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  • il y a 8 minutes
La France accueille depuis mercredi les ministres du G7 chargés du développement pour rendre plus "pérenne" l'aide aux pays les plus fragiles. Malgré la baisse de budget, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée des Partenariats internationaux, assure que l'aide au développement est une priorité. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-jeudi-30-avril-2026-6476937

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Transcription
00:00Il est 6h21, aider les pays pauvres est-il encore une priorité des pays les plus riches ?
00:05Un sommet du G7 consacré au développement se termine aujourd'hui à Paris, il se fait à l'échelon des
00:09ministres.
00:10Côté français, c'est vous qui menez les discussions, Léonore Carrois, bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Vous êtes la ministre déléguée chargée des partenariats internationaux.
00:17Alors dans les discours, on entend toujours le mot urgence, mais les actes ne suivent pas.
00:21Il y a de moins en moins d'argent pour les pays pauvres.
00:23L'aide publique au développement s'est effondrée de 23% l'an dernier à l'échelle de la planète.
00:28La France a réduit son budget de quasiment 11%.
00:30Ça reste une priorité, l'aide au développement pour la France ?
00:33Absolument.
00:34Et ce qui est intéressant, c'est que vous parliez d'aider les pays pauvres.
00:37Mais en réalité, quand vous investissez dans le développement, vous êtes évidemment en train de prévenir des crises,
00:41en train d'aider les pays les plus vulnérables, en train de traiter des sujets qui nous concernent tous.
00:46Mais vous êtes aussi en train de prévenir des crises qui vont avoir un impact sur vos concitoyens potentiellement.
00:51Vous êtes en train de prévenir le prochain Covid, vous êtes en train de stabiliser des régions.
00:56Alors pourquoi tout le monde réduit les budgets ?
00:57On le fait pour eux, on le fait pour nous.
00:59Alors il y a plusieurs raisons.
01:00Les Etats-Unis l'ont fait pour des raisons très largement idéologiques.
01:03Ils sont revenus dessus très largement d'ailleurs.
01:05C'est ça qui est assez intéressant.
01:06D'autres pays le font parce qu'ils ont des contraintes budgétaires.
01:08Mais on voit aujourd'hui...
01:10Et nous ?
01:10Et nous, on l'a fait notamment pour des contraintes budgétaires.
01:12Mais ce qu'on fait, c'est avoir plus d'impact, mobiliser des ressources partout et puis surtout s'assurer
01:18qu'on ne fait pas de l'aide des projets qui n'ont pas vocation à rester,
01:22mais qu'on mobilise aussi des ressources domestiques, y compris des fonds privés dans les pays qui reçoivent cet investissement,
01:28pour que ces projets soient pérennes.
01:29On va parler effectivement de cette forme que prend l'aide au développement.
01:33Mais juste pour rester, une dernière question sur les chiffres et sur les montants qui sont engagés.
01:38L'aide au développement ne représente plus aujourd'hui, pour la France, 0,42% du revenu national brut.
01:45L'objectif c'est 0,7%.
01:46C'est fixé par l'ONU depuis 50 ans.
01:48Et c'était un engagement du président Emmanuel Macron.
01:51Il avait dit on y sera à 0,7% en 2025.
01:54On est en 2026 et on n'y est clairement pas.
01:56En réalité, quand vous regardez à l'échelle du monde, on reste le cinquième bailleur au niveau international.
02:00Et surtout, on est dans les pays les plus vulnérables.
02:03Certes, il y a des pays qui augmentent, l'Espagne augmente.
02:05Oui, mais reste plus faible que nous au global.
02:07Donc en fait, ce qu'il faut dire, moi je veux bien qu'on ait des objectifs chiffrés,
02:10comme on a des objectifs du développement d'ici 2030.
02:13On n'aura pas atteint tous les ODD.
02:15Ce qui est important, c'est de voir qu'est-ce que l'on fait avec chaque euro qui est
02:18dépensé.
02:19Parce que rappelons que c'est de l'argent public.
02:20Rappelons qu'il y a aussi une petite musique assez idéologique et très polarisée
02:24sur le fait que l'aide au développement ou l'investissement dans le développement ne seraient pas nécessaires.
02:28On a fait un sondage d'ailleurs et vous avez une majorité des Français qui est favorable à l'aide
02:32au développement
02:32mais qui pense que ça représente, non pas comme vous le dites, 0,48% du budget de l'État
02:37mais qui pense que ça représente 20% du budget de l'État.
02:39Donc c'est vous dire à quel point les idées sur le développement sont déconnectées de la réalité.
02:45Avec ce montant très faible du budget de l'État, on arrive à faire énormément.
02:48On fait quoi alors ?
02:49Alors justement, on investit dans des projets de long terme, on cherche de l'impact, on mobilise des capitaux
02:54pour que ces projets-là soient pérennes.
02:56Vous savez, moi j'ai grandi en République Dominicaine à côté d'Haïti.
02:59Haïti qui a reçu des millions d'aides au développement
03:02et qui aujourd'hui est au plus bas dans une crise qui est vraiment multisectorielle.
03:07Donc c'est de l'argent mal utilisé ?
03:08Comment est-ce qu'on le rend pérenne ?
03:09On le rend pérenne quand on crée vraiment des politiques résilientes de développement,
03:13des systèmes de santé qui ne dépendent pas simplement de la construction d'un hôpital,
03:17d'un investissement à un moment donné,
03:20qui font que les pays sont véritablement souverains.
03:22Et c'est sur cela qu'on s'est mis d'accord avec les pays du G7 aussi.
03:25C'est sur une réforme en profondeur de l'architecture du développement.
03:28Mais ça veut dire quoi concrètement ? Avec des exemples de ce qu'on peut faire ?
03:30Là je vous donne un exemple.
03:32Typiquement, au lieu de faire des campagnes de vaccination seulement, ce qui est important,
03:35et on va les maintenir parce qu'on maintient une partie du fléchage de ces fonds publics
03:40là où justement on ne peut pas aller avec des fonds privés.
03:43Mais pour le reste, on s'engage à ce que chaque euro dépensé le soit aussi
03:47avec une mobilisation de fonds domestiques pour permettre que ces politiques restent dans la durée.
03:51Et c'est là où on veut rendre souverains ces pays qui le reçoivent.
03:54On veut aussi travailler sur des corridors régionaux,
03:57c'est-à-dire des réseaux pour permettre le développement.
04:00Regardez par exemple la santé.
04:01On s'est rendu compte avec le Covid que la santé en Afrique,
04:04la santé en Asie, en Amérique latine.
04:06C'est aussi notre santé, qu'il n'y a pas de frontières aux pandémies.
04:09Et donc on s'est aussi rendu compte qu'il faut rendre beaucoup plus résilients,
04:12beaucoup plus durables les systèmes de production de médicaments, de vaccins.
04:16On l'a tous vécu.
04:17Et c'est justement ce que l'on va faire plutôt que d'investir uniquement dans l'urgence.
04:21Et donc il faut gérer ces crises qui aujourd'hui nécessitent un investissement humanitaire.
04:25Et ça doit rester.
04:26Et en même temps, s'assurer que ce que l'on fait soit véritablement durable.
04:30Alors il y a un pays qui tire son épingle du jeu, c'est l'Ukraine.
04:32Parce que vraiment pour tous les pays, notamment en Afrique subsaharienne, l'aide est en baisse.
04:36Mais l'Ukraine, plus 18% du montant des aides.
04:39Alors certes, c'est un pays en guerre.
04:41Mais est-ce que c'est un pays qui a besoin d'aide au développement en tant que tel ?
04:44Justement, on parle toujours d'aide au développement.
04:46Mais parlons d'investissement dans le développement.
04:48Dans le développement, vous avez beaucoup de reconstruction.
04:51Moi hier, j'ai parlé d'Ukraine, y compris avec les Etats-Unis,
04:54qui s'étaient quand même très largement désengagés.
04:55J'ai réussi à les remobiliser.
04:57Et ils ont annoncé 100 millions pour le sarcophage de Tchernobyl.
05:01Alors ça rentre dans l'aide à l'Ukraine.
05:03Mais en réalité, ça nous concerne tous.
05:04Parce que si on a une catastrophe de radioactivité nucléaire,
05:08c'est un problème de sécurité qui va bien au-delà des frontières de l'Ukraine.
05:12Et donc, lorsque l'on regarde...
05:13Mais ce n'est pas de l'aide au développement en tant que tel ?
05:15Eh bien, justement, si.
05:16C'est de l'investissement dans le développement.
05:18C'est du développement sur le long terme,
05:19pour permettre justement la reconstruction.
05:22Et puis, on a eu par exemple hier, dans les différentes discussions
05:25qui n'étaient pas forcément évidentes,
05:26mais qui se sont tenues dans le cadre de cette ministérielle,
05:30un déjeuner sur la crise au Moyen-Orient.
05:32Il y a la réponse humanitaire immédiate.
05:34Et là aussi, nous sommes très mobilisés au G7.
05:37Le G7, ça représente deux tiers de l'investissement dans le développement,
05:41un peu plus même.
05:42Et par ailleurs, il y a eu des discussions sur les enjeux à long terme.
05:47Par exemple, cette crise, elle a des enjeux évidemment sur les engrais,
05:50donc sur l'alimentation.
05:5145 millions de personnes aujourd'hui, si la crise se prolonge,
05:54qui peuvent rentrer dans un état d'insécurité alimentaire vraiment aigu.
05:59Et donc, c'est aussi investir pour permettre à ces pays
06:01de produire leurs engrais, d'être moins indépendants
06:03de ces chaînes d'approvisionnement.
06:05Et sur la nature de l'aide, j'y reviens,
06:07vous l'avez évoqué, mais j'aimerais y revenir et terminer par ça.
06:11Il y a de plus en plus de pays donateurs, dont la France,
06:14qui disent qu'il faut que cette aide, finalement,
06:16favorise aussi nos intérêts économiques
06:17et fasse gagner aux entreprises françaises, en l'occurrence,
06:19des parts de marché.
06:21Est-ce que ça, ça correspond vraiment aux objectifs
06:23de l'aide internationale ?
06:24En fait, je vais vous le dire, non, c'est contraire
06:26au principe de l'OCDE qui dit que l'aide au développement
06:28doit être déliée, donc non conditionnée
06:31à la signature de contrat.
06:32Donc en fait, on fait de l'aide internationale,
06:34mais pour gagner de l'argent aussi ?
06:35On ne fait pas aujourd'hui de l'aide liée en France
06:38et pourtant d'autres pays qui sont en concurrence,
06:41et c'est important de le dire parce qu'on ne s'en rend pas
06:43forcément compte sur justement ces marchés
06:45de l'aide au développement, font du protectionnisme
06:47extrêmement fort.
06:49Par exemple, la Chine, vous avez d'autres pays...
06:51Oui, mais vous-même, vous êtes ministre des partenariats
06:53internationaux, vous n'êtes plus ministre de la coopération
06:55et du développement comme ça existait avant,
06:56même le terme a changé.
06:58Exactement, parce que les partenariats se sont trouvés
07:00justement les secteurs dans lesquels vous avez
07:02un intérêt, mais un intérêt, ça peut aussi être protéger
07:04la santé des Français, ça peut être protéger
07:06les Français contre le narcotrafic.
07:09Il faut qu'on y retrouve un intérêt.
07:10Non, mais de toute façon, quand on le fait,
07:13c'est parce qu'on a un intérêt, et même si on le fait
07:15dans des dons, dans les pays les plus éloignés,
07:17dans les pays les plus vulnérables, et d'ailleurs,
07:19une grande partie de ma ministérielle, c'est de maintenir
07:22ce critère de solidarité, de vulnérabilité,
07:24donc vraiment ce qu'on pourrait appeler de l'aide la plus pure,
07:27eh bien on y a un intérêt, parce que stabiliser les régions
07:29les plus éloignées, les plus en crise,
07:31eh bien finalement, ça a aussi un intérêt pour la protection
07:33des Françaises et des Français.
07:34Merci, Eléonore Caroua, ministre déléguée chargée
07:37des partenariats internationaux.
07:38Le sommet du G7 consacré au développement
07:41se termine ce soir à Paris.
07:42Merci, Eléonore Caroua, ministre déléguée chargée
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