00:05Et à 7h46 chaque dimanche matin, le Sud Radio vous explique avec ce sujet autour des producteurs de blé excessivement
00:12sous tension.
00:13Bonjour Éric Quirouin.
00:15Bonjour.
00:16Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous êtes le président de l'Association Générale des Producteurs de Blé.
00:20Pour qu'on comprenne bien les différents enjeux auxquels vous faites face ce matin,
00:23la filière du blé, à l'heure où on se parle, se prépare à perdre de l'argent en fonction
00:28de ces plantations du printemps et de l'automne, c'est ça ?
00:34Oui, oui, absolument. On est dans cette situation où on est en train de semer en sachant qu'on va
00:41perdre de l'argent en semant.
00:43Alors on en perdra encore plus si on ne se met pas.
00:47Mais aujourd'hui, en fait, les coûts de production, le coût pour produire un hectare de blé, en fait, ne
00:54coûte plus cher que ça nous rapporte.
00:57Aujourd'hui, il faudrait être payé, on va dire, 220 euros la tonne, 225.
01:01Et puis on est payé 160, 170.
01:05Or, ça, c'est ce qui s'est passé jusqu'à maintenant.
01:09Et à partir de maintenant, en fait, on a une explosion du cours des engrais, de même qu'une explosion
01:15du carburant agricole,
01:18puisque les deux ont doublé quasiment en un an.
01:21Alors, sur le carburant, je pense que tous les citoyens le constatent.
01:25Mais en fait, nous, c'est la même chose, sauf que c'est la base de notre travail, de notre
01:30production pour les tracteurs et pour alimenter nos plantes.
01:35On a besoin de tous ces intrants, de tous ces éléments.
01:38Donc, effectivement, aujourd'hui, la question, elle est entière de savoir qu'est-ce qu'on sème, comment et quel
01:45est notre avenir, en fait.
01:46Et vous posez la question de quoi semer, quand semer.
01:49Peut-être que, contrairement à d'autres filières, vous, le blé, vous n'avez pas d'alternative.
01:55Exactement.
01:55En tournant rond, il y a des productions, des fois, où on pourrait dire qu'on pourrait faire du tournesol,
02:00par exemple,
02:01ou des cultures qui consomment un petit peu moins d'engrais.
02:03Mais pour le blé, en fait, justement, c'est nécessaire, avant ou après, une culture telle que celle que je
02:10viens de vous citer.
02:11Donc, on est vraiment coincé.
02:13On est vraiment coincé.
02:14On sait, sachant que le problème, c'est qu'avec la succession des conflits, je pense déjà à l'Ukraine
02:19en 2022,
02:20le prix à la vente, vous venez d'en parler, outre le fait que ce que vous allez semer est
02:24totalement incertain,
02:25on doit aussi ajouter à ça, évidemment, le prix des engrais qui a flambé et qui continue de flamber.
02:32Oui, oui, on est dans une situation encore plus folle qu'on peut l'imaginer sur les engrais,
02:36parce que les prix ont flambé à cause de la guerre en Iran,
02:40et donc ça continue d'ailleurs de grimper, puisqu'on voit que le détroit d'Ormous est toujours bloqué.
02:46Mais d'habitude, on a des pouvoirs publics qui disent, bon, on va réduire les taxes.
02:50Ou alors, comme on le voit cette année en France, non, on ne bouge rien.
02:53Eh bien, c'est exactement l'inverse qui se passe pour le monde agricole,
02:57puisqu'au niveau européen, il a été décidé d'augmenter les taxes.
03:00C'est des taxes qui ont augmenté au 1er janvier dernier.
03:02D'augmenter les taxes au niveau européen.
03:04Exactement, c'est des taxes qui ont augmenté au 1er janvier dernier,
03:08qui sont des taxes en disant, il faut réduire les importations d'engrais
03:11qui peuvent contribuer au réchauffement climatique avec les émissions carbone.
03:16Donc, on va mettre une taxe pour limiter les importations.
03:20Sauf qu'il n'y a pas d'alternative en Europe existante aujourd'hui.
03:23Donc, en fait, on n'a pas le choix.
03:24En France, on est dépendant, suivant le type d'engrais, entre 60 et 100% de pays tiers.
03:31Donc, en fait, on est contraint de payer ces taxes.
03:34Et aujourd'hui, on leur dit, on comprend, il faut aller vers la décarbonation.
03:38Mais de grâce, les cours explosent.
03:41Arrêtez de nous mettre des taxes supplémentaires.
03:43Et l'Europe ne veut rien entendre.
03:45Depuis janvier, vous avez pu, si vous avez suivi toute l'actualité,
03:49vos éditeurs ont suivi toute l'actualité.
03:51En janvier, on avait l'annonce du Président de la République en disant,
03:53c'est bon, j'ai fait enlever cette taxe.
03:55Elle a été remise par derrière.
03:56En mars, on a vu la même chose.
03:57Et en fait, non, non, elle est toujours là.
04:00Elle est énorme, puisque je vous disais que le prix de revient,
04:04c'est autour de 220-225, et on est payé 160-170.
04:08Cette taxe, aujourd'hui, c'est l'équivalent de 15 euros de la tonne.
04:12Et à terme, ça sera 25.
04:14C'est rédhibitoire, c'est un truc de fou.
04:16On est dans une lessiveuse, on a l'impression que les politiques sont très heureux
04:22que les céréaliers puissent disparaître.
04:24Or, c'est la base de l'alimentation humaine.
04:27On le sait, on mange des céréales, on mange du pain,
04:30on mange des pâtes, on mange de la semoule.
04:33C'est vraiment la base de l'alimentation humaine.
04:36Ce qui nous appelle ce sujet, et j'aimerais votre confirmation sur ce point-là,
04:40c'est qu'il y aurait chez vous, en tout cas chez les producteurs de blé en général,
04:43une tentation de la chachère.
04:44Est-ce que c'est vrai ?
04:45C'est-à-dire qu'un bon nombre d'entre vous hésiterait à ne juste rien planter du tout,
04:49plutôt que prendre le risque d'engager de l'argent et de semer à perte ?
04:52Oui, je confirme, absolument.
04:56Vous avez des réductions de surface qui sont conséquentes,
05:00que ce soit en blétende, que ce soit en maïs.
05:03En disant, on a perdu 900 000 hectares de blétende, 500 000 hectares de maïs.
05:07C'est des surfaces colossales.
05:10Et là, certainement que cette année,
05:13beaucoup d'entre nous allons décider d'augmenter nos surfaces de chachère,
05:18puisque comme je vous ai dit, on produit à perte.
05:20Donc, on a un vrai problème structurel qui est en train de s'installer
05:27avec cet événement conjoncturel qu'est cette guerre qui s'installe en Moyen-Orient.
05:33Alors, Éric Chirouin, vous, qui êtes le président de l'Association générale des producteurs de blé,
05:36restons aussi concrets.
05:37Dites-moi, si je me trompe, pour la France, en réalité,
05:41ça ne changerait pas forcément grand-chose,
05:42parce qu'on exporte la moitié de nos volumes de blé et de maïs.
05:45En revanche, il y a deux sujets sur lesquels j'aimerais qu'on s'arrête.
05:48C'est que le premier, la France fournit, en réalité,
05:51avec ses productions de blé et de maïs, tout le tissu industriel,
05:54c'est-à-dire les industries de transformation,
05:56par exemple les meuneries, les amidonneries.
05:58Donc, s'il y a tout d'un coup un manque de quantité,
06:00on risque de connaître aussi une inflation,
06:02ou ces entreprises risquent de connaître une inflation à ce moment-là.
06:07Oui, si vous voulez, on exporte 25% de notre production hors Europe,
06:1225% dans les pays Europe et 50% en France.
06:17Mais très concrètement, effectivement, si on réduit les surfaces,
06:20je vous ai dit qu'on avait déjà réduit de 10%,
06:22si on réduit justement, effectivement, 25%,
06:25qu'il n'y a plus du tout pays tiers,
06:27vous allez déjà avoir un problème énorme de manque de céréales,
06:33surtout pour tour méditerranéen,
06:35donc vous allez avoir un choc humanitaire, si je peux dire.
06:38Vous vous souvenez, il y a quelques années,
06:39c'était les émeutes de la faim,
06:41quand on a justement eu des pertes de production extrêmement importantes.
06:45Donc, il y a déjà un phénomène géopolitique
06:48sur lequel la France ne peut pas rester neutre.
06:51Et bien évidemment, si cette baisse due au détroit d'Hormuz
06:56se généralise, non pas seulement à la France, à l'Europe,
07:00mais à l'ensemble du monde,
07:00puisque la question qui se pose aujourd'hui,
07:02alors nous, on nous rajoute des taxes,
07:04mais dans les autres pays, on ne rajoute pas de taxes,
07:06mais le problème est quand même présent
07:08de cette hausse de carburant et d'engrais.
07:12Donc en fait, vous avez énormément de pays
07:14qui sont en train de se poser la question
07:16de changer le rassoulement et aussi d'arrêter
07:18et de faire de la chère.
07:19Donc en fait, à partir du moment où vous avez dans le monde entier
07:22tout le monde qui réagit, qui s'adapte
07:23et qui dit que ce n'est plus rentable d'en produire,
07:25donc je réduis ma production,
07:27voire pour certains exploitants, je l'arrête,
07:29et bien évidemment, vous allez avoir un problème
07:33de pénurie mondiale et à ce moment-là,
07:35les cours nationaux suivront,
07:38ils augmenteront, puisqu'on est sur un marché
07:40où les prix sont fixés mondialement.
07:42C'est très intéressant.
07:43Et dernier point encore, Éric Thirouin,
07:45avec ce deuxième risque, la France,
07:47vous le disiez, qui fournit à près de 25% aussi
07:50de nos voisins européens, comme l'Italie ou l'Espagne.
07:52Si nous n'en avons plus,
07:54c'est-à-dire que si nous sommes, on va dire,
07:56avec des taux et des quantités moindres,
07:58ça veut dire que cette fois-ci,
07:59ce sera le blé du Mercosur.
08:03Oui, si ce n'est que le Mercosur
08:06ne réduise pas non plus.
08:08Mais effectivement, là, actuellement,
08:11en culture normale,
08:12si nous on ne produit pas,
08:13effectivement, c'est le Mercosur,
08:15c'est la Russie.
08:16Moi, j'ai un peu de bouteille,
08:18je me suis installé dans les années 90,
08:20à cette époque-là, mon blé allait à Rouen
08:22pour aller en Russie.
08:24Aujourd'hui, la Russie,
08:25elle, elle a fait exactement le chemin inverse,
08:28elle a développé son agriculture.
08:29Aujourd'hui, la Russie...
08:30Très autonome en anglais, notamment.
08:32Juste son exportation russe,
08:34c'est l'équivalent de toute la production française.
08:37Donc, vous voyez, en 30 ans,
08:39on a complètement inversé les choses.
08:41Et donc, quand vous voyez
08:42la volonté hégémonique de la Russie
08:45et d'un certain nombre d'autres pays,
08:47nous, pendant ce temps-là, en Europe,
08:50et en France, on fait les bisounours
08:51en disant,
08:52c'est pas grave,
08:54les autres vont produire à notre place.
08:54Et rappelez ce chiffre,
08:55comme Eric Thierroin,
08:56la totalité des exportations de la Russie
08:59représente, nous,
09:00la totalité de notre production en France,
09:03c'est ça ?
09:04Exactement.
09:05Alors qu'il y a seulement 30 ans,
09:06ils avaient besoin de notre blé
09:08pour pouvoir satisfaire leurs besoins.
09:10C'est absolument sidérant.
09:11Merci beaucoup, Eric Thierroin,
09:12d'avoir été avec nous ce matin,
09:14président de l'Association générale
09:15des producteurs de blé,
09:16pour justement s'intéresser à cette filière,
09:18à ce marché qui connaît lui aussi
09:20les conséquences de la guerre au Moyen-Orient.
09:22Il est 7h56 sur Sud.
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