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  • il y a 3 mois
Dialogue entre
Pierre-Yves BOCQUET, inspecteur général des affaires sociales et directeur-adjoint de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage (FME), auteur de l’article intitulé « De Nouméa à Bougival : l’interminable fin de l’histoire coloniale française » que notre site a publié dans son édition du 15 février 2026.
Et
Isabelle LEBLIC, anthropologue DRCE émérite, coprésidente de l’AISDPK et membre du comité scientifique d’Histoire coloniale et postcoloniale.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00C'est-à-dire que le renouer les fils était impossible à partir du moment où la droite locale en
00:04Calédonie
00:06disait qu'il était hors de question de revenir à Déva.
00:09Parce que c'est ça qui était dans la bouche de Nicolas Metzdorf ou de Sonia Bacchès en permanence.
00:15C'était « on ne reviendra pas à Déva, il est hors de question et nous ».
00:18Et donc le projet de rediscuter Bougival qui aurait été…
00:22Déva c'est le premier projet de manuel de place.
00:25Voilà, c'est ça qui a été fait en Calédonie, qui a d'ailleurs été fait sur place.
00:28Il y a aussi le fait de négocier à Paris ou de négocier en Calédonie,
00:31ce qui est complètement différent dans l'esprit.
00:33Et donc Déva c'était donc au mois de mai 2025.
00:39Et donc ça a été abandonné parce que Metzdorf a pris son téléphone pour appeler Macron
00:46pour dire « il n'est pas question que ce projet soit maintenu »
00:49parce qu'il a la ligne directe avec le président Macron.
00:52Et donc c'est pour ça qu'il y a eu Bougival au mois de juillet.
00:55Et Bougival est revenu complètement en arrière parce qu'avec ce qu'il y avait…
01:00Alors ça a été présenté comme un projet, pas comme un accord.
01:03Et ça a été transformé en accord au mois de septembre en étant publié au journal officiel sans…
01:08Sans signature.
01:09Voilà.
01:10Et donc du coup, c'est pour ça aussi que le FNK…
01:12Parce que déjà pour les accords de Matignon, Jean-Marie Thibault, quand il avait signé,
01:17il a dit « moi je signe un projet d'accord, il faut que je le présente aux militants sur
01:22place pour qu'il soit validé.
01:23Il est hors de question que je sois tout seul à décider de l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. »
01:27Et c'est ce qu'a fait Emmanuel Thibault et la délégation qui était présente à Bougival pour le FNK.
01:33C'est-à-dire « bon, on signe pour l'instant ça, on rentre en Calédonie, on le présente sur
01:38place aux militants
01:39et on voit ce qu'on en fait. »
01:41Et donc s'il y avait eu la possibilité de rediscuter, mais même les militants de l'Uni qui ont
01:47signé
01:47et qui ont maintenu leur signature, on dit après, au bout d'un certain temps, avant Élisée et Oudinou,
01:53il y a nécessité de préciser des choses et donc on vient là pour ça.
01:57Mais finalement, à part de réintroduire l'identité kanak une fois dans le dernier accord,
02:03il n'y a pas grand-chose qui a été fait.
02:04C'est-à-dire qu'on reste toujours sur un projet qui est très en-deçà de ce qu'on
02:09aurait pu avoir
02:11dans la suite de l'accord du Nouméa et qui ne poursuit pas du tout la décolonisation.
02:15Parce qu'on nous parle d'un État dans l'État.
02:17Mais c'est quoi un État dans l'État aujourd'hui ?
02:20Ce n'est pas un État indépendant.
02:22Une citoyenneté qui est liée à la citoyenneté française.
02:25Donc citoyenneté calédonienne, on ne peut l'avoir que si on est citoyen français.
02:28On ne peut pas l'avoir autrement que ça.
02:29Donc tout ça sont des éléments qui, plus une hyper-provincialisation qui est prévue dans cet accord,
02:36qui renforce les pouvoirs de la province sud, donc des anti-indépendantistes,
02:40et qui à terme, tout projet de rétrocession des cinq compétences régaliennes
02:45qui reste à rétrocéder aujourd'hui, est soumis au vote des trois cinquièmes du Congrès.
02:51Donc à partir du moment où les loyalistes vont être majoritaires au Congrès,
02:56c'est-à-dire que ça n'arrivera jamais.
02:58Donc plus cette hyper-provincialisation qui, à terme, avec une fiscalisation par province,
03:05donc toute la richesse est concentrée en province sud.
03:07Donc les provinces nord et îles vont avoir des miettes,
03:11puisqu'il n'y aura plus la péréquation qu'il y a aujourd'hui.
03:13Donc ce projet est vraiment…
03:16On comprend que les FLNKS ne le valident pas,
03:20et on se demande comment les autres indépendantistes ont pu le valider,
03:24parce que d'ailleurs ils le payent aujourd'hui dans les élections municipales.
03:27C'est-à-dire qu'on voit bien que dans le grand Nouméa,
03:30où se sont passés les événements de mai 2024,
03:35c'est les pires des loyalistes qui arrivent en tête partout,
03:39c'est-à-dire les plus ultra-limites extrêmes-droites locales
03:46qui sont en tête sur les municipales.
03:48Et en termes indépendantistes, c'est l'UCFNKS qui arrive en tête à peu près partout
03:57au détriment de l'Unipalika.
04:00Donc on a encore fait…
04:02Là, on a fait des élections municipales un enjeu bougival,
04:08pro ou contre bougival,
04:10ce qui n'était pas du tout l'objet des municipales,
04:12parce que l'objet des municipales, c'est quand même d'avoir des gens
04:15qui sont capables de gérer une commune pour le bien des administrés.
04:19C'est d'ailleurs, je trouve, une des grandes apories
04:23de la situation dans laquelle on est aujourd'hui,
04:29c'est qu'on ne voit pas quelle société le projet loyaliste,
04:36pour prendre les plus maximalistes, dessine.
04:39Et si on le voit, il est effroyable.
04:43Sonia Bakes, l'année dernière,
04:46outre des déclarations racistes contre les Canaques,
04:51elle a présenté un projet de scission du territoire
04:55qui était explicitement interdit par l'accord de Nouméa.
05:04Et par la Constitution.
05:07Et par la Constitution.
05:08Et dont on sait qu'il est explicitement interdit
05:10dans une logique de décolonisation,
05:12on ne découpe pas les territoires qu'on décolonise.
05:15Les Anglais viennent de restituer les îles Chagos,
05:19enfin vont restituer, dans le cadre d'un accord
05:23qui a été passé, les îles Chagos à l'île Maurice,
05:27pour cette raison-là.
05:28Ils ont perdu, devant les institutions,
05:31les juridictions internationales, là-dessus.
05:33Donc ce projet qui reposerait sur une espèce de système
05:39de séparatisme à l'intérieur du territoire
05:44et avec une logique de séparation des communautés aussi,
05:50de fait, sinon de droit,
05:52on ne voit pas en quoi ce projet-là est compatible
05:57avec l'idée qu'on se fait même de la République française.
06:01même de la République française.
06:04Il y a quelque chose de problématique là-dedans.
06:14Et le peuple premier, il est là.
06:17Il est là.
06:18Il est nombreux, pas majoritaire, mais nombreux.
06:21Il parle, il vote.
06:23Il ne disparaîtra pas.
06:25À partir de ce moment-là,
06:26le contraindre à un système comme ça,
06:29où il est perdant,
06:33on ne voit pas comment une société comme celle-là
06:36peut tenir sur des injustices.
06:40On sait ce que deviennent les sociétés
06:42qui reposent sur des injustices.
06:45L'Afrique du Sud,
06:46les territoires occupés en Palestine,
06:50la colonisation de façon générale.
06:52générale, ces sociétés-là,
06:55elles ne sont pas stables.
07:00Elles génèrent de la violence des deux côtés.
07:04Elles génèrent aussi des processus psychologiques
07:07chez les gens qui ont des effets gravissimes.
07:12Fanon, Mémy l'ont écrit il y a déjà longtemps.
07:17Donc, on ne voit pas le modèle de société pour l'avenir
07:21qu'un tel projet est susceptible de dessiner.
07:27Bougival est entre les deux.
07:29Moi, je ne suis pas qualifié
07:31pour apprécier ce que ça donnerait.
07:36Ce que je vois,
07:37c'est que le projet se construit
07:41sur une base qui est branlante
07:43parce qu'il manque un acteur
07:45et tous les acteurs raisonnables
07:49dans le territoire
07:51voient bien que c'est branlant.
07:54Et en Nouvelle-Calédonie,
07:56quand c'est branlant,
07:57à un moment,
07:57ça tombe sur la tête des gens.
07:59Et c'est ça qui est quand même problématique.
08:02Et du point de vue de l'État,
08:06on ne voit pas l'intérêt,
08:09bien compris pour la France,
08:12pour les habitants du territoire,
08:14pour notre image dans le monde,
08:16de rester comme ça
08:22dans une situation d'irrésolution
08:29dans un territoire
08:31qui a déjà tant souffert
08:33qu'on a des statistiques ethniques
08:36et on sait effectivement mesurer
08:38les injustices,
08:39les inégalités
08:40dont les Canaques
08:41sont encore aujourd'hui victimes
08:43sur tout un tas d'aspects
08:45de la vie politique,
08:46économique et sociale du territoire.
08:48C'est bon.
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