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  • il y a 1 jour

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00:05Musique
00:24Courir est une activité qui rend heureux,
00:26parce qu'elle agit à différents niveaux sur le plan physiologique.
00:30Elle libère des hormones et active des transmetteurs qui renforcent le système immunitaire
00:34et qui nous rendent plus forts, plus endurants.
00:38C'est pas étonnant si les Japonais, par exemple, ont développé des politiques publiques
00:43autour de la marche en forêt.
00:45Faire marcher les gens, c'est le meilleur moyen de faire fonctionner le corps,
00:49faire fonctionner l'esprit et de détendre la société.
00:53On a même démontré que l'être humain est champion du monde en matière de course d'endurance.
00:58Aucun autre animal ne peut courir entre 40 et 100 kilomètres d'une seule traite.
01:06Si l'être humain est fait pour la course de fond, je suis soit une extraterrestre,
01:10soit l'exception qui confirme la règle.
01:13Comment une telle torture pourrait-elle me rendre heureuse ?
01:17Mes muscles se contractent, mes articulations craquent et mes poumons vont exploser.
01:21Comment peut-on s'infliger ça ?
01:24Je vais rencontrer deux personnes qui ont trouvé le bonheur en mettant un pied devant l'autre,
01:29chacune à leur manière et à leur rythme.
01:32Mike Kratzer était créatif dans une agence de publicité.
01:36Pendant des années, il a mené une vie de noctambule et mixé dans les clubs,
01:40toujours entre l'ivresse et la gueule de bois.
01:45Puis, il a découvert la course à pied et il a appuyé sur pause.
01:49Depuis, il mène une vie de famille bien rangée.
01:55Christine Turmeur, elle, est l'une des plus grandes voyageuses du monde.
01:59Elle a parcouru 10 000 kilomètres à pied à travers l'Europe, l'Amérique, l'Australie et l'Asie.
02:05Après deux coups du sort, cette manageuse de carrière a fait de la randonnée son métier.
02:10...
02:29Salut !
02:30Salut !
02:32Tu tiens la porte ? A tout de suite !
02:35C'est un club select ici ?
02:37Oui, le plus select de la rue.
02:40Bonjour !
02:41Salut !
02:42Ravi de te rencontrer, c'est tranquille ici.
02:45Oui.
02:45Vous êtes ici depuis longtemps ?
02:47Six ans.
02:48En ville, on commence à se sentir à l'étroit.
02:51Alors, on a embarqué nos enfants et nos animaux divers et variés, et on est partis à la campagne.
02:56Espèce de bobo !
02:57Oui, grave.
02:58Tu essayes de le cacher, mais c'est raté.
03:00J'y arrive pas.
03:01Allez, entre !
03:03Trois enfants et quatre chiens ?
03:04Onze poules.
03:05Des poules aussi ?
03:06Des lapins et des poissons.
03:09C'est une ferme, en fait.
03:11On pourrait dire ça, oui.
03:15Ici, en pleine nature, tu peux courir sans fin.
03:18C'est l'idéal, non ?
03:19Oui.
03:19Tu cours souvent ?
03:21Tous les jours.
03:23Tous les jours, mais juste une fois ?
03:25Non, parfois deux.
03:26Non, c'est pas vrai.
03:28Mais pourquoi ?
03:31Parce que j'ai la paix.
03:33C'est une sorte de fuite ?
03:35Non.
03:38Je dirais plutôt que je cours vers quelque chose.
03:45On peut se demander pourquoi on est si bon à la course.
03:49Pourquoi l'évolution a fait de nous des animaux aussi endurants ?
03:52Et c'est là qu'intervient le facteur de la chasse.
03:56Une antilope est plus rapide qu'un être humain.
03:58Mais quand on la poursuit, elle va finir par être en surchauffe.
04:02Parce que la plupart des animaux qui ont de la fourrure n'ont pas de glandes sudoripares comme nous.
04:07Donc à un moment, il va suffire qu'on la frappe avec une pierre et on va pouvoir manger sa
04:12chair et se nourrir de viande.
04:14Et c'est à partir du moment où la chasse se généralise qu'on observe un saut qualitatif dans la
04:19taille de notre cerveau.
04:21Nietzsche disait qu'on pouvait en fait différencier les philosophes qui écrivaient en marchant et les philosophes qui écrivaient assis.
04:25Peut-être que quand on écrit assis dans sa chambre, on a envie de faire des systèmes,
04:29qui est une forme de domination sur le monde.
04:31Alors que le philosophe qui marche, Nietzsche comme Montaigne, comme d'ailleurs les philosophes antiques,
04:36sont très éloignés de la notion de système et créent des philosophies qui sont beaucoup plus fluides.
04:41C'est quelque chose d'assez senti, de beaucoup plus profond à mon sens,
04:45mais qui risque parfois de s'égarer, de dire n'importe quoi, de revenir sur quelque chose.
04:49Et c'est pas grave, c'est le mouvement de la vie.
05:13Comment était ta vie avant la course à pied ?
05:16C'était sexe, drogue et rock'n'roll.
05:19Je travaillais comme DJ dans les restaurants.
05:23C'est le pire ?
05:24Oui.
05:28En fait, toute ma vie tournait autour de l'alcool et de la drogue.
05:33Il y a une photo de cette époque où j'ai vraiment l'air complètement en vrac.
05:38C'est à peu près à ce moment-là que j'ai eu une sorte de déclic.
05:44Je me suis dit, bon, je vais bientôt avoir 30 ans.
05:48Pour l'instant, c'est l'éclate.
05:49Mais à un moment donné, il va falloir que je fasse le ménage dans ma tête et savoir ce que
05:54je veux.
05:56Et cette prise de conscience m'a amené à changer d'environnement.
06:00Parce que la seule chose qui nous liait avec mon cercle de potes, c'était la consommation de substances.
06:06Et pas à la musique ou quoi que ce soit.
06:09Ça fait mal, ça.
06:11Oui, c'est douloureux.
06:12Tu dirais que la course à pied est une nouvelle drogue ?
06:16C'est clair.
06:18On a le sentiment d'être aux commandes.
06:24Parce qu'on décide quand on va courir, où et combien de temps.
06:28Il y a des moments de grâce quand on court.
06:30Tout est fluide.
06:33On a une impression d'immense facilité.
06:35On se dit qu'on pourrait courir comme ça pendant 10 heures.
06:38C'est fou, bien sûr.
06:39Mais c'est ce qu'on ressent.
06:46Tu mets ton cerveau en veille, en quelque sorte.
06:49Et tu n'as que des pensées subconscientes qui te traversent l'esprit.
06:54Tant à autre, tu en attrapes une au vol et tu t'y attardes un peu.
06:58Mais la plupart ne font que passer.
07:01C'est un peu comme quand on est défoncé, mais différemment.
07:07Une étude a montré que le bruit neuronal diminue à la suite d'une séance de course à pied.
07:12Et la réduction de ce bruit de fond permet au cerveau de fonctionner plus efficacement,
07:17de façon plus synchronisée, de mieux réguler les stimuli.
07:21C'est moins le chaos dans la tête, si on veut.
07:24Pour la personne, ça se traduit par une impression de détente
07:27et d'avoir mis de l'ordre dans ses pensées.
07:31On a ce qu'on appelle l'effet d'incubation.
07:34Par exemple, on est confronté à un problème ou une tâche difficile
07:38et on a beau se creuser la tête, on n'arrive pas à trouver de solution.
07:43On va donc laisser le sujet de côté un moment
07:45et compter sur notre subconscient pour le résoudre.
07:48Tout cela vient du champ de la psychologie cognitive
07:51et de recherches faites notamment sur les chimpanzés.
07:54Je pars faire quelque chose d'autre, un jogging par exemple,
07:57et tout à coup, sans m'y attendre, je vais avoir l'illumination, la solution créative.
08:02Ça t'a permis de résoudre des problèmes concrets ?
08:05Il y a quelques semaines, j'ai été confronté, pas vraiment à un problème, mais à une alternative.
08:14C'était dans le domaine professionnel.
08:17La question de savoir si je pouvais ou si je voulais me mettre à temps partiel et avoir une activité
08:22freelance à côté,
08:23ou si j'allais quitter ce boulot et en chercher un autre.
08:28Et le fait de courir m'a permis de me débarrasser de cette réaction d'orgueil du genre,
08:32j'en ai ma claque de tous ces cons.
08:34Et de pouvoir réfléchir à la situation de façon objective,
08:38d'identifier les problèmes et les paramètres à prendre en compte,
08:42et de trouver une solution rationnelle.
08:46Super.
08:52Très pratique.
08:54Laissez mon subconscient travailler pour moi.
08:56Ce serait un vrai plus.
08:59Pour mon prochain livre par exemple.
09:03Mais devoir faire un footing pour que ça fonctionne, comment dire.
09:07Peut-être qu'on peut aussi courir plus lentement.
09:09Marcher en fait.
09:11Et quand on se balade dans un bel environnement,
09:16disons la montagne, les bords d'une rivière ou la campagne,
09:19on appelle ça randonnée.
09:22Et c'est un petit pas de plus vers le bonheur.
09:39C'est drôle comme point de rendez-vous un cimetière.
09:42C'est pratique.
09:43Ça permet de remplir sa gourde avant de partir.
09:47Bonjour.
09:48Enchantée.
09:49Tu as ta gourde ?
09:50Oui.
09:51C'est pas bête ça, il y a toujours de l'eau dans les cimetières.
09:54Oui.
09:55C'est pour ça que c'est un bon point de rendez-vous.
09:58Parce qu'il y a toujours un robinet dans les cimetières
10:00pour arroser les fleurs.
10:01Et ça me fait toujours un foule d'eau.
10:03Un foule d'eau.
10:04Un foule d'eau.
10:06Un foule d'eau.
10:07Un foule d'eau, oui ?
10:11Un foule d'eau.
10:13C'est pas un foule d'eau, non?
10:16C'est pas un foule d'eau.
10:30Tu marches vite en général ?
10:33Non, très lentement. J'ai plutôt un pas tranquille, comme maintenant.
10:38On a toute la journée devant nous.
10:42Bien sûr, la grande différence entre la course et la marche à pied, c'est la vitesse.
10:48Ce qu'on peut observer dans la population, c'est que les gens qui courent vont avoir tendance à outrepasser
10:53leur capacité physique, choses plus rares dans la marche ou la randonnée.
10:57C'est une activité qu'on va tenir beaucoup plus longtemps, à une intensité modérée.
11:02C'est très bénéfique, parce qu'on bouge, mais sans avoir l'impression de faire beaucoup d'efforts.
11:10Ça fait longtemps que l'homme cherche à aller vite.
11:14Et chercher la lenteur, ce n'est pas revenir aux temps anciens.
11:17C'est au contraire extrêmement moderne.
11:19C'est seulement aujourd'hui qu'on a le luxe d'expérimenter la lenteur.
11:25On n'est pas habitué à ça, peut-être que notre cerveau même n'est pas fait pour ça,
11:28parce qu'on a toujours envie de répondre aux sollicitations, d'accélérer les choses.
11:32Et donc, ça demande une certaine discipline.
11:36Je vois quel est l'intérêt de la chose.
11:38Ça, ça me fait plaisir.
11:48En général, quand tu atteins un petit sommet comme celui-ci, tu prends le temps de profiter de la vue
11:53?
11:54La première chose que je fais, c'est de m'asseoir et regarder s'il y a du réseau.
11:59Non.
12:00Et ensuite, je bois et je mange.
12:02Le paysage, je n'en ai pas grand-chose à faire.
12:05Pour moi, c'est la même chose de grimper sur le Rummelsberg avec ses 80 mètres de haut
12:10ou de me trouver dans les Alpes ou dans l'Himalaya, qui sont beaucoup plus spectaculaires.
12:16Ça distrait du vrai but.
12:18Si tu randonnes pour voir des panoramas sublimes, tu risques de passer à côté du véritable bonheur de marché.
12:25Quand tu pars en randonnée, qu'est-ce qui se passe dans ta tête ?
12:28À quoi tu penses ?
12:3090% de mes réflexions tournent autour d'un seul sujet.
12:34C'est encore loin ?
12:35Non, la nourriture.
12:37Et les 10% restants, j'en profite à fond.
12:40Mon moteur dans la randonnée, c'est le fait de laisser mon esprit vagabonder librement.
12:46Sans aucune contrainte.
12:49Je passe beaucoup de temps au téléphone avec des amis qui en sont ravis.
12:53Parce qu'on peut m'appeler ou m'envoyer des textos à 6h du matin pour me parler de peine
12:57de cœur ou de problèmes professionnels.
12:59Et non seulement j'ai le temps de les écouter, mais j'ai aussi l'esprit disponible pour les aider.
13:04Quand on marche, on n'a pas vraiment l'ivresse de la vitesse.
13:07Qu'est-ce qui fait le charme de la lenteur ?
13:10On va prendre deux extrêmes.
13:12D'un côté, par exemple, la descente à ski.
13:15Ça, j'adore.
13:17Pendant les 5 minutes où tu dévales la pente, tu as une grosse montée d'adrénaline.
13:23Ouais !
13:24Génial !
13:25Ouais !
13:25Mais c'est tout.
13:275 minutes.
13:29En randonnée, tu n'as jamais de flash d'euphorie comme ça, mais tu ressens une sorte de béatitude constante.
13:36Pourquoi la randonnée rend heureux ?
13:38Parce qu'on atteint le bonheur avec peu.
13:41Tout ce que j'ai, c'est un sac de 5 kilos avec de l'eau et de la nourriture.
13:46Donc je réduis mes besoins au strict minimum.
13:49Une détox à la dopamine ?
13:51Oui.
13:52Et tout à coup, tout ce qui est un peu mieux que l'ordinaire devient un luxe absolu.
13:57Tu as eu de la pluie pendant une semaine et soudain, le soleil revient.
14:01C'est un bonheur immense, quelque chose d'inimaginable.
14:05Ou alors, tu t'accordes un jour de repos par semaine et cette nuit-là, tu ne la passes pas
14:10sur ton tapis de sol,
14:11mais au fond d'un lit moelleux à l'hôtel.
14:13Et tu prends ta première douche depuis des jours avec un savon qui sent bon et tu vois toute la
14:18crasse disparaître.
14:21Et aussi, tu te débarrasses complètement de tes angoisses.
14:25Quand tu te rends compte que tu te débrouilles avec le strict minimum et avec 10 euros de provision par
14:30jour pendant des mois,
14:31tu te sens totalement libérée.
14:34Tu sais que même si tu es licenciée, c'est pas grave, tu t'en tireras toujours.
14:39Ça permet de tout relativiser.
14:42Et tu acquiers une sorte de confiance, l'assurance que même si rien ne va plus, tu pourras toujours randonner.
14:49Donc j'ai traversé une partie de l'Europe pendant 5 mois en suivant l'itinéraire qu'avait pratiqué Montaigne
14:55en 1580
14:56quand il a fait son grand périple qu'il a mené à Rome.
14:59La première expérience, c'est celle du dépouillement.
15:01Et ça, tous les randonneurs connaissent ça.
15:02Ce dépouillement-là, il rentrait libre aussi.
15:06Et quand on rentre dans le confort, on trouve totalement aberrant l'accumulation de choses
15:13qui se trouvent dans une maison dont on a besoin pour vivre aujourd'hui.
15:17Clairement, aujourd'hui, je suis beaucoup plus, disons, simple.
15:21Je me suis, disons, libéré d'énormément de besoins ou d'ambitions artificielles ou sociales.
15:28Ça, c'est très clair.
15:29Je pense que c'est l'expérience des voyageurs habituellement.
15:36Je travaillais dans le redressement d'entreprises.
15:38J'ai fait une belle carrière.
15:40J'ai dirigé de grandes sociétés.
15:42J'avais des voitures de fonction très chics.
15:44Et comme je gagnais bien ma vie, je me suis payée des vacances aux Etats-Unis.
15:48Je me trouvais dans un parc national, dans un camping.
15:51Et tout à coup, j'ai vu apparaître deux hurlues berlus.
15:55Ils m'ont dit qu'ils marchaient du Mexique au Canada.
15:59Et pendant toute la soirée, ils m'ont parlé de leur périple en mode ultra léger,
16:03comme je le fais maintenant, de cette vie itinérante, du chemin, des rencontres.
16:08Et ça m'a complètement emballée.
16:10Et ensuite, le destin m'a donné deux coups de pied aux fesses.
16:13D'abord, j'ai été virée de mon boulot avec perte et fracas.
16:17Qu'est-ce qui s'est passé ?
16:18C'est très simple.
16:19Quand une entreprise est redevenue saine, les gens qui font mon métier deviennent inutiles.
16:23Et pour que je comprenne bien l'enjeu, le vrai coup du sort est arrivé après.
16:28À l'époque, un bon ami qui avait exactement dix ans de plus que moi a eu une attaque.
16:33Il ne pouvait plus parler, ni marcher, et il était à peine capable de déglutir.
16:38Et à partir de ce moment-là, je ne pouvais plus éviter la grande question,
16:42c'est-à-dire qu'aurait fait mon ami si à mon âge, donc dix ans plus jeune,
16:46il avait su ce qui allait lui arriver.
16:48Est-ce qu'il aurait continué à travailler, à monter les échelons,
16:51à accumuler les marqueurs de la réussite sociale et de l'argent,
16:54ou aurait-il fait quelque chose de fou ?
16:57Alors j'ai réservé mes vols et je suis partie randonnée.
17:13Il existe une thérapie par la course à pied
17:16dont l'objectif est d'inciter les personnes souffrant de dépression
17:19à se remettre en mouvement.
17:22La reprise d'une activité physique, et qu'on va pratiquer à plusieurs,
17:25est souvent extrêmement difficile pour les dépressifs.
17:28Et la sérotonine va jouer un rôle crucial dans le processus.
17:34Très souvent, on observe des taux réduits de cette hormone
17:37chez les patients souffrant de dépression.
17:39Et on sait qu'on peut augmenter sa concentration dans le cerveau
17:43par un exercice aérobie,
17:45c'est-à-dire un effort d'endurance, d'intensité modérée.
17:52Oui, j'aurais bien besoin d'une petite injection de sérotonine de temps à autre.
17:57Dans les épisodes dépressifs,
17:59on n'a même plus la force de prendre une douche ou de se brosser les dents.
18:02Peut-être que le footing ou la randonnée
18:04peuvent être un exercice de persévérance,
18:06ou de défi.
18:09Sur le mode,
18:10oui, ça va vraiment mal.
18:13Mais, ça va passer.
18:40Salut les poulettes !
18:42Eh oui !
18:43Tout a commencé avec les poules rousses.
18:47Coucou !
18:48Attention à la tête.
18:53C'est l'heure du picorage.
18:55Voilà, on est tranquille.
18:56Et comment on va se récompenser pour notre peine ?
18:59Avec une bière sans alcool, évidemment.
19:01Mais bien sûr !
19:04Parfait, non ?
19:06Santé !
19:08Est-ce qu'il y a des choses qui valent autant pour la course à pied que dans la vie
19:12?
19:13Tu peux faire des parallèles ?
19:15Bien sûr !
19:16Keep going !
19:18Il faut continuer à avancer.
19:21Par exemple, quand il se passe un truc crucial dans ta vie.
19:25Moi, je n'ai jamais vécu d'événements, qu'ils soient positifs ou négatifs,
19:28qui font que la Terre s'arrête de tourner.
19:31À l'adolescence, on nous inculque un peu ce mode de pensée.
19:34« Si tu ne fais pas ceci, ce sera terrible.
19:37Si tu ne cartonnes pas au lycée, ta vie est foutue. »
19:41Et en prenant de l'âge, on relativise.
19:44On voit que l'existence est une succession de chemins.
19:47Et peu importe qu'il soit pire ou meilleur que d'autres,
19:50on continue toujours d'avancer.
19:53Et c'est vrai aussi pour la course à pied.
19:56Après chaque course, tu en as une autre.
20:00Quand on court un 100 km,
20:02on peut vivre autant d'émotions en une journée
20:04qu'au cours de toute une existence.
20:07Et quand on le fait souvent,
20:09on sait qu'après un passage à vide,
20:10il y a toujours une reprise,
20:12un haut après un bas.
20:14Et que la plupart des événements négatifs
20:18contiennent en eux-mêmes quelque chose de positif.
20:21Est-ce qu'en course à pied,
20:23il y a des stratégies qui permettent de tenir
20:25et qui fonctionnent aussi dans la vie ?
20:28Oui.
20:30Respirez à fond, tout simplement.
20:32Quand on sent monter l'angoisse,
20:34il suffit d'inspirer, comme ça.
20:42Et là, tout à coup,
20:43on se sent beaucoup moins stressé.
20:47En course à pied, c'est la même chose.
20:49Un copain à moi faisait le semi-marathon à Londres.
20:52Et il a commencé à avoir un point de côté.
20:55Je lui ai dit,
20:56respire à fond avec le ventre.
20:59Il suffit de le faire de façon très consciente
21:02pour que quelque chose change en nous.
21:05En tout cas, c'est mon expérience.
21:08Toutes les expériences qu'on peut accumuler,
21:11qu'elles soient positives ou négatives,
21:13vont servir à dessiner une image de soi-même,
21:16à se voir et à être capable de s'évaluer.
21:20Et bien entendu,
21:22le sport est un formidable outil pour cela.
21:25Il permet de se confronter
21:26à des conditions de forte pression,
21:28de tester sa réaction face à la douleur
21:30ou à une grosse tension musculaire,
21:32et en même temps,
21:33de vivre des instants de bonheur absolu,
21:35de satisfaction,
21:37de très grande facilité à faire les choses.
21:40Et ces expériences sont très précieuses,
21:42pour nous et pour notre moi émotionnel.
21:48Là, tu vois la transition du vert tendre
21:51au vert plus sombre,
21:53puis au vert brûlé.
22:11Tu es très souvent seule.
22:13Est-ce que ça te dérange ?
22:15Ou c'est ce que tu recherches ?
22:16Tu te sens seule parfois ?
22:18Non, je ne me sens jamais seule,
22:20parce que j'apprécie vraiment ma compagnie.
22:23Ça peut paraître bête,
22:25mais je suis très sérieuse.
22:27Depuis que la randonnée est à la mode,
22:28on a l'impression qu'il suffit de faire un trek
22:30pour résoudre tous ces problèmes.
22:34Mais si on marche pour se trouver soi-même,
22:36c'est perdu d'avance.
22:38En fait, il faut déjà bien s'entendre avec soi-même
22:40pour se supporter toute une randonnée.
22:42Et plus le chemin est long,
22:43plus il faut être en accord avec soi.
22:46Imagine quand il pleut en permanence,
22:47que tu manges mal.
22:48Oui, d'ailleurs, on fait quoi dans ces cas-là ?
22:50Je voulais te poser la question, justement,
22:52quand il pleut, qu'on en a marre,
22:53ou qu'on se dit « mais qu'est-ce que je fais là ? »
22:56Tu te réveilles le matin,
22:58il pleut des cordes,
22:59et tu sais que l'itinéraire du jour est sans intérêt,
23:02il longe une route.
23:03Et là, un bus s'arrête devant toi.
23:05Tu as deux possibilités.
23:07Tu peux monter dedans,
23:08tu sautes cette étape,
23:09et à midi, tu te fais un bon resto au chaud.
23:12Dans ce cas, tu passeras sûrement une meilleure journée que moi,
23:16parce que moi, je vais faire le chemin à pied,
23:18qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige.
23:21Mais le soir, c'est moi qui aurai l'avantage.
23:24Je serai dans ma tente à me dire
23:26« chouette, j'en ai vraiment bavé,
23:28mais je n'ai pas abandonné. »
23:31Et ce genre de choses donne confiance en soi,
23:33ce qui amène des changements positifs dans la vie.
23:36Si tu abandonnes à la moindre difficulté
23:38ou que tu sautes une étape pour rentrer chez toi,
23:40tu n'iras jamais très loin.
23:42C'est le cadeau de la randonnée.
23:44Mais pour le recevoir,
23:45il faut se faire violence.
23:47Et pour toutes ces raisons,
23:49je trouve dommage qu'on croit que ces transformations intérieures
23:52ou ce bonheur
23:53reviennent de la nature.
23:55Parce qu'on peut alors se dire
23:57« Tiens, si j'avais beaucoup d'argent,
23:59je pourrais aller dans un endroit merveilleux,
24:01d'une beauté intacte. »
24:03Le Costa Rica.
24:04Oui, ou la jungle,
24:05où on serre un arbre dans ses bras
24:07et tout d'un coup,
24:08la sagesse nous tombe du ciel.
24:10Donc on retrouve cette attitude de consommateur
24:12à laquelle on tentait justement d'échapper.
24:14Et on ne fait pas ces merveilleuses découvertes intérieures.
24:17Parce que pour ça,
24:18il faut s'en donner la peine.
24:20Exactement.
24:21On n'a rien sans rien.
24:22« Ah, je savais que ça finirait comme ça.
24:23Moi, je veux un bonheur gratuit,
24:25la dopamine directe, tac, tac. »
24:28Constamment, on doit faire des détours.
24:29Constamment, il y a des trucs qui ne vont pas.
24:32Constamment, on rate son étape,
24:34on finit ailleurs.
24:36Et si on commence à s'accrocher, disons, à son plan,
24:41alors là, on arrête le voyage au bout d'une semaine.
24:44Si au contraire, on apprend, encore une fois,
24:46de manière assez stoïcienne,
24:48à faire avec les circonstances adverses,
24:51prendre ça comme un jeu,
24:52c'est là qu'on gagne une forme de liberté
24:54qui n'est pas dans la maximisation des possibles.
24:57C'est l'idée du XXe siècle.
24:58Qu'on peut aller partout, qu'on peut tout faire,
25:00qu'on peut tout acheter,
25:02qu'on peut tout découvrir, tout connaître,
25:04être informé de tout.
25:07Aujourd'hui, c'est tout l'inverse.
25:09C'est tellement, il y a tellement de contraintes
25:11qu'on doit apprendre une autre forme de liberté
25:13qui n'est pas la maximisation des possibles,
25:15mais qui est l'idée qu'on peut se passer
25:17d'énormément de choses.
25:20Je crois que si on accepte tout ce que le sport implique,
25:23la fatigue, les blessures,
25:25le temps qu'on doit y consacrer,
25:27c'est parce qu'on sait qu'au bout du compte,
25:29on va en tirer quelque chose de positif.
25:33Il y a quelque chose de très agréable
25:35dans cette sensation du dépassement de soi.
25:39C'est peut-être lié aux hormones.
25:42Des études ont montré que les endocannabinoïdes,
25:44ou les endorphines par exemple,
25:47diminuent la sensation de douleur.
25:51Et ce sont des hormones qui sont libérées
25:53notamment lors de la course à pied.
25:58C'est parti !
26:00Je suis à fond !
26:02Super !
26:04Et sous la pluie, chouette !

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