00:00Et on vous explique ce matin avec vous Philippe Crevel, bonjour, s'il faut tout simplement envisager de taxer les
00:07super profits dans ce contexte pour la France qui est si singulier, bonjour.
00:11Bonjour.
00:12Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Commençons par des chiffres qui ont été publiés cette semaine pour saisir
00:18le contexte économique en France.
00:19On a eu l'investissement, on a eu le PIB français, on a eu la consommation.
00:23Est-ce que vous pouvez nous rappeler, vous Philippe Crevel, qui est économiste et directeur général du Cercle de l
00:28'épargne, un peu la situation dans laquelle se trouve la France, notamment depuis un peu plus de deux mois, c
00:34'est-à-dire depuis le conflit au Moyen-Orient ?
00:37Le contexte économique de la France et de l'ensemble des pays européens est malheureusement relativement simple.
00:44Nous subissons ce qu'on appelle un choc d'offres, donc les coûts de production liés à l'énergie augmentent
00:50fortement.
00:51Le prix du baril dépasse actuellement 110 dollars. Il était de 65-67 dollars avant le 28 février dernier, jour
01:01du déclenchement de la guerre en Iran.
01:03Donc on a un choc d'offres, c'est 40%, voire 50% de plus sur le coût de l
01:09'énergie, sur lequel on doit évidemment se positionner.
01:15Et donc évidemment, cela génère moins de croissance, des baisses de pouvoir d'achat et on voit bien des tensions
01:22sociales fort légitimes au sein de la population française.
01:25Et dans un tel contexte, il y a une tentation qui est forcément politique et qui est immédiate, comme très
01:30souvent en politique et en France.
01:32Une idée, aller chercher de l'argent là où il semble y en avoir, c'est-à-dire chez les
01:36groupes qui profitent du choc énergétique.
01:38En France, il y en a notamment un, si on écoute les politiques, c'est le groupe Total qui a
01:42affiché une santé insolente avec des résultats et un revenu très fort en ce premier trimestre
01:47de 5,8 milliards de dollars, plus 51% sur un an, dans ce contexte de choc pétrolier.
01:54Est-ce que le raisonnement, selon vous, d'aller créer une taxe pour ces super profits est économiquement solide, crédible
02:01?
02:03Évidemment, à chaque choc pétrolier, à chaque choc énergétique, il y a cette tentation.
02:08Ça avait été le cas en 2022 où déjà, il y avait eu cette idée qui avait d'ailleurs été
02:13adoptée.
02:13Bien sûr.
02:14Donc, il n'y a rien de nouveau. En fait, c'est un symbole politique.
02:19C'est je vais taxer Total Energy, je vais faire plaisir à l'opinion, mais en revanche derrière,
02:25ce sont des taxes qui rapportent très peu parce que ce sont des groupes mondiaux consolidés
02:31et donc qui doivent payer d'ailleurs des bénéfices, pas forcément qu'en France,
02:34mais qui doivent les payer donc sur les pays producteurs d'énergie.
02:37Et donc, on ne va pas avoir beaucoup d'argent derrière.
02:40En 2022, je crois qu'on avait espéré 4 à 5 milliards.
02:43On a eu, si je me trompe, 900 millions mieux.
02:47Donc, on est très loin de la cible.
02:49Deuxièmement, ça ne fait pas baisser les prix et ça ne fait pas augmenter le pouvoir d'achat des Français.
02:53Donc, c'est une mesure politique.
02:55En plus, on fait de la mesure exceptionnelle.
02:57C'est une loi d'exception.
02:59On vise du doigt un groupe qui fait des bénéfices.
03:04Certes, on peut s'interroger sur ces bénéfices.
03:06Pourquoi ils sont extrêmement importants ?
03:08D'ailleurs, premier trimestre 2026, il n'y avait qu'un seul mois qui était concerné par le choc pétrolier.
03:15Mais est-ce que, Philippe Crevel, c'est intéressant ce que vous dites là,
03:17vous qui êtes économiste et directeur général du Cercle de l'épargne,
03:20est-ce que vous êtes d'accord avec ceux qui disent de toute façon Total ?
03:24Et ces chiffres-là, ce sont les chiffres d'un profiteur de guerre.
03:27Est-ce que vous diriez aujourd'hui, vous, d'un point de vue simplement économique,
03:30que Total, aujourd'hui, fait son beurre sur ce qui se passe au Moyen-Orient,
03:33c'est-à-dire fait son beurre sur la guerre ?
03:36Je n'emploierai pas ces mots, qui sont évidemment très connotés,
03:40qui rappellent une mauvaise époque, donc celle de 1939-1945.
03:45Je n'utiliserai pas ces termes.
03:47En revanche, je m'interrogerai sur les raisons qui aboutissent à des profits
03:54qui peuvent apparaître comme exagérés.
03:56Pourquoi il y a de tels profits ?
03:58Parce qu'en fait, on n'est pas dans un monde de concurrence.
04:01Je veux dire, Total Énergie bénéficie d'une position,
04:04si ce n'est de monopole, d'oligopole au niveau de la distribution,
04:08et puis contrôle l'ensemble de la chaîne,
04:10de la captation de l'énergie jusqu'à sa distribution finale avec son réseau,
04:17et donc évidemment peut organiser l'ensemble des tarifs
04:22au niveau des produits pétroliers.
04:25Et donc on manque de concurrence.
04:27Il faut s'interroger.
04:28Pourquoi il y a aujourd'hui une telle concentration ?
04:31Est-ce qu'il ne faut pas justement revoir la distribution ?
04:34Est-ce qu'on doit accepter que celui qui produit soit également celui qui distribue ?
04:39On doit s'interroger sur le fonctionnement du marché.
04:41Parce qu'à chaque choc pétrolier, on a le même débat.
04:44Total Énergie fait beaucoup de bénéfices.
04:45Il faut faire une taxe exceptionnelle.
04:47Ça fait plaisir, mais ça ne rapporte rien.
04:49Et ça ne change rien pour le prochain choc pétrolier.
04:51Mais est-ce qu'il n'y a pas aussi une dimension presque de job de l'État ?
04:56C'est-à-dire que Philippe Crebel, quand on voit ce que fait aujourd'hui Total,
04:58c'est-à-dire plafonner les prix, faire un geste particulier sur les grands week-ends de pont,
05:03c'est-à-dire ce week-end, le week-end prochain, au moment de l'ascension, etc.
05:07Est-ce qu'on ne peut pas dire tout simplement qu'aujourd'hui Total peut se permettre
05:11par ses bénéfices, si vous voulez, de créer ce plafonnement généreux ?
05:14Total Énergie, qui est un des plus grands groupes pétroliers mondiaux,
05:20et qui est un fleuron de l'économie française, il faut s'en féliciter.
05:23Il y a beaucoup d'emplois derrière aussi.
05:24Il ne faut pas taper sur Total sans voir également son rôle économique pour la France.
05:30Malgré tout, c'est vrai que Total peut organiser ses tarifs en fonction de ses souhaits,
05:35de ses désirs, de sa politique de communication.
05:38On n'est pas dans une économie de marché.
05:40Moi, ce que je demande, c'est qu'on ait une concurrence qui permette de faire baisser
05:44le prix carburant, et pas forcément d'ailleurs, avec comme conséquence,
05:50que celui, le pompiste, soit pénalisé.
05:53Parce que souvent, on accuse le pompiste...
05:55Oui, et ça retombe sur le pompiste.
05:57Voilà, qui globalement, en fait, n'a que quelques centimes.
06:00Donc, il faut voir l'ensemble de la chaîne de production,
06:03et non pas forcément celui qui permet la distribution dans le réservoir.
06:09Sachant que l'actualité, ce matin, je ne sais pas si vous l'avez aperçu,
06:12mon cher Philippe Crevel, c'est le Premier ministre, Sébastien Lecornu,
06:14qui glisse dans la tribune dimanche,
06:16que ce bon sens vis-à-vis, peut-être, de ces entreprises françaises,
06:19de ces pétroliers comme Total, c'est un plafonnement généreux,
06:22c'est-à-dire qu'il est un peu utopiste, cela, le Premier ministre ?
06:25Le Premier ministre appelle à la responsabilité, donc, ce grand groupe,
06:30en réduisant un petit peu, donc, ses marges.
06:36Donc, c'est un appel, c'est un souhait.
06:38Moi, ce que je regrette, c'est qu'on en soit obligé à de l'incantation,
06:41et que ce ne soit pas le marché qui régule ce qui est prévu.
06:43Oui, automatiquement, bien sûr.
06:45Voilà, et qu'il y ait une pression, parce qu'aujourd'hui,
06:46c'est vrai que Total Energy est un peu en position dominante sur le marché français,
06:50où, en fait, il y a trois ou quatre grands distributeurs, pour parler clair,
06:55qui peuvent s'entendre un petit peu, sans le dire, sur les tarifs,
06:57et c'est un manque de concurrence sur la distribution.
07:01Il faudrait peut-être penser à un système qui avait été appliqué
07:04dans les années 70 aux Etats-Unis, sur la distribution du téléphone,
07:09casser un petit peu, donc, les monopoles.
07:11Casser les monopoles et exit, cette idée de super profit,
07:14vous l'avez très bien dit, on en espère beaucoup, c'est temporaire,
07:17et souvent, en plus, on est déçu de la somme finale que l'État arrive à rentrer,
07:20surtout que ce n'est pas une situation, ce n'est pas une somme d'argent
07:23qui prépare le pays pour les crises futures.
07:26Merci beaucoup d'avoir été avec nous, Philippe Crevel,
07:28et très bientôt, parce qu'à mon avis, l'économie,
07:31on n'a pas fini d'en entendre parler dans un...
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