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  • il y a 23 heures

Une intersyndicale appelle à la mobilisation contre le "sous-financement chronique" des universités devant le ministère de l'Enseignement supérieur, mardi. Christine Neau-Leduc, présidente de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, alerte sur les finances de son établissement. Entretien à retrouver sur https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-mardi-10-mars-2026-1166367

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Transcription
00:00Les 6h21, les universités françaises sont-elles au bord de la faillite ?
00:04Quasiment toutes ont présenté un budget en déficit.
00:06D'où cette mobilisation intersyndicale aujourd'hui dans les facs
00:10pour réclamer davantage de moyens et dénoncer les suppressions de postes
00:13et le sous-financement chronique de la recherche.
00:16Bonjour Christine Noleduc.
00:18Bonjour.
00:18Vous êtes la présidente de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
00:22Est-ce que vous soutenez ce mouvement ?
00:23Est-ce que vous appelez vos enseignants et vos étudiants à se rassembler aujourd'hui
00:26plutôt que d'aller en cours ?
00:27Écoutez, je tiens surtout à dire que les présidents d'universités alertent
00:31sous le sous-financement chronique des universités depuis des mois.
00:35Que ce soit France Université, l'ensemble de nos collègues.
00:37Moi, déjà, il y a deux ans sur votre antenne, j'avais dit que les universités sont à l'os.
00:41Et donc, on partage ce diagnostic avec toutes les organisations qui appellent au rassemblement.
00:48Après, chacun a ses modes aussi d'action.
00:50Mais vraiment, le constat est complètement partagé.
00:53Donc, même une université aussi historique et prestigieuse que la vôtre, la Sorbonne,
00:57a des difficultés financières ?
00:58Oui, nous sommes en déficit depuis deux ans maintenant.
01:02Nous maintenons nos...
01:03Enfin, il faut aussi à la fois comprendre ce paradoxe,
01:05c'est que nous arrivons à maintenir nos missions de service public,
01:08mais dans le même temps, nous sommes en déficit
01:10et nous atteignons un point de rupture.
01:12C'est clair.
01:12Ça veut dire quoi, un point de rupture ?
01:14La bascule, il va se passer quoi si on bascule de l'autre côté ?
01:16Alors, si on bascule de l'autre côté, c'est un vrai point d'interrogation.
01:19Ça veut dire accueillir moins d'étudiants ?
01:21Point d'interrogation.
01:22Ça veut dire réduire le nombre d'heures de cours ?
01:25Point d'interrogation.
01:25Ce n'est pas du tout ce que l'on souhaite.
01:27Je vais en parler peut-être d'attractivité des universités,
01:30du service public de l'enseignement supérieur à la recherche.
01:33Sur Parcoursup, nous avons à peu près entre 130 et 140 000 demandes
01:37pour des places en première année de licence, pour 7 000 places.
01:40Donc, il y a une vraie attractivité.
01:42Le service public d'enseignement supérieur à la recherche fait le job,
01:45je tiens à le dire.
01:47Nous insérons professionnellement nos étudiants,
01:49nous les accueillons, nous les portons.
01:51Mais donc, le ministère va vous dire qu'il n'y a pas de problème,
01:53même en vous demandant de faire des économies,
01:54si vous y arrivez quand même, il n'y a pas de problème ?
01:56Oui, mais bien entendu, je connais.
01:58C'est ce que je vous disais, il y a ce paradoxe-là.
02:00Parce qu'il y a un dévouement des personnels.
02:02Je veux dire, ça tient sur la bonne volonté,
02:05sur le dévouement des personnels.
02:06Et là, il y a un point de rupture, de fatigue.
02:09Il faut se rappeler, on a la mémoire courte,
02:11mais les années Covid ont été très difficiles.
02:14Il a fallu beaucoup d'investissement,
02:15de transformation sur nos enseignements aussi,
02:18à ces périodes-là.
02:19Et là, on est en bout de course.
02:21On vous a demandé 13 millions d'économies l'an dernier,
02:237 cette année, c'est ça ?
02:24Exactement.
02:24Pour la Sorbonne, sur un budget de 280 ?
02:27Oui, mais attention, je tiens à le dire.
02:29208 millions de subventions pour ces charges de services publics,
02:32et plus de 60 millions de ressources propres qu'on va chercher.
02:34Et où est-ce que vous les faites, les économies, alors ?
02:36On les fait, l'année dernière, ça a été un crève-cœur
02:39sur l'achat des livres, sur la recherche.
02:41On a annulé des colloques, on a annulé des missions de collègues,
02:45on a annulé des terrains, des fouilles pour nos étudiants,
02:48pour leur apprendre, nos archéologues, nos géographes, par exemple.
02:51On a dû faire ces économies à une échelle incroyable,
02:54même l'investissement.
02:56C'est-à-dire que nous n'avons plus fait un seul des travaux.
02:59Notre budget de travaux, notamment pour nos bâtiments,
03:01a été considérablement réduit, au strict minimum.
03:04Est-ce que ça veut dire que les étudiants sont moins bien formés aujourd'hui,
03:07et que la recherche est de moins bonne qualité ?
03:09Dans notre université à Paris, un Panthéon-Sorbonne,
03:11à l'instant T, non.
03:13Parce que ce qu'on a souhaité préserver le plus,
03:15c'est justement les enveloppes, ce qu'on appelle les enveloppes formation,
03:17c'est-à-dire l'argent qui permet de donner les cours.
03:20On a maintenu les nombres de postes que l'on avait déjà,
03:24on n'était pas cette année.
03:25Cette année, on n'a pas pu, et on a dû geler des postes,
03:27beaucoup plus que l'année dernière.
03:29Donc là, c'est là aussi, je vous dis, au fur et à mesure,
03:31il y a un glissement qui fait que nous n'aurons plus d'enseignants-chercheurs
03:34devant nos étudiants, ou en tout cas moins.
03:36Donc là, il y a un vrai glissement.
03:38Mais pour l'instant, on a maintenu les cours,
03:39on a maintenu les capacités d'accueil,
03:41c'est-à-dire qu'on accueille toujours autant d'étudiants.
03:44Paris 1 s'est passé en 10 ans de 35 000 à 45 000 étudiants,
03:49avec un budget qui n'a pas proportionnellement augmenté.
03:52Le ministère dit que cette année, les moyens sont renforcés,
03:55des crédits en hausse de 350 millions par rapport à 2025.
03:58Et le ministre de l'Enseignement supérieur, Philippe Baptiste,
04:01dit même, c'est écrit un noir sur blanc sur le site internet du ministère,
04:04le budget 2026 concrétise la priorité donnée par le gouvernement
04:09à l'enseignement supérieur et à la recherche.
04:11Il n'a pas tort, c'est vrai.
04:13Et il faut sincèrement...
04:14Vous trouvez que c'est une priorité ?
04:15Je pense qu'il faut être aussi réaliste.
04:18Je veux dire, les universitaires ne sont pas hors sol.
04:20Le mouvement d'aujourd'hui n'est pas un mouvement corporatiste
04:23de personnes qui veulent conserver leurs privilèges.
04:26Pas du tout.
04:27On n'est pas du tout hors sol, on est insérés dans la société
04:29et on sait aussi les difficultés budgétaires de l'État.
04:32C'est clair.
04:33Donc c'est vrai que le budget qui a été voté il y a quelques semaines
04:37est en amélioration par rapport à celui de l'automne.
04:39On a eu des compensations de charges qui n'étaient pas compensées,
04:43qui l'ont été.
04:44Mais il n'est pas à l'échelle du défi qui est le nôtre.
04:48Il y a eu pas mal de lois ces dernières années
04:50sur l'université.
04:52Je me rappelle de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche.
04:54Ça, c'était en 2020.
04:55Tout devait aller mieux grâce à cette loi.
04:57Le gouvernement parlait même d'un investissement historique.
05:00Et puis, il y a 20 ans déjà, il y a eu la loi Pécret
05:01sur l'autonomie des universités.
05:03Ça aussi, ça devait être formidable pour vous.
05:05Quels ont été les effets à la Sorbonne ?
05:06Qu'est-ce que ça a changé pour vous ?
05:08Pour nous, ça a permis d'améliorer un tout petit peu l'attractivité des postes d'enseignants-chercheurs,
05:15puisqu'on a une vraie question d'attractivité.
05:18Ce qu'il faut que nos concitoyens comprennent,
05:20c'est que la compétition, elle n'est pas française.
05:24Elle est vis-à-vis de l'étranger.
05:27On a un vrai problème d'attractivité en France.
05:30On a un vrai problème de budget en France
05:32par rapport à ce qui se passe dans d'autres pays.
05:34Notre budget s'améliore ou se maintient.
05:38En fait, si vous prenez l'inflation,
05:39si vous prenez les évolutions sur 10 ans,
05:41on ne fait que maintenir.
05:42Et quand on maintient dans le monde actuel, on régresse.
05:45Donc, il en faut plus.
05:46C'est ce que vous dites à votre ministre.
05:47Il en faut plus, mais ce n'est pas du plus pour du plus.
05:49Ce n'est pas du plus pour des privilèges.
05:51C'est du plus pour nos étudiants,
05:53pour les générations à venir,
05:54pour la jeunesse.
05:56Il faut investir dans la jeunesse.
05:58Il faut investir dans la jeunesse qui le mérite.
06:00Elle mérite un avenir.
06:01Je veux dire, il faut faire attention.
06:02Nos jeunes ont peur dans l'avenir.
06:04Il y a la guerre à nos portes.
06:06Il y a la question du changement climatique,
06:08des transitions.
06:09Et aussi investir dans la recherche.
06:11Si nous n'avons pas une recherche
06:12qui nous permet de garantir notre souveraineté
06:14face aux grandes transitions à venir,
06:17on n'a pas d'avenir.
06:18Merci Christine Noleduc,
06:20présidente de l'université Paris-Inpanthéon-Sorbonne.
06:22Vous étiez avec nous ce matin
06:23et l'invité du 5-7.
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