:17Et avec l'urée, on fait les engrais.
07:21Chose qui est très significative, le prix de la tonne métrique du ray aux États-Unis.
07:27Je dis bien aux États-Unis.
07:28On est donc à l'autre bout du monde.
07:31On est sur une économie qui peut, par exemple, acheter du pétrole lourd au Venezuela,
07:38qui n'est pas entièrement dépendante des pays du Golfe.
07:41Le prix de l'urée était, fin février dernier, à 358 dollars la tonne.
07:48Il est actuellement à plus de 720 dollars la tonne.
07:52Et donc, même les fermiers américains des grandes plaines sont touchés.
07:59Et d'ailleurs, ils commencent à réduire fortement les surfaces qui sont semencées en maïs,
08:07à se tourner vers le soja.
08:09Bon, très bien, le soja demande beaucoup moins de engrais.
08:13Oui, mais le problème, c'est qu'avec le maïs, on fait des choses qu'on ne peut pas faire
08:17avec le soja.
08:18En particulier, tous les sirops qui servent à stabiliser les produits agroalimentaires.
08:27Alors, vous allez dire, bon, c'est la malbouffe.
08:28Oui, d'accord, mais c'est ce que mangent les Américains.
08:32Et donc, il va y avoir un problème.
08:34Et puis surtout, l'amidon.
08:36Et l'amidon qui est absolument nécessaire, non seulement pour l'industrie agroalimentaire,
08:41mais pour l'industrie textile, etc.
08:43Donc, c'est quelque chose qui va avoir des effets très profonds sur notre économie,
08:51même si, pour l'instant, ce que l'on voit, c'est essentiellement la hausse des prix des carburants à
09:00la pompe.
09:00Oui, ça, on le voit déjà.
09:03C'est la menace de pénurie sur le kérosène pour les vacances.
09:09Et là, on les voit avec Transavia qui ont déjà annulé leurs vols en mai et en juin.
09:14Tout à fait.
09:15La Lufthansa a annulé à peu près 20% des vols.
09:19Mais si vous vous déplacez en Asie, il y a des compagnies qui ont annulé plus de 35% des
09:25vols.
09:26Bon, alors, oui, c'est un problème.
09:28Ça va d'ailleurs toucher le tourisme.
09:31S'il y a moins de vols, il y aura moins de touristes.
09:35Et dans une économie comme la France, qui compte beaucoup sur le tourisme,
09:41on dit toujours que la France, elle accueille autour de 100 millions de touristes, etc.
09:48Admettons simplement qu'il y ait 20% de touristes en moins.
09:52Ce n'est pas énorme, mais 20% de touristes en moins.
09:56Et en particulier des touristes qui viennent de pays à hauts revenus,
10:00comme l'Asie, ce sont les touristes qui viennent d'Asie ou du Moyen-Orient qui dépensent le plus en
10:08France,
10:09eh bien ça veut dire qu'il y aura de toutes les manières un choc important sur l'économie.
10:13Rien que ce problème-là.
10:14Par ailleurs, j'ai parlé vendredi dernier avec des industriels de la chimie et qui me disent déjà qu'il
10:23y a toute une série d'usines
10:24qui ont mis leurs travailleurs en chômage partiel parce qu'elles manquent de produits.
10:31Donc voilà, on est sur une crise qui va bien au-delà d'une simple crise de l'énergie.
10:40Alors déjà, une crise de l'énergie, c'est quelque chose de sérieux,
10:43mais c'est quelque chose qui va bien au-delà.
10:45Et c'est pour ça que l'on dit avec toute une série de gens,
10:49et qui sont des gens qui connaissent bien,
10:51comme je le rappelle, le président de l'Agence internationale de l'énergie,
10:56que cette crise sera la crise la plus dangereuse et la plus dévastatrice
11:00que l'on ait connu depuis au moins 50 ans.
11:05Pour parler de la Russie, est-ce qu'on peut dire que dû à son statut,
11:10grand statut de productrice de matières premières,
11:14la Russie va s'en sortir mieux que d'autres pays ?
11:18Oui, certainement, et elle va, c'est un petit,
11:21enfin, on peut considérer que c'est injuste,
11:23mais c'est ainsi, elle va tirer profit de cette crise.
11:26Pourquoi ?
11:27Parce que le pétrole russe, ce qu'on appelle l'Uralse,
11:30vous savez, en fait, il y a deux catégories de pétrole russe,
11:34il y a l'Uralse, qui représente à peu près 80% de la production,
11:38et il y a le Sokol, qui est plutôt extrait en Sibérie et aux îles Sakhalines.
11:45Oui, bien, l'Uralse est un pétrole intermédiaire.
11:49C'est un pétrole qui est plus lourd que les pétroles légers
11:54qui sont regroupés sous le nom de Brent,
11:59et c'est un pétrole qui, par contre, est plus léger
12:01que les pétroles lourds de l'Arabie Saoudite, du Koweït, etc.
12:06Bien, traditionnellement, le prix de l'Uralse était inférieur au prix du Brent,
12:14parce que l'Uralse était utilisé plutôt pour faire du carburant,
12:19et que pour faire du carburant, un raffineur avait plutôt tendance
12:24à acheter des pétroles très légers, ce que n'est pas l'Uralse.
12:28L'Uralse, c'est un pétrole, je vous dis, intermédiaire.
12:30Bien, aujourd'hui, le prix de l'Uralse est de 15 à 20% supérieur au prix du Brent.
12:38Qu'est-ce que ça veut dire ?
12:39Ça veut dire qu'il y a une pénurie spécifique de pétrole
12:43qui soit utilisable pour la pétrochimie, c'est ce que j'ai dit.
12:4915, bon, 14-15% de la production mondiale, c'est vrai,
12:53mais sur les pétroles lourds, c'est pratiquement 40% qui manque.
12:57Donc, on se rabat sur des pétroles qui ne sont pas excellents
13:02pour faire de la pétrochimie, mais avec lesquels on peut quand même en faire,
13:05comme le Brent russe, et évidemment, enfin l'Uralse,
13:10et évidemment, non seulement la demande en pétrole russe a littéralement explosé,
13:18mais en plus, les prix ont explosé.
13:20Donc, il y a déjà cette différence entre le prix du Brent et le prix de l'Uralse,
13:26qui s'est inversé. Avant, c'était l'Uralse qui était moins cher.
13:29Aujourd'hui, il est nettement plus cher que le Brent,
13:32mais par ailleurs, quand on parle avec des gens qui sont dans le commerce du pétrole,
13:38ce qu'on appelle des traders, bon, quand on parle avec des traders,
13:41j'en ai formé quelques-uns dans mes cours à l'école d'économie de Moscou,
13:46à la Moskovskja Szkole Économieki,
13:48ils me disent tous, les Indiens, les raffineurs indiens sont désespérés d'avoir un pétrole
13:56qu'ils puissent travailler. Le seul pétrole qu'ils puissent travailler actuellement,
14:01c'est l'Uralse, et donc ils sont prêts à payer une surprime de 15 à 20 dollars le baril.
14:09Ce qui fait que le prix de l'Uralse, qui en théorie est autour de 115-120 dollars,
14:19est en réalité, cargaison par cargaison, entre 140 et 150 dollars.
14:27Donc voilà, c'est ça.
14:28Après, il y a aussi le gaz.
14:30La Russie peut exporter du gaz,
14:35et ce que l'on voit, c'est que c'est le marché asiatique,
14:41alors des pays comme l'Inde, la Chine, évidemment,
14:45mais aussi le Japon, la Corée,
14:47qui ont tellement besoin de ce pétrole
14:51que l'on puisse travailler dans l'industrie pétrochimique,
14:56qu'ils sont en train, je dirais, d'absorber la totalité de la production russe.
15:01Et on aboutit à, je dirais, cette situation assez paradoxale.
15:07C'est les pays de l'Union européenne qui disent
15:10« On ne veut plus acheter d'hydrocarbures russes. »
15:13Bon.
15:14Et d'ici, à mon avis, quelques semaines,
15:18M. Novak, le ministre de l'Énergie, va pouvoir dire
15:22« Vous ne voulez plus nous acheter très bien,
15:25mais de toutes les manières, nous ne pouvons plus vous vendre. »
15:28Parce que tout est déjà pris par les pays qui sont en Asie.
15:33La fin du transit du gaz kazakh via les gazodios russes
15:38qui a été annoncé il y a quelques jours,
15:41c'est acté à partir du 1er mai,
15:45qui met en péril en soi l'économie allemande en premier lieu.
15:49Est-ce que ça va durer longtemps ou c'est définitif ?
15:53Alors, c'est une stupidité.
15:56Tout le monde est d'accord là-dessus.
15:57Je ne connais pas un économiste qui soit spécialiste de l'énergie,
16:02une personne qui ait des responsabilités dans le domaine des hydrocarbures,
16:07qui ne dise pas que cette action de l'Union européenne est une stupidité.
16:12Bon.
16:13Maintenant, quand on regarde un petit peu les faits,
16:17l'Union européenne achète du gaz en Azerbaïdjan.
16:25Est-ce que l'on peut être absolument sûr
16:27qu'une partie de ce gaz azéri n'est pas du gaz russe ?
16:31Je suis désolé, quand dans un tuyau vous avez des molécules de gaz,
16:35bien malin est celui qui est capable de dire
16:37« ça c'est une molécule qui vient d'Azerbaïdjan,
16:40ça c'est une molécule qui vient de Russie ».
16:42Non, il faut être raisonnable.
16:43Donc, l'Union européenne, et tant mieux pour elle d'ailleurs,
16:47va toujours importer du gaz russe.
16:52Elle le paiera plus cher, à mon avis,
16:54parce qu'évidemment, la Russie, enfin Gazprom,
16:59qui est l'essentiel vendeur sur les gazoducs,
17:02Novatec, qui est l'autre grande société,
17:05elle vend beaucoup de gaz liquéfié, donc par bateau.
17:09Donc, Gazprom ne va pas faire de cadeau à l'Union européenne,
17:15et les intermédiaires azéri, je dis bien les intermédiaires,
17:19vont évidemment prendre leur marge.
17:22Donc, ça veut dire qu'on paiera un peu plus cher ce gaz.
17:25Bon.
17:27Si on regarde à plus long terme,
17:31on ne pourra pas,
17:33sauf à sacrifier la grande majorité,
17:38je ne dis pas la totalité,
17:39mais la grande majorité de l'industrie européenne,
17:42on ne pourra pas se passer du gaz russe.
17:46C'est le gaz qui, actuellement, est le moins cher.
17:51Il faut savoir que,
17:53sans même compter les effets liés aux sanctions ou à la crise,
18:00le gaz qui vient des États-Unis
18:02coûte environ 60% plus cher
18:07que le gaz qui vient de Russie.
18:09Le seul gaz qui soit comparable à la Russie,
18:13en termes de coût,
18:14c'est le gaz qui vient de Norvège,
18:16enfin de la mer du Nord,
18:18bon,
18:18mais il n'y en a pas des quantités suffisantes
18:23pour alimenter l'Europe.
18:26Il y a des gaz méditerranéens,
18:28oui, bien sûr,
18:29il y a du gaz en Égypte,
18:32il y a du gaz en Israël,
18:35quoique Israël n'a pas développé véritablement cette filière
18:41et elle a peu de capacités d'exportation,
18:46il y a l'Algérie,
18:48oui, bien sûr,
18:50qui est un grand producteur de gaz,
18:51mais là aussi,
18:53ce que l'on constate,
18:55c'est que la production algérienne
18:57ne peut pas monter en puissance de manière significative.
19:01Bon,
19:02pour dire les choses comme elles sont,
19:04à cause d'un manque d'investissement
19:06ces dernières années,
19:08la production algérienne
19:09pourrait augmenter dans l'instantané
19:11d'environ 7 à 10%,
19:13ce qui est déjà bien,
19:15si vous voulez,
19:17c'est quand même
19:19tout à fait intéressant pour l'Algérie,
19:21mais elle ne pourra pas monter au-delà.
19:23Donc, il y aura un déficit en gaz.
19:27Le seul pays
19:28qui n'est pas un énorme,
19:31je dirais,
19:32un énorme déficit,
19:33qui soit capable de monter un peu plus
19:35en production,
19:37c'est évidemment la Russie.
19:39Maintenant,
19:40il y a le problème des gazoducs
19:44et le problème aussi
19:46que désormais,
19:47la Russie exporte
19:49une partie importante de son gaz
19:51par voie maritime.
19:54Donc là,
19:55évidemment,
19:56c'est Novatec.
19:56Pas que Novatec,
19:58Gazprom aussi a fait des efforts
20:00pour passer à la liquéfaction.
20:03Par exemple,
20:04les usines de liquéfaction
20:06qui sont dans les îles Sakhalin
20:07et qui ont été construites
20:10avec de l'argent japonais.
20:12C'est Mitsubishi
20:12qui s'est associé à Gazprom
20:14pour construire ces usines.
20:16Bien sûr,
20:16elles sortent du gaz liquéfié.
20:18Mais disons que globalement,
20:20c'est Novatec
20:21et le gisement de Yamal
20:23qui produit l'essentiel
20:25du GNL russe.
20:28Bon,
20:29donc voilà,
20:29c'est là où il y a
20:31des capacités d'export.
20:34Et là,
20:35il y a un petit avant...
20:37Enfin, disons,
20:37nous sommes dans une situation
20:39qui est plutôt favorable.
20:40Pourquoi ?
20:41Parce que,
20:42pour l'instant,
20:42ce qui limitait
20:43les exportations de Yamal,
20:45c'était le nombre de pétroliers
20:50à capacité de naviguer en Arctique.
20:52Ce qu'on appelle
20:53les pétroliers de catégorie 7.
20:56Classe Arctique 7.
20:59Pour dire les choses,
21:00ce sont des navires
21:01qui sont capables
21:02de briser une banquise
21:04de 2 mètres d'épaisseur.
21:06C'est quand même
21:07assez considérable.
21:09Bon,
21:09et si vous n'avez pas
21:11ce type de bateau,
21:12vous êtes tributaire
21:13de convois
21:14qui sont,
21:16je dirais,
21:18sous le contrôle
21:19de gros brise-glaces
21:20qui, eux,
21:20effectivement,
21:21peuvent briser
21:22une banquise importante.
21:23Mais quand vous naviguez
21:24en convoi,
21:25c'est moins flexible
21:26et vous pouvez naviguer
21:27moins vite
21:28qu'avec des pétroliers.
21:30Nous sommes au printemps
21:34et plus on va aller
21:35dans l'année,
21:36au mois de mai,
21:38au mois de juin,
21:39plus la banquise va fondre.
21:41Et donc,
21:42on va pouvoir utiliser
21:43aussi des pétroliers
21:45de classe 4,
21:47voire des pétroliers normaux.
21:49Donc,
21:50enfin,
21:51ou des métaniers
21:51plus exactement.
21:53Et donc,
21:53ça va permettre
21:54de multiplier
21:56le nombre de bateaux
21:57qui vont aller pouvoir
21:58chercher du gaz
21:59à Yamal.
22:00Donc,
22:02ça va aussi
22:03donner
22:04pour 4-5 mois
22:06et les 4-5 mois
22:07qui viennent,
22:08ça va donner
22:08une capacité
22:09d'exportation
22:10plus importante
22:12à la Russie.
22:13Donc voilà,
22:14on a l'ensemble
22:15de ces facteurs
22:18et le problème,
22:19c'est que cette crise
22:20va durer
22:21parce que cette crise,
22:23contrairement à ce que l'on croit,
22:25n'est pas aujourd'hui
22:26principalement due
22:27au blocage
22:28du détroit d'Hormons,
22:30elle est due
22:30aux destructions
22:31des capacités
22:33d'extraction
22:35et de transformation
22:37dans le Golfe.
22:39On oublie
22:40qu'il y a eu une guerre,
22:41on oublie
22:41que l'Iran
22:44a été très sévèrement
22:45bombardé
22:45et en rétorsion,
22:48elle a bombardé
22:49ses voisins
22:49puisque ses voisins
22:50abritaient
22:51des bases américaines
22:53et que,
22:55par exemple,
22:56pour le Qatar,
22:57le ministre
22:58de l'énergie
22:59du Qatar
22:59a dit qu'il faudrait
23:01entre 3 et 5 ans
23:03pour remettre
23:05les installations
23:06en état.
23:07Entre 3 et 5 ans.
23:09Le ministre
23:12koweïtien
23:12parle de 2 ans.
23:15Le ministre
23:16des Émirats
23:17arabes unis
23:18parle de 1 an
23:20et demi
23:20à 2 ans.
23:21Et le ministre
23:22saoudien,
23:25qui est
23:26assez pessimiste
23:28sur le niveau
23:29des destructions
23:29qu'il y a eu
23:31dans la raffinerie
23:32de Jubail,
23:34pense 2 ans
23:35voire 2 ans
23:36et demi
23:37comme durée
23:37et minimum.
23:38Ce qui veut dire
23:39que la crise
23:41va être
23:42avec nous.
23:44Les manques
23:45de capacité,
23:46que ce soit
23:46en pétrole
23:47ou que ce soit
23:48en gaz,
23:49vont être
23:49avec nous
23:50pour une période
23:51d'au moins
23:522 ans,
23:522 ans et demi.
23:53Je dis bien
23:53d'au moins
23:542 ans et demi.
23:56Et si la guerre
23:57ne repart pas
23:57s'il n'y a pas
23:58de nouveaux
23:59bombardements,
24:00ce qui est toujours
24:00un risque
24:01actuellement.
24:02Donc c'est ça
24:03la situation
24:04et vous comprenez
24:05pourquoi
24:07on dit
24:08que ce soit
24:09des économistes,
24:10que ce soit
24:11des responsables
24:11comme le président
24:13de l'Agence internationale
24:14de l'énergie.
24:15Et c'est ce que
24:16donnent mes calculs
24:17aussi.
24:17Nous sommes
24:18partis
24:19sur une crise
24:20qui va durer
24:21et qui va être
24:24extrêmement sévère
24:25sur le domaine
24:26industriel.
24:28Elle va être
24:28sévère aussi
24:29sur le domaine
24:29de l'énergie.
24:31Ça, c'est évident.
24:32Mais le point
24:33qu'on ne voit pas,
24:35c'est la dimension
24:37industrielle
24:38de cette crise.
24:40Dernier point.
24:42Le Golfe,
24:44essentiellement
24:45le Qatar,
24:47sortait
24:48à peu près
24:4966 millions
24:51de tonnes
24:52d'hélium
24:53par an.
24:54Sur une production
24:57globale
24:58de l'hélium
25:02qui devait être
25:04de l'ordre
25:04de 160 millions
25:05de tonnes,
25:0780 et quelques
25:08sortées
25:09des États-Unis,
25:10donc 66
25:11du Qatar,
25:13environ 20 millions
25:15sortées
25:16de Russie.
25:17Le reste,
25:18c'est
25:20c'est des
25:20toutes petites
25:21productions,
25:22etc.
25:22Bien.
25:24Ces 166 millions
25:25ne sortent plus.
25:26Donc,
25:27il manque
25:28à peu près
25:3135 à 40%
25:33de la production
25:33mondiale
25:34d'hélium.
25:35Ce qui,
25:36évidemment,
25:37touche
25:37toutes les industries
25:39électroniques.
25:40La production
25:41de ce qu'on appelle
25:41les puces,
25:42les microprocesseurs,
25:43ne peut pas se faire
25:44parce qu'elle doit
25:44se faire
25:45sous une atmosphère
25:47neutre
25:47en hélium.
25:49Et même
25:50la fabrication
25:51des batteries
25:53électriques
25:53des voitures,
25:55elle utilise
25:56l'hélium.
25:57Donc,
25:58ça veut dire
25:59que
26:00toute une série
26:02de pays
26:02ont besoin
26:03d'hélium.
26:04Alors,
26:04la Russie a dit
26:06qu'elle pouvait
26:06augmenter
26:07à court terme
26:08sa production
26:09d'hélium
26:10d'environ
26:1210 millions
26:12de tonnes,
26:14qu'elle pourrait
26:15augmenter,
26:16qu'elle pourrait
26:16porter
26:17sa production,
26:18enfin,
26:19son exportation
26:19d'hélium
26:20jusqu'à
26:2140 voire
26:2250 millions
26:23de tonnes
26:25dans le cours
26:26de l'année
26:27ou jusqu'au début
26:28de l'année prochaine,
26:29mais qu'elle ne pourrait
26:30pas remplacer
26:31le Qatar.
26:33Si vous voulez,
26:34quand un producteur
26:35de cette capacité
26:38disparaît,
26:39ça a évidemment
26:40des conséquences
26:41de long terme.
26:43Alors,
26:44bon,
26:45il y a toute une série
26:45de pays
26:45qui ont déjà passé
26:46des contrats
26:49avec la Russie,
26:50en particulier
26:51la Malaisie,
26:52gros producteur
26:53de microprocesseurs,
26:56la Corée,
26:59Taïwan
26:59envisage
27:00de demander
27:01à la Russie,
27:03parce que
27:03Taïwan
27:04est un très gros
27:05producteur,
27:06et le Japon aussi.
27:08Dernier point,
27:09auquel personne
27:10n'avait pensé,
27:12un quart
27:13de l'aluminium mondial
27:14était produit
27:15dans le Golfe.
27:17Ce n'est pas
27:17qu'il y avait
27:18des réserves
27:19de bauxite particulières
27:20dans le Golfe,
27:21mais dans le Golfe,
27:22il y avait de l'énergie
27:22très bon marché,
27:24bien sûr,
27:24et avec de l'énergie,
27:25on fait de l'électricité.
27:28Or,
27:28l'électricité
27:29est absolument nécessaire
27:31à la production
27:32de l'aluminium.
27:33Donc,
27:34ça veut dire
27:34qu'il y a
27:35une pénurie
27:36d'aluminium
27:36actuellement.
27:38Le résultat,
27:40le Japon,
27:41pays qui,
27:42normalement,
27:43est censé
27:44appliquer les sanctions,
27:45un pays
27:46du bloc occidental,
27:48il a passé
27:49un accord
27:49avec la Russie,
27:51avec Roussal,
27:53la grande société
27:54d'aluminium,
27:54pour obtenir
27:55de l'aluminium.
27:57Je vous écoute,
27:59je me demande,
28:00et tout ça pour ça,
28:02cette guerre
28:03a été déclenchée
28:04soi-disant
28:05parce que
28:06le régime de Mola
28:08avait
28:09ou a
28:09une arme nucléaire.
28:11Il n'a pas
28:12d'arme nucléaire.
28:13On le sait.
28:15On sait
28:15qu'il n'a pas
28:16d'arme nucléaire.
28:18On sait
28:19que
28:19le temps
28:20nécessaire
28:22pour
28:22aboutir
28:23à une arme nucléaire,
28:24mais pas simplement
28:25à une arme nucléaire.
28:26Vous savez,
28:27oui,
28:27on peut faire
28:28une arme nucléaire
28:30de démonstration.
28:32Faire une arme nucléaire
28:33militaire
28:34que l'on arrive
28:35à faire
28:36rentrer
28:37dans une tête de missile,
28:38c'est autre chose.
28:39Donc,
28:40ça veut dire
28:40qu'il faudrait
28:41probablement
28:41entre 4 et 5 ans.
28:43Il faudrait probablement
28:44entre 4 et 5 ans.
28:46Pour l'instant,
28:48les,
28:48je dirais,
28:50les travaux
28:51là-dessus
28:52étaient stoppés.
28:54Il y avait
28:55une décision
28:56du guide suprême,
28:59celui qui a été tué
29:00par le bombardement
29:02israélo-américain,
29:03de ne pas monter
29:05au nucléaire.
29:06Il faut savoir,
29:09il y a plusieurs déclarations
29:10répétées
29:11du guide suprême
29:12qui disent
29:12que l'arme nucléaire
29:14est une arme immorale
29:15et que donc
29:16il n'est pas moral
29:18de s'en doter.
29:20bon,
29:22la position
29:22a peut-être changé,
29:24on ne sait pas,
29:25mais ça veut dire
29:25que de toutes les manières,
29:28la capacité
29:29à produire
29:30des armes nucléaires
29:32en Iran
29:34n'existe pas
29:35avant 4 à 5 ans.
29:37Et,
29:39globalement,
29:40l'Iran
29:40ne pourrait se doter
29:41que d'une
29:42petite réserve
29:43d'armes nucléaires,
29:44au plus d'une dizaine,
29:47visiblement.
29:48Donc,
29:49ce n'est pas
29:49un danger
29:50ni immédiat
29:52ni réellement important
29:55parce que,
29:56évidemment,
29:57quand vous devenez
29:58une puissance nucléaire,
30:01vous devenez
30:02une cible nucléaire aussi.
30:05Le chef
30:06de la diplomatie iranienne
30:08se trouve aujourd'hui
30:09à Saint-Pétersbourg,
30:10en Russie,
30:11en élevant 7 avril.
30:14Pour revenir
30:15brièvement
30:15au rôle
30:16respectif
30:17de Moscou
30:17dans cette crise,
30:19la Chine
30:20très prudente,
30:21on s'en parlait
30:21de l'Europe.
30:22Comment a joué
30:23la Russie
30:24dans cette crise-là ?
30:26La Russie
30:28a joué
30:29à la fois,
30:30je dirais,
30:31par rapport
30:33aux droits
30:34internationaux.
30:36Elle a considéré
30:37que
30:38l'attaque
30:39israélo-américaine
30:41sortait
30:42de
30:43toutes les cases
30:44du droit
30:45international
30:46qui ont été
30:46là pour le coup
30:49dans un acte
30:51de fait
30:51et non pas
30:52un acte
30:52de droit.
30:53Ça,
30:53c'est un premier point,
30:54c'est un point important
30:55dans le discours
30:56de la diplomatie russe,
30:58c'est-à-dire
30:58le même discours
30:59qui est tenu
31:00par la diplomatie chinoise.
31:03Deuxièmement,
31:04ils ont apporté
31:05un soutien,
31:06alors,
31:08officiellement,
31:09un soutien
31:10de type
31:11civil
31:12par rapport
31:13aux destructions
31:14qu'il y a eues.
31:17Un soutien
31:18de type
31:18militaire,
31:19on le dit
31:20beaucoup,
31:22moi,
31:22je lis pas mal
31:23de choses,
31:23mais on dit
31:23la même chose
31:24des Chinois.
31:27Quand
31:28les Chinois,
31:29quand une entreprise
31:30chinoise
31:30a mis
31:31sur Internet
31:32des photos
31:33extrêmement précises
31:35de la zone
31:37obtenues
31:37par le satellite
31:38chinoise,
31:39ils ont des photos
31:40avec une résolution
31:41métrique.
31:43On peut considérer
31:44que c'est une manière
31:45de donner un petit coup
31:46de pouce
31:48aux Iraniens
31:49en leur permettant
31:50de cibler
31:51très précisément
31:53des choses.
31:54Bon,
31:54mais après tout,
31:57c'est ce que font
31:58les pays de l'OTAN
31:59pour l'Ukraine.
32:02Et
32:02on considère
32:04que ceci
32:06n'est pas
32:06l'équivalent
32:07d'une co-béligérance.
32:09Donc,
32:09ce que l'on considère
32:11comme n'étant pas
32:11une co-béligérance
32:12dans un cas,
32:13évidemment,
32:14ça s'applique
32:14à l'autre cas.
32:15Donc,
32:15on voit très bien
32:16que la Russie
32:18comme la Chine
32:20utilisent
32:21ce qu'on peut appeler
32:22la jurisprudence
32:23ukrainienne
32:24de ce point de vue-là.
32:27Globalement,
32:29il est clair
32:30que la Russie,
32:32la Chine,
32:33mais aussi l'Inde
32:34avait des perspectives
32:36de développement
32:37importantes
32:37avec l'Iran.
32:39Parce que
32:40l'Iran
32:43correspond
32:44à la fois
32:45au débouché
32:46d'une des routes
32:48de la soie
32:49organisées
32:50par la Chine.
32:51D'où l'importance
32:52du chemin de fer
32:53qui relie
32:54l'Iran
32:55à la Chine
32:56et qui venait
32:57d'être
32:58inauguré
32:59au début
33:00de cette année.
33:00le premier train
33:02avait circulé
33:03début janvier
33:04de cette année.
33:06Et
33:08la Russie
33:10développait
33:11avec l'Iran
33:11ce qu'on appelait
33:13le corridor
33:13nord-sud
33:15qui descend
33:16donc
33:16le long
33:17de la Volga
33:19qui descend
33:19depuis les centres
33:20industriels
33:21russes
33:22qui sont
33:23sur la Volga
33:24qui descend
33:25à travers
33:25la mer Caspienne
33:27qui va
33:28traverser
33:30l'Iran
33:31et qui va
33:32aboutir
33:33au port
33:34de Bandarabas
33:36Bandar-Roménie
33:39et de là
33:40rejoindre l'Inde.
33:42Donc
33:42les Indiens
33:44des capitaux
33:45indiens
33:46quand je dis
33:46les Indiens
33:46il s'agit
33:47de capitaux
33:47indiens
33:49financés
33:50jusqu'à
33:5030%
33:51de la construction
33:53de ce corridor.
33:54Donc évidemment
33:55ce sont
33:56des pays
33:56qui ont
33:57un intérêt
33:58économique
34:00très clair
34:01dans l'existence
34:03à la fois
34:04d'une stabilité
34:05politique
34:06mais aussi
34:07d'une stabilité
34:09géostratégique
34:10de cette région.
34:12Et
34:12les Etats-Unis
34:14ne pouvaient pas
34:15l'ignorer.
34:17Ils ne pouvaient pas
34:18ignorer
34:18qu'en attaquant
34:20de manière
34:21illégale
34:23l'Iran
34:24ils provoquaient
34:26d'une certaine
34:27manière
34:28directement
34:29la Chine
34:30et
34:31la Russie
34:33indirectement
34:34l'Inde
34:35parce qu'il y a
34:36des intérêts
34:37indiens
34:37importants
34:39dans cette région.
34:42et on voit
34:43bien que
34:44pour la reconstruction
34:45de l'Iran
34:47ça sera
34:47quelque chose
34:48d'extrêmement
34:48important.
34:49Ça sera
34:50quelque chose
34:50d'extrêmement
34:51important
34:53et il y aura
34:54très certainement
34:54un grand développement
34:55de capitaux
34:56chinois
34:57indiens
34:58aussi
34:58et russes
35:00pour le
35:02redéveloppement
35:03de l'Iran.
35:04Donc ça veut dire
35:05que d'une certaine
35:06manière
35:07on est
35:08dans une
35:09situation
35:10
35:12je dirais
35:13sauf
35:14des
35:15des changements
35:16tout à fait
35:16extraordinaires
35:17de type
35:19géopolitique
35:20par exemple
35:21si
35:24Israël
35:25ou
35:25les Etats-Unis
35:26se décidaient
35:28à utiliser
35:29l'arme nucléaire
35:30bon
35:30pour les Etats-Unis
35:32je ne crois pas
35:32honnêtement
35:33je ne crois pas
35:34mais
35:35pour Israël
35:37on ne sait jamais
35:37donc si
35:39ces pays
35:40décidaient
35:41d'utiliser
35:41l'arme nucléaire
35:42là évidemment
35:43on serait dans
35:44une situation
35:45tout à fait
35:47tout à fait
35:48différente
35:48mais
35:48pour l'instant
35:50je pense
35:51que
35:51effectivement
35:52on a des pressions
35:54très fortes
35:54qui vont
35:55dans le sens
35:56d'un apaisement
35:57dans le sens
35:58de négociation
35:59et d'ailleurs
36:00la Russie
36:01a
36:02renouvelé
36:03son offre
36:07d'accueillir
36:08l'uranium
36:09enrichi iranien
36:10vous savez que
36:10c'était une offre
36:11qui avait été faite
36:12qui à un moment donné
36:14avait même été réalisée
36:16puis les Russes
36:17avaient rendu
36:20l'uranium
36:21qu'ils avaient
36:21aux Iraniens
36:23en particulier
36:24dans le cadre
36:25de la négociation
36:26qui avait eu lieu
36:27il y a de cela
36:28une quinzaine
36:29d'années
36:29sur l'accord
36:32JCPOA
36:34donc
36:35on est toujours
36:36dans ce type
36:36de
36:38négociation
36:39mais il faut aussi
36:41signaler une chose
36:41c'est que
36:43les Iraniens
36:44ont
36:45refusé
36:48une alliance
36:49stratégique
36:50avec la Russie
36:53ça a été dit
36:54par la diplomatie russe
36:56et par la diplomatie iranienne
36:58la Russie
36:59avait fait une proposition
37:01il y a deux ans et demi
37:03d'une véritable alliance
37:05stratégique
37:06et l'Iran
37:07l'a refusé
37:08pour garder
37:10son autonomie
37:10de décision
37:13donc
37:14nous n'avons
37:15qu'un cadre
37:16je dirais
37:18géostratégique
37:21pragmatique
37:22d'intérêt minimum
37:23bon etc
37:23bon
37:24c'est ça
37:25la question
37:26et donc
37:27même s'il y a eu
37:29à l'évidence
37:30des aides
37:32qui ont été fournies
37:32par la Russie
37:33et par
37:34la Chine
37:35pour l'instant
37:36ces pays
37:37ne sont pas engagés
37:39directement
37:40dans une défense
37:42de l'Iran
37:44mais
37:45on se rapproche
37:47du moment
37:48
37:49une décision
37:50par exemple
37:51chinoise
37:51plus que russe
37:52de s'engager
37:54aux côtés
37:55de l'Iran
37:56deviendrait probable
37:58si les Etats-Unis
38:00maintenaient
38:01le blocus
38:01leur blocus
38:03à eux
38:04sur le détroit
38:05d'Hormuz
38:06ou s'il y avait
38:07l'emploi
38:08d'armes nucléaires
38:09On va revenir
38:11très brièvement
38:12à l'Ukraine
38:14ma question
38:16concerne le prêt
38:16de 90 milliards
38:20débloqué
38:20par l'Union Européenne
38:21la semaine dernière
38:23ce prêt
38:24peut-il changer
38:25le cours
38:26de la guerre
38:27prolongé
38:28oui
38:28mais changé
38:29non
38:30il ne peut pas
38:31changer
38:31il peut même
38:32difficilement
38:32prolonger
38:33pour la raison
38:33suivante
38:34d'abord ce prêt
38:34qui n'est pas
38:35encore effectif
38:37il n'y a que
38:38les premières étapes
38:40qui ont été
38:41débloquées
38:43il reste
38:44encore
38:44des étapes
38:45diplomatiques
38:47avec des pays
38:48qui ne sont
38:48pas
38:49je dirais
38:50très
38:50très excités
38:52par
38:54signer ce prêt
38:55le fond du problème
38:56est le suivant
38:59pour acheter
39:00des armes
39:00l'Ukraine
39:01naturellement
39:02a besoin d'argent
39:02mais le problème
39:03c'est qu'il n'y a
39:04pas d'armes à vendre
39:06les Etats-Unis
39:08ont arrêté
39:09toutes les livraisons
39:11y compris
39:11les livraisons
39:12qui sont payées
39:13par les Européens
39:14ils ont arrêté
39:15toutes les livraisons
39:16ils ont même arrêté
39:17les livraisons
39:18à des pays européens
39:19pour leurs besoins
39:20eux-mêmes
39:21par exemple
39:23les
39:24les pays
39:26de Scandinavie
39:27avaient
39:28passé des commandes
39:29d'armes
39:30et ils se sont
39:32entendus dire
39:33par les Américains
39:34ben oui
39:35vos commandes
39:36dans trois ans
39:37au minimum
39:38bon
39:38pourquoi
39:39c'est la guerre
39:41en Iran
39:41qui a provoqué
39:43une crise
39:44des munitions
39:45extrêmement importante
39:47aux Etats-Unis
39:48ils ont tiré
39:50en
39:51deux semaines
39:53l'équivalent
39:54de trois ans
39:56et demi
39:56de production
39:57de missiles
39:58de défense
39:59aérienne
40:01donc aujourd'hui
40:02les Etats-Unis
40:03ont
40:05désespérément
40:05besoin
40:06de reconstituer
40:08leurs propres stocks
40:09ce qui veut dire
40:10qu'il n'y aura pas
40:11de livraison
40:13par l'intermédiaire
40:14des Européens
40:15puisque officiellement
40:16les Etats-Unis
40:17ne livrent plus
40:18d'armes
40:19à l'Ukraine
40:19de livraison
40:21aux Européens
40:22et qu'il n'y aura
40:22même pas
40:23de livraison
40:24pour les besoins
40:25européens
40:26d'armes américaines
40:28pour probablement
40:31au minimum
40:32deux ans
40:32plus probablement
40:34trois
40:35trois ans et demi
40:36etc.
40:37ce qui pose d'ailleurs
40:38un véritable problème
40:39l'Allemagne
40:41a passé des commandes
40:42considérables
40:43aux Etats-Unis
40:44et aujourd'hui
40:45les Américains
40:46on ne peut pas
40:47il faut d'abord
40:48qu'on se serve nous
40:49ce qui est compréhensible
40:50après tout
40:52nous n'avons plus
40:53plus d'armes
40:54à vous vendre
40:56ce qui pose
40:57un vrai problème
40:58c'est que
40:58on voit aussi
41:00
41:00les limites
41:01d'une
41:04stratégie générale
41:05qui consiste
41:06à
41:07s'appuyer
41:08sur l'étranger
41:10pour
41:11s'armer
41:13ça a été
41:14la démarche
41:16de pays européens
41:17comme l'Allemagne
41:18comme l'Italie
41:19comme les Pays-Bas
41:20etc.
41:22encore faut-il
41:23que le pays
41:23qui fournisse
41:24puisse fournir
41:25il faut qu'il veuille
41:26bon
41:27mais admettons
41:28qu'il veuille
41:28est-ce qu'il le peut
41:29et aujourd'hui
41:31la question n'est pas
41:32de savoir
41:32ce que veulent
41:33ou ne veulent pas
41:34les Etats-Unis
41:34c'est qu'est-ce qu'ils peuvent
41:35et aujourd'hui
41:36il est très clair
41:37ils ne peuvent plus
41:38livrer d'armes
41:40à l'étranger
41:41parce qu'ils sont
41:43aujourd'hui
41:44avec une contrainte
41:45extrêmement forte
41:47de renouvellement
41:48de leur socle
41:49on va terminer
41:50par les Etats-Unis
41:51notre ami américain
41:52si je cite Eric Branca
41:55coup de feu
41:57au gala
41:57de la presse
41:58à Washington
41:59ce week-end
42:01c'est un peu
42:02à l'image du pays
42:03ce qui s'est passé
42:04ces clivages
42:06qui sortent
42:06de plus en plus
42:08c'est pas ce que vous décrivez
42:10dans votre livre
42:10la fin de l'ordre occidental
42:13sur tout ça
42:13il y a deux choses
42:15qui se mêlent
42:17il y a évidemment
42:20une montée
42:21de la tension politique
42:22il faut quand même rappeler
42:24que Donald Trump
42:25a été victime
42:26de deux tentatives
42:27d'attentat
42:28dans l'une
42:28extraordinairement dangereuse
42:30durant la campagne électorale
42:32de l'élection américaine
42:34et que cela
42:36constitue en réalité
42:36la troisième
42:39tentative
42:39donc c'est très clair
42:41Donald Trump
42:43est un personnage
42:44très clivant
42:44mais il y a aussi
42:46du côté
42:47de ses adversaires
42:49une
42:50je dirais
42:51une montée
42:52en puissance
42:55de l'hostilité
42:57et le fait
42:58que
42:58évidemment
42:59quand vous décrivez
43:01je dirais
43:03à longueur de journée
43:04un homme politique
43:05comme étant un fasciste
43:07etc
43:08vous ne pouvez que susciter
43:10ce genre d'incident
43:11donc ça c'est un premier problème
43:12c'est un problème
43:13qui nous dit
43:15quelque chose d'important
43:15sur
43:17la vie politique
43:18interne
43:19aux Etats-Unis
43:20d'ailleurs
43:20il y a
43:22plusieurs
43:24intellectuels
43:24il y a même eu
43:25un film
43:26là-dessus
43:26alors
43:27qui ne parle pas
43:28de Donald Trump
43:29etc
43:29qui s'appelle
43:30Guerre civile
43:31Civil War
43:32et qui est un film
43:33par ailleurs
43:34extrêmement intéressant
43:34auquel on n'a pas donné
43:36l'écho
43:37je dirais
43:38nécessaire
43:39je passe là-dessus
43:40et puis il y a un autre problème
43:41c'est le degré
43:43de violence
43:43inhérent
43:44à la société américaine
43:49j'ai beaucoup vécu
43:50aux Etats-Unis
43:52ce qui peut sembler bizarre
43:53pour quelqu'un
43:54qui travaille sur la Russie
43:55mais c'était justement
43:56mon travail sur la Russie
43:57qui me faisait aller
43:59de manière régulière
44:01aux Etats-Unis
44:02depuis le début
44:03des années 1990
44:06et
44:07j'ai toujours été
44:09extrêmement
44:10frappé
44:11et même choqué
44:12par le degré
44:15de violence
44:16ou de violence
44:16latente
44:17que l'on a
44:17dans la société américaine
44:19je vous donne juste
44:19un exemple
44:20en 1991
44:21on était à la veille
44:23de la guerre du Golfe
44:25je vais aux Etats-Unis
44:28je vais dans une université
44:29américaine
44:30une université très connue
44:31sur les questions
44:33de développement
44:35de l'aérospatiale
44:37des fusées
44:38etc.
44:39pour donner des conférences
44:40bien
44:40je suis accueilli
44:41très aimablement
44:43par le vice-directeur
44:45du département
44:46qui vient me chercher
44:47à l'aéroport
44:49il ouvre le coffre
44:50de sa voiture
44:51pour que je mette
44:51mes deux sacs
44:53et il y avait
44:53deux fusils à pompe
44:57j'ai une réaction
44:59je suis choqué
45:00et je me dis
45:01ben quoi
45:02c'est un droit constitutionnel
45:03ici
45:04vous voyez
45:06un professeur
45:09d'université
45:12se baladant
45:13pour aller chercher
45:14un collègue
45:15à Roissy
45:17avec des fusils
45:19de chasse
45:20dans son coffre
45:22c'est tout simplement
45:23impensable
45:24ici
45:24et donc il faut savoir
45:26qu'il y a
45:27toujours
45:28ce degré
45:30de violence
45:30extrêmement important
45:32aux Etats-Unis
45:34qui évidemment
45:36fait que
45:37la montée aux extrêmes
45:39dans le débat politique
45:41américain
45:42rend les choses
45:43encore plus dangereuses
45:45d'une certaine manière
45:46évidemment
45:47c'est pas
45:48Donald Trump
45:48c'est pas le débat actuel
45:50qui a provoqué
45:51les tueries de masse
45:52qui existent aux Etats-Unis
45:53ces tueries de masse
45:54sont malheureusement
45:54depuis 30 ans
45:57assez symptomatiques
45:58des Etats-Unis
45:59il y a constamment
46:01des gens
46:02alors oui
46:03qui deviennent fous
46:04bon
46:04ok
46:05mais
46:05quand cela se passe
46:07dans un cadre politique
46:09où on ne s'écoute plus
46:11on ne se respecte plus
46:12et c'est vrai d'ailleurs
46:14à la fois
46:14de la part des démocrates
46:16comme de la part
46:18du clan Maga
46:21c'est un petit peu
46:21la même chose
46:22les deux
46:24s'insultent
46:25à longueur de journée
46:26etc
46:27on n'a pas idée
46:28de la violence
46:29du débat politique
46:32qui fait que
46:33d'ailleurs
46:33le débat politique
46:35en France
46:36apparaît
46:37par comparaison
46:39apaisé
46:41en réalité
46:43bon
46:43et ça
46:45dans cette situation
46:47où il y a
46:48de manière générale
46:49je dirais
46:50une disposition
46:51à la violence
46:52beaucoup plus importante
46:52que chez nous
46:53oui c'est très dangereux
46:55merci beaucoup Jacques Sapir
46:56pour ce dialogue
46:57on va suivre
46:58la crise
46:59avec vous
46:59on va se voir
47:00d'ici quelques mois
47:01peut-être
47:01pour en parler
47:02et merci de maintenir
47:04le dialogue
47:04en chorus
47:04merci beaucoup
47:05merci à vous
47:08et merci à vous

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