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  • il y a 13 heures
Ce mardi 12 mai, le bilan des dix dernières années de gouvernance de François Villeroy de Galhau au sein de la Banque de France et le rayonnement de la place financière de Paris ont été abordés par Frédéric Farah, économiste et professeur à l'Université Paris 1, Markus Kerber, avocat et professeur de finances publiques à Berlin, et Sylvie Matherat, économiste et senior advisor du cabinet de conseil et d'audit Mazars, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00On est de retour pour la seconde partie de l'émission, il est 10h passé de 2 minutes, vous le
00:04savez dorénavant, c'est le nouvel horaire des experts, 9h30, 10h30 tous les jours en direct sur BFM Business pour
00:12décrypter l'actualité de l'économie.
00:15Aujourd'hui avec Sylvie Matera, économiste, senior advisor du cabinet de conseil d'audit Mazard, Frédéric Farah, économiste et professeur
00:23à l'université parien et Marcus Kerberg, avocat et professeur de finances publiques à Berlin.
00:29On va parler politique monétaire maintenant avec le départ de François Villeroy de Gallo, ça fait plus de 10 ans,
00:38il est arrivé en 2015 à la tête de la Banque de France, François Villeroy de Gallo, il a tenu
00:44jeudi dernier son dernier discours de politique monétaire, il quittera l'institution financière le mois prochain
00:53et je voulais qu'on voit ensemble quel bilan vous tiriez des 10 dernières années, alors sur le bilan de
01:02François Villeroy de Gallo mais au-delà de comment le monde, le paysage monétaire a évolué.
01:08Vous connaissez bien la Banque de France Villeroy de Gallo, puisque vous y êtes passés, moi c'est là-bas
01:12que je vous ai connus il y a quelques années déjà.
01:19Quel bilan vous tirez de ces 10 dernières années ?
01:21Alors on parle de la politique monétaire mais ce n'est pas que la seule mission de la Banque de
01:25France et donc si on veut regarder le bilan du gouverneur sur les 10 dernières années,
01:30dans les grandes missions il y a la politique monétaire bien sûr mais qui est maintenant une politique monétaire européenne,
01:36donc on participe à la politique monétaire européenne.
01:39Il y a la supervision bancaire, c'est très important la supervision bancaire et donc la Banque de France exerce
01:43cette supervision en France et aussi dans le cadre de la supervision bancaire unique à Bruxelles.
01:49Et puis il y a tout le dispositif interne qui concerne le maillage économique, la surveillance des évolutions économiques en
01:57France avec un réseau assez dense et donc là il y a eu aussi une évolution importante.
02:01En termes de politique monétaire, je pense que la France a eu une voix très écoutée au sein du conseil
02:06des gouverneurs de la BCE sur ces 10 dernières années parce qu'on avait l'avantage d'être une voix
02:11un petit peu intermédiaire entre ce qu'on appelle traditionnellement les colombes et les faucons.
02:16Voilà, donc les partisans d'une politique monétaire très dure et favorable en général à une augmentation des taux dès
02:22qu'on avait un frémissement sur le fond de l'inflation qui sont de manière traditionnelle les pays du nord
02:27de l'Europe, l'Allemagne, les Pays-Bas.
02:29Et puis les partisans d'une politique plus accommodante je dirais et qui regardent aussi les conditions non seulement inflationnistes
02:38mais aussi les conditions de croissance.
02:41Et là c'est plus davantage les pays du sud qui sont plus favorables à des conditions politiques monétaires accommodantes.
02:47Donc la France a été une voix médiane pendant toutes ces années et très écoutée au sein du conseil des
02:54gouverneurs.
02:54Est-ce que la France est une voix écoutée à Francfort ou est-ce que Paris, tout comme la Bundesbank
03:02en Allemagne d'ailleurs, ne sont plus que les porte-parole finalement de la BCE qui est l'institution majeure
03:10européenne ?
03:12Marcus Kerberg, Frédéric Farah et puis Sylvie.
03:14Écoutez, la France est bientôt due, très écoutée, même si, écoutez Madame Lagarde, stress celui qui a un peu d
03:21'expertise en matière monétaire, mettre à la tête de la Banque Centrale Européenne une non-économiste.
03:28Une avocate de formation.
03:30Une politique.
03:31Une politique, une communicante.
03:33Ça devient un job-play politique, président de la BCE.
03:36Tout est rien et très certainement un expériment totalement raté.
03:41Jérôme Powell est né aussi par un économiste.
03:43Mais je pense qu'on devrait, dans ce contexte, rendre hommage à celui qui quitte la Banque de France.
03:49J'étais en désaccord avec lui sur les grands choix de politique monétaire.
03:53On a eu des vifs échanges de principes.
03:56Mais c'est un monsieur très noble, noblesse naturelle, avec qui on arrive à avoir des amples discussions.
04:05Et qui a très certainement, au sein du conseil du gouverneur de la Banque Centrale Européenne, apporté l'expertise de
04:13la France qui manque cruellement à Madame Lagarde.
04:16Et qui a très certainement essayé de jouer un rôle intermédiaire entre les pays du Sud et les pays du
04:25Nord, pour le simplifier un petit peu.
04:26Et je tiens surtout à rendre hommage au gouverneur par ce geste très noble de quitter sa fonction prématurément
04:35pour rendre la position inaccessible à des personnages avec un profil pas très expert.
04:45Il y a un petit incident au sein de la Banque de France.
04:48La nomination de Sylvie Goulard, qui était une diplomate de formation, qui était nommée, je pense, vice-gouverneure.
04:55Ça, c'est une question...
04:57Oui, qui a eu quelques affaires au niveau européen.
05:00Oui, non seulement ça, préalablement, je dirais, elle n'était pas brillante en matière de politique monétaire.
05:05Mais je trouve, pour conclure, ce geste de M. Villeroy de Gallo, extrêmement noble, un monsieur distingué qui va manquer
05:18à l'Europe.
05:19Bon, il va prendre la présidence des apprentis d'Auteuil à partir du mois de juin.
05:23Ma question, c'était, est-ce que les banques nationales n'ont pas perdu la Bouba, quand même, la Bundesbank
05:29?
05:29Absolument.
05:29C'est une référence au niveau européen.
05:31Je trouve qu'on entend beaucoup, beaucoup moins parler aujourd'hui.
05:34Alors, beaucoup moins pour parler tout de suite de la Banque de France ou la Bouba, comme vous dites.
05:37La Banque de France n'est plus l'ambre de ce qu'elle a été à l'époque.
05:44Un économiste en chef comme Otma Ising, qui vient de fêter ses 90 ans, qu'on appelle en Allemagne, à
05:51tort et raison, M. Leroux, faisait partie de cette catégorie élitaire incorruptible de professeur en matière de politique monétaire, qui
06:05était également praticien.
06:06Donc, cette catégorie très rare est devenue, a complètement disparu, a disparu.
06:14Alors, et comme c'est la Banque Centrale Européenne qui offre les bons postes, je dirais la Bundesbank est toujours
06:19en concurrence.
06:21Donc, les gens s'orientent plutôt vers la Banque Centrale Européenne.
06:24Et là, il y a un microcosme de décisionnaires que je renonce à qualifier.
06:30Non, mais, je suis un peu surpris parce que...
06:35Vous êtes toujours surpris ?
06:37Oui, mais parce que...
06:38Comment est-ce que vous pouvez être surpris en étant dans une émission avec moi ?
06:41J'ai l'homme qui aime bien se surprendre.
06:43Ah ben, c'est important.
06:45Rassurez-vous...
06:46Mais on a le droit de ne pas être d'accord.
06:47Oui, mais c'est pour cela que je crois qu'en démocratie, c'est plutôt le dissensus que le consensus
06:51qui domine.
06:52Mais bon, ça c'est une autre question.
06:54Non, mais où je suis surpris, c'est que nous avons fait un choix politique.
06:58Nous avons voulu faire une souveraineté partagée de notre monnaie.
07:02Donc, à partir du moment où le pouvoir se déplace...
07:05Alors, je me suis toujours méfié des englobants.
07:09C'est-à-dire les englobants, la Banque Centrale Européenne, les marchés financiers, la mondialisation.
07:15Et il faut être plus précis parce que je dis toujours à mes étudiants,
07:17je n'ai jamais dîné ni avec la Banque Centrale, ni avec la mondialisation, ni avec les marchés financiers.
07:21Je ne les ai jamais vus dans la rue.
07:22S'ils sont là, qu'ils se signalent à moi-même.
07:25Donc, comment ça marche la Banque Centrale Européenne ?
07:26Il n'y a pas M. Banque Centrale Européenne ?
07:28Je veux dire, il y a un board...
07:30Et ça ne fonctionne pas consensus, il faut le voir.
07:32Voilà, donc il y a des débats internes de politique monétaire.
07:35Il n'y a pas un M. Banque Centrale qui arrive.
07:36Un conseil des gouverneurs.
07:37On peut le rappeler d'ailleurs, bien expliquer que c'est un conseil des gouverneurs des banques nationales.
07:43Et il y a un comité exécutif, un board de la BCE avec cinq ou...
07:47Il y a les conseils des banques de la zone euro plus des membres du fonctionnement interne de la BCE.
07:54Donc, conséquemment, je veux bien qu'on critique Mme Lagarde, mais quand on voit tous les gens qui sont là,
08:01les compétences qui sont à l'œuvre,
08:02bon, elle n'est pas tout seule, comme si elle était en train de prendre une décision tout seule dans
08:06son coin, de manière un peu délirante.
08:07Il faut quand même rester sur terre.
08:09D'autre part, que le poste soit politique, c'est-à-dire que quand on choisit celui qui a la
08:14tête, une dimension politique, la monnaie, c'est de la politique, autrement.
08:18Donc, forcément.
08:18Et de plus en plus.
08:19De plus en plus.
08:20Donc, ça, c'est une chose.
08:23Je ne comprends pas que, alors qu'on a fait un choix il y a plus d'une trentaine d
08:26'années de déplacer le pouvoir monétaire ailleurs,
08:28de s'étonner aujourd'hui que les banques nationales font partie du SEBC, du système européen des banques centrales.
08:34Deux, ce que je trouve intéressant quand on regarde le discours de M. Villard de Gallo,
08:37parce que c'est un discours qu'il faut lire, que j'ai lu, il pose des débats.
08:42Alors, il a une position pour chacun de ces débats et je trouve que ces débats doivent rester ouverts.
08:46Son discours est structuré ainsi.
08:48Il revient sur les objectifs, sur les instruments, sur l'indépendance.
08:51Et il finit très joliment avec une référence allemande avec Emmanuel Kant,
08:54puisqu'il rêve de Bui qui est cancien, dit-il à la fin de son texte, etc.
08:59Et il dit qu'il y a eu toute une série de débats sur la politique monétaire telle qu'elle
09:02a été menée.
09:03Est-ce qu'effectivement c'est suffisamment démocratique ou pas ?
09:06Est-ce que le mandat de la BCE doit changer ?
09:08Est-ce que c'est la stabilité des prix ou autre chose ?
09:10Là, je trouve qu'on est dans des vraies questions.
09:12Parce qu'effectivement, aujourd'hui, c'est poser cette question,
09:16est-ce que ça doit être la stabilité ?
09:19Parce que, je rappelle, parce que souvent on fait un mauvais procès.
09:22Dans les textes européens, il n'est pas dit que la stabilité, c'est l'objectif, le seul.
09:26C'est marqué objectif principal.
09:28Pas unique.
09:29Pas unique.
09:30Principal.
09:30Donc ça implique une hiérarchie.
09:31Il a raison de poser ces questions et de dire, ça je suis d'accord dans son discours,
09:36qu'il ne faut pas simplifier le débat.
09:38Mais il faut le garder ouvert sur le mandat, les instruments, sur la question de l'indépendance.
09:43Et la communication est essentielle.
09:45Je me souviens du très joli livre de Pierre-Noël Giraud sur la finance,
09:53où il parlait des moyens chamaniques de la politique monétaire.
09:56C'est-à-dire la manière dont les banquiers centraux communiquent.
10:00Et il disait ça en faisant référence à l'époque, quand le livre a été écrit,
10:03c'était Grinspan qui était la tête de la Fed et tout.
10:04Oui, au mot Grinspan qui est incroyable.
10:05Voilà, qui savait parler.
10:06Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé.
10:09Voilà.
10:09Et donc, le fait d'avoir une politique et d'avoir une communication,
10:12c'est très important parce qu'il disait dans ce texte
10:15que c'est aussi important que les instruments qu'on utilise.
10:17On l'appelle la forward guidance.
10:19C'est un instrument.
10:19C'est un instrument.
10:21Je pense que la discussion sur le mandat de la BCE
10:25est un vrai débat en ce moment.
10:29Parce que d'abord, c'est vrai que la stabilité des prix,
10:33c'est l'objectif premier.
10:34Mais on a une grande différence entre la BCE et la Fed,
10:37qui sont les deux banques centrales les plus importantes.
10:38La Fed a explicitement deux objectifs.
10:41C'est-à-dire la stabilité des prix et le marché du travail.
10:46Ce qui n'est pas le cas pour la BCE.
10:48Et aujourd'hui, avec la situation d'inflation importée
10:51liée à la guerre entre l'Iran et les États-Unis,
10:55on va avoir une problématique d'inflation importée.
10:58Mais cette situation, je pense, va avoir un impact plus important
11:01sur la croissance elle-même que sur l'inflation.
11:04Et donc, c'est pour ça que je crois que ce débat...
11:07On entend des hausses de taux, des mois prochains peut-être.
11:08Oui, on entend parler des hausses de taux,
11:10mais si on regarde juste l'inflation,
11:13je pense que ça donnerait un signal,
11:17on a une inflation qui est liée, temporaire ou pas,
11:20on ne sait pas, c'est lié à cette situation.
11:22Est-ce que c'est un choc de prix ou une inflation ?
11:25Mais en revanche, ça a un impact dépressif,
11:27on le voit aujourd'hui, sur la croissance économique.
11:30Croissance zéro, première fois.
11:30Si on avait ces deux objectifs,
11:32je pense que, si on regarde juste l'inflation,
11:35on pourrait être tenté par une hausse de taux.
11:36Mais si on regarde ces deux objectifs,
11:39que sont le marché du travail, la croissance et l'inflation,
11:41à ce moment-là, je pense que la tentation est moins forte
11:44quant au niveau de la situation actuelle.
11:46Donc, je crois qu'aujourd'hui,
11:48le débat sur le mandat serait très bienvenu.
11:50Voilà, c'est un vrai débat passionnant.
11:52Je pense que l'Allemagne n'a pas peur de débat, madame.
11:57Et moi, surtout pas.
11:58Mais je me permets de vous rappeler
12:00que le consentement de l'Allemagne, à l'époque,
12:02du traité de Maastricht,
12:04à transférer sa souveraineté monétaire
12:07à une banque centrale européenne,
12:09il y est à la promesse que cette banque se limite
12:12au mandat de la défense et de la stabilité des prix.
12:16Point à la ligne.
12:17Alors, si aujourd'hui, il y a un débat
12:20sur la flexibilisation du mandat,
12:24sur l'élargissement du droit,
12:26que madame Lagarde a fortement enrichi
12:30par ses discours à ses dilettants,
12:33eh bien, il faut bien comprendre
12:35qu'il n'y a pas d'indépendance d'une banque centrale
12:38sans limiter ses compétences.
12:40Une banque centrale qui,
12:43selon l'avis de madame Lagarde
12:45et d'autres Français,
12:47veut également faire une politique écologique
12:50en préférant des emprunts verts,
12:55elle se perd complètement.
12:57C'est-à-dire, le privilège que nous avons accordé,
12:59nous, les démocraties occidentales,
13:01à donner une indépendance véritable
13:05à la banque centrale,
13:06c'est-à-dire,
13:09à accepter que le principe
13:11de la légitimité démocratique ne joue pas là,
13:14dépend de cette restriction.
13:16Il y en a comme ça.
13:17Mon maître et modèle,
13:18M. Issing l'a dit,
13:19il l'a redit,
13:20et moi, son disciple,
13:22je le dis,
13:23oui, mais partout,
13:25que cette indépendance,
13:27si on la considère sacrée,
13:29il faut bien la lier
13:30à une limitation du mandat.
13:33Alors, dans la réalité,
13:34le mandat de la banque centrale
13:36a été déjà transgressé,
13:39et c'est déjà les achats.
13:43Dans la réalité,
13:45M. Draghi,
13:46il a violé,
13:47violé,
13:48en outrage,
13:49en outrage,
13:50en outrage.
13:51C'est ce qu'on dit,
13:52peut-être,
13:53il a tout simplement prolongé
13:55l'agonie de l'euro.
13:58L'histoire n'a pas donné
13:59son jugement sur l'euro.
14:00On verra.
14:01Bon,
14:02c'est-à-dire qu'il faut un dernier mot
14:03et puis il faut qu'on avance.
14:05Mais la gauche unie,
14:07elle ne pourre l'euro.
14:08Non, mais le son,
14:09Ah mais l'euro,
14:10c'est une force incroyable.
14:11Oui, vous le dites, madame.
14:13Je ne veux pas le croire.
14:14Pas tout en sorte,
14:14pas tout en sorte.
14:15On laisse parler Frédéric.
14:16Je veux dire,
14:17heureusement que Mario Draghi
14:19n'a pas cédé
14:20à un dogmatisme rigide
14:21et a compris
14:22qu'il y avait
14:23un intérêt supérieur
14:24pour l'ensemble de ses membres.
14:25C'était d'engager,
14:26effectivement,
14:27une politique
14:28que l'on n'attendait pas
14:28et il a pu faire en sorte
14:30que si on avait laissé
14:32la zone euro
14:33s'effondrer
14:34au moment de la crise
14:35des dettes souveraines,
14:36les conséquences collectives
14:37auraient été considérables.
14:39Je veux dire,
14:40c'est-à-dire que
14:40quand on s'engage
14:41dans un projet pareil,
14:43on ne sort pas
14:44comme si on sortait d'un bar
14:45après avoir fini une bière.
14:46Je veux dire,
14:47ce n'est pas ça.
14:48Il faut être sérieux.
14:49Ça engage quelque chose.
14:51C'est-à-dire,
14:51ouvrir
14:53à la crise des dettes souveraines
14:54une crise supplémentaire
14:56qui viendrait
14:57de l'effondrement
14:57parce que les banquiers centraux
14:58resteraient rigides
14:59sur leur position,
15:00mais je ne sais pas,
15:01c'est un suicide collectif.
15:02Je ne sais pas,
15:03à moins qu'on trouve que c'est bien.
15:04Le suicide collectif,
15:05c'est bien.
15:05Donc voilà, ok.
15:06Suicidons-nous collectivement,
15:07c'est une autre chose.
15:08Non, mais on aurait pu sortir
15:09la Grèce,
15:10on aurait pu sortir l'Irlande.
15:12On n'a pas besoin
15:13d'une zone euro
15:13avec ces pays-là.
15:15D'accord.
15:15En fait,
15:16on veut une zone euro
15:16avec le mépris
15:17en pensant que les autres
15:18pays européens...
15:19Non, ce n'est pas un mépris.
15:20C'est une raison...
15:21La manière dont la presse allemande
15:22a parlé de la Grèce
15:23dans les années 2010,
15:24c'est quand même un peu problématique.
15:25Il y a eu une forme de sanction,
15:26une volonté de sanctionner la Grèce
15:28du côté de l'Allemagne.
15:30Non.
15:30Je veux dire,
15:31avec un gouvernement
15:32plutôt à droite
15:32et qui voulait sanctionner
15:34un gouvernement de gauche.
15:35C'est plutôt l'impopularité
15:36de l'Allemagne en Grèce
15:38qui a été mal comprise
15:40en Allemagne,
15:40parce que c'est grâce
15:42à l'Allemagne
15:42que la Grèce
15:43a peu sauvé sa mise.
15:45Et donc,
15:46il faut bien quantifier
15:49les énormes sommes
15:51qui, par solidarité,
15:53a donné l'Europe
15:54pour sauver un pays
15:55qui représente
15:5611 millions d'habitants.
15:572% du pays,
15:58mais qui rembourse en avance.
15:59Et une économie
16:01pas essentiellement nécessaire
16:02pour l'Europe.
16:03Mais quel berceau quand même
16:04de la culture européenne.
16:05Pas nécessaire pour l'Europe.
16:06Cette culture si chère à vous,
16:07cher Marc.
16:09C'est toujours Giscard d'Estaing
16:10qui a dit
16:11qu'on ne dit pas non à Platon.
16:14Mais ce n'est pas une raison
16:15de faire entrer la Grèce.
16:16Donc la Grèce fait toujours
16:19figure d'un truc.
16:19Elle rembourse.
16:20Elle rembourse.
16:20Mais on avance.
16:22Ils ont fait le boulot.
16:24Ça a été douloureux,
16:26d'ailleurs, les pauvres.
16:26Allez, il faut qu'on avance.
16:28Je voulais qu'on parle
16:28de place financière de Paris
16:30avec de très, très bonnes nouvelles.
16:33C'est la CPR qui nous l'indique.
16:36Près de la moitié
16:37des demandes d'agréments
16:40bancaires de la zone euro
16:41se font désormais en France.
16:43À Paris, notamment.
16:44C'est la place financière de Paris.
16:47Qu'est-ce qui explique
16:48cet engouement nouveau,
16:50si je puis dire ?
16:51Alors, nouveau, c'est...
16:52Nouveau, je ne sais pas,
16:53mais d'une telle intensité.
16:54On a multiplié par 5
16:56l'année dernière
16:57le nombre de demandes
16:59d'agréments bancaires
17:00sur la place financière de Paris.
17:01Alors, c'est un choix
17:02qui se fait en comparaison
17:03des autres choix possibles.
17:06Il y a d'autres grandes places.
17:08Francfort est une grande place financière.
17:10Oui, tout à fait.
17:10Après le Brexit,
17:11beaucoup d'établissements
17:12ont dû faire un choix
17:13puisqu'en fait,
17:14il fallait mettre
17:15les activités européennes
17:17en Europe.
17:18Donc, suite au Brexit,
17:20beaucoup de ces activités
17:20qui étaient auparavant
17:22loger à Londres,
17:23notamment tout ce qui concernait
17:24les banques d'investissement,
17:25donc les activités de marché,
17:27ont dû trouver
17:28un autre point de chute.
17:29Donc, certaines se sont orientées
17:31vers l'Irlande
17:31pour des raisons
17:32de commodité de langage
17:33parce qu'effectivement,
17:34on parle anglais.
17:35Et après, les choix
17:36se sont portés
17:37vers les grandes capitales européennes.
17:38Donc, il y avait
17:38Francfort, Milan, Paris, Amsterdam.
17:43Et alors, je crois
17:44que très, très vite,
17:45le choix s'est rapidement limité
17:47à deux places essentiellement,
17:48Francfort et Paris,
17:49pour des raisons différentes.
17:50Alors, Francfort avait l'avantage
17:52d'être la proximité
17:53avec la Banque Centrale Européenne
17:54qui a non seulement
17:55la politique monétaire
17:56mais la supervision bancaire unique
17:59et Paris.
18:01Alors, beaucoup d'établissements,
18:03donc on a à peu près
18:03un choix moitié-moitié,
18:05mais maintenant,
18:06de plus en plus d'établissements
18:07choisissent Paris.
18:10Alors, pour quelles raisons ?
18:11Donc, il y a plusieurs raisons.
18:12Enfin, j'en parle d'autant mieux
18:13que je suis au conseil d'administration
18:14d'une banque
18:15qui est en train
18:15de faire ce choix.
18:17Il y a un vivier potentiel
18:21d'employés en France
18:24qu'on ne trouve pas forcément
18:25dans d'autres pays,
18:25notamment pour les activités
18:26de marché.
18:27Je pense que la France bénéficie
18:29d'avoir un volume
18:30d'ingénieurs
18:31sortis des grandes écoles françaises
18:33qui sont de très, très bons
18:36employés
18:37pour tout ce qui est
18:37des activités de marché,
18:39tout ce qui est traders,
18:40enfin, tous les camps.
18:41Oui, les fameux camps.
18:42Les fameux camps.
18:43Ça sort essentiellement
18:45des grandes écoles françaises.
18:46Et d'ailleurs,
18:47même quand on regarde
18:47dans les salles de marché,
18:48il y a énormément de Français
18:49dans les salles de marché
18:50à cause, justement,
18:52du poids de l'ingénierie mathématique
18:54dans ses activités.
18:55Oui, reconnue internationellement.
18:57Donc ça, on a un pool en France
18:58qui est à peu près unique
18:59en Europe.
19:00Après, il y a quelque chose
19:02qu'on oublie,
19:02mais qui fait écho
19:04à la discussion antérieure,
19:05qui est la qualité
19:06de la supervision locale.
19:08Et effectivement,
19:09la France a un superviseur
19:11qui est l'ACPR,
19:13qui a très longtemps,
19:14depuis très très longtemps,
19:15développé une expertise
19:16sur ses marchés financiers
19:17et qui est,
19:19comment dire,
19:19très...
19:20À l'écoute,
19:21ça aurait une connotation négative,
19:23mais qui est très...
19:25Pas forcément, non.
19:26On a le droit d'écouter
19:27le business,
19:27de dialoguer
19:28de manière constructive.
19:28Qui est un travail, je dirais,
19:29pour avoir,
19:29donc, un,
19:30été dans cette supervision française
19:32et après avoir été soumis
19:34à une autre supervision
19:34en Allemagne.
19:35La France,
19:36c'est un atout
19:38d'avoir une supervision proche,
19:40attentive.
19:41En Allemagne,
19:42c'est un peu moins le cas.
19:43Il faut dire que pendant des années,
19:45tout ce qui était
19:47instrument dérivé
19:47était encore considéré
19:48comme une activité
19:50de jeu interdite en Allemagne.
19:51Donc, en fait,
19:52on n'a pas cette culture
19:53d'activité de marché
19:54en Allemagne
19:55et on ne la retrouve pas
19:57chez le superviseur,
19:58ce qui est forcément,
19:59ce qui est le cas
20:00de l'ACPR.
20:00Et donc ça,
20:01je pense que c'est un outil aussi.
20:03Alors maintenant,
20:03il y a...
20:03la France a des problématiques,
20:06a aussi mis en place
20:07un système d'impatrié,
20:08donc on ne tenait pas forcément...
20:09Un régime fiscal spécifique.
20:10Un régime spécial spécifique
20:11pour les employés...
20:12Ils en passent par Manuel Valls,
20:12il me semble, à l'époque.
20:13...par les employés
20:14qui acceptaient
20:15de venir, bon,
20:16de Londres
20:17ou à Paris.
20:18Bon, après,
20:20il y a d'autres problèmes
20:21avec ce système
20:21parce qu'il n'est pas mobile,
20:22c'est-à-dire la personne
20:23qui vient pour son premier emploi
20:25en bénéficie,
20:26mais après,
20:26si elle veut passer
20:27de la banque X
20:27à la banque Y,
20:28elle ne peut pas emmener
20:29son traitement fiscal
20:31avec elle.
20:33Mais ça, c'est un système
20:34qui a été aussi
20:35mis en place à Paris
20:36et qui a été
20:37un atout favorable.
20:38Comment se porte Francfort,
20:39professeur Kerber ?
20:40Comment vit-on
20:43cette attractivité parisienne
20:45à Francfort ?
20:45Écoutez, vive la concurrence.
20:47Tout ce que Mme Interat
20:49vient de dire
20:50est très juste
20:50et très pertinent.
20:53L'existence de grandes écoles
20:55avec ce que vous avez appelé
20:57l'ingénierie mathématique,
20:59c'est nécessaire
20:59pour les salles de marché.
21:01La France a mené
21:03une politique
21:03assez volontariste
21:05pour faire de Paris
21:06une place financière.
21:08Et dans la mesure
21:09où ça concurrence Londres,
21:11moi, en tant qu'Européen,
21:12je suis en faveur.
21:16Alors, la France a également
21:18joué, bien joué,
21:19pour obtenir
21:20le siège
21:22de la European Banking Authority,
21:24qui a été transférée
21:25de Londres.
21:26Et sur ce plan,
21:27l'Allemagne,
21:28pour une fois de plus,
21:29a mal joué
21:30et n'a pas obtenu
21:31le siège
21:32de cette autorité
21:34à Francfort.
21:35Oui, il y a la BCE
21:36quand même à Francfort.
21:37Oui, oui, ce n'est pas rien.
21:38C'est certainement
21:39pas décisif.
21:40Oui.
21:40Mais, je dirais,
21:41je regarde ce processus
21:43de migration
21:44de personnel
21:46pour les banques
21:47d'affaires
21:48de Londres
21:50à Paris
21:51avec engoulement
21:52et optimisme.
21:54Et puis, la ville de Paris
21:55offre tellement de choses,
21:57pour les gens
21:58qui viennent de la France,
21:59c'est vrai que c'est
22:00un grand pays multiple.
22:01Moi, j'habitais
22:02sept ans à Francfort,
22:04on trouve moins d'action.
22:05Ce n'est pas tout à fait
22:06le même paysage.
22:07Oui.
22:08Frédéric Farras.
22:09Plusieurs choses.
22:10Si vous voulez,
22:10ça fait partie
22:11des jolis paradoxes
22:14de notre pays.
22:15C'est-à-dire que,
22:15d'un côté,
22:17on a nos problématiques,
22:19on parlait
22:19des dépenses sociales,
22:20de la dette,
22:21et de l'autre côté,
22:22que ce soit dans cette matière,
22:23ou en matière d'investissement
22:24direct à l'étranger,
22:25la France reste
22:26un pays très attractive.
22:28Très attractive.
22:28C'est pour ça qu'il faut parler
22:29des bonnes nouvelles aussi.
22:30Nous vivons
22:32sur ces paradoxes.
22:33Nous avons
22:33une main-d'oeuvre
22:35qualifiée.
22:36Donc,
22:37il y a cette tendance
22:39à broyer
22:40du sombre et du noir
22:41en permanence.
22:42Mais quand même,
22:43les investisseurs
22:44à l'étranger,
22:44ils viennent chez nous,
22:45les banques
22:45viennent chez nous.
22:47Je veux dire,
22:47on ne va quand même pas
22:48se plaindre.
22:49Et cet effort français
22:51de faire de Paris
22:52une place importante,
22:53alors moi,
22:54je suis très attaché
22:54à l'histoire économique
22:55et parfois,
22:55quand je l'évoque,
22:56des années 80 à nos jours,
22:57parfois j'évoque
22:58comme c'était il y a 110 ans
22:59alors que c'était hier.
23:00Je rappelle que
23:01le premier effort
23:02qui avait été,
23:03enfin,
23:03pas le premier,
23:04mais l'un des efforts,
23:05rappelons-nous,
23:06la grande loi de 1984,
23:08je veux dire,
23:09qui avait été en fait
23:10conduite même
23:11par les socialistes français,
23:13n'oublions pas,
23:14pour faire de Paris
23:15une place financière,
23:16une place boursière
23:17significative
23:17pour pouvoir anticiper
23:19sur ce qui était
23:19en train de se passer,
23:20sur les mutations
23:21qui avaient lieu
23:21dans la finance française.
23:22Donc ça fait 40 ans
23:23qu'on a fait cet effort.
23:24Et je suis toujours étonné
23:25que cette loi de 1984
23:26allait passer par la fenêtre
23:27comme si ça avait été
23:28un micro-événement,
23:29alors que c'était
23:29quelque chose d'essentiel.
23:30Tout à fait.
23:31Et je pense que c'est
23:32des événements économiques,
23:33c'est bien de le rappeler,
23:34et qu'il ne faut pas oublier.
23:36La France a engagé...
23:38La bourse était en deuil.
23:39Pardon ?
23:40Pierre Bérégoire.
23:40Oui, c'est un régime socialiste
23:43qui a effectivement ouvert
23:44la stratégie pragmatique.
23:45Bien sûr.
23:45Comme le régime des impatriés
23:47qui avait été présenté
23:48par Emmanuel Le Pal,
23:49c'est à l'époque
23:50qu'il n'y a pas à Europlace.
23:51Je suis très attaché
23:53à l'histoire économique
23:55parce que parfois
23:55ça nous fait oublier des choses.
23:57La CSG,
23:57c'était Michel Rocard.
23:58C'est-à-dire,
23:59il y a eu un sens
24:00du pragmatisme
24:01qui s'est fait au fil du temps
24:02et croire qu'on est dans
24:04une espèce d'idéologie
24:04fermée, rigide,
24:05ce n'est pas vrai.
24:06Je veux dire,
24:07les faits disent le contraire.
24:08C'est-à-dire,
24:08cette grande loi de 84,
24:10il ne faut pas l'oublier.
24:11Donc, c'est quand même
24:11un effort sur 40 années.
24:14Et 40 années,
24:14c'est pas rien quand même
24:15dans la vie d'un homme ou d'une fois.
24:16Non, non, c'est vrai.
24:17Bon, et l'effort finit par payer.
24:19On le voit aujourd'hui
24:21avec ses excellents résultats.
24:22Bon, il est 10h27, malheureusement.
24:25Il ne faudrait pas que les évolutions récentes.
24:28On n'a pas le temps
24:29de parler malheureusement
24:30des véhicules autonomes.
24:31On y reviendra très prochainement
24:35dans l'émission.
24:35Merci à tous les trois,
24:36Sylvie Matera,
24:37Frédéric Farah
24:37et Marcus Kerber
24:39pour cette émission animée,
24:41passionnante,
24:41disponible en podcast
24:42et replay sur l'application
24:44BFM Business.
24:45On se retrouve demain,
24:479h30.
24:48Notez bien ce nouvel horaire,
24:499h30, 10h30,
24:51mais toujours en direct
24:51sur BFM Business.
24:53Très bonne journée à tous.
24:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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