- il y a 8 minutes
Ce mardi 12 mai, Frédéric Simottel a reçu Yves Maitre, operating partner chez Jolt capital, Bruno Guglielminetti, journaliste et animateur de "Mon Carnet de l'actualité numérique", et Julien Villeret, directeur de l'innovation chez EDF. Ils se sont penchés sur l'audition d'Artur Mensch à l'Assemblée sur la souveraineté numérique, le rejet par eBay de l’offre de rachat de 56 milliards de dollars de GameStop, et l'échec du Trump Mobile, dans l'émission Tech & Co, la quotidienne, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne, le débrief de la tech.
00:05Débrief de la tech, partie 2 avec nos débriefeurs d'un soir, Yves Maître, opérateur et une partenaire chez Shell
00:10Capital,
00:10Bruno Guglielminetti, journaliste animateur de mon carnet de l'actualité numérique et qui nous accueille chez lui depuis Montréal-Québec,
00:19et Julien Villerey, directeur d'innovation chez EDF.
00:23Messieurs, on va écouter Arthur Mench, le patron de Mistral AI, l'un des trois cofondateurs.
00:28Il était à l'Assemblée, les députés l'ont auditionné, dans le cadre de la commission d'enquête sur les
00:37dépendances structurelles
00:38et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France.
00:43Voilà un dialogue très député, on va dire, très politique.
00:48Et selon lui, selon Arthur Mench, il est important que la France s'empare de la question.
00:52On écoute ce qu'il dit et on revient juste après.
00:55Je pense qu'il ne s'en inquiète pas suffisamment.
00:57Je pense que les vulnérabilités qu'on a eues dans les dix dernières années,
01:00elles vont être multipliées par cinq dans les cinq années qui viennent, en termes économiques.
01:06Donc si on ne fait rien, nous on travaille pour réduire cet impact.
01:11Mais il faut voir la vague venir.
01:13L'intelligence artificielle, c'est des coûts et des dépenses et un déficit commercial potentiel
01:20qui est de l'ordre de 10% de la masse salariale européenne, si vous voulez.
01:25Donc on ne parle pas de petits chiffres.
01:29Voilà, d'emblée, Arthur Mench préviens, ça va coûter cher.
01:33Il va falloir investir encore davantage.
01:35Mais il est important d'avoir cette souveraineté, d'avoir cette indépendance,
01:44ou quelque part cette dépendance, mais qu'elle soit européenne.
01:47On rappelle, il y a quelques semaines, il publie un document,
01:49enfin, Mistral et Arthur Mench publié un document de 22 propositions
01:53pour accélérer le développement de l'IA en Europe,
01:56renforcer l'activité des talents, structurer l'offre locale,
01:59réduire la dépendance aux acteurs américains et chinois.
02:01Voilà, il faut soutenir ce type d'initiative, Yves.
02:05Oui, moi je suis absolument convaincu qu'il faut soutenir ce type d'initiative.
02:09Encore une fois, c'est toute la chaîne de valeurs qui doit être tenue,
02:12commençant par les centrales nucléaires, puis les data centers.
02:15Il y a quelque chose qui nous manque, c'est les bouts de silicon, c'est le chipset,
02:18c'est-à-dire ce que vous avez dans votre smartphone ou dans votre ordinateur,
02:23Intel, Nvidia qui est le leader.
02:26Puis après, la suite, c'est le software,
02:28puis après, c'est les applications ou les agents, et ça vient après.
02:32Et donc là, on a la chance, en Europe, d'avoir une brique,
02:36avant on en avait deux, mais qui a mergé avec la brique allemande et canadienne
02:40qui viennent de merger, donc on n'en a plus qu'une qui est purement européenne,
02:44selon quoi nos amis canadiens sont welcome,
02:46donc on va dire qu'on a deux briques ou une brique trois quarts, qu'importe.
02:50Et donc il est absolument, mais absolument, absolument essentiel
02:54de tenir cet asset, quel que soit son niveau de compétitivité pour le grand public.
02:59D'ailleurs, il le dit, ça peut être déficitaire et tout ça,
03:01il faut bien comprendre qu'on peut perdre de l'argent pendant des années.
03:05On va perdre de l'argent, c'est pas on peut perdre,
03:06c'est on va perdre de l'argent, mais c'est pas perdre de l'argent,
03:08c'est on va investir.
03:10Comme on a investi dans les centrales nucléaires dans les années juste après-guerre,
03:14et maintenant, on voit que plus de 70 ans après, ça continue à rapporter.
03:19Donc c'est des investissements qui sont colossaux, colossaux, de même nature,
03:24parce qu'aujourd'hui, une centrale nucléaire, ça coûte cher,
03:25mais à l'époque, en relatif, c'était encore pire, ou mieux, ou plus important.
03:31Et donc, il faut absolument investir, c'est de même nature
03:35que les investissements stratégiques qui ont pu être faits dans le nucléaire,
03:38qui nous donnent, par l'armement ou pour le civil, une indépendance,
03:43et qui permet à la France, c'est une des rares choses aujourd'hui
03:45qui permet à la France, d'avoir une place unique dans le concert des nations.
03:50Et si on ne fait pas ça aujourd'hui, on va se pénaliser
03:54de cette voie du concert des nations du 21e, 22e siècle.
03:59Donc c'est essentiel.
04:00La deuxième chose que je voudrais dire par rapport à ça,
04:02c'est qu'il faut que les gens comprennent que l'intelligence artificielle
04:08dont on a parlé tout à l'heure, Grog, Open Air, etc.,
04:11pour la majorité d'entre eux, c'est pour l'individu,
04:14mais il y a une intelligence artificielle pour les entreprises.
04:18Et aujourd'hui, la bataille de Mistral,
04:20ce n'est pas d'être dans votre smartphone,
04:22c'est que EDF, que Orange, que Total, que Louis Vuitton,
04:27que tous ces gens-là du 440 et que toutes les petites entreprises
04:31de France et de Navarre et d'Europe utilisent une intelligence artificielle
04:36qui a été entraînée pour eux, par eux.
04:39C'est ça qui est important, c'est de parler français dans le monde de demain,
04:44de parler allemand dans le monde de demain,
04:45et pas qu'on soit tous obligés de parler qu'américains ou chinois.
04:49C'est aussi important, c'est culturel, j'allais dire,
04:53c'est aussi important que ce qu'on vient de dire,
04:55c'est-à-dire la manière dont on s'exprime, la manière dont on vit.
04:58Si on n'a pas, si on ne sait pas garder notre indépendance,
05:01j'allais dire culturelle de l'EI,
05:03alors évidemment les gens de la culture vont me tomber dessus
05:05à la sortie des studios, mais ça va être une catastrophe.
05:09Ça va être une catastrophe sociologique pour l'ensemble du pays,
05:12et pas que financière.
05:13Il l'avait dit, d'ailleurs, Emmanuel Macron,
05:15il y a deux ans, sur un sommet sur l'IA,
05:18il avait dit, attention à ce qu'on ne soit pas dépassé par les biais,
05:22il faut une IA francophone.
05:25Il faut une IA européenne, il faut une IA,
05:28et j'en parle dans mon livre, de la social-démocratie.
05:31Nous sommes un pays qui a une histoire de social-démocratie,
05:33nous sommes un pays qui a une histoire d'humanisme.
05:36Si on ne fait pas ça, si on ne tient pas ça,
05:38et la seule manière de le tenir,
05:39c'est de tenir l'antiquité de cette chaîne de valeurs,
05:43on n'a pas le chipset.
05:44Mais, à la limite, on pourra revenir,
05:48entre autres, avec le quantique,
05:49mais pas uniquement.
05:50Mais ça, si on le lâche, c'est fini.
05:52C'est fini.
05:55Bruno, on t'écoute à distance,
05:56et puis on revient ici en plateau ensuite avec Julien.
05:59Oui, j'aime l'appel de Yves
06:01par rapport à cette forme de souveraineté,
06:05de nationalisme européen.
06:07Le problème que j'ai, moi, avec ça,
06:09c'est que Mistral, plus je le regarde,
06:11et, mis à part le nom qui est français
06:13et son adresse du siège social qui est en France,
06:19le reste, c'est de l'étranger.
06:22On parle de financement.
06:24Tu parles des investisseurs.
06:25Oui, mais c'est ça.
06:27Mais GPU, l'info nuagique, la distribution, le financement,
06:30tout ça vient de l'extérieur.
06:32Donc, c'est un peu comme si c'est tenu artificiellement,
06:35et je ne sens pas...
06:37S'il y a deux ans, je sentais une volonté politique,
06:39aujourd'hui, je ne la sens pas.
06:41Et pourtant, vous devriez être préoccupés par cette question-là,
06:46mais je ne sens pas qu'il y a une chaîne,
06:48un écosystème qui est autour,
06:49que ce soit Mistral, AI, ou que ce soit un autre joueur
06:53dont on ne connaît pas encore l'existence,
06:54mais qui est en train d'être développé.
06:56Je ne sens pas qu'il y a un écosystème comme ça
06:58qui est en train d'être mis en place
07:00pour être un joueur sérieux,
07:02avec une infrastructure qui va l'aider à pousser
07:06et devenir la solution européenne
07:08pour régler, justement, l'hégémonie chinoise et américaine.
07:12Julien ?
07:12Je pense que...
07:14Je suis tout à fait d'accord avec tout ce qui a été dit,
07:15donc je ne vais évidemment pas le redire.
07:16Je pense que si on regarde le sujet
07:18d'un point de vue stratégique pour les entreprises,
07:19et ce n'est pas pour EDF, mais ce n'est pas pour les entreprises de défense,
07:21ce n'est pas pour toute intellectivité,
07:23on a besoin d'avoir une IA souveraine.
07:25Pourquoi ?
07:25Parce qu'il y a deux risques évidemment majeurs.
07:27La première, c'est que les fournisseurs des modèles chinois et américains,
07:30pour aller un peu vite,
07:31nous coupent l'accès au modèle un jour.
07:33Donc, finito, vous ne pouvez plus.
07:35Bon, évidemment, on voit bien le problème que ça peut créer
07:37dans un monde où l'IA sera,
07:39et déjà partout, et sera encore plus partout,
07:42où viennent attraper de la donnée
07:45qui, évidemment, est censée être confidentielle,
07:47sécurisée, nationale ou européenne.
07:50Donc, il n'y a pas d'autre choix.
07:52Pour le coup, il n'y a pas d'autre choix.
07:53Ça ne veut pas dire, effectivement, comme le disait Yves,
07:56on aura du OpenAI ou du Anthropik
07:58dans la poche pour faire fonctionner notre téléphone.
08:00Ce n'est pas très grave.
08:01On s'en passera.
08:03Au pire, voilà, s'il faut, on changera de téléphone.
08:06Mais, par contre, il y a des applications.
08:08On ne peut pas faire autrement.
08:09Et c'est vrai qu'aujourd'hui,
08:12on est quelques entreprises à faire appel à Mistral
08:15ou à d'autres qui développent...
08:16Tu dis qu'elles deviennent de plus en plus nombreuses.
08:19Elles sont de plus en plus nombreuses.
08:20On a compris, tiens, même Hollande, en Hollande, aux Pays-Bas,
08:24à SML, qui fait appel pour certains de ces processus.
08:27Mais la masse critique n'est pas, probablement encore là,
08:30d'un point de vue économique pour eux, effectivement.
08:33La question de, voilà, est-ce qu'ils ont assez d'argent pour investir ?
08:35Est-ce qu'ils ont accès au bon GPU ?
08:37Est-ce qu'ils ont les data centers ?
08:39Tout ça, c'est des questions qui sont absolument majeures.
08:42Je parlais tout à l'heure des cash flow de Google
08:44qui arrivent à être négatifs ou neutres
08:45alors qu'ils rendent des centaines de milliards de bénéfices par an.
08:48C'est bien parce qu'ils les investissent quelque part.
08:50Évidemment, Mistral n'a pas aujourd'hui ces moyens-là.
08:52C'est une vraie question.
08:53En tout cas, on en a absolument besoin.
08:56Je voudrais juste modérer...
08:58Je suis complètement d'accord avec ce que tu dis, Bruno.
09:01J'ai juste un petit trigger de modération,
09:03enfin, ou de pondération à faire.
09:06C'est le fait que ce soit open source.
09:08Parce que dans cette bagarre à l'intelligence artificielle,
09:11enfin, sa partie software dans cette chaîne de valeur,
09:14il y a encore deux idéologies qui s'affrontent.
09:17Une idéologie système fermé,
09:19avec OpenAI, avec Anthropik, avec Gemini, Google ou avec Gronk.
09:25Et puis, une autre bataille qui sont les systèmes ouverts.
09:29Alors, pareil, entre une porte ouverte et une porte fermée,
09:31elle est à moitié ouverte, elle est aux trois quarts.
09:33Là encore, il y a tout un débat.
09:35Mais sous Mistral, et sous la question de la souveraineté européenne,
09:40quelque part, que Mistral représente,
09:42avec tous les problèmes de financement
09:43et que tu as tout à fait justement rappelé aux auditeurs,
09:48il y a une autre bataille,
09:49qui est la bataille des systèmes fermés et des systèmes ouverts.
09:51Il faut savoir que, en effet,
09:53quand on est dans un système ouvert,
09:55on peut s'appuyer sur d'autres systèmes ouverts.
09:57Pari que les Chinois ont fait,
09:58pas pour des questions d'ouverture,
09:59la Chine n'est pas particulièrement connue politiquement pour son ouverture,
10:02mais pour des raisons de stratégie.
10:05Et donc, c'est vrai que le fait que Mistral soit un système ouvert
10:11lui permet d'avoir moins de besoins de financement
10:16ou de création d'écosystèmes,
10:18parce qu'elle attire d'autres universités du monde entier,
10:21d'autres gens qui ont cette philosophie de système ouvert
10:24et qui travaillent pas uniquement pour des valeurs
10:28qui sont des valeurs d'enrichissement de leurs entreprises.
10:31Donc, je pense qu'il y a quand même cette différence-là
10:33et il faut soutenir Mistral pour les deux raisons,
10:36l'une en tant que nationale, en tant qu'européen,
10:40et le deuxième en tant qu'idéologue, quelque part,
10:42où, à titre personnel, je trouve qu'il faut absolument un équilibre
10:46entre les systèmes fermés qui sont nécessaires et qui sont utiles
10:50et les systèmes ouverts qui sont nécessaires et qui sont utiles.
10:53Et Mistral représente une des rares alternatives occidentales,
10:57peut-être, je ne vais pas dire la seule, mais quasiment la seule.
11:00À un moment, on imaginait, elle n'est pas encore en Allemagne,
11:02mais voilà, ils ne sont pas...
11:04On en parlait tout à l'heure, mais en tout cas,
11:07elle est en retrait aujourd'hui par rapport à Mistral.
11:11Et donc, c'est le seul joueur d'open source dans ce domaine-là
11:17qui est capable de rivaliser, quelque part, avec les Américains.
11:23Les autres en open source, ce sont les Chinois.
11:26Mais c'est autre chose.
11:27On ne veut pas non plus qu'on devienne Chinois
11:28sous prétexte qu'on soit open source.
11:30Et je pense qu'il est important pour Arthur Mensch
11:32de venir aussi devant ses députés,
11:33qu'il soit de toute obédience,
11:36parce que, ben oui,
11:39parce que je suis sûr,
11:40on va rentrer en campagne présidentielle,
11:42campagne législative,
11:43les gens vont avoir du mal à comprendre
11:45qu'une entreprise qui est valorisée 10, 15, 20 milliards...
11:49Enfin, on ne comprend pas qu'elle perde de l'argent.
11:52Enfin, les gens qui n'en sont pas...
11:52Je rappelle quand même juste que dans ce pays,
11:54on voulait taxer des gens comme Mistral,
11:57qui ne gagnent pas l'argent,
11:57puisqu'ils en investissent énormément,
11:59pour pouvoir faire rentrer de l'argent virtuel,
12:02donc inexistant, dans les caisses de l'État.
12:04C'est dire la compréhension
12:05que peut avoir la représentation nationale de l'entrepreneuriat.
12:08C'est pour ça qu'il a raison d'aller parler
12:10à ses députés sur ce jeu-là.
12:13Est-ce que, Bruno, tu veux rajouter quelque chose
12:15ou on passe au sujet suivant ?
12:17Moi, je suis déjà proche, oui.
12:19Eh bien, tiens, garde le micro.
12:21On va, je veux dire, réagir, là,
12:23parce qu'Ebay, on vous en a parlé,
12:25c'était la semaine dernière, il y a une dizaine de jours.
12:29eBay rejette l'OPA de GameStop
12:30à 56 milliards de dollars.
12:32Il joue cette offre, ni crédible, ni attrayante.
12:35Alors, il faut savoir que c'est le petit
12:37qui rachète le gros.
12:38Mais la société spécialisée dans le jeu vidéo
12:40n'a pas dit son dernier mot.
12:40Le PDG de GameStop se dit prêt à présenter son offre
12:43directement aux actionnaires d'Ebay.
12:45Mais cette envie de rachat ne plie pas forcément
12:47aux investisseurs de GameStop,
12:49eux-mêmes qui commencent à vendre leurs actions.
12:51On écoute ce que nous en dit Clarisse Marion
12:53et on revient juste après.
12:54On démarre avec toi, Bruno.
12:56Le plan de financement de GameStop
12:58n'a pas convaincu le conseil d'administration d'Ebay.
13:01Où trouver les 56 milliards de dollars,
13:04le PDG de l'enseigne du jeu vidéo
13:06a évoqué un emprunt de 20 milliards
13:08auprès de la banque d'investissement Tidi Securities
13:10et sa capacité à émettre des actions GameStop
13:13pour financer l'opération.
13:15Le refus de cette offre non sollicitée
13:17n'est pas surprenant, selon John Plassard.
13:19De cité gestion.
13:20On est dans une situation où, effectivement,
13:24Ebay ne pouvait même pas accepter la proposition de GameStop
13:29parce que ça ressemble plus à de la spéculation
13:33qu'à autre chose.
13:34L'offre à moitié en cash, à moitié en actions
13:36repose en réalité sur des produits dérivés
13:38et des options contre seulement 25 000 actions
13:41détenues directement, insiste John Plassard.
13:44Il faut dire que GameStop pèse 4 fois moins qu'Ebay en bourse
13:47et son PDG mise sur d'importantes économies
13:50pour rentabiliser cette opération.
13:52L'idée est de dépoussiérer Ebay
13:55et de s'appuyer sur les 1600 magasins américains de GameStop.
13:58Une perspective qui ne semble pas non plus convaincre
14:01les actionnaires du spécialiste du jeu vidéo.
14:04Michael Burry, le célèbre vendeur,
14:05a découvert qu'il avait vu venir la crise des subprimes
14:08et a ainsi cédé sa participation après l'annonce de l'offre.
14:12Alors Bruno, comment tu vois ce projet ?
14:16GameStop a annoncé ça il y a quelques jours
14:18qu'il souhaitait racheter Ebay.
14:20C'est le plus petit, on l'a dit,
14:22qui a valorisé 4 fois moins que sa proie.
14:25Donc quelque part sur un équilibre financier.
14:27Enfin, on a déjà vu ça dans cet univers financier.
14:30Mais est-ce que tu comprends ce rejet d'Ebay
14:33sachant qu'Ebay a vraiment besoin de se dépoussiérer aussi ?
14:37Oui, non.
14:37Moi, j'ai l'impression qu'il y a une bulle
14:39qui est montée au cerveau de Ryan Cohen
14:42quand il a eu cette idée-là.
14:44Le patron GameStop.
14:46Oui, mais oui.
14:47Et quand il a accordé d'ailleurs une entrevue
14:50à un média spécialisé, l'équivalent de BFM aux États-Unis,
14:55pour commenter son initiative,
14:58ça n'avait même pas l'air clair dans sa tête
15:01parce qu'il revenait toujours en faisant
15:03oui, il y a la moitié qui est en argent, qui est content,
15:06et l'autre moitié, ça sera des actions.
15:08Et il n'y avait que ça.
15:09Et on a l'impression qu'il est en train de vouloir répéter
15:12ce qu'il a déjà fait dans le passé,
15:13c'est-à-dire prendre une entreprise qui est en difficulté
15:17et jouer offensif en espérant que l'histoire qu'il va raconter
15:21va plaire, va aller chercher des adhérents
15:23et il va trouver du financement comme ça.
15:26Mais je n'ai pas, d'une part,
15:27je n'ai pas l'impression que ça va se faire.
15:28Et basé sur tous les gens qui ont eu des intérêts
15:32envers l'acquisition d'eBay à travers les 25 ans, 30 ans que ça existe,
15:37il n'y a pas grand monde qui ont réussi.
15:39Alors, je n'ai pas l'impression que ça va se faire.
15:41Julien.
15:42Juste pour ceux qui ne connaissent pas cette marque-là, GameStop,
15:45c'est comme si en France, on disait que Micromania
15:46veut racheter le bon coin.
15:47Ça va les équivalents locaux chez nous.
15:51Et donc, évidemment que ça n'a absolument aucun sens.
15:53Mais évidemment que le patron de GameStop, il a un gros problème,
15:56c'est qu'il a plein de boutiques en dur dans des centres commerciaux vides
15:59qui ne vendent plus rien, une boîte qui perd beaucoup d'argent.
16:02Donc, il a besoin d'imaginer des scénarios
16:04qui vont lui permettre de réinventer son modèle.
16:07Ça, c'est la façon positive de le dire.
16:09Mais peut-être aussi juste sortir la tête de l'eau
16:10en occupant le marché avec une histoire.
16:12Parce que GameStop est coté en bourse.
16:14Oui, et puis il y avait quelques liens de produits.
16:18eBay vend beaucoup de produits qu'il faut certifier,
16:21des cartes de collection, des choses comme ça.
16:23Et c'est vrai que là, du coup, il y avait une logique,
16:26une petite logique industrielle.
16:28On pouvait aller certifier ça dans les magasins
16:29près de personnes, de personnes.
16:30Oui, enfin après, ça vaille 56 milliards de dollars.
16:34Le fait d'avoir un petit millier de boutiques
16:36qui va certifier des cartes Pokémon.
16:38Bon, le modèle économique n'est peut-être pas évident quand même.
16:40Enfin, en tout cas, il me semble de mon point de vue.
16:43Après, voilà, GameStop est aux abois.
16:45Ça fait dix ans qu'ils ferment les boutiques,
16:46les unes après les autres.
16:47Évidemment, tout le marché du jeu vidéo s'est digitalisé.
16:49Enfin voilà, tout le monde le sait.
16:51Donc, ils ont un vrai problème.
16:52Ils ont commencé à vendre des peluches.
16:53Comme Micromania en France, c'est difficile.
16:55C'est un business compliqué.
16:56Il y a beaucoup moins de marge
16:57que dans le jeu vidéo physique à l'époque.
17:00Donc voilà, c'est plus un coût, une tentative
17:03qu'une vraie vision stratégique de mon point de vue.
17:05On comprend un peu ce rejet de la part d'Ibê, de cette OPA.
17:10Oui, mais il y a une autre chose que je voudrais amener.
17:13C'est que le conseil d'administration d'Ibê,
17:17parce que c'est lui, ce n'est pas le CEO à ce moment-là,
17:19c'est le conseil d'administration qui reçoit une offre.
17:22Étant administrateur d'une société cotée en bourse aux États-Unis,
17:26c'est quelque chose que j'ai déjà vécu en tant qu'administrateur.
17:29Donc, vous recevez une offre.
17:30En France, un conseil d'administration, de par la loi,
17:34a des représentants du personnel.
17:36Aux États-Unis, les administrateurs sont des représentants des actionnaires.
17:40Point.
17:41Donc, quand vous êtes représentant des actionnaires,
17:43soit directement nommé par l'actionnaire,
17:46soit neutre, mais quand même, à ce moment-là,
17:48c'est représentant, entre guillemets, des petits porteurs,
17:51c'est-à-dire ceux qui...
17:52La seule chose que vous avez en tête quand vous regardez une offre,
17:55c'est est-ce que cette offre crée de la valeur pour l'actionnaire ou pas ?
17:58C'est tout.
17:59Et est-ce qu'elle crée de la valeur équitablement pour tous les actionnaires ou pas ?
18:03Et c'est tout.
18:04Il n'y a pas d'autre solution.
18:06Et si vous ne répondez pas de manière rigoureuse et structurée à cette question,
18:12vous vous heurtez potentiellement à une classe action.
18:15Et quand vous êtes au conseil d'administration,
18:18la classe action, elle est personnelle.
18:20C'est-à-dire qu'elle peut être personnelle vis-à-vis d'un administrateur.
18:22Je vous assurez que quand vous avez une classe action personnelle,
18:24ça peut être la ruine totale et ça peut être aussi du pénal en fonction de la classe action.
18:32Donc, aucun membre d'un conseil d'administration ne peut raisonner autrement que par ce diktat de
18:39« je suis le représentant des actionnaires de tous les actionnaires et je dois avoir une équité pour tous les
18:44actionnaires ».
18:45On comprend qu'il y avait un coup de com' derrière tout ça.
18:47Et donc, quand on regarde l'offre financière,
18:50la manière dont elle était structurée,
18:52pour laquelle, en effet, il a eu lui-même du mal à expliquer ce qu'il était en train de
18:55faire,
18:56vous dites « bah non, parce que tant que je n'ai pas de sûreté pour les actionnaires, je reçois.
19:00»
19:00Ça ne veut pas dire qu'il ne va pas revenir,
19:02mais s'il revient,
19:05il va devoir avoir une offre beaucoup plus structurée
19:07et de montrer la création de valeur pour les actionnaires d'Ibê.
19:10Bruno, on connaît cette marque Ibê depuis pas mal d'années, évidemment.
19:13Elle fait partie des marques un peu fondatrices d'Internet.
19:18Qu'est-ce qu'ils peuvent devenir Ibê aujourd'hui?
19:21Ibê, ils sont déjà là.
19:22Ils ont pris leur place dans l'écosystème.
19:24Ça devient, ça demeure un marché de vente,
19:28un peu comme votre haut bon coin,
19:29mais sauf que là, c'est international.
19:32Et donc, ils ont pris des niches dans certains secteurs
19:34où ils sont incontournables.
19:36Mais évidemment, ça n'a plus l'ampleur que ça a eu à une certaine époque.
19:39Mais il peut faire tourner quand même la magie continue à tourner.
19:43Alors, la machine continue à tourner.
19:47Tout à fait.
19:49Julien?
19:50Ibê gagne beaucoup d'argent.
19:51C'est un business absolument incroyable.
19:53C'est une plateforme qui coûte à peu près rien à faire tourner
19:55et qui, évidemment, rapporte du coup beaucoup d'argent
19:58puisque le coût marginal est extrêmement faible
20:01pour chaque nouveau client ou nouvelle vente.
20:03Donc non, c'est un business qui tourne très bien.
20:05Ibê, effectivement, ça peut avoir une image un peu moins contemporaine
20:09que d'autres acteurs qui sont arrivés plus tard.
20:11Mais sur certaines niches, effectivement,
20:12ils sont, en particulier sur les objets de collection, etc.,
20:15ils sont extrêmement bien positionnés.
20:16Donc, on peut imaginer quelqu'un avec une offre un peu plus sérieuse
20:18pourrait réussir à...
20:20Soit quelqu'un qui veut relancer un peu la marque
20:23avec d'autres...
20:24vers d'autres axes
20:26ou qui une offre un peu plus sérieuse
20:28puissent redonner un peu de vigueur à Ibê
20:30même si, effectivement, sur plusieurs créneaux,
20:32ils marchent plutôt bien.
20:33Il veut.
20:33Tu vois comment...
20:34Non, je n'ai pas d'autre chose à dire là-dessus.
20:36Bon, je pense qu'Ibê, c'est en effet un petit peu poussiéreux.
20:39Je pense que quand même, ça va...
20:40Je veux dire, une telle action, une tentative comme ça,
20:42ça va quand même obliger Ibê à se reposer des questions quand même.
20:46Et je pense que ce n'est pas non plus mauvais.
20:48Et puis, c'est la vie normale du capitalisme, j'allais dire.
20:51Le patron de GameStop va se tourner vers les actionnaires d'Ibê.
20:54Bon, derrière, il a quand même ses actionnaires,
20:56lui, de GameStop, qui disent attention.
20:58Merci, messieurs, pour ce sujet.
20:59Allez, dernier sujet.
21:01C'est toi, Bruno, qui l'a proposé.
21:03Trump Mobile.
21:04Rappelle-nous ce qu'est Trump Mobile.
21:06Et on va essayer de comprendre pourquoi ça tourne au fiasco.
21:10Oui, bien, Trump Mobile, c'est une initiative de la famille Trump.
21:13Ça avait été annoncé l'an dernier.
21:16On proposait...
21:17Trump Mobile, c'est un fournisseur de services de téléphonie mobile
21:21à la grandeur des États-Unis.
21:23et venait avec cette offre à l'équivalent de 49 $ par mois,
21:28venait avec cette offre la possibilité d'acheter un téléphone,
21:31le T1 pour Trump 1.
21:34Et cet appareil-là, on le vendait à 495 $.
21:38Et évidemment, pour chaque enthousiaste ou membre manga,
21:42on leur offrait de faire un dépôt pour mettre la main sur un téléphone
21:48qui allait sortir quelques mois plus tard.
21:50Alors, 100 $ ont été versés par 590 000 personnes,
21:55donc presque 600 000 personnes qui ont déposé 100 $.
21:59Et un an plus tard, il n'y a pas de téléphone,
22:02il n'y a pas encore de services qui sont offerts.
22:03Et là, il y a des gens qui sont en train de se dire,
22:05on s'est fait flouer.
22:10On s'est fait flouer.
22:20Et l'appareil qu'on nous a présenté il y a quelques mois,
22:23ce n'est plus du tout le même modèle de téléphone.
22:26Et un téléphone qu'on vantait en février dernier,
22:29il y avait un des membres de l'exécutif qui disait que c'était vraiment un téléphone haut de gamme,
22:35qui tournait autour de la valeur de 1 000 $,
22:37mais qu'on offrait à 495 $.
22:40Finalement, il y a des gens qui ont fait enquête et qui ont dit non,
22:42c'est plutôt un téléphone qui a été drôlement influencé par un appareil qui existe déjà
22:47et qui se vend une centaine de dollars, même 149 $ en Chine.
22:52Alors, c'est vous dire qu'il y a un coût d'argent, un, qui a été fait,
22:55mais il y a beaucoup de gens qui ont été laissés sur la rue.
22:58Et là, vous avez presque 600 000 personnes qui ont peut-être un espoir de revoir leur dépôt,
23:04mais sinon, c'est sûr qu'il va y avoir des poursuites dans ce dossier-là.
23:07– Le réseau, Bruno, c'était ce qu'on appelle chez nous un MVNO,
23:11c'était un opérateur virtuel.
23:14Ce n'était pas un réseau qui était déployé physiquement.
23:16Il était censé utiliser les infrastructures des opérateurs existants,
23:21on est bien d'accord là-dessus ?
23:23– Tout à fait.
23:23– On voulait terminer avec ce petit sujet un peu léger.
23:27Julien, ton regard ?
23:27– Bienvenue dans les années 2000, on a connu ça en France, en Europe,
23:30dans les années 2000, du celebrity marketing, comme on dit,
23:33c'est-à-dire des gens qui mettaient leur nom sur des téléphones et des MVNO
23:37– On avait l'iPhone, on avait Bono qui avait signé avec YouTube ?
23:40– Oui, alors là, on est dans le celebrity marketing, mais assez haut de gamme quand même.
23:45– Là, on n'est pas tout à fait…
23:46Non, non, des stars et starlettes de télé-réalité qui lançaient des mobiles
23:51avec des personnalisations, des sonneries à l'époque, des fonds d'écran, que sais-je,
23:55et qui offraient des accès sur des réseaux mobiles qui prenaient leur nom.
23:59C'était juste le nom, évidemment, en haut du téléphone.
24:01C'était rien de plus, parce que derrière, c'était les grands réseaux qui fournissaient ces services.
24:05Bon, ben, voilà, cette histoire m'amuse que je la suis sur le site de The Verge
24:09qui en fait un feuilleton, là, maintenant, depuis un an, quasiment,
24:13et ça a l'air d'aller de caribansie, là, donc voilà.
24:15Mais en fait, on l'a déjà vu, voilà, il y a très longtemps,
24:19c'est un peu un revival, finalement, peut-être un peu comme la coiffure de Trump.
24:24– Yves ?
24:25– Non, je pense qu'il y a, en effet, comme tu dis, 600 000 personnes
24:27qui ne se sentent trompés.
24:28– Oui, très bien.
24:30– On serait pas là, mais il aurait apprécié.
24:31– Oui, oui, il aurait apprécié, je sais, oui.
24:33Et non, je pense que l'offre était juste délirante,
24:37enfin, irréaliste, et c'est la différence entre…
24:41Quand on fait la politique, on peut raconter plein de choses,
24:45et puis, bon, ben, voilà.
24:46– Ben, on est servi.
24:47– Quand on fait la politique en disant
24:48vous allez avoir quelque chose dans vos mains,
24:50ben, là, à un moment donné, la réalité,
24:52enfin, comme je dis toujours, la physique a la tête dure,
24:55la loi de la gravité, c'est la loi de la gravité,
24:57quand on lance une pierre en l'air, elle retombe,
24:59enfin, en tout cas, sur la Terre, OK ?
25:01Donc, la physique a la tête dure, la matérialité,
25:03la réalité a la tête dure, ben, quand on joue avec la réalité,
25:06ben, à un moment donné, ça retombe, quoi,
25:07et là, ça fait un peu mal, parce que la réalité
25:10fait qu'il ne délivrera rien, il ne peut pas le délivrer,
25:12et en tout cas, surtout pas du Made in America,
25:16le dernier constructeur qui a fait des téléphones aux États-Unis,
25:18il s'appelait Motorola, il était un peu plus malin
25:21et un peu plus fort que Donald Trump et ses équipes,
25:23et aujourd'hui, il appartient aux Chinois,
25:26donc, c'est la loi de la physique à la tête dure, quoi.
25:30Messieurs, merci d'avoir passé une partie de cette soirée avec nous,
25:34Bruno Guigliani-Mietti, journaliste animateur
25:36de mon carnet de l'actualité numérique, bien entendu,
25:38que l'on vous conseille, évidemment, pour suivre
25:40toute la tuc-tecte qui nous passionne, qui vous passionne,
25:43Yves Maître, Operating Partner chez Jol Capital,
25:45et donc, regardez bien la librairie de l'écho,
25:48si vous êtes un fan de cette émission d'Emmanuel Lechypre,
25:50ce week-end, sur BFM Business, Yves sera là avec son livre.
25:55Arrêtez de dire bonjour à votre IA, c'est bien ça.
25:57Édition First.
25:58Aux éditions First.
26:00Et puis, Julien Videret, directeur de l'innovation chez EDF,
26:02merci encore, Julien, d'avoir été avec nous
26:04pour cette veille de courte semaine,
26:07voilà, pour ceux qui feront le pont à partir de jeudi,
26:10mais nous, on sera bien là demain soir
26:12pour continuer à débriefer l'actu.
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